‹ Notice des travaux littéraires des missionnaires anglais dans l'IndeChapitre 1 sur 2 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

Des travaux littéraires des Missionnaires anglais dans les Indes-Orientales (i).

Propager, parmi les nations les plus lointaines , les principes évangéllques , surtout leur inculquer les dogmes de leur croyance respective , tel est le but que se proposent les missionnaires de plusieurs communions chrétiennes. Pour le remplir Ils entreprennent des voyages pénibles^ périlleux , et se livrent aux études les plus ingrates. Ces travaux , très-mëritoires et très-précieux aux yeux de la religion , quels que soient d*allleurs leurs succès y ne sont pas sans ' utilité pour les progrès de la civilisation, le perfectionnement des sciences » pour la connoissance des langues, et même pour les opérations politiques. J*ai déjà fait connoitre , dans deux ouvrages successifs (2), les services que nos missionnaires de Tlnde et de la Chine ont rendus à plusieurs de nos concitoyens, et même au gou-^ vernement, dans ces contrées ; j'ai insisté forten^ent sur ceux qu'ils pourrolent encore nous rendre. Les résultats de leur immense correpondance sont consignés dans les vingt-six volumes de Lettres

édifiantes^ dans les seize volumes de Mémoires sur les Chinois, dans l'ouvrage du père du Halde , dans les Mémoires des Missions Danoises (3) , et dans un grand nombre d'autres ouvrages également recommandables sous le rapport du sujet qu'on y traite , et de la véracité des auteurs. On y voit que les missionnaires n*ont pas négligé les intérêts des sciences et des lettres. Les trop mémorables événemens politiques qui se sont pressés depuis plus de vingt-cinq ans parmi les nations continentales de TËurope, semblent avoir exercé aussi leur triste influence sur les travaux des missionnaires de ces mêmes nations. Sans doute le zèle de ceux-ci ne s*est pas refroidi ; mais leur correspondance littéraire a été interceptée et interrompue. Réduits à eux-mêmes, loin de l'Europe , et ne recevant aucune recrue ^ aucun secours, ils ont vu presque tous leurs établissemens s'anéantir. Les circonstances si funestes au continent ont porté l'Angleterre à un degré de puissance sans exemple dans nos temps modernes. Cet agrandissement , si favorable aux vastes spéculations commerciales de tous les habitans de la Grande-Bretagne , ne l'est pas moins aux établissemens de ses missionnaires. Leurs recherches littéraires et celles des membres de W Société asia* tique de Calcutta seront, aux yeux de la postérité , les plus honorables monumens de la domination britannique dans les Indes. Que resteroit-il à nos

(3) neveux, à nous-mêmes , de la mémorable et passagère conquête de l'Egypte, si l'ouvrage de la Commission n'exîstoît pas ?

Au reste , quelque jugement que Ton porte touchant le but et le résultat des travaux apostoliques des missionnaires Anglais , on ne peut s'empêcher dapplaudir à leurs importantes recherches sur les langues de l'Inde. Nous allons essayer d'en donner une îdëe, principalement d'après une excellente brochure intitulée : Abrief account , etc.... ( Esquisse rapide des missions haptistes et de leurs traductions , avec des spéci* mens des différentes langues dans lesquelles on a imprimé les Saintes Ecritures ^^ etc. à Timpri'* merie de la mission de Sérampore. Ouvrage accompagné d'une carte dressée par Arrowsmithy indiquant les cantons et les pays oiï ces langues sont parlées. Le tout rédigé d'après les notices imprimées de la Société , par M. Ryland (4).

Londres, i8i5; /«-S"*, un vol.

Cet ouvrage , comme l'indique le titre , est un précisdesvolumineuxcomptes périodiques rendus par les missionnaires chrétiens. On y a Indiqué les traductions delà Bible et autres ouvrages théologiques écrits dans les langues de l'Inde ; nous nous permettrons d'ajouter le titre et même la notice de plusieurs autres ouvrages composés par les mêmes missionnaires , en désignant par un asté'^

risque ceux que nous nous sommes procurés ; et qui font partie de notre collection.

La Société des missionnaires Baptistes fut fondée eni 792 ; elle a un comité composé d'abord de quatre membres , et maintenant de trentequatre. Elle se soutient par des souscriptions annuelles, par des donations, par le secours de sociétés affiliées, par ceux de la Société de la Bible (5), par des collectes et par des legs plus ou moins considérables.

