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L’inventaire général des monuments découverts depuis le commencement de nos fouilles se divise en quatre séries : les motiuments religieux, monuments funéraires, les monuments civils, les monuments historigues , auxquelles on pourrait encore ajouter uno cinquième classe comprenant les monuments grecs et romains. Tous les objets décrits dans la présente Notice appartenant à Tune de ces catégories, je crois nécessaire de donner sur chacune d’elles quelques renseignements généraux. Aidé de ces renseignements, le visiteur aura une plus complète appr('*ciation des objets qui lui passeront sous les yeux ; il saura à quels usages ces objets servaient dans l’antiquité, en quels lieux ils étaient placés et, par conséquent, en quels lieux on les retrouve quand les bouleversements dont les ruines égyptiennes sont depuis longtemps l’objet ne les ont pas trop éloignés de leur centre primitif.
[. Monuments religieux.
Les monuments se trouvent dans les habitations
privées, dans les tombeaux, dans les temples.
A. Ceux qu’on trouve dans les habitations privées sont e\trèmement rares. Ils consistent en statuettes de divinités qui paraissent avoir servi d’amulettes, et en symboles qui faisaient probablement partie de la parure des femmes. Les Egyptiens n’ont pas eu d’autre culte domestique que celui des ancêtres. Croyant à la bienfaisante influence des âmes admises à jouir des félicités suprêmes, ils gardaient au milieu d’eux les statues de leurs parents et leur faisaient jouer le rôle des pénates chez les Romains (voy. Grand Vestibule, 49 et 50]. Les cellules où elles étaient enfermées constituaient une sorte de tablinum.
B. Les mythes relatifs à la vie future ont tellement pénétré les monuments religieux qu’on trouve dans les tombes que ces monuments appartiennent plutôt à la série des objets funérai-
res. Telles sont les stèles sur lesquelles on lit tantôt un jjroscvnème aux divinités infernales , tantôt des hymnes au Soleil considéré comme symbole de la vie éternelle promise aux défunts ; telles sont encore les coilfures divines, les amulettes sacrées par lesquelles on croyait procurer à celui qui en était revêtu la protection de certains dieux ou l’éloignement de c.ertains génies malfaisants. Quant aux monuments qui, malgré^ leur présence dans les tombes, restent exclusivement religieux, ils sont en très-petit nombre. Les seuls que l’on puisse citei* sont les statuettes divines de toutes matières qu’on recueille dans la cavité de la poitrine des momies (voy. ci-après Avantpropos, Monuments Funéiaires, et Salle du Centre, (]age A).
C. Les temples égyptiens ont péri par l’excès même du luxe que les anciens y déployaient. Les premiers , en eftèt, ils ont dû subir l’atteinte des révolutions, et on conçoit aisément qu’au moment de la chute définitive de l’antique religion, on n’y ait pas laissé un objet intact. Le déblaiement des temples n’a donc pour résultat que la mise au jour de monumejds plus ou moins mutilés. Parmi ceux-ci , on distinguera :
1" Les barques sacrées qu’on promenait à certains anniversaires (voy. Vestibule de la Salle des Bijoux, 122}. Chaque temple avait plusieurs de ces barques , qui étaient le plus souvent en bois précieux, et parfois même en argent ou en or. Au centre s’élevait une petite chapelle ou naos dans laquelle était enfermée une image de divinité qu’on recouvrait d’un voile. A la proue et à la poupe étaient disposés des emblèmes divins richement travaillés. Dans les processions publiques, le plancher qui supportait ces barques était porté sur les épaules des prêtres.
2® Les naos ou chasses. On y renfermait tantôt un animal sacré, tantôt un emblème devant lequel, aux jours prévus par les lois religieuses, on récitait des prières. Les temples possédaient de ces naos de toutes dimensions et de toutes matières. Au fond du sanctuaire s’élevait cependant le naos par excel-
leiicf. Celui-ci est <ie fçranil ou de basaitt* , el de proporlioiis colossales. Si l'on étudie le plan du temple qui le contient , on voit que ce temple a été bâti pour lui et (|u’il en est comme une sorte de résumé. C’est en effet autour du naos que s’accomplissent les rites de l’initiation la plus élevée.
3® Les bas-reliefs et les inscriptions nous apprennent que les rois et même les particuliers , voy. Grand Vestibule , 26; tenaient à honneur d’enrichir de vases d’or et d’argent, de tables en bois précieux, d’ouvrages divers tinement travaillés, les trésors des temples. J’ai à peine besoin de dire que ces monuments ont dù disparaître les première dans le naufi’age de la civilisation égyptienne. Aussi en trouve-t-on rarement dans les collections. Notre Musée possède cependant cinq magnifiques vases d’argent ^voy. Salle du Centre, 350] qui [)euvent passer pour de bons specimens des ustensiles sacrés conservés dans les temples. '
4® Les tables d’offrandes sont les monuments commémoratifs d’une fondation pieuse faite par les pereonnages dont elles portent le nom. On en trouve d’assez nombreux exemplaires dans les temples ^voy. Grand Vestibule, 2, 3, Magasin n" J, 23, 31, 32^. Elles portent le plus souvent, sculptés sur leur face supérieure, les dons que le dédicateur s’engageait à fournir en nature. Quelquefois elles n’ont que la forme du caractère hiéroglyphique (holep) qui sert à écrire leur nom. Karnak possède encore quelques-unes de ces dernières qui sont «rénormes blocs d’albâtre ou de granit pesant près de huit mille kilogrammes.
5° Les ruines des temples nous ont conservé quelques stèles où la religion est à chaque pas coudoyée par l’histoire, comme le lieu lui-même auquel ces stèles sont destinées. Tel est , par exemple, la poème historico-religieux gravé sur une «les plus précieuses stèles de notre Musée , en l’honneur des victoires de Thoutmès III voy. Grand Vestibule, 61}. Plus souvent, la stèle n’est qu’un acte d’invocation à l’une des divi-
nités du temple (voy. Magasin n° 5, 60). D’autres fois, elle a été gravée en souvenir d’une visite pieuse faite à un édifice sacré. Les Stèles des Sérapéum (voy. Salle du Centre, 105 et suiv.) sont des modèles parfaits de ce genre de monuments commémoratifs.
6° Il reste à parler des statues. Les temples nous offrent à peine une statue de dieu qui ne porte la trace d’une consécration , c’est-ù-dire qui n’ait été érigée pour attirer la bénédiction divine sur le personnage dont elle porte le nom. Tantôt ces statues, grandes et petites, sont répandues par tas irrégulièrement disséminés dans les fondations des temples (voy. Salle du Centre, 92) ou dans le sable qui leur sert de sol (voy. Vestibule de la Salle des Bijoux, Armoire A); tantôt elles prennent des proportions plus grandioses et représentent soit des divinités (voy. Magasin nP 5 , 20) , soit des rois revêtus des attributs sacrés (voy. Appendice, Tanis, passim, Abydos, 3). Quant aux statues de dieux proprement dites, je n’ose pas dire qu’il y ait eu dans chaque temple une statue qui ait été appelée plus spécialement la statue de ce temple. Les édifices du culte ne manquaient certes pas d’images divines ; mais chacune avait un seiTice particulier, et aux prières qu’elle entendait était toujours mêlé le nom du personnage qui l’avait consacrée. Une statue représentant le dieu absolu du temple, abstraction faite du dédicateur, n’existait peut-être pas; le naos paraît en avoir tenu lieu et cachait au vulgaire la vue du symbole vivant ou inanimé qu’on regardait comme le représentant le plus direct de la divinité.
La variété presque infinie des types que présente le panthéon égyptien, est un fait que tout le monde a remarqué. Il ne faudrait pas cependant tirer de ce fait la conclusion que la religion égyptienne ne fut jamais qu’un tissu de fables grossières et ridicules. Aussi loin que nous puissions remonter par les monuments dans son histoire, nous la trouvons déjà constituée, déjà entourée de son cortège de divinités et d’animaux
sarr<^s, et par eo?iséquont animée déjà de ce souffle puissant cpii devait la taire vivre ])endanl cinquante siècles. Si la religion égyptienne n’avait pas eu d’autre base que les étranges superstitions qu’on l’accuse si souvent d’avoir pi^atiquées, elle n’eût pas fourni cette incomparable carrière. Dans la partie de leurs mystères qu’elles ré.servent au peuple, les religions peuvent sans danger quitter les hauteurs des conceptions absti*aites et laisser voir au commun des fidèles le dieu qu’il adore ; mais elles ne durent point si elles ne conservent pas au moins dans le sanctuaire la pure notion de l’idie de Dieu. Un paganisme éhonfé, comme celui qu’on accuse l’Égypte d’avoir mis en honneur, aurait donc plutôt contenu un germe de mort que cet actif principe de vie qui donna une si grande place dans l’histoire du monde à l’antique civili.sation égyptienne.
