‹ Notice des principaux monuments exposés dans les galeries provisoires du Musée d'antiquitiés égyptiennes de S. A. le Khedive á Boulaq /Chapitre 309 sur 386 · Napata.-Gebel-Barkal. Granit gris · texte numérisé non relu

Napata.-Gebel-Barkal. Granit gris

Hauteur 1 32 Longueur O 72

Ce monument est connu dans la science sous le nom de Stèle du Songe.

Il s’agit cette fois d'un roi d'Egypte et d’Ethiopie, qui s’appelle Ra-ba-ka Amen-(méri?) Nout (ce nom est douteux; on pourrait lire également Amen-to-en-ul). L’une de ses sœurs est la régente de Nubie Kerheta; l’autre, sa royale sœur et épouse, s’appelle ... arbi , et est revêtue des fonctions de régente d’Egypte.

Le trône devient vacant. En un lieu que nous ne connaissons pas, mais que nous savons ne pas être la capitale, Amen-meri Nout est averti par un songe que la double couronne lui est réservée. En effet, en ce même lieu, il est proclamé roi. Mais il faut qu’il se fasse reconnaître à la fois en Éthiopie et en Egypte. Il marche sur Napata; « personne ne l’arrête dans "sa marche. » Malgré quelques velléités d’opposition, Thôbes suit l’exemple de Napata. La résistance commence à Memphis. Les dissidents sont vaincus, et Amen-meri Nout est enfin reconnu roi des deux pays. Telle est la Stèle du Songe.

Les trois premières lignes sont occupées par le protocole du roi : Le dieu bienfaisant, au jour de sa manifestation , il est Toum pour les purs ; il est le seigneur des deux cornes (1); c’est lui qui gouverne les vivants; c’est lui qui a pris possession de la terre ; c’est lui qui est le seigneur de la victoire, le fort au ■jour du combat; c’est lui qui se précipite en avant le jour

de ; il est le seigneur de la force comme Mont h; il est le

très-vaillant comme le lion terrible ; il remplit le cœur comme celui qui réside à Heser (Thoth); il est parfait lorsqu’il traverse la Méditerranée, marchant jusqu’à son extrémité; il

ce pays sans combat; personne ne résiste à sa marche ; il est le roi de la Haute et de la Basse-Egypte, etc. Le récit commence à la quatrième ligne.

(1) Comme Month ; allusion aux deux cornes qui arment souvent le front de ce dieu (voy. Salle du Centre, 174).

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En l'année qui est celle de suit avènement au trône , le roi vit en songe (1) pendant la nuit deux serpents, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche, et en s’éveillant il ne les trouva plus. Il dit : (qu’on m’explique) cela à l’instant. Et voici qu’on lui explique ainsi : la terre du Sud sera à toi, tu prendras la terre du Nord, les deux diadèmes rayonneront sur ta tête, et le monde entier le sera donné dans sa longueur... Sa Majesté fut élevée sur le trône d’IIorus en celte année, et lorsque Sa Majesté quitta le lieu où elle se trouvait, comme Horus avait quitté la ville de Heb, elle partit (accompagnée) de millions et de centaines de mille hommes qui suivirent ses pas. »

En d’autres termes, au moment où ie récit commence, le trône était vacant, et Amen-meri-Nout, alors éloigné de la capitale, est proclamé roi, en vertu d’une de ces élections dont la stèle suivante nous a conservé le détail. Il s’agit maintenant d’aller se faire reconnaître à Napata d’abord, en Egypte ensuite. La stèle s'exprime ainsi. Je traduis presque mot. à mot :

« Départ de Sa Majesté pour Nap. Personne ne l’arrête pendant sa marche. Arrivée de Sa Majesté au temple d’Ammon de Nap qui réside à la montagne sainte. Le cœur de Sa Majesté fut heureux après qu’il eéil vu son père Ammon , Seigneur du trône du monde qui réside à la montagne sainte. Les f leurs Ankh de ce dieu lui sont apportées. Et voici que Sa Majesté fêta Ammon de Nap. Il lui fit de grands sacrifices. Il lui consacra 3 6 bœufs, 40 asch (mesures ?) de bière, 100 pains. Sa Majesté se dirige en naviguant vers le pays du Nord. Il voit celui dont le nom est caché par dessus (tous les autres) dieux. Sa Majesté s’approche d’ Eléphant ine, et voici que Sa Majesté traverse dans Eléphant inc. Et Sa Majesté s’approche du temple de Noum-Ru, Seigneur de Kébeh pour célébrer les fêtes de ce dieu. Il lui fait de grands sacrifices. Il donne du pain , de la bière , aux dieux de la cataracte. Il se rend propice l’eau sacrée dans la source. »

La cataracte franchie, Amen-meri Nout est en Egypte.

