II. 1, 56. — L. 2,00. — T. Fig. de
A gauche, la Vierge, saint Jean et la Madeleine contemplent, dans le plus profond abattement, cette scène de douleur. Au premier plan, du même côté, des soldats jouent aux dés les vêtements du Sauveur.
Gravé par Hennit Audran, en 1700.— Landon, t. 1, pl. 56.
Collection de Louis XIV. — « C’est le 27 juin 1585 que M. le Brun présenta au roi le tableau de l’fîlévation en eroix, qu'il avait faif de la grandeur du Portement de croix (le M. Mignaid. M. Mignard ayant fait ce tableau du Pot temenl de croix pour M. de Seigneluy, ledit seigneur deSeignelaycn fitprésent au roi. L’on croit que cela était fait de concert avec MM. de Ixirraine, amis de M. Mignard, et même de M. de Louvois, pour produire M. Vignard aupr? s do roi. Le tableau n'eut pas sitôt paru en cour, que, par la brigue, il fut prôné comme le meilleur tableau qui eût jamaie paru. Il semblait même que la galerie de Versailles, qui veuait d’étie achevée, ne devait pas être regardée après ce tableau. Le roi, qui n’a jamais cessé d’honorer M. le Brun île sa protection, et qui voyait bien la plaisanterie (le cette cabale, parlant un jour ù M. le Brun auprèsd’une des fenêtres de la galerie, lui dit de Lire un tableau pour opposer 5 ce tableau et clore la bmicle- 5 ces calialistes, el lui laissa le choix du sujet. M. le Brun a uni il, s’il l’avait voulu, choisi un sujet agréable, mais il voulut en choisir un (pii fût de même caractère, et prit celui de l’Elévation en croix. 11 en fil le tableau eu moins de trois mois de temps avec ses autres aüaires, et le présenta au roi qui l'attendait avec impatience. On le porta dans la chambre du lui le matin, et quoique le roi fût au conseil, comme il avait donné l'ordre qu’on l’avertit aussitôt qu’il fût armé, il sortit du conseil pour le voir, et, après en avoir reçu toute la satisfaction qu’il en espérait, dit à M. le Brun cent choses obligeantes. 11 rentra dans le conseil, et d t 5 .M. lu chancelier et à tous ceux qui y étaient qu'on fui venait d'apporter un tabhau qui méritait bien
Ï u'ils se levassent et vinssent le voir, ’lout le conseil y vint et l’applauit, et le roi, devant tous, en marqua une joie extraordinaire. C’est une chose bien extraordinaire pour marquer ce que peut la cabale en cour, qu’il semblait que l'on eût ignoré ce que valait M. Mignard Jusqu’alors , qu’il ûuit lepretnier pehitrequicûl jamais paru, et que l’on s’était trompé
BRUN (lb)
en rendant & M. le Brun ce que son mérite lui avait acquis. Quand on sut que M. le Brun Taisait un tableau pour opposer à celui de M. Mignard, on attendait ce tableau avec une impatience sans ('gale; tout le monde croyant s’étre tiompé dans le jugement qu il avait Tait de M. le Brun, et ayant tellement les yeux attachés sur celui de M. Mignard, qui est un tableau qui peut se faire en deux mois, qu’on ne comptait pour rien tous les grands et fameux ouvrages de M. le Brun, que l'on semblait avoir oubliés.» ; Guillet de Saint-Georges, Mémoire» inédit» sur la rie et les ouvrage t dei membres de l'Academie royale, t. t, p. 63. ) On trouve dans le Mercure de Frnnrc du mois tic septembre 1085 une description de ce tableau, placé en 1709-1710 dans le petit appartement du roi, à Versailles.