Les découvertes récentes de la science du déchiffrement des hiéroglyphes ont confirmé ces vues. Au sommet du panthéon égyptien plane un Dieu unique, immortel, incréé, invisible et (iaché dans les profondeurs inacessibles de son essence ; il est le créateur du ciel et de la terre : il a fait tout ce qui existe, et rien n’a été fait sans lui , c’est le Dieu résen’é à l’initié du sanctuaire. Mais l’Égypte n’a pas su , ou n’a pas voulu s’arrêter à cette hauteur sublime. Elle a considéré le monde, sa formation, les principes qui le gouvernent, l’homme et sa destinée sur la terre, comme un drame immense. L’Étre par excellence en est l’unique acteur. Tout vient de lui, et tout retourne à lui. 11 a pourtant des agents (fui sont ses propres attributs j>ersonnifiés, et qui deviennent autant de dieux sous des formes visibles, dieux inférieurs, limités dans leur rôle (|uoique participant à toutes ses jiropriétés caractéristiijues. Ainmon, par exemple, sera ce ressort caché dans la nature qui la pousse à se renouveler sans cesse; la raison divine .sera personnifiée en T}ioth ; Kheper (à tête de .scarabée' sera le dieu qui se donne la vie à lui-même et qui par là est sans commencement; antérieur à tout ce qui existe sera .Wou.f, VAhyssus biblique ;
au-dessous de Nou.t, prendra place ChnouphiSy le souffle divin, celui qui fabrique lui-même la mère génératrice des dieux; Seb sera la matière avec les germes de vie qu’elle cache en son sein; dans les espaces célestes, des flancs de Nou.ty l’épouse de Seb, sortira le dieu ila, le dieu Soleil, et avec lui commencera la lumière, c’est-à-dire la vie de l’homme ; Os iris enfin, plus ancien que Ra lui-même, sera le Soleil nocturne; c’est lui cpii symbolisera la lutte des ténèbres contre le jour et du bien contre le mal ; il sera le principe qui, dans ces combats chaque jour renouvelés, fait triompher le bien. Mais si chacun de ces dieux prend ainsi une part des attributs du Dieu invisible, à tous appartient cependant la plus caractéristique des qualités essentielles de l’Être. Ainsi Ammon est le mari de sa rnère^ c’est-à-dire son propre père à lui-même ; Thoth se forme lui-même sans avoir été engendré ; Osiris est le fils d’Isis sa propre épouse; Ra esi enfanté , non engendré; tous par conséquent sont proclamés sans commencement et existant de toute éternité. C’est même cette grande doctrine (jui est le point de départ commun de toutes les fameuses triades adorées dans les temples égyptiens. Là règne un dieu qui personnifie comme tous les autres une des puissances divinisées de l’Être suprême. Mais dans aucun temple, ce dieu ne figure seul sur les autels où son image est adorée, et les Egyptiens ont toujours voulu qu’il se décomposât en une sorte de triade formée de lui-même, d’une déesse qui revêt le plus souvent les symboles de la maternité, et d’un troisième dieu
(jue sa coiffure et son costume font reconnaître pour un dieu enfant, quoique jamais il ne soit nommé le fils des deux premiers. L’esprit philosophique qui a présidé à la formation de ce singulier système, mérite d’être remarqué. A la vérité, les Egyptiens n’ont accordé au principe passif représenté par la déesse-mère qu’une importance secondaire « le père, selon une « croyance commune, étant l’unique auteur de la naissance « de l’enfant auquel la mère ne fait que donner la nourriture
« et la demeure » (Diodore de Sicile . Mais le principe actif a été mis par eux dans un relief particulier, et en toute occasion, les textes nous montrent le dieu principal des temples s’engendrant lui-mème dans le sein de sa mère. L’essence de ce dieu est ainsi d’étre à la fois son propre père et son propre lils; il est le dieu un tout en restant double, et le dieu enfant associé à son culte n’apparaît derrière lui que comme une per.sonniücation de cette perpétuelle renaissance, sans commencement ni fin. Tel est le dieu dont l’Egyptien voyait l’image à chaque pas répétée sur les murs des édilices sacrés. Selon les lieux, les attributs dont on entourait le personnage divin se modifiaient ; mais dans cha(|ue temple la triade apparaissait comme un svmbole destiné à aflirmer l’éternité de l’Etre. — En .somme, un Dieu invisible escorté de ses puissances divinisées, tel était pour le prêtre nourri dans le sanctuaire le suprême mystère caché dans les profondeurs de la religion égyptienne. Sous ce rapport deux chapitres de Jamblique doivent rester classiques. Si l’on s’en rapporte à Jamblique, l’Egypte aurait cru à un Dieu unique, antérieur au premier dieu, (*] etc. Autre part Jamblique dit: « le dieu « égyptien, quand il est considéré comme cette force cachée « qui amène les choses à la lumière, s’appelle Amman ; (|uand « il est l’esprit intelligent, qui résume toutes les intelligences, « il est Emeth ; quand il est celui qui accomplit toutes choses « avec artet vérité, il s’appelle Phtah, et enlin,(juand il est le « dieu bon et bienfaisant, on le nomme Osiris ». Derrière ces autels chargés des images de tant de divinités en apparence étranges, l’Egypte cachait donc des dogmes sérieux, et on voit par h\, (jue tout au moins, si la religion égy tienne a duré, c’est qu’elle s’appuyait sur une théologie qui n’était pas indigne de ce nom.
(♦) Comparez ce passage de Laclance: a Tholh a écrit un grand « nombre de livres, dans lesquels il proclame lu majesté d’un dieu < souverain et unique, qu’il appelle comme nous deus et pater.
IL Monuments Funéraires.
Les monuments funéraires entrent pour une part toujours considérable dans les collections d’antiquités égyptiennes. Les auteurs de la tradition classique nous ont appris que les Egyptiens faisaient peu de cas des demeures qu’ils habitaient pendant la vie, et qu’au contraire ils entouraient de tous leurs soins les maisons éternelles où ils devaient reposer après leur mort. L’étude des monuments est d’accord avec le témoignage des écrivains grecs et latins. Les maisons des villes étaient petites, étroites, bâties en bois ou en briques crues ; les tombeaux ont bravé les siècles. Le mobilier funéraire répondait au luxe des tombes. Meubles, statues, stèles, amulettes, on entassait autour du mort tant d’objets divers que le fouilleur en est quelquefois étonné: Au contraire, ce que nous connaissons des villes égj’ptienries, nous autorise à penser qu’il en était de ces villes comme de toutes les cités modernes de l’Orient, où la vie en plein air dispense la grande masse des habitants de cette recherche du luxe qui est un des besoins de notre civilisation.
On comprendrait mal la destination de la plupart des objets qui appartiennent à la série des monuments funéraires, si préalablement je ne donnais quelques détails sur l’ensemble des sépultures égyptiennes.
Mettre les morts à l’abri de toute atteinte de l’inondation a été le principe quia toujours guidé les Egjq»tiens dans le choix de l’emplacement réservé aux nécropoles. Dans le Delta, les morts ont été ensevelis, soit dans l’épaisseur des murs des villes et des temples, quand ces murs étaient en briques crues, soit dans des tumuli élevés au milieu des plaines. La Moyenne et la Haute-Egypte ont profité des avantages que leur offraient les chaînes Lybique et Arabique qui des deux côtés confinent aux plaines cultivées, et les habitants ont pratiqué, dans le rocher qui forme ces deux montagnes, les grottes destinées à recevoir
Icui’s morts. Rarement les morts ont été confiés à la terre nue. Aux basses épocjues, les buttes qui marquent le site des villes détruites ont été quelquefois employées comme lieu de sépul. turc; on se servait aussi pour le même usaj^^e des décombres qui s’élèvent en les cachant au-dessus des tombes plus anciennes.
