‹ Notice des principaux monuments exposés dans les galeries provisoires du musée d'antiquités égyptiennes de S. A. le vice-roi, à BoulaqChapitre 3 sur 373 · III. Monuments civils · texte numérisé non relu

III. Monuments civils

Les sépultures égj'ptiennes sont situées dans le désert : l’inondation ne les atteint jamais. Au contraire, les \illes s’élèvent au milieu des terres cultivées , et tous les ans elles ont à se défendre contre le Nil. D’un autre côté, les populations qui les entourent et qui souvent môme habitent leurs ruines sont pour elles un danger permanent, kpriori^ les villes ég)’ptiennes sont donc moins conserv ées que les nécropoles.

Notons en outre que , les trouvât-on intactes , elles fourniraient à l’antiquaire moins de ressources que les tombeaux. J’en ai déjà indiqué la cause. Les Egyptiens réservaient pour leurs demeures éternelles la richesse qu’ils dédaignaient pour les abris provisoires où ils passaient leur vie terrestre. A la question de religion se joignait une question de climat et de race. Sous le ciel toujours pur de l’Egypte, les habitations solides et bien closes sont moins qu’autre part un besoin, et ce que nous appelons le foyer domestique est toujours ici fort délaissé. D’ailleurs ce goût en quelque sorte instinctif qui pousse d’autres peuples à faire servir l’art à la grâce et à l’ornement de tout ce qui les entoure est encore à naître parmi les indigènes du Nil. La recherche désintéressée du beau n’a jamais été l’idéal de l’Egypte et reste le privilège de quelques

races mieux douées. Ce n’est pas à dire que l’Egypte ait montré pour la culture des arts l’inaptitude qui est un des traits les plus saillants de la physionomie de presque tous les peuples dits sémitiques ; mais elle est loin d’avoir atteint cette inimitable perfection qui seia l’étemelle gloire de la Grèce. Une faut donc pas s’attendre à rencontrer dans les collections les monuments civils aussi nombreux que le sont les monuments funéraires. Quelques peintures d’hypogées nous laissent deviner ce que pouvait être autrefois une maison égjq)tienne : de l’eau, des arbres , des champs fermés de murs , des jardins , quelques pavillons de bois ouverts à tous les vents, les meubles les plus indispensables , telle en était la disposition générale ; mais un demi-siècle d’abandon qui passe sur ces fragiles constructions les efface si complètement que d’avance on peut prédire l’insuccès des tentatives faites pour en fouiller les ruines.

Le Musée de Boulaq n’échappe pas à cette loi. Nos recherches dans les buttes qui marquent le site des villes antiques n’ont en effet presque rien produit. Si cependant quelques vitrines offrent à la curiosité du visiteur un certain nombre d’objets qui témoignent de la civilisation sous les anciens Egyptiens, ces objets proviennent des tombes. Telle est la belle collection de statues de l’ Ancien-Empire ; tels sont les vases , les armes , les meubles , les outils , et tous les monuments de la vie privée qu’on recueille surtout dans les tombes contemporaines des Entef (XI“® djmastie) et des Ptolémées.

En somme, les monuments civils, ici comme dans tous les Musées , appartiendraient plutôt à la catégorie des monuments funéraires, et n’entrent dans la série où nous les classons que par une porte dérobée.

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