V Ascension de Jésus-Christ
Jésus-Christ, au milieu d'un cortège d'anges célébrant sa gloire, monte au ciel en présence de la Sainte Vierge et des apôtres. Celui d'entre eux qui regarde le spectateur est, dit-on, le Pérugin lui-
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même. La Sainte Vierge est au centre de Ja composition; à sa droite est saint Pierre, qui porte la main au-dessus de ses yeux pour se garantir des rayons lumineux^ et voir son maître s'élever dans les airs. Saint Paul est placé à la gauche de Marie.
On pourrait s'étonner de voir ici saint Paul dont la conversion n'eut lieu que plus tard, si on ne savait pas que Toeuvre du Pérugin est plutôt une peinture religieuse qu'un tableau d'histoire. D'ailleurs, saint Paul étant devenu bientôt l'un des plus solides appuis du christianisme naissant, ses prédications et les nombreuses conversions qu'il obtînt de toutes parts, lui méritèrent la qualification d'apôtre des gentils. Ayant accompagné saint Pierre à Rome, il y souffrit le martyre avec lui sous l'empereur Néron, l'an 65. L'un et l'autre sont regardés comme les deux colonnes de l'Eglise.
Tableau transporté de bois sur toile en 1843. — Haut. 3 m. 42 c^ larg. 2 m. 63 c.
Le Pérugin peignit ce tableau vers 1495, pour Téglise de Saint-Pierre k Pérouse ; cet ouvrage était enchâssé dans une ancona ou grande boiserie à compartiments placée derrière le grand autel; il fut payé à l'artiste cinq cents ducats d'or, somme considérable pour le temps. Cette peinture se composait de la partie principale que nous possédons, d'un couronnement représentant le Père Eternel porte sur des nuées, entouré d'anges et d'une auréole de séraphins, tenant sur sa main gauche le globe terrestre surmonté d'une croix, et de la droite, bénissant son Fils montant à lut.
La prédelle placée au-dessous était formée de trois sujets historiques, chacun d'eux entouré de moulures qui l'encadraient. Ces trois sujets, de petite dimension (33 cent, de haut
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sur 60 ce:it. de large), et résumant la vie de Jésus sur la terre, étaient V Adoration des Mages, le Baptême de Jésus par saint Jc:in et la Résurrection. Ce grand ensemble était entouré d'une bordure ornée de douze bustes de saints peints par le même,
Vasari, élève de Michel-Ange et ennemi déclaré du Pérugin, ne peut s'empêcher de faire l'éloge de ce tableau qu'il regarde comme le plus beau de ce maître. Voici comment il s'exprime à ce sujet dans sa Vie des Peintres, en parlant du Pérugin :
E nella chiesa di San Piero Et dans l'église de Saint-Pierre, Badia de' Monacci neri in Peru- abbaye des moines noirs à Pégia, dipinse ail' altare maggiore rouse, il peignit à l'autel prinin una tavola grande, l'ascenzione cipal, sur un grand panneau, con gli apostoli che guardano V Ascension avec les apôtres qui verso il cielo. Nella Pradella délia regardent vers le ciel. Dans la quale tavola sono tre istorie con prédelle de ce tableau sont trois molto diligenza lavorate, cioè i traits d'histoire représentés avec Magi, il Battesimo e la Resur- beaucoup d'habileté, savoir : l'^irezione di Christo. La quale opéra doration des Mages, le Baptême tutta si vede piena di belle fatî- et la Résurrection de Jésusche intanto chessa e la migliore Christ. Cet ouvrage montre dans di quelle che sono in Perugia di toutes ses parties un beau travail, mano di Pietro lavorate a oglio. h tel point qu'il est le meilleur de
tous ceux peints k l'huile par Pierre à Pérouse.
En 1Ï97, le traité de Tolentino, signé par le pape Pie VI et la République française représentée par le général Bonaparte, livra à la France les principales richesses artistiques de l'Italie. Le tabUau de l'Ascension, par le Pérugin, et un nombre considérable d'autres œuvres italiennes, fut placé au Musée de Paris, 011 il demeura jusqu'en 1811. A cette époque, le Gouvernement voulant enrichir les Musées qu'il avait créés dans les départements par le décret du 14 fructidor an viii (1«' septembre 1800), leur fit, le 21 mars, une nouvelle distribution des riches-
ses que ses victoires lui avaient acquises^ et fit comprendre V Ascension du Pérugin au nombre des tableaux destinés à Lyon.