Les tombes égyptiennes ne forment jamais un tout bien coordonné et on ne peut pas dire qu elles aient été invariariablement construites sur un type uniforme. Cependant, à ([uelque époque qu’il appartienne, un monument funéraire complet est divisé en trois parties : la chapelle extérieure, le puits, les caxeaux souterrains , ce que montre la figure ci-jointe.
A. Les Chapelles extérieures se composaient d’une ou de plusieurs chambres accessibles en tout temps au moyen^le portes qu’on ouvrait à volonté ; c’est dans ces chapelles que les parents, ou peut-être les prêtres d’une certaine classe, venaient, à diverses époques de l’année, accomplir des cérémonies funèbres en l’honneur des morts. Tantôt les chapelles s’annoncent comme une sorte de petit tenqde cjui s’élève au milieu de la plaine où est située la nécropole ; tantôt on substitue à ce petit temple le même ensemble de chambres creusées sur une déclivité de la montagne , et, dans ce dernier cas, les chambres accessibles constituent un véritable spéos.
Sous V Ancien-Empire (R® à XI® dyn.;, le monument extérieur est un mastaba, construction quadrangulaireà faces symétriquement inclinées et lejdus souvent unies. Cette construction est toujours faite en blocs énormes ; de loin , on la croirait massive et pleine , comme une pyramide tronquée. Ihie porte s’ouvre cependant sur l’un des côtés, presiiue toujours celui qui regarde l’Est. Cette porto est (juelqucfois une simple entrée couronnée par une sorte de tambour cylindrique voy. Magasin 5,80, 81). Plus souvent la porte s’agrandit: elle a pour montants des bas-reliefs représentant l’image en pied du défunt (voy. Magasin n" J, 02, 65, 82, 80 , et pour linteau une large dalle couverte d’une inscription en lignes
horizontales {Magasin n° 5, 67, 84). En de rares exceptions, quand la tombe est celle d’un personnage élevé , la façade prend des proportions plus monumentales, et elle est précédée
de gros piliers carrés sans abaque et sans base, supportant de massives architraves monolithes. L’inscription en caractères horizontaux qui couvre le linteau des portes et qui sert comme
d’enseigne au tombeau, mérite toujours d’ être étudiée. Elle débute par une invariable formule de prière, suivie de la mention des dons funéraires à présenter au mort, à certains anniversaires, jusque dans réternité. La liste de ces anniversaires n’est pas à cette époque aussi complète qu’elle le sera plus tard. A c6té de quelques fêtes non définies , comme la fête de Saf ou du mois de Saf\ on en rencontre qui ont un caracltTe astronomniue bien tranché : je citerai les i 2 fêtes de chaque l®*" jour du mois, les 12 fêtes de chaque 16®® jour du mois , les fêtes du commencement des saisons, probablement les tetraménies, et surtout les deux fêtes à célébrer au premier jour de l’année sacrée et au premier jour de l’année civile , précieuse mention qui nous prouve qu’ alors l’Egypte avait dt^à constaté la vraie longueur de l’année de 365 jours et un quart (voy. Magasin n° 5 , 84] . — Les représentations qu’on trouve dans l’intérieur des mastaba n’ont pas moins d’intérêt. Là , la personnalité du défunt est presque seule en jeu. On le voit entouré de sa famille, assistant à des scènes diverses : il chasse dans les roseaux ; il préside aux travaux des champs ; des serviteurs lui apportent des produits de ses fermes, d’autres immolent à ses pieds les bœufs de sacrifices. Le mobilier des chambres où ces représentations de la vie privée sont figurées est toujours aussi simple que possible ; on n’y trouve jamais que des tables d’offrandes (voy. Grand Vestibule, 73, Magasin 5, 12, 27, 47, 89) et des stèles (voy. Grand Vestibule, Salle de t Ouest, Magasin n® 5, passim.; Les premières sont votives. Les offrandes en pains sacrés , en vins , en fruits , en victuailles, qui devaient être apportées en nature aux anniversaires dont nous avons déjà parlé, y apparaissent sculptées sur la pierre. Quant aux stèles, véritables épitaphes servant comme de résumé au tombeau tout entier, elles occupent la place d’honneur au fond de la chambre principale. Sous r Ancien-Empire, les stèles ont un caractère auquel il est impossible de se méprendre (voy. surtout Magasin n® J, 56).
Elles sont quadrangiilairos et le plus souvent colossales. Le style des ornements qui les décorent est celui de la façade des édifices du temps, comme si la stèle était elle-inéme un naos dont le défunt serait la divinité. Les hiéroglyphes y sont grands , clairs , espacés. On y trouve peu de déterminatifs , même pour les noms propi-es. Sur les plus anciennes , on devine une langue et une écriture qui se forment. Les plus récentes icelles de la VI'"® dynastie, par exemjde) ne sont pas exemptes elles-mém(;s d’un certain cachet d’archaïsme. Autant , sous les dynasties qui suivent l’ Ancien-Empire , les personnages à la mémoire desquels les stèles sont consacrées prennent soin de nous faire connaître leur généalogie ascendante, autant ici ils négligent, de parti pris, ce renseignement. Anubis, en sa qualité de gardien spécial des chapelles funéraires et des sarcophages, est le dieu (jui est le plus souvent irivo(|ué. Le nom d’Osiris est très-rare , surtout avant la VI"*® dynastie , ce (pii entraîne la suppression des mots le justifié qui plus tard seront l’inévitable accompagnement du nom du défunt. Dans l’arrangement général des textes , l’énumération des titres prend une place toujours importante. Ces titres sont plutôt religieux que civils. On ne peut parler des chapelles accessibles de r.Vncien-Empiresans rappeler que les Pyramides possédaient elles-mêmes des monuments de ce genre construits en avant de leurs faces orientales; des prêtres [netcr-hen) étaient attachés k ces chapelles et venaient, aux époques prévues par les lois religieuses, faire des offrandes funèbres aux rois dont la pyramide gardait la dépouille mortelle (voy. Magasin .7, oi, 67, 69, 70, 17; Grand Vestibule^ 3o, 36, 54 . — Dans cette énumération du mobilier funéraire que l’on trouve dans les chambres ouvertes des chapelles de l’Ancien- Empire, j’ai omis à dessein les statues représentant le défunt, .statues cependant pres(|uc aussi communes que les stèles et les tables à libations. C’est que les statues des mastaba ne se trouvent pas , comme sous les dynasties postérieures, dans les
— tisanes ouvertes des chapelles. Aux en^^^ons et à une petite distance de la cliaml)re principale, les architectes ont ménagé dans la masse du monument une sorte de réduit que nous avons nommé serdab ( un corridor ) et qui était muré de toutes parts pendant la construction : c’est dans ce corridor qu’étaient enfermées les statues du défunt (voy. Grand Vestibule, Salle de l'Ouest, Salle de l'Est, Mafjasin n° 5 , passim . L’usage le plus général était de cacher ces monuments pour l’éternité, en prenant le serdab dans Ja masse du t()nd>eau et en l’isolant de toute communication avec l’air extérieur. Quelquefois cependant une petite ouverture rectangulaire que l’on découvre dans l’une des parois de la chambre principale avertit qu’un étroit conduit mène de cette ouverture aux statues cachées, et qu’on pouvait en certains cas, soit y prononcer des paroles que les statues étaient censées entendre, soit plus probablement y faire passer la fumée d’un encens i*; ; il n’est pas impossible que les trous rectangulaires de la chambre du roi dans la pyramide de Chéops aient eu cette destination. — Je ne terminerai pas cette notice des chapelles de l’ Ancien-Empire, sans faire remarquer que les monuments funéraires de ce temps sont aussi sobres de représentations de divinités que les monuments du Nouvel-Empire en sont prodigues ; l’absence complète de figures de dieux au milieu des innombrables scènes que nous ont restituées les mastaba de l’ Ancien-Empire, est en effet une anomalie qui constitue un caractère d’époque très-tranché. Du reste, excepté sous la Xll'"'’ djmastie, le luxe des monuments extérieurs n’a jamais été plus loin (jue sous r Ancien-Empire: un certain air de solidité, de grandeur et de simplicité que l’architecture égyptienne ne retrouvera plus est
(♦) Des personnages , probablement des parents du défunt , sont représentés à chaque ouverture du serdab du tombeau de Ti, à Saqqarah, brûlant de rciicens dans une sorte de cassolette sous la forme que rappelle le thymiatérion des monuments grecs.
répandu sur toutes les constructions de cette brillante période.
