Portrait de Poussin
IL 0, 95. — L. 0, "5. — T. — Fig. en buste de gr. nat.
Il s’est représenté le corps tourné à droite, enveloppé d’un large manteau, la tète vue presque de face et découverte. Il porte de longs cheveux, des moustaches, une mouche, et la main droite, dont le petit doigt est orné d’une bague , s’appuie sur une espèce de carton renfermant des papiers, serré au milieu par plusieurs révolutions d’un cordon noué. Derrière lui, quelques tableaux encadrés : sur l’un d’eux on remarque le buste d’une femme tournée de profil, coiffée d’un diadème où est retracé un œil ; deux bras d’une figure d’homme qu’on ne voit pas sont tendus vers elle. Poussin a sans doute voulu symboliser ainsi la peinture et l’amour qu’il lui a voué. Une autre toile porte l’inscription suivante :
EFFIGIES NICOLAI POVSSINI ANDEL
YENSIS PICTORIS. ANÎfO ÆTATIS 50 KOMÆ A N .N' O Jl'BILEl
Gravé par Pesne et dédié à M. Pau, Freart de Chantelou, comme premier essai de sa gravure; par A. Cloue! ; par L. J. Cathelin; par F. Liynon en 1824.
Musée Napoléon. — M. de Chantelou désirait avoir le portrait de Poussin et sollicitait cet artiste de le faire faire; mais Poussin ne pouvait se résigner 5 poser pour des peintres dont il n’aimait pas le talent. Voici les passages de sa correspondance avec M. de Chantelou , relatifs à ses portraits : » 16 août 1048 : J’aurais déjà fait faire mon portrait pour vous l’envoyer, puisque vous le désirez, rnaisil me fiche de dépenser une dizainede pistoles
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pour une tète de la façon de M. Mignard, qui est celui qui les fait le mieux, quoiqu’elles soient froides, fardées, sans force ni vigueur. « — * 17 janvier 1648 : Je vous dirai que j’espère bientôt vous envoyer mon portrait. » — « 24 mai 1649 : Pour mon portrait, je vous l’enverrai aussitôt qu’il sera prét-v — «20 juin 1049 : J'ai fait un de mes portraits et bientôt je commencerai l’autre ; je vousenverrai celui qui réussira le mieux ; mais il n’en faudra rien dire, s’il vous plaît, pour ne point causer de jalousie. » — « 8 octobre 1649 : Je m'efforcerai de vous envoyer mon portrait à la fin de l’année. » — « 13 mars 1650 : Monsieur, ce serait avec grand contentement que je ferais réponse à votre dernière, si j’avais quelque bonne nouvelle à vous écrire au sujet des tableaux que j’ai promis, et particulièrement de mon portrait que je n’ai pu finir. Je confesse ingénûment que je suis paresseux à faire cet ouvrage,auquel je prends peu de plaisir, et j’ai fort peu d’habitude, car il y a vingt-huit ans que je n’ai fait aucun portrait; néanmoins, il faut le finir, car j’aime bien plus votre satisfaction que la mienne. » — <29 mai 1650 : J’ai fini le portrait que vous désirez de moi. Je pouvais vous l’envoyer par cet ordinaire ; mais l’importunité d’un de mes amis, qui veut en avoir une copie, sera cause de quelque retardement; je vous l’enverrai le plus tôt qu’il me sera possible. M. Pointel recevra en môme temps celui que je lui ai promis, et vous n’en aurez point de jalousie; car, suivant la promesse que je vous ai faite, j’ai choisi pour vous le meilleur et le plus ressemblant; vous en verrez vous-méme la différence. Je prétends que ce portrait doit être une preuve du profond attachement que je vous ai voué , d’autant que pour aucune personne vivante je ne ferais ce que J’ai fait pour vous en cette occasion. Je ne vous dirai pas la peine que j’ai eue à faire ce portrait, de peur que vous ne croyiez que je le veuille faire valoir ; Je serai pleinement récompensé de ce qu’il me coûte de soins si j’apprends que vous en êtes satisfait. ■ — <19 juin 1050: J’avais délibéré de vous envoyer mon portrait à l’heure même oü je l’eus fini , afin de ne pas vous le faire désirer plus longtemps; mais un de mes meilleurs amis ayant désiré ardemment en avoir une copie, je n'ai pu honnêtement la lui refuser; c’est ce qui fait que je l’ai retenu jusqu’à présent. Je vous l’envoie par cet ordinaire, diligemment encaissé, comme de coutume. Je prie M. Cerisiers, mou ami, de vous le faire parvenir à Paris aussitôt qu’il l’aura reçu à Lyon , et j’espère que vous le recevrez bien conditionné. A votre défaut j’ai