Mais déjà, par un acte de la plus coupable barbarie^ le bel ensemble de Tœuvre du Pérugin avait été divisé et dispersé sur différents points de Téglise de Saint-Pierre à Pérouse^ dans les premières années du xvii« siècle. Des renseignements trèsprécis à cet égard nous ont été donnés dernièrement par M. Adamo Rossi, très-savant conservateur du Musée de Pérouse et qui a fait une étude des plus sérieuses sur tout ce qui regarde le Pérugin. La Guida délia chiesa di San Pietro à Pérouse, imprimé dans cette ville en 1792, et par conséquent cinq ans avant que les tableaux de Tltalie fussent transportés en France, désigne le panneau principal du tableau de VAscen^ sion être alors placé dans la cbapelle du Sacrement ; son couronnement, représentant Dieu le Père, dans la petite nef à gauche, entre les deux portes ; les trois petits tableaux de la prédelle et les huit saints des piédestaux, sur les armoires de la sacristie, et les deux tableaux ronds avec les deux prophètes, • près de la grande porte de Péglise. Quant à Vancona ou grande boiserie, elle avait été détruite. ^
Induite en erreur par cette malheureuse et bien regrettable division, l'administration des Beaux-Arts de Paris, ignorant sans doute Texistence au xye siècle de la boiserie qui, placée derrière le grand autel, contenait ce magnifique ensemble, dispersa les parties de cette merveilleuse peinture au lieu de les réunir, et donna le tableau principal à Lyon, le couronnement à réglise Saint-Gervais de Paris, et enfin les trois petits tableaux de la prédelle à Rouen. En agissant ainsi, elle consacrait, peutêtre sans le savoir, et perpétuait la déplorable mutilation du chef-d'œuvre du Pérugin, et en même temps la plus belle œuvre don t l'école ombrienne puisse se glorifier.
Les choses restèrent ainsi jusqu'en 1815, époque à laquelle les puissances alliées victorieuses réclamèrent, malgré les traités, les richesses artistiques qu'elles avaient cédées dans les temps de notre gloire. Le Gouvernement, en se rendant à leurs réclamations, annulait ainsi les dons qu'il avait faits de ces
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richesses aux musées des départements^ et Lyon reçut l'ordre de rendre ce qu'il avait reçu. La ville, déjà contrainte de remettre un certain nombre de tableaux, voyait avec douleur que le tableau du Pérugin, réclamé instamment par le statuaire Canova, mandataire du pape Pie VII, allait lui être enlevé.
A la prière de F. Artaud, directeur du Musée, M. le comte Roger de Damas, gouverneur de la i9« division militaire, dont le siège était à Lyon, se chargea d'écrire à Rome en faveur du Musée. Le Saint-Père, se souvenant alors des sentiments de respectueuse affection que lui avaient manifestés les Lyonnais en plusieurs circonstances, donna en reconnaissance ce tableau précieux à la ville de Lyon.
La lettre que S. E. le cardinal Consalvi écrivit à cette occasion à M. le comte de Damas, renferme des expressions si obligeantes et si honorables pour notre ville que nous croyons devoir la transcrire ici en entier (1).