Je n’ai que des données assez vagues sur la disposition de la partie accessible des tombes pendant le Moyen-Empire, c’està-dire après la dynastie et avant la XVIII®. Rien ne laisse supposer (ju’à cette époque l’usage des mastaba fût encore en vigueur; mais rien non plus ne donne à croire que la XII® djiiastie et les djiiasties environnantes n’aient pas suivi le mode de construction si généralement adopté sous l’ Ancien- Empire. Les seules chambres accessibles de ce temps qui soient venues jusqu’à nous sont des spéos, et Je n’ai qu’à nommer les hypogées de Beni-IIassan pour montrer que les tombes élevées aux fonctionnaires des Ousertasen dépassaient encore en magnificence les tombes (jui remontent jusqu’à l’àge des Pyramides. Alors tout est grand, soigné, éclatant, et la belle époque des chapelles extérieures est évidemment celle ([ui fut contemporaine de ces magnifiques monuments. — L’ornementation des chapelles funéraires du .Moyen-Empire est du i-este à peu près celle dont j’ai essayé de donner une idée en décrivant les mastaba. Le défunt, sa famille, la pèche, la chasse, l’agriculture, ((uelques épisodes de sa vie, en font tous les frais. La fête de l’apparition de Sothis, la fête des épagomènes s’ajoutent à celles que j’ai déjà mentionnées et dont l’usage était maintenu. Pas de représentations divines, peu de noms divins employés dans les formules de prières, au moins quant aux légendes qui couvrent les murs. A première vue, les chapelles du Moyen- Empire sont ainsi une continuation régulière de celle des dynasties précédentes . Il est cependant (pielques différences dont l’archéologue doit tenir compte. Les dates, les cartouches employés pour désigner la personne royale se montrent; au contraire, les titres donnés aux prêtres attachés aux monuments funéraires des rois de l’ Ancien-Empire ont disparu. La clarté des textes est augmentée par l’emploi plus régulier des déterminatifs et l’arrangement plus fréquent des éléments phonétiques autour des caractères-symboles. En même temps.
après la (ormu\e le jusil/Ié auprès d'Osiris qui désormais est fixe, apparaît la mention de lanière du détimt, plus fréijuente que celle du père. Les parents du roi (Suten rekh) deviennent aussi de plus en plus rares à mesure que s’élèvent les nobles chefs (erpa ha). En général les titres sont plutôt civils que religieux. Autrefois, l’usage du serdab multipliait les statues du mort; sous la XI dynastie au contraire ces images deviennent extrêmement rares. Il est une autre particularité propre à la plupart des tombes de cette époque qu’il importe de signaler. Jusqu’ici, la partie accessible des monuments funéraires que j’ai décrits , est distincte du caveau proprement dit où les momies reposent. Très-souvent, au contraire, sous les rois du Moyen-Empire, la chambre ouverte où, à certains jours, se réunissaient les parents était aussi celle où le cercueil était conservé. Les exemples de cet arrangement sont frécpients ù Drah-abou’l-neggah (XI® dynastie) et à .\bydos 'XIII® dynastie), soit que la chapelle funéraire ait été taillée en .ç;;co.y, soit que le monument prenne la forme d’une pyramide et s’élève au milieu de la plaine, soit enfin que ces mêmes pyramides se retrouvent surmontant comme une sorte de couronnement une massive construction carrée qui donne à l’édifice tout entier l’apparence de ces profils d’hypogée qu’on voit représentés sur certains bas-reliefs funéraires (voy. Magasin n° J, 49;. — Les monuments les plus intéressants (|ue le Moyen-Empire, et en particulier les tombes de Drah-abou’l-neggah et d’ Abydos nous aient rendus, sont les stèles. Quand, après le vide monumental qui sépare la VI® dynastie de la XI® surgissent tout à coup les Entef dans la nécropole de Thèbcs, on s’aperçoit que, durant cette période, il s’est opéré un travail (pii a donné aux stèles un tout autre caractère que celui qu’ elles avaient auparavant. Les stèles de la XI® dynastie sont rudes (voy. Vestibule de la Salle des bijoux y 6, 7); elles ont conservé la forme qiiadrangulaire dépouillée cependant des ornements ù rainures ])rismati- (pies (pii caractérisent l’ Ancien-Empire; mais elles semblent
avoir un point de départ inconnu et ne présentent avec les stèles delà VI® dynastie aucune de ces ressemblances qui accusent un lien de parenté. Sous la XII® dynastie, la transformation est déjà sensible, {voy. Grand Vestibule, Salle de V Ouest, Vestibule de la Salle des bijoux. Magasin 5, passim). Les stèles arrondies par le haut paraissent. Des dates royales se montrent. La formule des proscynèmes n’est plus comme autrefois une brève invocation à Anubis suivie tout aussitôt des titres du défunt. On sent que cette formule se fixe. Les titres des dieux y prennent plus de place; Osiris y est en pleine possession du séjour des morts. Autrefois la stèle n’était (ju’un texte gravé sur une façade d’édifice; elle tend maintenant à devenir un tableau où le défunt est représenté entouré des siens et assistant aux otl'randes par lesquelles ses mânes sont honorées. Malgré (juelques points de contact communs, malgré les exemples où les stèles de la XII® dynastie nous montrent l’Egypte renouant avec la VI® les traditions interrompues, on découvre donc entre les deux périodes des dift'érences marquées. Sous la XIII® dynastie, la séparation est complète. A ce moment , les stèles deviennent confuses, chargées, hérissées de noms propres. La famille envahit de plus en plus le champ du monument, et, en général , .ses divers membres sont représentés, à droite et à gauche de la stèle , à genoux et alignés sur deux lignes verticales. Du reste , ici , comme sur tous les monuments funéraires de l’Ancien et du Moyen-Empire, se remarque l’absence intentioimelle de toute représentation de divinités : il est évident que l’usage de ces représentations ne s’est pas encore introduit, ou ])lutôt n’a pas encore été appliqué aux tombeaux.
Le Nouxel-Empire commence à la XVII I*"® dynastie et finit à la conquête de l’Egypte par Alexandre. Quand les Pasteurs .sont expulsés, quand avec Amosis, l’Egypte reprend possession d’elle-même, les bords du Nil semblent recevoir une vie nouvelle et l’histoire constate que ce moment fut le signal d’un
développomont considérable de la civilisation. Tl est naturel de penser que les tombes eurent leur part de ce progrès, et (jue tout au moins la partie visible et accessible de ces tombes tut mise en rapport avec le luxe des palais et des temples. L’exploration des lieux n’a donné qu’imparfaitement raison à cette conjecture. Les sépultures du Nouvel-Empire qui bordent les rues des nécropoles comme autant de petits temples prennent à la vérité la forme extérieure d’élégants naos; des colonnes ornent les façades et j’en ai meme trouvé (|ui étaient précédées d’une courte avenue de sphinx. Mais le grand art qui distingue la XIl“° «lynastie est décidément éteint, et si soignées qu’elles soient , les tombes du Nouvel-Empire ne suffisent jilus à nous prouver que l’ère nouvelle, dans laquelle entrait l’Egypte lui ait jamais rendu son ancienne vigueur. Quant aux chambres, elles sont vastes, nombreuses, (juelquefois tracées sur un plan qui rappelle celui des temples 'hypogées de Tcll- Àmarna). L’ornementation en est plutét riche que soignée. Les couleurs brillent au plafond et sur tous les murs 'hypogées ô! Abd-cl-Qoiirnah). Au lieu des massifs piliers de l’Ancien-Empire, on trouve des colonnes cannelées à chapiteaux épanouis (tombes de Saqqarnh). Des statues du défunt sont déposées dans des niches, ou occupent les entrecolonnements {Magasin J, 8, 9). Sur des socles de granit ou d’albâtre sont placées des tables d’offrandes votives (*). Des morceaux choisis de la littérature, le plus souvent des hymnes poéti<jues au Soleil (voy. Grand Vestibule ^ 64; sont gravés sur des stèles adossées aux murs. Sans aucun doute, la personnalité du défunt est ici moins qu’autrefois mise en avant. .Mais si les travaux des champs et l’intérieur de la famille ne sont plus aussi souvent représentés, on trouve à étudier en de plus fréquentes occasions les peintures qui nous montrent diverses
(♦) Ceci csl rexception. Les tables d’offrandes sont aussi rares sous le Nouvel-Empire qu’elles sont communes sous l’Ancien.
