INTRODUCTION. XXXVII
Le 26 mai 1791, un décret constitutionnel fixe la liste civile pendant tout le »ègne de Louis XV^l à 25 millions et le douaire de la reine à 4 millions. Le môme décret assigne à la famille royale les Tuileries et le Louvre pour demeure, et ordonne que ce palais recevra le dépôt des monuments des scient es et des arts. Ce décret avait été rendu par l'Assemblée nationale sur la motion de M. Barrère de Vieusac, député qui, dans son rapport sur les domaines du roi, avait dit à la tribune: « Il faut que la galerie du Louvre, où sont tant de chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture, devienne un Muséum célèbre, et qu'on y déploie les nombreux tableaux de Rubens et d'autres peintres illustres. » Celte motion valut à M. Barrère, le 28 mai 1791, une lettre de M. Duplessis, peintre du roi, où l'on trouve celte phrase: a Ce projet d'un Mu— scîim a été conçu, si je ne me trompe, par feu M. de La Condamine.SiM. d'Angiviller n'en est pas l'inventeur, il a le mérite de l'avoir adopté et d'avoir commencé son exécution. Depuis environ dix ans, il travaiile à remplir le désir que vous manifestez aujourd'hui. » On voit que de tout temps les véritables inventeurs ont bien de la peine à empêcher que de plus habiles ou de mieux placés ne se fassent honneur des projets qu'ils n'ont pas conçus.
L'Assemblée nationale, après avoir décrété que les biens du clergé appartenaient à la chose publique, chargea son comité d'aliénation de \eiller à la conservation des monuments d'art renfermés dans ces domaines. Le philanthrope Larochefoucauld, président de ce comité, s'adjoignit des savants et des artistes, auxquels vinrent se réunir d'autres savants et d'autres artistes nommés par la municipalité de Paris. Celte réunion, connue d'abord sous le nom de commission des savants, prit ensuite celui de commission conservatrice des monuments. Ses premières opérations datent de 1790. Les mc^jibres se classèrent, suivant leurs goûts et leurs connaissances, par divisions correspondaiites aux divers sujets qu'ils avaient à traiter; puis i';s commencèrent, pour mieux parvenir à connaître les richesses de tout genre répandues sur le sol de la France entière par se partager le dépouillement à faire des livres renfermant des renseignements historiques sur les provinces, des descriptions d'églises et de monuments, etc. Ils dressèrent ainsi les relevés indicateurs des ouvrages manuscrits ou imprimés, des marbres, des bronzes et des médailles sur des cartes particulières et distinctes. Leur but était de rassembler d'amples matériaux pour une topographie littéraire et artiste de la Fiauce, ouvrage si
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désirable et qui nous manque encore. On verra plus loin comment cette commission, enflammée au début d'une si belle ardeur, ne réalisa pas, surtout pour les arts, ce qu'on était en droit d'attendre de ses efforts, et par quelle autre commission efle fut remplacée. Ajoutons cependant qu'un des premiers soins du comité d'aliénation fut de chercher des emplacements convenables pour recevoir les trésors que l'on voulait préserver de la destruction. La maison des Pelits-AugusLins fut affectée aux monuments de sculpture et d'architecture; celle des Capucins, des grands Jésuites, des Cordetiers, aux livres^ manuscrits, etc.
Un décret du 26 août 1791 consacre de nouveau le Louvre à la réunion des monuments des sciences et des arts.
Le H août 1792, l'Assemblée législative nomme une commission formée de plusieurs membres, pris dans son sein, pour le rassemblement des chefs-d'œuvre épars dans les maisons royales. Cette commission vient se fondre dans celle des monuments, et plus tard, un nouveau décret de la Convention, du 18 octobre 1792, porte le nombre de ses membres à trente-trois.
Le 27 septembre de l'an 1^^(1792), la Convention, qui ne comptait encore que six jours d'existence, suspendit le décret ordonnant d'apporter à Paris les monuments d'art placés sous la royauté au palais de Versailles. Cette ville, naguère si florissante, était menacée d'une ruine complète. La cour n'existait plus; chaque jour la population diminuait et les rues devenaient de plus en plus désertes. Ne possédant aucun territoire, enclavé de bois et de promenades sans utilité agricole, Versailles^ semblable à la Rome moderne, ne pouvait subsister privé du concours d'étrangers que la magnificence des monuments et la réunion des objets d'art attiraient sans cesse. L'enlèvement de ces objets fut un coup mortel pour la ville. Le citoyen Duval, au nom des sections du district, présenta, le 3 novembre 1792, une pétition à la Convention nationale, non-seulement pour réclamer la restitution des tableaux des écoles anciennes^ enlevés au commencement de septembre de la même année, mais encore de ceux expo>és depuis plus de trente ans au Luxembourg, et qui faisaient partie intégrante de l'ancienne collection de la couronne. Suivant le citoyen Duval, il faut établir deux grands lycées, l'un à Paris, l'autre à Versailles. Celui de Paris sera le sanctuaire des arts nationaux et ne contiendra que les œuvres des maîtres français ; celui de Versailles, au contraire, installé au château, renfermera les peintures italiennes, les statues
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antiques, les collections de pierres gravées, (restampcs, de médailles, une bibliothèque, etc. A celui-ci viendraient s'adjoindre une université, une école de musique, voire même dYquiialion. Des représentations de pièces antiques seront données sur le théâtre du château, et des fêtes civiques dans l'orangerie, dont on convertira les escaliers en gradins d'amphithéâtre; des quadriges lutteront de vitesse sur les boulevards. Une église sera transformée en panthéon , afin de recevoir les bustes des hommes qui ont bien mérité de la patrie. Tel est le projet du citoyen Duvai; tels sont les vœux du district de Versailles. La Convention ne se montra pas favorable à la pétition; les choses en restèrent là pour l'instant, et lorsque, plus tard, on pensa à fonder un lycée à Versailles, ce fut précisément et avec raison un lycée de l'école française qui y fut décrété
Le 18 octobre 1792, an 1er de la République française, M. Roland, ministre de l'intérieur, écrit à M. David, peintre, député de la Convention, qu'un Muséum aux galeries du Louvre est décrété; il lui annonce que, comme ministre de l'intérieur, il en est l'ordonnateur et le surveillant. Ce Muséum doit être le développement des grandes richesses possédées par la nation en dessins, peintures, sculptures et autres monuments d'art. Il sera ouvert à tout le monde, et chacun pourra y travailler à son gré; le ministre ajoute que les arts seuls devant loger au Louvre, il accorde à David le logement occupé par M. Meniére, orfèvre.
Le 8 février 1793, Barrère présente, au nom du comité d'instruction publique et de la commission des monuments, un projet de décret concernantles arts, les artistes et la formation d'un Muséum national. Depuis près de trois ans, dit-il, une ('on»mission gratuite composée d'hommes de lettres, d'artistes, de savants et de membres des trois assemblées nationales que la France a formées, s'est occupée avec le soin le plus constant de rassembler dans plusieurs dépôts, au Louvre, aux Augustins, aux Capucins, les chefs-d'œuvre de sculpture, peinture, bibliographie, etc. Les recherches ont produit une riche et précieuse collection formée presque sans frais, puisque la nation n'a eu à payer que des frais de transport, de garde, de réparation, et le salaire d'un commis unique pour l'écriture. Barrère propose d'affecter, sur le crédit annuel de 300,000 fr. accordé par l'Assemblée constituante (décret du 9 septembre 1791) pour l'encouragement des arts et des sciences, 15 à 20,000 fr. à la dépense de la commission des monuments pendant trois années consécu-