Eccellenza, Excellence,
Ho ricevuto il foglio di vostra J'ai reçu la note de votre Ex-
Eccellenza in data del 17 e il cellence, en date du 17, et le
piacere che mi hanno fatto i di plaisir que m'a fait votre lettre
lei caratteri, è eguale alla stima est égal à l'estime que j'ai conçu
che ho formato dei di lei meriti, de votre mérite dès les premiers
fin dei primi momenti che ebbi moments que j'ai eu l'honneur
l'onore di conoscerla. Ho rilevato de vous connaître,
del dette foglio la istanza ch'ella J'ai remarqué dans cette note
fà in nome del popolo lionese, al la pressante demande que vous
S. Padre, di far rimanere il ce- adressez au Saint-Père au nom
lebre quadro del Perugino rap- du peuple de Lyon, de lui lais-
presentente l'Ascenzione , di ser conserver le célèbre tableau
pertinanza dello stato pontificio. du Pérugin, représentant l'As-
(1) Cette pièce originale a été déposée aux archives de rAcadémie par F. Artaud. Elle est reproduite textuellement dans VHistoire de l'Académie d9 Lyon, par J.-B. Dumas, secrétaire perpétuel, t. ii, page 323 et 324 •
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lo ho creduto del mio dovere di cension^ et appartenant à TEtat
mettere sotto gli occhi di sua pontifical,
santità^ la stessa lettera di Vos- J'ai cru de mon devoir de
tra Eccellenza^ onde rilevasse da mettre sous les yeux de sa
se medesima^ quale interesse Sainteté la lettre autographe
mette codestà città, alla conser- de Votre Excellence, afin qu'elle
vazione di un quadro destinato a pût voir par elle-même quel in-
tornare in questo stato. Nulla térèt attache cette ville à la con-
veramente di più caro a sua servation d'un tableau destiné à
santità quanto la ricuperazione retourner dans cet État,
degli oggetti d'arte in pitture e Rien n'est vraiment plus cher
scultura dei qualiRoma e lo stato à sa Sainteté que le recouvrement
hanno dovuto piangere per tanto des objets d'art en peinture et
tempo la perdita. Puô imaginare sculpture dont Rome et l'État
l'Ëccellenza Vostra quali sforzii, ont dû pleurer la perte pendant
quante cure, e quanti pensieri ha si longtemps. Votre Excellence
costata a sua santità la decizione peut se figurer quels efforts,
di tal recuperazione alla quale quels soins et quelles préoccu-
le istanze caldissime del suoi pations a coûtés à sa Sainteté la
sudditi, e il suo genio ptr le décision de ce recouvrement au-
arti, hanno mezzo un prezzo in- quel les ardentes instances de
finito. Malgrado tuttociô, la viva ses sujets et son goût pour les
memoria che il Santo Padre con- arts ont mis un prix infini,
serva délie testimonianze di di- Malgré tout cela, le vif souvenir
vozione c di attacamento, date que le Saint-Père conserve des
alla sua sacra persona dal popolo témoignages de dévotion et d'at-
Lionese tutte le vol te che a tran- tachement à sa personne sacrée,
sito per codestà città, e della donnés par le peuple lyonnais
religione che lo distingue, non le toutes les fois qu'il a passé par
ha permezzo di negare ad un cette ville et des sentiments reli-
popolo di tanto merito, e che gicux qui le distinguent, ne lui a
anche ha in sua favore la inter- pas permis de refuser à un peu-
cessione di Vostra Ecellenza, la pie de si grand mérite, et qui a
Grazia che egli a dimandato di encore en sa faveur l'intercession
non fa partire da cotesto museo de Votre Excellence, la grâce
TAnnunciato quadro dal Peru- qu'il a demandée de ne pas faire
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gino acconsentando che riman{^a sortir de ce Musée ledit tableau costà in attcstato del suo affetto du Pérugio, en consentant qu'il e della ^ata rimembranza per la y demeure comme un témoignage città di Ltone. lo mi compiaccio de son affection et de son agréadi essere l'organo della grazioza ble souvenir pour la ville de annuenza di suaSantità ai desi- Lyon.
derii d'un popolo cotanto illustre. Je suis beureux d'être Torganc e di aver potuto corrispondere du gracieux consentement de sa alla fiducia cbe TEccellenza Vos- Sainteté au désir d'un peuple si tra a riposta nelia mia persoua^ illustre, et d'avoir pu répondre a cui compiaccio altresi di poter- à la confiance que Votre Excelle in questo incontro rlnovare le lence a mise en moi, et en même proteste di quella distinta cou- temps de pouvoir, dans cette oc« siderazione con cui ho l'onore di casion, vous renouveler l'assuessere di Vostra Eccellcnza. rance de cette considération
distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence,
Roma, 13 aprile 1816. Rome, 13 avril 1816,
Il scrvo vero e amico di cuore, Le serviteur et véritable ami
de cœur,