scènes clans lesquelles le défunt joua un rôle , processions religieuses , hommages rendus aux rois , missions à l’étranger, épisodes de batailles, etc. La vie civile , avec une nuance plus historicpie, prend ainsi sa part de roniementation des chapelles accessibles du Nouvel-Empire. Je me hâte d’ajouter que cette part fut toujours relativement petite, et qu’en général les représentations sous les dynasties qui suivirent les Pasteurs , furent plutôt religieuses. Autant en effet les anciens tombeaux se défendent contre l’envahissement du Rituel , autant ici le Rituel trouve un accès facile , et des parois entières, surtout à partir de la XXVI™® dynastie , sont couvertes des principaux de ses chapitres. On voit c|ue désormais ce livre célèbre a pris possession des tombeaux, et avec lui arrivent les représentations jusqu’alors si rares de toutes les divinités du panthéon égy'ptien. Les statues de dieux proprement dites font cependant encore défaut , et c’est tout au plus si , au fond de la chambre principale, apparaissent des figures de ronde-bosse représentant, soit le défunt assis entre deux divinités , soit la déesse Amenti qui, sous la forme d’une vache dont la partie postérieure reste engagée danS la montagne , vient au-devant du mort. Ces rapides détails suffisent, je crois, pour donner une idée de l’ensemble des parties accessibles des tombes du Nouvel-Empire. Autrefois la religion n’était pas autant qu’elle le devînt plus tard la vie même de la société ég}*ptieiine, et dans les tom’oes de l’ Ancien-Empire et du Moyen-Empire, l’élément ci\il l’emporte sur l’élément religieux : c’est le contraire qui se voit, dès que l’Egypte', après l’expulsion des Pasteurs, marche de nouveau dans les voies de la civilisation. — Il me reste un deniier mot à dire des stèles. Les stèles que le Nouvel-Empire nous a laissées sont aussi nombreuses que différentes de style , et chercher montrer par quelles minutieuses observations la science est parvenue à distinguer les règles (jui servent à les classer entr’ elles, serait sortir de notre cadre. La loi la plus générale qui , sous le Nouvel-Empire,
préside à rarrangoinent des textes sur le champ des stèles est celle-ci : le premier registre est tout entier religieux. Certains dieux, particulièrement Osiris, en occupent la partie principale. Devant eux , le défunt debout, suivi de sa femme et de quelques personnes choisies de sa famille , est dans une des postures de l’adoration. A ses pieds, est une table chargée des offrandes habituelles qu’il présente au roi de l’enfer égyptien. Le second registre nous fait retourner aux représentations du Moyen-Empire. C’est le défunt (jui maintenant est assis devant la table d’offrandes et qui reçoit l’hommage de ses parents debout ou agenouillés devant lui. Un dernier registre contient la formule de prières.
Après le Nouvel-Empire viennent les Ptolémées et les Empereurs. Ici la mode des chapelles extérieures s’oublie peu à peu. Les tables d’offrandes disparaissent, la composition des stèles s’altère. Tout le luxe des sépultures se réfugie à ce moment dans les chambres sodterraines où .se rencontrent ces sarcophages de granit et de basalte dont les ÎMusées po.ssèdent de si inagnifi(|ues échantillons.
Telles sont, dans leurs dispositions les plus générales, les chapelles funéraires. Celles-ci constituaient , dans l’ensemble d’une tombe égyptienne , la partie en quelque sorte monumentale de cette tombe. Les parents s’y réunissaient pour honorer le mort. Des cérémonies funèbres v étaient accomplies. Suivant le rang et la riche.sse du défunt, un luxe plus ou moins grand présidait à l’arrangement <lcs chambres dont ces chapelles étaient composées. Ces pieux usages ont fourni aux Musées d’Europe, et particulièrement à notre Musée de Doulaq, des monuments dont le visiteur connaît maintenant la provenance : ce sont les stèles funéraires, les tables d' offrandes, les statues de particuliers, et, en général, tous les bas-reliefs, les linteaux déporté, inscriptions (\\x on retrouve dans les décombres sous lesquelles la plupart des chapelles funéraires gisent aujourd’hui ensevelies.
B. Au milieu de l’une des chambres que je viens de décrire, ou bien encore en un coin caché du momument extérieur, se trouve la bouche d'un puits vertical, toujours carré ou rectangulaire (voy. la vignette, p. 21). C’est la seconde des trois parties qui composent une sépulture égyptienne. Jusqu’à ce qu’il atteigne le roc qui s’étend en dessous de la couche de sable dont le désert de la nécropole est formé, le puits est bâti en belles pierres (Memphis), ou bien en briques crues (Abydos, Thèbes, etc.). J’en connais qui ont jusqu’à trente mètres de profondeur; le plus souvent, après dix ou' douze mètres, on en atteint le fond. Quand le puits est vierge , il est rempli jusqu’à la bouche d’éclats de pierres mélés de sable et de terre, le tout formant , avec l’eau qu’on y a jetée, une sorte de ciment compact qu’on ne parvient aujourd’hui à percer qu’avec les plus grands efforts. Au fond du puits , sur une des quatre parois, le rocher s’interrompt tout-à-coup, et l’on rencontre un mur. C’est le mur qui ferme l’entrée des chambres mortuaires proprement dites.
C. Dans les chambres mortuaires reposaient les momies. Après ce qui précède , je n’ai pas besoin de faire remarquer que ces chambres sont creusées dans la masse du rocher, et que les puits une fois pleins de décombres, elles étaient à l’abri de toute violation facile. Les légendes tracées sur les murs de la partie souterraine des tombes forment une exception dont j’ai à peine trouvé deux ou trois exemples.
La simplicité, la grandeur sont les traits distinctifs des caveaux funéraires de l’ Ancien-Empire. Au centre d’une chambre vaste, régulière , s’élève le sarcophage. Il est rectangulaire et sans chevet arrondi. Le couvercle e.st plat comme une dalle, ou voûté par dessus avec quatre oreillettes carrées aux angles. Ce sarcophage est taillé dans une sorte de basalte noir, dans le granit rose, ou dans le calcaire. Il est en général dépourvu d’ornements. S’il en possède, le motif est emprunté au style d’architecture de l’époque [Magasin 5 ^ 1). Les inscriptions
ne sont que le nom et les titres du défunt; par exception , on gravait sur le couvercle la formule des cérémonies accomplir à certains anniversaires. Autour du sarcophage, on trouve «les ossemenU de bœufs et de grands vases en terre rouge conte-
nant des cendres. Un cercueil de bois, à face humaine, composé de plusieurs pièces assemblées à l’aide de chevilles aussi en bois, est placé dans l’intérieur du sarcophage. Ces cercueils n’ontpas de peintures. Surle devant de la poitrine, onlitcependant quelquefois la formule : d /o/, X..., enfant du Ciel, né de la déesse Nout, etc. A l’ouverture, le corps est un squelette et c’est tout au plus s’il a été recouvert d’une sorte de drap en forme de linceul. Quand ils ne tombent pas en poussière au contact de l’air, les os laissent échapper une faible odeur de bitume. Aucun objet n’accompagne d’ailleurs la momie.