prié M. Pointel de le retirer et de le garder tout encaissé jusqu’à votre tetour à Paris. Dans huitaine il recevra aussi celui que j’ai fait pour lui, et vous pourrez juger de l’un et de l’autie; mais je m’assure de vous avoir tenu la promesse que je vous ai faite, car certainement le vôtre est le meilleur et le plus ressemblant. » — <3 juillet 1650 : La place que vous voulez donner à mon poitrait dans votre maison ajoute encore beaucoup à mes obligations ; il y sera aussi dignement comme fut celui de V irgile dans le musée d’Auguste, et pour ma part j’en serai aussi glorieux que s’il était chez les ducs de Toscane, avec ceux de léonard de Vinci, de Michel-Ange et de Raphaël. Je suis impatient que vous l’aviez reçu, afin dcsavoirs’il vous aura plu. J’ai mis tout le soin possible pour qu’il fut ressemblant, et cela n’a pas été sans quelque incommodité; ceux qui l’ont vu ici en ont été fort contents. ■ — <29 août 1650 : Monsieur, il n’y a non pins de proportion entre l’importance réelle de mon portrait et l'estime que vous voulez bien en faire, qu’entre le mérite de cette œuvre et le prix que vous y mettez. Je trouve des excès dans tout cela. Je me promettais bien que vous recevriez mon petit présent avec bienveillance ; mais je n’en attendais rien davantage et ne prétendais pas que vous m’en eussiez de l’obligation. 11 suffisait que vous me donnassiez place dans votre cabinet de peintures, sans vouloir encore remplir ma bourse de pistoles. C’est une espèce de tyrannie que de me rendre tellement redevable envers vous que jamais je ne me puisse acquitter. » — On voit, par ce qui précède, que Poussin peignit deux fois son portrait: une fois pour .M. de Chantelou (c’est le portrait placé au Louvre) ; une autre fois pour M. Pointel. De plus, 11 exécuta, d’après l’un
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deces deux originaux, qu’il ne désigne pas, une copie pour un ami dont il ne dit pas le nom. Pesne en a gravé deux et peut-être même trois : relui du Louvre, un autre dont la Culcographic impériale possède la planche et qui diffère du premier par la disposition. On remarque dans le Tond de celui-ci une galerie et deux enfants supportant une guirlande ; on voit les deux mains de l’artiste : l’une tient un porte-crayon , l’autre est appuyée sur un livre sur le dos duquel on lit : de lumine et colore. Kntre les deux enfants est placée une inscription commençant parces mots : ?i ICO LA VS Povssin vs... finissant par : anxo domini, 1649. Iîoui.t ætatis su, 55. Cette gravure est dédiée par Pesne à M. de Cerisier. A-t-elle été faite d’après le tableau peint pour M. Pointe!, qui serait ensuite passé dans les mains de M. Cerisier, ou d’après la copie faite par Poussin lui-méme pour cet ami inconnu, et qui pourrait bien être M. Cerisier, négociant à Lyon? Enfin, on trouve dans l’œuvre de Poussin, conservé à la Bibliothèque impériale, un troisième portrait qu’une inscription manuscrite attribue à Pesne, et qui ressemble, pour l’exécution, 4 ses portraits de Le Comte et de de Thou. Poussin est représenté à mi-corps, tête nue, avec les cheveux assez, courts, tourné vers la gauche, posant la main sur un livre près duquel est un compas. Dans le fond, à droite, un rideau; 4 gauche, un chevalet portant un tableau. Des livres sur des rayons, une statuette dont on n’aperçoit que les jambes. Cette planche, fort rare 4 cet état, fut réduite ensuite en ovale. La main gauche, la statuette, le chevalet, ont disparu. Elleest insérée dans le 1" volume des grands hommes de Perrault. Enfin, dans un troisième état on y lit : gravé par Edelingue. Le catalogue du musée de Dresde ;in-4°, 1765) signale un portrait de Poussin par lui-même, avec moustaches, cheveux courts, posant la main sur un livre élevé. — Le portrait inscrit sous ce numéro fut acquis, en 1797, d’un marchand de tableaux nommé Lerouge , 4 qui on donna en échange une peinture de van der Werff, représentant le Christ apparaissant en jardinier 4 la Madeleine. « 1“ à cause de sa médiocrité , 2" n cause de tous les repeints que les gersures lu y ont occasionnés. » Le portrait de Poussin, dans ce marché, était estimé 3,600 livres. (Archives du Musée.)