« Sa Majesté se dirige en naviguant vers Khefet-her-neb-ès de T'am d’Ammon, et s’arrête au centre de Thèbes. Lorsque Sa Majesté entre dans le Temple d’Amnion-Ra, seigneur du trône du monde, le prophète Sen-our et les Oun-nout viennent (i lui. Ils lui apportent les fleurs An kb de celui dont le nom

(1) Les songes jouent un grand rôle à cette époque. C’est à la suite d’un songe que Sabacon prend la résolution de quitter l’Egypte. Sur la foi d’un songe, le prêtre-roi Séthos se décide à attaquer Scnnachérib campé avec son armée devant Peluse (Hérod. II. 61) .

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est caché. En voyant ce temple, le cœur de Sa Majesté s’est réjoui. Il célèbre la fête d’Ammon ; il ordonne une grande panègyrie dans le pays entier. »

On lit ensuite :

« Sa Majesté se dirige en naviguant vers le pays du Nord. L’Occident et l’Orient sont en joie. Ils s’écrient : que ta marche s’accomplisse en paix; que la paix soit à sa personne, et que la personne fasse vivre le pays, (afin de) reconstruire les sanctuaires qui marchent vers leur ruine, de rétablir leurs statues et leurs images , de fournir les offrandes aux dieux et aux déesses, et les oblations funéraires aux mânes, de remettre le prêtre en sa place et d’instituer tout ce qui se rapporte au service religieux.

Une certaine opposition s’était d’abord, paraît-il, manifestée; mais bientôt, en présence des bienfaits du roi, toute résistance cesse, car, ajoute le texte immédiatement après les paroles que nous venons de transcrire :

« ce que leur cœur avait conçu en hostilité fut changé en joie. » Comme l’Ethiopie, cette partie de l’Egypte reconnaît donc Amen-meri-Nout pour roi. Mais il ne va plus en être de même au Nord.

« Sa Majesté approche de Memphis. Mais les fils de l’inimitié paraissent pour combattre le roi. Le roi en fait un grand massacre. (De ceux qui périrent) on ne commit pas le nombre. Alors le roi s’empare de Memphis. Il pénétre dans le temple de Plilah Res-sebt-ef. Il fait son offrande à Phtah Sokar; il sacrifie à Pakht, la grande qu’il aime. Son cœur est satisfait de ce qu’on lui offre pour son père A mmon de Nap, et il donne l’ordre (d’expédier ces présents) en Nubie , afin que l’on construise une salle hypèthre à neuf, telle qu’on n’en avait pas encore trouvé jusqu’alors. Le roi la fait construire de pierres rehaussées d’or. Les boiseries sont de cèdre, peintes de la couleur Anta de l’Arabie. Les portes sont, de bronze. Les charnières sont de plomb. Il lui fait (aussi) construire (à son père Ammon ) une chapelle située au fond de la salle hypèthre (mot-à-mot en sortant par derrière) pour donner le lait à ses nombreux bestiaux. Les crèches sont au nombre de 116 ; on ne connaît pas le nombre des veaux qui sont avec leurs mères.

Ayant ainsi manifesté sa joie de la victoire qu’il venait de remporter, le roi marche vers le Nord.

« Ensuite Sa Majesté s’embarque pour combattre les chefs des pays du Nord. Voici qu’ils s’étaient retirés dans leurs

bourgs afin de leurs cavernes. Et Sa Majesté resta

longtemps devant eux, et pas un ne sortit pour combattre avec

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Sa Majesté. Sa Majesté retourne alors à Memphis. Il s’assied dans son palais. Il songe en lui-même à faire marcher ses soldats. On vient lui dire : Les grands chefs s’approchent du lieu où est Sa Majesté... notre Maître. Sa Majesté s’écrie : Sont-ils venus pour combattre , ou sont-ils vernis pour être mes esclaves? A lors je leur accorderai la vie à l’instant. On répond à Sa Majesté : ils sont venus pour être les esclaves de notre maître ! Et Sa Majesté dit : Il est notre seigneur ce dieu auguste , Ammon-Ra , seigneur du trône du monde qui réside à la montagne sainte, I ce dieu grand , bienfaisant envers celui qui connaît son\nom! Il veille sur celui qui l’aime! Il donne la force à celui qui est selon son essence , sans faire défaut à celui qui agit selon ses conseils, sans repousser celui qui le suit ! Voyez ! ce qu’il m’a dit la nuit , je l’ai vu le jour !