On ne trouve de monuments funéraires de la dynastie que dans la partie de Thèbes appelée Drah-abou’l-neggah. L’étude des caveaux de ce temps ne dément j)as les conclusions que l’examen des stèles de la meme époque nous a déjà révélées. Pas de régularité, pas de grandeur, rien «jui rappelle l’Ancien-Empire. Quelques traits d’une commune parenté se laissent cependant apercevoir , et je ne sais quelle gaucherie dans l’art de ce temps avertit que certaines traditions rompues se renouent, comme si l’Egypte se réveillait d’une invasion. Dans ces caveaux d’une si détestable exécution, sont pourtant déposés des objets dignes de l’attention des fouilleurs. Çà et là, contre les murs, contre les cercueils qui s’empilent jusqu’aux voûtes , sont rangés des chaises, des tables, des tabourets , de grands coffres , des vases pleins de cendres , des paniers qui ont conservé jusqu’à nous le blé , les raisins , les grenades, les douniy que la piété des parents y avait enfermés (voy. Salle de F Est, Armoire N.). Sous la XI“® dynastie, le mode des cercueils de bois a prévalu. Les plus communs sont rectangulaires et à couvercle plat. Les peintures qui les couvrent sont vives et discordantes. Les grandes rainures pris-
inatiques à fleurs de lotus épanouies en sont toujours l’ornement principal ; on y mêle des dessins de sandales , de vases , d’armes, d’objets d’offrandes; des imitations de bois assez habilement exécutées s’y font remarquer. Le plus souvent les sarcophages rectangulaires de la XI“® dynastie sont d’une rudesse dont on s’étonne. A Saqqarah, les fouilles du Vice-Roi nous ont donné des boîtes de momies appartenant à la basse époque romaine, mais tellement semblables à celle de Drahabou’l-neggah qu’à première vue il semble difficile que les unes ne soient pas du même temps que les autres. Des deux côtés même inexpérience , même agencement maladroit des ornements ; des deux côtés aussi , on trouve des légendes hiéroglyphiques tracées par des mains si ignorantes que ces légendes ne se lisent même pas. Si j’insiste sur cette ressemblance, c’est qu’à bon droit elle a frappé mon attention. La vieillesse de l’art égyptien semble ainsi toucher à cette période de résurrection qui , sous la XI“® dynastie , fut pour l’Egypte comme une seconde enfance. A la XI”® dynastie appartiennent encore des cercueils à visage humain qui occupent, comme les sarcophages, une place à part dans l’archéologie égyptienne (voy. Magasin n® 5, 94). Nous avons vu que sous r Ancien-Empire les momies sont enfermées dans des cercueils de bois mince formés de planches assemblées avec des chevilles de bois ; ici nous avons affaire à de véritables troncs d’arbres évidés pour recevoir le dépôt funèbre qu’ils sont chargés de conserver. Le style primitif de la XI“® dynastie s’v retrouve : les couleurs sont éclatantes, les contours des visages sont rudes; ces visages sont peints en jaune, en blanc et quelquefois en noir. Le mode de décoration usité pour les cercueils de ce temps est caractéristique. Sur la poitrine, audessous d’un large collier qui descend des épaules, sont figurés l’urœus et le vautour, sMïiboles de la souveraineté sur la Haute et la Basse-Egypte. Sous les pieds , Isis et Nephthys sont représentées à genoux , dans l’attitude du deuil. De longues
ailes, vivement accusées, semblent se l’abattre sur le cercueil quelles couvrent tout entier (*), et rappellent le souvenir d’Isis ressuscitant son frère Osiris auquel le défunt est assimilé. Quant aux momies de la XI"’® dynastie , elles ne sont remarquables que par la quantité d’objets de toute sorte , paniers , outils de bronze, miroirs, arcs, tlèches, poignards, sabres, vases à poudre d’antimoine , (|u’on trouve avec elles , en ouvrant le cercueil dans lequel elles sont enfermées. L’état des corps atteste des procédés d’embaumement toujours imparfaits. Les momies sont jaunes, desséchées, cessantes ; une fois sur trois, elles sont réduites à l’état de squelette. L’emmaillotage des membres par des bandelettes étroites n’est appliqué qu’aux plus riches d’entr’ elles. Le plus souvent , le défunt est enveloppé comme au hasard dans plusieurs draps pliés, sur lesquels un dernier drap est étendu tout au long. Du reste, jamais une amulette, jamais une figurine de dieu ; le seul emblème vrai ment funéraire est le scarabée qu’on recueille presque à coup sûr au petit doigt de la main gauche des momies de cette époque.
Sous la XII"’® et la XIII"’® d\Tiastie , les caveaux funéraires sont, comme sous la XI*"®, étroits, bas, et irrégulièrement percés. Des têtes de bœufs, des poteries rouges s’y rencontrent. Quelques figures de bois représentant soit Osiris, soit Isis et Nephthys , accompagnent le sarcophage. En plusieurs occasions, j’ai ramassé sur le sol des statuettes funéraires de pierre sur la poitrine desquelles est gravée une légende (jui débute par la formule d’invocation « Suien ta hotep » inusitée sur les monuments de ce genre (voy. Salle du Centre, 282}, Les . cercueils ricki ont disparu; mais la mode des beaux sarcophages ornés des rainures prismatiques s’est maintenue. Les momies sont noires ; la peau quoique flexible encore est desséchée. L’emmaillotage proprement dit ne se rencontre qu’en de rares
(*) D’où les Arabes les appellent richi, c’est-à-dire à plumes.
occasions. Des draps à peine noués enveloppent les membres, et le corps semble ainsi flotter dans ses langes. Des scarabées, des amulettes diverses, quelques figurines de divinités (surtout de Pascht) commencent à se montrer dans la partie de la nécropole d’Abydos consacrée aux sépultures de la XIII® dynastie. Les caveaux funéraires de la XIT"*® et de la XII I“>® dynastie que j’ai rencontrés intacts sont d’ailleurs d’une rareté si grande qu’il serait peut-être téméraire de pousser au-delà de ces renseignements généraux la description du mode de sépulture usité sous les rois qui ont suivi les Entef.
Je ne saurais dire quel fut le mode d’arrangement des chambres mortuaires après la XIV“® djmastie, c’est-à-dire sous les Pasteurs. Mais la nécropole de Thèbes nous a mis entre les mains assez de sépultures de la XVII“® pour que nous sachions qu’à cette époque l’Egypte avait adopté les usages funéraires en vogue sous la XI“® (voy. Salle des bijoux, cercueil à' Aah-hotep) . A ce moment, Drah-abou’l-neggah devient en effet de nouveau le cimetière de Thèbes. Les cercueils richi et les mauvaises momies reparaissent. Les mêmes vases , les mêmes meubles se retrouvent dans les tombeaux. Quelques cercueils de princes et de personnages élevés , sans négliger l’ornement traditionnel des ailes , sont dorés des pieds à la tête, autre manière de rappeler, par le chatoiement de l’or dans les parties saillantes, l’un des titres d’Isis protégeant Osiris : elle a fait de la lumière avec ses plumes. En outre, les morts s’appellent encore comme autrefois Entef, Âméni, Akmès, Aah-hotep, si bien qu’ aujourd’hui l’œil le plus exercé a peine à distinguer entr’eux des monuments que plusieurs dynasties et une longue invasion séparent.
