Le radeau de la Méduse
H. 4, 91. — L. 7, 16. — T. — Fig. de gr. nat.
« La frégate la Méduse, accompagnée de trois autres bâtiments : la corvette l'Echo, la flûte la Loire et le brick l'Argus, quitta la France le 17 juin 1816, portant à Saint-Louis ( Sénégal ) le gouverneur et les principaux employés de cette colonie. Il y avait à bord environ quatre cents hommes, marins ou passagers. Le 2 juillet, la frégate tombait sur le banc d’Arguin , et après cinq jours d’inutiles efforts pour remettre le navire à flot, un radeau fut construit, et cent quarante-neuf victimes y furent entassées , tandis que tout le reste se précipitait dans les canots. Bientôt les canots coupèrent les amarres, et le radeau qu’ils devaient traîner à la remorque resta seul au milieu de l’immensité des mers. Alors la faim, la soif, le désespoir armèrent ces hommes les uns contre les autres. Enfin, le douzième jour de ce supplice surhumain, l’Argus recueillit quinze mourants. » ( Extrait de la relation de M. Corréard.) — M. Corréard, le bras étendu, indique au chirurgien Savigny, debout, adossé au mât, et aux matelots placés près de lui, le brick l’Argus, qui parait à l’horizon, ün matelot et un nègre, montés sur un tonneau à l’extrémité du radeau, agitent leurs mouchoirs en signe de détresse, tandis que leurs compagnons, parmi lesquels se trouve l’aspirant de marine Coudin, se traînent vers eux. A gauche, un vieillard tient sur ses genoux le cadavre de
GÉRICAULT
son fils expirant. Derrière lui, un passager, dans un accès de désespoir, s’arrache les cheveux. Sur le devant du radeau, plusieurs cadavres.
Gravi par Reynolds. — Filhol, t. 2, pl. 7.
Collection de Charles X. — Ce tableau, peint rapidement dans le foyer du théâtre F’avart, par Géricault, à son retour d’Italie, et exposé au salon de 1819, fut généralement peu apprécié par les artistes, habitués à la représentation des scènes mythologiques ou des sujets empruntés à l’antiquité. David, Gros, Gérard seuls peut-être, estimèrent le talent de Gérirault à sa valeur. Quant aux critiques de profession, ils le déclarèrent détestable d’une voix unanime. La Méduse n’obtint que le quatrième rang sur la liste pour le prix que le roi donnait, à chaque exposition, à la meilleure peinture, et valut à son auteur, pour la deuxième fois, une médaille d’or. M. le comte de Forbin, directeur général des Musées royaux, frappé de la grandeur et de l’originalité de cette page, commanda immédiatement un tableau à Géricault. II devait représenter une Notre-Dame-des-Douleurs , et était destiné à la maison du Sacré-Cœur de Nantes. Géricault, trop malade déjà pour entreprendre cette tâche, en confia l’exécution à M. Eugène Delacroix, son ami, dont il sigma l’œuvre. Après l’exposition de 1819 il partit
K rar Londres ; un Anglais lui proposa de faire exposer le radeau de la édusc, se chargea des frais et lui promit une part dans les bénéfices, part qui s’éleva pour Géricault à 20,000 francs. A son retour de Londres, M. le comte de Forbin fit auprès du ministre de la maison du roi de nombreuses démarches afin d’en obtenir l’acquisition. Vainement il sollicita, le 2 février, le 17 mai 1822 et le 27 mai 1820, par des lettres les plus pressantes, la disposition d’une somme de 6,000 francs pour laquelle l'artiste consentait à céder son œuvre. Sur ces entrefaites, Géricault inouruL La succession prit la résolution de faire vendre le tableau aux enchères ; le 39 octobre 1820, M. de Forbin demanda de nouveau à M. le vicomte de la Rochefoucauld, chargé du département des beaux-arts, une somme de 4 à 5,000 francs, pour conserver celte belle page à la France. Cette proposition fut enfin acceptée ; il était temps, car les amateurs effrayés par la grandeur de la toile, offraient 20,000 francs si on consentait à la couper en quatre morceaux. M. Dreux d’Orcy, ami intime de Géricault, s’opposa à cet acte de vandalisme, couvrit de 5 francs l'enchère de 6,000 francs, et céda à M. de Forbin son marché, qui, ayant dépassé le crédit alloué, dut avancer les fonds pour faire sortir le tableau de la salle de vente. La conduite de l’administration du Musée ayant été mal appréciée dans les journaux de l’époque, nous avons cru devoir rétablir des faits si honorables pour la mémoire de M. de Forbin.
243. Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant.
H. 2, 92. — L. 1, 9i. — T. — Fig. en pied de gr. naL
Le cheval, gris pommelé, vu par la croupe, se cabre, tandis que son cavalier, le sabre à la main, se retourne vers la gauche. Dans le fond, à droite, une bataille, des
GÉR1CAULT,
chasseurs chargeant, des affûts brisés, une pièce de canon. A gauche, d’autres cavaliers.
Ce tableau, exposé au salon de 1812 sous le titre de Portrait équestre deM. O. (M. Dieudonné, lieutenant des guides de l'empereur). Tut peint en douze jours et produisit un grand effet. Il eut le sort de toutes les œuvre» vraiment originales, et trouva alors plus de détracteurs passionnés que d'admirateurs. En le voyant, David s’écria : D'oii cela sort-il î Je ne reconnais pas cette touche. En effet, cette peinture, d’un artiste de 20 ans, était en dé'saccni d avec toutes les traditions de son école. Elle valut 4 son auteur une médaille d’or, fut exposée de nouveau en 1X14, et achetée, ainsi que le tableau suivant, par le duc d’Orléans. Prétés tous deux par le roi Louis- Philippe à la société des artistes, ils figuraient à l’exposition du boulevard Bonne-bouvelle lorsque la révolution de février 1848 éclata. Ils échappèrent ainsi à la destruction des tableaux du Palais-Royal. Enfin, 4 la vente du feu roi I ouis-Philippe, l'administration du Musée en fit l’acquisition le 29 avril 1851 , moyennant la somme de 35,400 fr.