Ici le texte'devient moins précis, et les lacunes de plus en plus fréquentes ne permettent pas de faire une traduction suivie. On vient dire au roi que les chefs attendent , debout au palais. Alors le roi sort pareil au soleil dans sa marche , et il trouve les chefs prosternés sur le ventre pour rendre hommage à sa puissance. Ici nouveau discours du roi, très-embrouillé : » C’est vrai! ce qu’il m’a annoncé (s’est réalisé)...; l’ordre de ce dieu s’est accompli. C’est lui qui me fait vivre , car j’aimais le dieu Ra , je vénérais Ammon dans son temple. Que j’approche de ce dieu auguste , Ammon de Nap, qui réside à la montagne sainte, afin qu’il me protège. C’est lui qui m’a dit : je te guiderai dans tous les chemins... Les chefs vaincus prennent à leur tour la parole. Alors ils lui répondent en disant : Regarde t c’est ce dieu qui l’a (rétabli) le cœur; c’est lui qui t’a entouré... Regarde! Tu n’as pas (désobéi) à ce qui est sorti de sa bouche, notre maître! Alors se présente PErpa-ha de la ville de Subté, Pa-her..., pour dire : Tu massacres qui tu veux, tu fais vivre qui t’aime ! La méchanceté (ne s’arrête pas) à ce qui est juste. Et tous ensemble répondent en s’écriant : Accorde-nous le souffle de la vie. Celui que tu ne reconnais pas ne vit plus. Soyons ses esclaves comme ceux sont auprès de lui, ainsi que tu l’as dit dès le commencement du jour qui t’a fait roi t Nous touchons à la fin. Le cœur du roi, dit notre texte, fût réjoui après qu’il eût entendu ces paroles. Le roi leur fait distribuer du pain, de la boisson, toute sorte de bonnes choses. Et après qu’une journée se fût passée sur ces évènements (sur cela)..., ils dirent : Nous sommes venus pour être là où est le roi notre maître. Sa Majesté répondit en disant : Qu’ils viennent t Et ils dirent en présence de Sa Majesté : Renvoyeznous à nos villes..,; nous voulons construire des temples.

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(Alors) Sa Majesté les renvoya à leurs villes , et chacun eut la vie sauve. Les gens du midi s’embarquèrent, les gens du nord retournèrent dans les lieux (désormais) sous la domination de Sa Majesté , emportant toute sorte de bonnes choses du pays du sud (l’Ethiopie), et toutes les productions du pays du sud, (données en présent par le roi) pour contenter son cœur. Et le roi de la Haute et de la Basse-Egypte, Ra-ba-Ka, le fils du soleil, Anien-ineri-Nout, à la vie saine et forte, fut établi sur le trône d’Horus jusqu’à V éternité.

L’intérêt exceptionnel de la Stèle du Songe ressort des détails dans lesquels nous venons d’entrer. La Stèle du Songe n’est après tout que l’histoire d’un changement de règne, mais dans des conditions qui donnent à cette histoire une valeur particulière. Si nous rapprochons certaines traditions conservées par Diodore des renseignements fournis par la Stèle de l’Intronisation (plus bas , n° 919), nous nous apercevons que la monarchie éthiopienne était, sous cette forme extraordinaire qui domina l’histoire de la Pologne jusqu’en 1573, à la fois héréditaire et élective. Les droits qu’un prétendant tenait de sa naissance ne valaient rien sans une élection faite, en Pologne par les nobles, en Ethiopie par les prêtres. La Stèle de l’Intronisation va nous montrer lout-à-l’heure l’application de la règle qui donnait à une classe de la nation un pouvoir si exorbitant. Mais cette fois l’élu des prêtres, f Aslan, est de sang royal et par conséquent possède tous les droits. Sur la Stèle du Songe, au contraire, aucun droit du côté du prétendant. Amen-meri Nout n’a pas de rois parmi ses ancêtres, car la stèle les eût nommés. Ce n’est pas à Napata qu’il est proclamé souverain : autre preuve que l’élu de la Stèle du Songe avait été pris en dehors des prétendants légitimes, puisque l’élection jest'faite loin du fameux temple où demeurait l’oracle qui servait d’instrument aux prêtres. Aslan monte donc sans secousse sur le trône, tandis qu’Amen-meri Nout doit faire reconnaître son autorité de la Méditerranée au Soudan.

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