Nous arrivons à la XVIIl'"® dynastie. Quelque brillante que soient les destinées de l’Egypte , la partie souterraine des tombes ne retrouve jamais cette grandeur c[ui est le trait distinctif des caveaux funéraires de l’ Ancien-Empire. Ici tout est mesquin, étroit, sans profondeur. Un seul puits aboutit
à un nombre infini de cimmbres t|ui se croisent et se superposent, après avoir donné asile à plusieurs générations de momies. Les exemples d’usurpation de sépultures, autrefois si rares, deviennent de plus en plus fréquents. Quand une bonne fortune a conduit la pioche des travailleurs à l’entrée d’un caveau mortuaire que des fouilles antérieures n’ont pas bouleversé , on s’aperçoit bien vite en y pénétrant qu’on a affaire à d’autres temps. Tout devient exclusivement religieux. Les premiers règnes de la XYIII®® dynastie se souviennent bien encore de] ces anciens usages qui faisaient dé- ]K)ser avec les momies des meubles, des armes, des provisions : mais , après eux , l’arrangement des objets divers dans les tombes est gouverné par un ordre d’idées tout différent. Les plus communs de ces objets sont les statuettes funéraires. Tantôt on les enfermait dans des boîtes scellées qu’on plaçait à côté du cercueil (voy. Salle da Centre^ 276) ; tantôt elles étaient répandues sur le sol de la chambre. Jusqu’à la XXVI“° dynastie, les matières le plus souvent employées pour la fabrication de ces petits monuments sont l’albàtre, le calcaire, le granit; la serpentine , le bois ; les statuettes de porcelaine émaillée sont rares : avec les Saites (XXVI“® dynastie) celles-ci apparaissent au contraire de plus en plus nombreuses. Les vases funéraires, improprement appelés canopes, se montrent aussi avec le Nouvel-Empire. Aucune règle bien fixe ne préside au dépôt de ces vases parmi les objets dont la partie cachée des tombeaux est ornée. On les trouve dans un ordre indifférent, soit aux angles des sarcophages , soit dans des niches établies sur la paroi de la chambre, soit dans des caisses divisées en compartiments (voy. Salle du Centre, 290). Le mobilier funéraire des caveaux du Nouvel - Empire est complété , selon les temps et les lieux , par divers autres monuments dont le Musée conserve des échantillons. Les vases d’albâtre remplis de baume , les sceaux de bronze destinés à contenir l’eau de purification (voy. Salle de fEst, Armoire O),
les jolies stèles de bois |Xîint (voy. Salle du Centre, Armoire R), les statuettes de bois i\ visages dorés représentant Osiris et ses deux sœurs , Isis et Nephthys , dans l’attitude des pleureuses , proviennent des caveaux situés à l’extrémité des puits funéraires.
Les monuments les plus intéressants que ces demeures souterraines offrent à l’étude des archéologues sont les momies et leurs enveloppes. Sous le Nouvel-Empire , c’est là que s’est portée toute l’attention des ordonnateurs des tombes. Jamais, en effet, on n’a entouré de plus de soin tout ce qui touche immédiatement à la personne du mort. Mais ici la voie qui s’ouvre devant nous s’élargit. Non-seulement les momies et leurs enveloppes varient d’une dynastie à une autre; mais, pour une même époque, elles se modifient selon les lieux. Thèbes et Memphis, par exemple , sont , sous ce rapport, dans un perpétuel antagonisme. J’indiquerai, aussi clairement que le sujet le comporte , les lois principales qui régissent ces monuments.
L’étude comparée des momies découvertes dans les souterrains de Thèbes et de Memphis permet d’établir entre elles trois divisions chronologiques qui sont les suivantes: Les plus
anciennes appartiennent à la période qui s’étend de la XVIII® à la XXI® dynastie. Pendant cette période, Memphis a presque exclusivement employé des sarcophages de granit. Ceux de la XVIII® dynastie sont de forme massive et taillés en caisse de momie ; les mains , engagées dans les langes , ne sont même pas indiquées par un renflement de la pierre. En général, ces monolithes sont sobres d’ornements. Une légende verticale court de la] poitrine aux pieds, et six autres lignes qui se prolongent jusque sur la cuve coupent la première à angle droit. Sous la XIX® et la XX® dynastie, les sarcophages de Memphis quoiqu’ encore en pierre dure, prennent des proportions moins grandioses. Le défunt est maintenant couché sur sa tombe. Son menton est orné d’une barbe épaisse et
carrée. Cette fois ses mains sont libres et tiennent divers emblèmes [tat, croix ansée et nœud de ceinture^ . Un tablier couvre le devant du corps et laisse paraître les pieds qui sont nus. Sur la cuve se montrent, dans des tableaux svmétriquement disposés, les images des quatre génies des morts et de quelques divinités funèbres. — Pendant cette même période, Tlièbes suit d’autres chemins, et les monolithes de Memphis y sont représentés par des cercueils de. bois. Aux massifs sarcophages de Saqqarah correspondent en effet, à l’Assassif et à Abd-el-Qournah , des cercueils de bois peints intérieurement et extérieurement en noir. (Voy. Magasin 5, 95) Le masque de ces caisses est rouge vif ou bien doré ; les yeux, dont l’enveloppe est en pâte bleue plutôt qu’en bronze, sont rapportés; sur la poitrine est un grand vautour, les ailes étendues ; les légendes disposées comme â Memphis en lignes qui se coupent, sont tracées en jaune. A ces cercueils peints en noir (XVIII® dyn.) succèdent ces belles caisses couvertes d’un vernis jaunâtre (XIX® dyn.) sur lesquelles sont peintes des représentations en toutes couleurs, (voy. Magasin ii° 5, 96) La profusion des ornements sur les caisses de ce genre est extrême. Aucun texte un peu long n’y est cependant encore écrit, et si les allusions au Rituel sont fréquentes, on y trouve plus de vignettes que de légendes. Bien souvent l’aspect extérieur du monument est celui d’une momie en gaine; mais quelquefois Thèbes s’entend en ce point avec Memphis et le mort est représenté couché sur sa tombe. Les mains sont alors croisées sur la poitrine et sortent des langes ; des boucles ornent les oreilles des femmes; le même tablier, arrangé en plis serrés, couvre les jambes. L’intérieur du cercueil n’est pas moins riche d’ornements; de grandes figures de divinités et de génies peintes en couleurs vives sur fond mat en forment le sujet principal. C’est du reste avec ces derniers monuments que s’introduit l’usage d’enfermer les momies dans de doubles, de triples et même de
quadruples cercueils qui s’emboîtent les uns dans les autres et font au mort un rempart qu’il n’est pas toujoui’s facile d’abattre. Quant aux momies qui appartiennent à la période comprise entre la XVIII® dynastie et la XXI®, il existe entre les procédés d’embaumement usités dans les deux capitales des différences dignes d’ôtre remarquées. A Memphis, les momies sont noires et si desséchées qu elles se rompent sous le moindre effort; mais la cavité de la poitrine est remplie de ces mille amulettes qui sont la richesse de nos vitrines. Alors les amandes en cornaline, les grenouilles en feld-spath vert ou en porphyre, les colonnettes vertes, quehiues grands tat de porcelaine se montrent. On commence aussi à rencontrer les gros scarabées de pierre dure sur le plat desquels se lit la formule extraite du chapitre XXX du Rituel. A Thèbes, au contraire, ces objets sont pour ainsi dire inconnus; mais l’art de l’embaumement y a atteint la dernière perfection. Les momies sont étroitement et minutieusement enveloppées dans leurs bandelettes; les corps sont jaunes et un peu luisants ; les ongles des pieds et des mains sont teints en henné; les membres ont conservé une flexibilité remarquable, et se ploient sans se briser; sur les meilleures d’entr’ elles, le doigt s’enfonce encore dans la chair. Selon l’habitude de tous les temps, la main gauche est ornée de quelques bagues et scarabées. En de trop rares occasions, on recueille sur les momies des Rituels sur papyrus déposés dans l’intérieur de la caisse, ou bien déroulés en partie et étendus de la tête aux pieds du cadavre par dessus les bandelettes. — 2® Le second âge des momies du Nouvel-Empire commence à la XXII® dynastie et se termine vers la fin de la XXVI®. Ici la scission entre Thèbes et Memphis devient complète. Thèbes n’offre alors aux visiteurs que des cercueils soignés, éclatants de peintures. Ce sont d’abord les cercueils à fond noir ou à fond de couleur de bois, au masque rouge, à la coiffure surchargée d’ornements bariolés, (voy. Magasin w® 5, 97) aux momies ornées d’une sorte de bretelles marquées aux cartouches du roi. A ces monuments
