‹ Notice des principaux monuments exposés dans les galeries provisoires du Musée d'antiquitiés égyptiennes de S. A. le Khedive á BoulaqChapitre 45 sur 337 · Thébes.-Karnak. Granit noir · texte numérisé non relu

Thébes.-Karnak. Granit noir

Hauteur 1 80 Largeur 0 75

Ce monument est célèbre dans la science. C'est une stèle érigée sous Thoutmès III et destinée à être placée dans le temple de Karnak, où effectivement nous l'avons retrouvée ; elle appartient par conséquent à la division des monuments historiques.

Le premier registre a été martelé en même temps que le commencement de la première ligne, où se lisaient le nom et les titres d'Aramon..Ces circonstances donnent à penser que la flétrissure imprimée à notre monument remonte au temps de Khou-en-aten , dont le lanatisme a laissé tant de traces sur les temples de Thèbes. A une époque postérieure , peutêtre sous Ramsès II, si l'on en juge d'après la maigreur des figures, le tableau effacé a été gravé de nouveau en abattant de quelques millimètres le plan de cette partie de la stèle.

Ce premier registre représente, en deux scènes presque identiques , Ammon recevant les hommages de Touthmès. Le dieu est appelé Animon-Ra, roi des dieux, seigneur du ciel ; Thoutmès (nom et prénom ) a pour titres le dieu bon, seigneur des deux pays, seigneur des diadèmes. Derrière lui apparaît une déesse debout, portant en main l'arc, les

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flèches et la hache d'armes. A l'hiéroglyphe symbolique qui forme sa coiffure , on reconnaît la Thébaïde, et peut-être, par extension , l'Egypte personnifiée.

Le second registre est occupé par un long texte de vingtcinq lignes horizontales , grave avec cette largeur de style qui caractérise le règne de Thoutmès. C'est un poème composé en souvenir des victoires de ce roi. Amon-Ra , seigneur des trônes du monde, prend la parole :

« Viens à moi et sois réjoui en conteraplmit ma grâce, ô mon vengeur, Ra-men-Klieper, vivant à toujours ! Je 7^esplendis par tes vœux ; mon cœur se dilate à ta bie?ivenue dans mon temple. J'enveloppe tes membres de nies bras pour (leur communiquer) le salut et la vie. AimaMes sont tes faveurs jjar l'image que tu m'as établie dans mon sanctuaire. C'est moi qui te récompense ; c'est moi qui te donne la force et la victoire sur toutes les nations ; c'est moi qui fais que tes esprits et ta crainte sont sur tous les pays; et que ta terreur s'étend jusqu'aux quatre supports du ciel. L'épouvante que tu inspires à tout le monde, je l'agrandis ; j'accorde que tes cris de guerre pénètrent au milieu des barbares et que les rois de toides les nations soient réunis sous ta main; moi-même j'étends mes bras. Pour toi je o^assemble et ramasse les Nubiens par dix mille et par mille, les peuples du nord par millions... J'accorde que tu renverses tes ennemis sous tes sandales, et que, selon ce que je t'ai ordonné, tu frappes les chefs des impurs. Le monde, dans sa longueur et sa largeur, à l'occident et à l'orient, est sous tes ordres. Tu pénètres chez tous les peuples le cœur en joie, aucun (d'entre eux) ne foule aux pàed.s le territoire de ta majesté ; mais moi je te guide pour que tu arrives jusqu'à eux. Tu as traversé le grand fleuve de la Mésopotamie en vainqueur et en puissant, comm.e je t'avais ordonné (de le faire); tes cris de guerre, ils les entendent 'retentir jusque dans leurs cavernes , leurs narines, je les prive dît souffle de la vie ...»

Les douze premières lignes sont consacrées à ces développements poétiques ; puis, tout à coup, le dieu entonne une sorte de chant cadencé où, selon l'usage des littératures orientales, les idées se i)ondèrent de la manière suivante :

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« Je suis verni, et je V accorde de frapper les irrinces de Tahi;je les précipite sous tes j^i^ds quand tu traverses leurs contrées. Je leur ai fait voir ta majesté tel qu'un seigneur de lumière ; tu resplendis sur eux comme mon image. »

« Je suis venu, et je t'accorde de frapper les habitants de l'Asie, de rédidre en captivité les chefs dit pays des Rotennu. Je leur ai fait voir ta majesté revêtue de la ceinture, saisissant ses armes et combattant sur son char. »

« Je suis venu, et je t'accorde de frapper le pays de l'est, de pénétrer jusqu'aux villes delà terre sacrée. /é? leur ai fait voir ta majesté tel que l'étoile Sescliet (Canope?), qui projette sa. flamme et donne la rosée.»

« Je suis venu, et je t'accorde de frapper le pays de l'ouest: Kefa et Asi sont sous ta terreur. Je leur ai fait voir ta majesté tel qu'un taureau jeune et courageux ; il est orné de coymes, et rien ne lui résiste. »

« Je suis venu, et je t'accorde de frapper les habitants de tous les districts ; les pays de Maten tremblent de terreur devant toi. Je leur ai fait voir ta majesté tel qu'un crocodile (?) ; il est le maître terrible des eaux : personne ne peut l'approcher.^

« Je suis venu, et je t'accorde de frapper ceux qui sont dans les îles ; les habitants de la mer sont sous (la terreur) de tes cris de guerre. Je leur ai fait voir la majesté tel qu'un vengeur qui s'élève sur le dos de sa victime. »

« Je suis venu, et je t'accorde de frapper les Tahennu ; les îles de Tana, tes esprits s'en sont emparés. Je leur ai fait voir ta majesté tel qu'un lion terrible à voir, qui se couche sur leurs cadavres à travers leurs vallées. »

» Je suis venu, et je t'accorde de frapper les districts des eaux : que ceux qui entourent la grande mer soioit liés par ta. main. Je leur ai fait voir ta 'majesté comme le roi de l'aile (qui plane) et saisit de sa vue toid ce qui lui plait. »

« Je suis vemi, et je t'accorde de frapper ceux qui sont dans leurs.. ..; que les Heruscha (les Bicharis actuels) soient réduits par toi en captivité. Je leur ai fait voir ta majesté comme le chacal du midi, celui qui, dans sa marche cachée, parcourt le 2)ays. »

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« Je suis venu et je taceorde de frapper les Anu de Nubie ; que les Remenem soient sous ta 7nain. Je leur ai fait voir ta majesté comme ceux qui sont tes deux frères; leurs bras se rassemblent sur toi pour te donner »

Après cette poétique parenthèse , le dieu reprend son discours. « C'est moi qui te protège, ô mon fils chéri! Horus , taureau valeureux , régnant dans la Thébaïde , etc.

Comme on le voit par ces détails, la stèle de Tlioutmès III est la copie sur granit d une véritable œuvre d'imagination, composée pour glorifier les victoires de ce prince. Le parfum de poésie Orientale qui est répandu sur ce bel échantillon de la littérature égyptienne au XVIP siècle avant notre ère n'échappera à personne..

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