XVI NOTICE HISTORIQUE
par Patel, sont les principaux objets dont se soit enrichi notre musée à cette époque.
Depuis 1830, Tadministration a fait restaurer plusieurs tableaux qui étaient sur le point de se perdre; M. Dufrêne a, dans le même temps, fait établir un calorifère pour contribuer à la conservation, et Ton a accepté avec reconnaissance un Christ en croix de Robert Lefèvre, l'une des dernières études de ce maître, dont les enfants ont bien voulu se dessaisir en faveur du pays où il avait pris naissance, et un croquis de Jeanron.
L'administration municipale de M. A.
Donnet , de 1834 à 1848 , a augmenté cette belle collection , soit en recevant divers présents du Gouvernement et des particuliers, soit par l'achat fait avec goût de tableaux tels qu'un Couronnement d'épines, par Ribera; deux grandes toiles représentant des fruits et des fleurs y par Michel-Ange-des-Batailles ; des paysages de Bibiéna , d'Orizzonte et de Malbranche (1); Animaux d'Antonio
(1) Louis-Claude Malbranche, fils d'un perruquier de Caen, né dans cette ville le 3 septembre 1790, y est mort le U novembre 1838. Ses Neiges Font rendu célèbre : à rexposition de 1830, il obtint la médaille d'or comme paysagiste.
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Rossi ; un Saint Pierre guérissant les malades, par Jouvenet; une marine, par Joseph Vernet; un tableau de genre, par Tournières, donné par M. d'Houdetot, ancien pair de France ; un tableau de Jeanron, légué par M. Georges Foucher, et quelques autres bons ouvrages; enfin, un catalogue, chose importante qui manquait, a été rédigé et imprimé en 1837.
La direction de M. Guillard, successeur de M. Élouis, en 1841, est aussi venue donner un nouvelle impulsion à la collection en général.
Mais ce qui surtout accrut les richesses du musée de Gaen, ce fut le legs d'un jeune artiste plein de cœur et de talent, M. Georges Lefrançois (1), qui, prévoyant, par une in-
(1) Les dons faits à la ville de Caen par M. Lefrançois ont une importance telle, que nous croyons devoir donner ici in extenso la notice suivante sur cet artiste ; elle est due à la plume d'un de ses amis d'enfance.
Georges Lefrançois, né à Caen en 1808, montra de bonne heure une intelligence peu commune. L'élude des langues parut d'abord devoir constituer son aptitude spéciale. A l'âge de quinze ans, l'anglais, l'allemand, l'espagnol, l'italien, lui étaient familiers, et il parlait ces différents idiomes avec autant d'aisance que sa langue maternelle. En 1825, il fit dans notre lycée sa rhétorique, sous la direction habile de M. Gibbon, érudit célèbre. M. de Valroger, notre compatriote, et lui, se partagèrent à la fin de Tannée tous les prix de cette classe.
Pressé par les sollicitations de sa famille, G. Lefrançois
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tuition commune aux natures d'élite , sa fin prématurée, avait, par un testament écrit
entra à l'École de Droit, mais il se dégoûta assez promptement d'une science qui n'allait pas à la trempe de son esprit. C'est à cette époque que se développa chez lui le goût de la peinture, qui devait lui fournir sa vocation véritable, M. Élouis lui enseigna les premiers éléments de cet art si élevé et si difficile , et G. Lefrançois, jusqu'à sa mort, conserva pour son vieux maître une tendresse toute filiale.
Dégagé enfin de la science des Cujas et des Barthole, dont il n'appréciait pas, il faut le dire, la sévérité et la grandeur, G. Lefrançois obtint de son père la permission d'aller à Paris étudier la peinture. Il travailla d'abord sous la direction de M. Gudin, et, comme ce maître célèbre, il composa exclusivement des paysages. C'est à cette époque de sa carrière que se rapportent, dans la collection de ses ébauches, des vues assez nombreuses de sites pittoresques du département de la Manche : il visita alors, en effet, cette partie si belle de notre Normandie. Voyageant en véritable artiste, il s'arrêtait, sans compter les jours, là où ses pinceaux trouvaient à s'exercer avec fruit. Ainsi il passa un mois entier dans le village du Mont-Saint-Michel, dont la malpropreté proverbiale eût vite expulsé un touriste vulgaire.
En i829, il eut le malheur de perdre son père, M. Urbain Lefrançois, ancien président du Tribunal de Commerce de Caen, homme excellent et vénérable, dont la mémoire restera toujours chère à ceux qui l'ont connu. Cet événement plaçait G. Lefrançois, âgé de vingt-un ans à peine, à la tête d'une fortune des plus honorables. Il sut la diriger avec une sagacité remarquable, prouvant par là que l'économie et la bonne administration peuvent être aussi le partage de l'amateur passionné des beaux-arts. Après avoir réglé ses affaires, il alla se fixer à Paris, et sa maison, toujours hospitalière, devint promptement le rendez-vous de tous les jeunes gens de notre contrée que Tétude des arts ou des sciences attirait dans la capitale.
Les essais de G. Lefrançois dans le paysage n'avaient jamais été, dans sa pensée, qu'une préparation à un genre plus sérieux. Il quitta donc l'atelier de M. Gudin pour entrer dans celui de M. Ingres, et bientôt une amitié des