succèdent les caisses à fond blanc (voy. Magasin 5, 98). Autour de celle-ci court une légende en hiérogh'phes de toutes couleurs. Le devant du couvercle est divisé horizontalement en tableaux où alternent les représentations et les textes tracés en hiéroglyphes verdâtres. La momie elle-même est hermétiquement enfermée dans un cartonnage cousu par derrière, et peint de couleurs tranchantes. Enfin, sur la fin de la XXV® dynastie, arrivent les momies placées, comme sous la XIX®, dans de triples et quadruples enveloppes. La première de ces enveloppes est encore un cartonnage; la dernière, c’est-à-dire l’enveloppe générale, est un grand sarcophage à oreillettes carrées, dont le fond est blanc ou couleur de bois, et où de grandes figures ont pour texte explicatif des hiéroglyphes peints en vert sombre (voy. Salle de lEsty passim^ Magasin J, 37 et suiv. ; Salle de F Ouest, 102, 103). Quant aux caisses intermédiaires, les visages sont rouges, roses ou bien dorés; le bois y conserve le plus souvent sa couleur naturelle et n’est rehaussé que par des légendes sobrement tracées au pinceau. De la XXII® dynastie jusqu’aux Saites, Thèbes conserve ainsi le privilège des riches sépultures. — A Memphis, au contraire, une obscurité profonde enveloppe cette période. Comme les caveaux contemporains de la tombe d’Apis, les sépultures sont pauvres, négligées. Il est clair qu’aucune de ces grandes familles qui s’illustrent par des monuments funéraires somptueux n’habite en ce moment la plus ancienne capitale de l’Egypte. — 3® C’est l’inverse qui a lieu pendant le troisième âge des momies du Nouvel-Empire, c’est-à-dire des Saïtes à Alexandre. En effet la XXVI® dynastie paraît à peine qu’à Memphis un changement s’opère. De beaux et grands sarcophages de granit, tantôt rectangulaires et à chevet arrondi, tantôt taillés en forme de gaîne de momie comme le monument d’Aschmounazar, sont descendus dans les caveaux funéraires. Des cercueils de granit et de basalte, travaillés avec ce soin minutieux qui est comme la marque du bel art de ce temps, y
sont déposes. Les procédés de l’embaumement sont à la vérité en pleine décadence ; mais les momies sont de plus en plus chargées d’amulettes, de scarabées, de figurines en toutes matières. Sous les derniers rois des dynasties pharaoniques, le luxe des sarcophages et des cercueils de pierre dure usités à Memphis, loin de s’affaiblir, va en augmentant. Quant à Thèbes, elle a jeté tout son éclat pendant la période précédente, et les momies contemporaines des monolithes de Memphis qu’on trouve à l’Assassif attestent la décadence qui a frappé cette ville vers le temps de la conquête de l’Egypte par les Perses. — Ainsi, pendant la durée du Nouvel-Empire, les trois seules premières dynasties s’accordent pour nous donner, à Thèbes et à Memphis, des momies à peu près égales en valeur. Mais plus tard, l’observation des monuments funéraires nous prouve que la puissance a passé alternativement de l’une à l’autre des deux capitales. Après les Ramsès, Thèbes a la suprématie et ne commence à décroitre que quand les Saïtes transportent au nord de l’Egypte le siège officiel du Gouvernement; après les mêmes rois, Memphis, travaillée par les germes de discorde qui éclatent vers la XXIII® dynastie, est en pleine décadence, et ne se relève qu’avec les Psammétichus. — Même contraste sous les Grecs et sous les Romains. A Thèbes, les caveaux funéraires, sont plus bas, plus étroits, plus irréguliers que jamais. Souvent même on ensevelit les morts dans le sol ; plus souvent encore on les confie à d’anciens souterrains déjà violés. Les cercueils sont faits de bois mince, et presque toujours quadrangulaires. Il est très-rare qu’on y trouve, comme autre fois, de longs extraits du Rituel : les peintures sont presque toujours, soit des ornements renouvelés de la XI® djmastie, soit des imitations de bois. Quelques caisses plus soignées sont pourtant enrichies de représentations compliquées, parmi lesquelles se rencontrent des zodiaques. Des sandales de bois, des chevets, quelques poteries rougeâtres, des papyrus contenant des textes funéraires ou des documentsde la vie privée, sontense-
velis avec le mort. Pendant ce temps, Memphis continue les traditions des derniers rois de sang national. Les grands sarcophages rectangulaires à chevet arrondi, ^•oy. Cour, 3,7, 8;, les cercueils de pierre couverts de milliers de figures finement gravées, deviennent plus nombreux qu’ils ne l’ont jamais été. Les momies qui y sont contenues sont d’ailleurs remarquables par la richesse de leur décoration extérieure, ;voy. Salle de tEsi, 15, etc.). Un masque doré, la chevelure peinte en bleu, couvre la tête par dessus les bandelettes ; sur le devant du corps sont symétriquement disposés d’élégants cartonnages peints; les pieds sont enfermés dans une gaîne. A l’ouverture, la cavité de la poitrine laisse voir les mille statuettes dont j’ai parlé. — Mais le temps n’est pas loin où de communs malheurs vont rapprocher Thèbes et Memphis, et où ces deux villes ne seront plus que des ruines. Peu à peu les sépultures perdent alors de leur grandeur, les momies deviennent noires, pesantes, et ne forment avec leurs bandelettes qu’une masse compacte qu’on ne briserait pas sans le secours d’un instrument. Les cercueils eux-mêmes arrivent par d’insensibles transitions à n’être plus (fue d’informes ébauches. Ils sont rudes, désagréables à voir, et dans leurs parties sculptées ils semblent l’œuvre d’un peuple enfant. Un dernier symptôme achèvje de marquer la complète décadence de cette époque : les hiéroglyphes qui couvrent (juelques-uns de ces cercueils ne sont plus que des ornements sans signification ; pour la main qui les traçait , le secret de cette mystérieuse écriture était déjà perdu C’est qu’en ce moment l’Egypte elle-même, succombant sous les coups du christianisme triomphant, avait cessé dé compter au nombre des nations.
Telles sont dans leurs détails principaux, les trois parties qui composent une sépulture égyptienne. Les chapelles extérieures sont des oratoires ouverts à certains anniversaires: on y trouve des bas-reliefs, des inscriptions, des stèles, des statues, des tables d'offrandes,. Les caveaux, fermés pour
l’éternité, abritent les momies avec lesquelles sont déposés les Rituels, les scarabées, les figurines, les amulettes, les statuettes funéraires, les canopes, les vases, les armes, les meubles. Les puits servent de passage des chapelles aux souterrains, et ne sont qu’un obstacle de plus à la violation facile des morts. On n’y trouve jamais rien.
Après ces détails, le but essentiel que les Eg^'ptiens se proposaient d’atteindre , en donnant A leurs sépultures ces grandioses proportions, est facile à distinguer : tout y est combiné pour assurer la conservation du corps et sa durée. C’est qu’en elfet, là réside le pivot de toutes les croyances égyptiennes sur la destinée de l’homme après sa mort. Pour l’Egypte, la vie humaine ne finit pas au moment où l’ûme se sépare du corps : elle se continue dans l’autre monde. Après des combats plus ou moins terribles ,* qui toutefois ne mettent à l’épreuve que la piété et la morale du défunt, l’àme proclamée juste est enfin . admise dans le séjour éternel ; mais l’heure des félicités sans bornes ne viendra que quand le corps aura été réuni au principe éthéré qui l’a déjà une fois animé. Alors commencera cette seconde vie que la mort ne pourra plus atteindre. L’homme alors, identifié à Osiris , sera éternellement juste et éternellement bon. Il sera celui qui cherche à faire le bien, et qui l’aime. Quant aux réprouvés , à ceux qui , par leur conduite sur la terre, n’ont pas mérité d’entrer dans la demeure des bienheureux, ils subiront toute les tortures de l’enfer. Ils deviendront des êtres malfaisants ; ils aimeront à faire le mal ; chose singulière, ils seront des esprits ayant pour nuire à l’homme tout le pouvoir qu’ont les autres pour lui être utiles. A ceux-là une seconde mort, c’est-à-dire l’anéantissement définitif, est réservé. Le secret de la grandeur des sépultures ég^-ptiennes est dans ces croyances. Il faut qu’à un jour dit le corps soit prêt à recevoir l’âme qui viendra l’animer de nouveau. Ces momies que nous poursuivons d’une si indiscrète curiosité attendent une seconde vie qui ne sera pas comme
la première sujette à la douleur , et qui ne finira pas. Les belles tombes que l’on admire dans les plaines de Thèbes et de Saqqarah ne sont donc pas dues à l’orgueil de ceux qui les ont érigées. Une pensée plus large a présidé à leur construction. Plus les matériaux sont énormes, plus on est sûr que les promesses faites par la religion recevront leur exécution.. En ce sens, les Pyramides ne sont pas des monuments « de la vaine ostentation des rois » ; elles sont des obstacles impossibles à renverser, et les preuves gigantesques d’un dogme consolant.