‹ Notice des tableaux exposés dans les galeries du Musée impérial du Louvre (volume 2)Chapitre 19 sur 483 · INTRODUCTION. XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXVII

Celte estimation fut trouvée exag(^rée. On nomma un expert, qui, out en reconnaissant qu'il n'existait pas en Europe de collection le dessins comparable à celle de Jabach, ni même qui en appro- ;hàt, réduisit les prix de la manière suivante :

Les 2,631 dessins d'ordonnance, collés, à 60 liv. 157,860 liv. Les 1,516 idem non collés , à 10

ou 12 liv 15,160

Les 1,395 dessins de figures, à 3 liv. la pièce 4,185

Les 101 tableaux diminués d'un tiers restent à 103,634

280,839 liv.

Cette estimation parut encore trop élevée, car l'ordonnance de )ayement, en date du 29 mars 1671, nous apprend que les 101 peinures et les 5,542 dessins livrés au cabinet, suivant les ordres de Colbcrt, ne coûtèrent au roi que 200,000 liv. Malgré son besoin J'argent, Jabach aimait trop passionnément les dessins pour se Jéfaire de tous ceux qu'il possédait. Il s'en réser\a une certaine quantité, et, suivant Mariette, ceux qu'il garda n'étaient pas les moins beaux. Après sa mort ils passèrent dans le cabinet de M. Crozat, puis dans celui de Mariette, et un certain nombre fut même encore vendu par un de ses petits-fils en Hollande.

Quelques années auparavant, Colbert avait eu occasion de reconquérir les peintures de Charles , que Jabach avait cédées au cardinal Mazarin. En effet, le cardinal étant mort le 9 marsl661, ['inventaire de ses biens-meubles fut dressé par ordre du roi, en présence de ses exécuteurs testamentaires. Commencé le 31 mars de la même année, il ne fut terminé que le 22 juillet suivant, et Louis XIV acquit immédiatement des héritiers les tableaux et les statues les plus remarquables de cette vaste collection qui renfermait des raretés et des chefs-d'œuvre en tout genre. Laissant de côté > pour ne nous occuper que des œuvres d'art, la nomenclature des joyaux, pierreries, médailles, vaisselle d'or et d'argent, tapisserie, etc., nous trouvojis dans cet inventaire :

546 tableaux originaux: 283 de l'école italienne, 77 de l'école allemande et néerlandaise ,77de l'école française, 109 dediverses écoles, y compris quelques dessins, miniatures et mosaïques ; le tout prisé ensemble la somme de 224,573 livres tournois. Puis 92 tableaux copiés d'après les maîtres non désignés par l'inventaire

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et estimés par les experts 2,571 livres tournois. Enfin 241 portraits de papes, depuis saint Pierre jusqu'à l'époque deMazarin, comptés 723 livres tournois. Les experts pour la peinture étaient : André Podesta, Pierre Mignard et Charles- Alphonse du Fresnoy .Le nombre <ies statues, placées maintenant pou r la plupartau Musée, s'élevait à 130. Louis XIV acheta aussi 195 bustes antiques et modernes, qui figurent presque tous au Louvre. L'estimation des statues, faite parles sculpteurs Valpergues et Baudouin, s'éleva à 50,309 livres, et celle des bustes à 46,920 livres tournois. Ace compte il faut ajouter 17 petites figures de diverses matières, pour mettre sur tables et cabinets, jugées valoir 1,955 livres.

Quelque magnifique que fût la collection de Mazarin, Brienne, dans ses mémoires, remarque cependant que le cardinal ne possédait pas d'Albane, de Guerchin, de Paul Véronèse, de Claude Lorrain et de Poussin. Colbert avait comblé cette lacune en achetant les Poussin du duc de Richelieu, et en faisant rechercher en Italie des œuvres remarquables des maîtres qui n'étaient pas représentés dans les collections de Jabach et du cardinal. Aussi, par ses soins, Louis XIV se trouva possesseur d'une quantité considérable d'œuvres de la plus haute importance, qui constituaient ce qu'on appelait alors le Cabinet du roi. Le Mercure Galant du mois de décembre 1681 (pages 236 et suivantes) donne sur ce cabinet des détails fort curieux que nous croyons devoir reproduire ici.

« Le vendredy 5 de ce mois, le Roy honora Paris de sa présence, et vint au vieux Louvre voir son cabinet de tableaux. 11 est dans un appartement neuf, à costé de la superbe galerie appelée la Galerie d'Apollon. L'or que l'on y voit briller de tous costez est ce qu'elle a de moins rare. C'est un chef-d'œuvre de peinture et de sculpture, qui, entre autres ornemens , a plusieurs tableaux de M. Le Brun d'une beauté achevée. Tout y est admirable, jusques aux serrures des portes et des fenestres qui sont ciselées et dorées, et dont rien ne peut égaler le travail. La galerie qui estoit en cet endroit fut brûlée quelque temps après le mariage du Roy, et Sa Majesté fit bastir au mesme lieu celle dont je viens de vous parler. On sauva quelques tableaux de cet embrazement, représentant plusieurs Roys de France , lesquels sont conservez parmy ceux du Roy. Ce que l'on appelle le cabinet des tableaux de Sa Majesté dans le vieux Louvre contient sept grandes salles fort hautes, et dont quelques unes ont plus de cinquante pieds de longueur. Outre cela, il y en a encore quatre au vieil hostel de Gramont qui joint le

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