EDFOU
Lo déblaiement du Grand Temple d’Edfou est l’opération la plus considérable que nous ayons faite en Egypte. Il y a six ans, ce magnifique édifice disparaissait encore tout entier [à l'exception du pylône) sons les habitations modernes qui en avaient peu à peu escaladé les terrasses. Il est aujourd'hui rendu à nos études.
La publication des milliers d’inscriptions qui couvrent les murs du Temple d’Edfou ne révélera aucun fait bien nouveau pour l’histoire. Mais on peut s’attendre à y trouver les documents les plus complets et les plus importants sur la géographie de l'Egypte et surtout .sur sa mythologie. C’est à tort que l’élude des monuments d’époque ptolémaique est regardée par quelques-uns comme inutile. Ceux qui cherchent la grande littérature, rivale des plus beaux textes bibliques, ne la trouveront certes pas à Edfou ou à Denderah : c’est aux monuments contemporains des Thoutmès et des Ramsès qu’il faudra la demander. Mais les inscriptions du temps des Lagides ont cet avantage qu’à travers les jeux de mots, la recherche d’esprit, j’oserai même dire les calembours dont elles sont chargées, on y rencontre une variété de renseignements sur lesquels les temples d’époque pharaonique restent constamment muets. En un sens, Edfou est moins discret qu’Abydos et que Karnak. Le profane y a un plus libre accès. La porte du sanctuaire est entrouverte et l’œil peut y pénétrer. C’est là ce qui assure au déblaiement du Grand-Temple d’Edfou une moisson digne des efforts que nous avons faits pour la cueillir.
Àppendice.-EDFoc.
Autant les monuments d’époque pharaonique sont prodigues de statues, d’obélisques, de sphinx, de stèles, autant, chose remarquable, les monuments d’époque Ptolémaïque en sont avares. Les chambres de ces derniers édifices semblent n’avoir jamais eu pour ornement que les scènes gravées sur leurs murailles. Aussi les travaux considérables auxquels a donné lieu l’exhumation d’Edfou ne seront-ils marqués par aucun monument dans noire Musée. Une seule pièce pourra un jour y être apportée. C’est l’immense monolithe découvert au centre du sanctuaire.
Ce monolithe, d’un beau granit poli, est taillé en forme de chapelle surmontée d’un pyramidion surbaissé. La hauteur totale est de prés de cinq mètres, sa largeur à la base de prés de deux mètres. Il est évidé au centre de manière à former une niche où, à certains jours de cérémonies, on devait enfermer des emblèmes sacrés.
Si ce monolithe n’avait pour luiquesa masse et le polide la matière dont il est formé, il ne mériterait peut-être pas les coûteux moyens qu’il sera nécessaire d'employer pour l’amener au Caire. Mais une inscription gravée sur la face principale en fait subitement un monument hors ligne. Par celle inscription, nous apprenons en effet que la chapelle dont nous nous occupons a été érigée au dieu Horus d’Edfou par le roi Neclanébo I. Notre monolithe acquiert ainsi une importance historique , et nous prouve en même temps qu’avant le temple actuel existait un autre édifice que les Ptolémées auront trouvé en mauvais étal et reconstruit, ce qui est le cas de presque tous les édifices religieux élevés en Egypte par les successeurs d’Alexandre.
À Ppendtce.-GEBEL-BARKAL.
GEBEL-BARKAL.
Celle A'otice êtail aux trois quarts inij)iimée quand nous avons reçu, expédiées du Soudan par le Gouverneur-Général , cinq stèles , produit des fouilles que nous avions fait exécuter à Gebel-Barkal, sous Saïd-Pacha.
Un intérêt exceptionnel s'attache à ces monuments. Bien qu’ils soient couverts d’inscriptions hiéroglyphiques, bien qu’on y rencontre à chaque pas des hommages aux dieux vénérés de l’Egypte, bien que Memphis et Thèbes y sont fréquemment nommées, ils ne sont cependant pas égyptiens. Ils appartiennent en effet à une civilisation, fille de l’Egypte, qui depuis la XXII“* dynastie jusqu’aux Empereurs, a fleuri de l’autre côté des cataractes.
L’ambition de conquérir ces contrées fertiles que nous connaissons aujourd’hui sous le nom un peu vague de Soudan paraît avoir été en Egypte aussi ancienne que la monarchie elle-même. Sous la XVIII”' dynastie, l’œuvre était consommée, et le soin de gouverner les provinces nouvellement acquises était réservé à de hauls fonctionnaires qui, sans être de sang royal, recevaient le titre de prince. Sous les derniers Ramsès, l’Egypte épuisée par .ses dissen-
sions intestines laissa-t-elle son autorité s’affaiblir, et l’Ethiopie secoua-t-cllc alors le joug égyptien ? un des princes de Kousch , profitant de l’éloignement et de ces mêmes discordes , posa-t-il sur son front la couronne? Nous ne le savons pas. Ce qui est certain , c’est que sous la XXII“* dynastie l’Ethiopie nous apparaît toul-â-coup constituée en royaume indépendant.
C’est sur les destinées de ce royaume, sur son organisation intérieure,
Appendice. -G ebel-Bxkkal 1 .
sur ses relations avec l’Egypte , que les stèles de Gebel-Barkal donnent quelques éclaircissements. Nous venons de dire que la civilisation éthiopienne fut la fille de la civilisation égyptienne ; nous pouvons ajouter maintenant qu’elle fut aussi sa rivale. A partir de la XXII®* dynastie, l’Egypte perdit en effet pour jamais ces lointaines frontières que les Tlioutmés avaient portées jusqu’au coeur du Soudan. Bien ))1us , l’Ethiopie fut assez forte quelquefois pour s’imposer à l’Egypte elle-môme et lui donner des rois.
Le rapide examen que nous allons faire des cinq stèles de Gebel-Barkal mettra en lumière quelques-uns des faits de cette cuiieuse histoire.