Lesétablissemensdes missionnaires anglaisdans les Indes orientales sont au nombre de plus de vingt; et quelques-uns, comme ceux de Ser* dbanai, dans le nord de l'Inde, etd'Amboyna^ ile de rOcéan indien , se trouvent à treize cent cinquante lieues fun dé Tautre. Nous allons les indiquer ici suivant Tordre chronologique de leur fondation, et non d'après leur situa^ tion géographique respective.

L 1799* SiRAMPORE. L'établissement de Sérampore et de Calcutta date de 1799; il se compose des docteurs Gtiillauine Carey, qui dirige te eoUége , et Marshman qui préside à riniprimerie; de MM. Ward (6), La wson. Eustache Carey \ Yates, et de sept frères indigènes..

Sérampore , comptoir danois , nommé aussi Frederick - Nàgar , est situé a quatre lieues de Calcutta , par vingt'-deu^L degrés quarante-cinq

minutes de latitude septentrionale, quatre-vingthuît degrés trente-5ix minutes de longitude , sur la rive occidentale d*un bras du Gange nommé rivière d'Hougley. Les bâtimens de la mission se composent de cellules pour les missionnaires, de classes, d'une vaste salle pour le service divin, d'une imprimerie qui consiste en dix presses, d'une fonderie pour les caractères de la plupart des langues orientales; enfin, d'une papeterie qui a coûté seule dix mille roupies , ou trente mille francs. On y est déjà parvenu à imprimer la Bible dans plus de vingt langues orientales. Outre les établissemens dont nous venons de parler , madame Carey , femme du célèbre missionnaire , dirige une pension de jeunes filles, et il y a une école de charité pour apprendre à lire aux enfans des pauvres , d'après le système de Lancastre. Le même système est adopté dans une école de Calcutta , où huit cents enfans de Tun et Tautre sexe,. Hindous^ Musulmans, Sumatrans , Mosambiques. Abyssins, etc. apprennent à lire le bengaly dans la Sainte-Ecriture , et à tracer les caractères de cette langue. De semblables écoles ont été ouvertes à Taldanga , endroit situé à trois grandes lieues de Sérampore, et à Vldeyavaty, village intermédiaire.

IL i8oo. DiNADJE-poRS. Le second établissement est celui de Dinadje-pore , capitale d'un

district du Bengale, situé à quatre-vingis lieues nord de Calcutta » par vîngt-cinq degrés trentesept minutes de latitude, dans le voisinage de Modnapaty , et de Maipaldlguy y endroits où MM. Carey et Thomas avoient d*abord essayé de rinslaller, et qu*ils visitolent fréquemment. Li*école à la Lancastre, de cet établissement, contient quarante-trois enfans, dont le nombre s*accroit chaque jour. M. Ignace Fernandès, qui dirige cette mission, a une indigoterie à quelques milles de là , dans un endroit nommé Sadanxnahl; il a déjà converti soixante-un Hindous.

III. i8o4* CoTOUAH , ville du district de Berdouân, dans le Bengale , à vingt-cinq lieues nord-ouest de Calcutta, par vingt-trois degrés trente-sept minutes de latitude, sur le bord occidental de la rivière d*Hougley, renferme le troisième établissement de nos missionnaires. Il a été formé par M. Chamberlayn en i8o4* Ce missionnaire fait des excursions à Brahmpore , et même jusque dans le voisinage de Lakrakounda, yille du district de BIrbhoum, à vingt lieues nord de Cotouâh. Des écoles de Lancastre ont été établies dans ce dernier endroit.

IV. V. 1807. Ramgoun. La maison de la mission de Ramgoun, ville maritime et capitale du Pégou, ainsi que Timprimerle qui en dépend , ont été épargnées par Tinçendie qui consuma,

ce principal port de mer de l'empire de Barma , situé à deux cent vingt -cinq lieues sud-est de Calcutta, par seize degrés quarante -quatre ml* nutcs de latitude, et qui renfermolt cinq mille malsons. Cette mission mérite d*étre placée en cinquième ligne, puisque sa fondation remonte à 1807. M. Félix Carey, qui dirige cet établissement, est très-avancé dans la traduction de la Bible en langue barmane , et II a même obtenu de Tempereur d'Ava la permission d'élever une presse pour Timprlmer ; mais on exige qu*II vienne se fixer dans la capitale , Ava , qui est éloignée de cent soixante-dix lieues est de Calcutta, par vingt-un degrés cinquante-une minute de latitude. Ainsi la mission aura deux établissemens situés aux deux extrémités de Templre de Barma , qui est voisin de celui de la Chine. M. Félix Carey se propose de traduire la Bible dans les langues siamoise et pégouane.

VI. 1807. Djëçore. Une église fut construite, en 1801, par des Indigènes convertis dans le Djéçore ; ce district, situé entre le vingt-deuxième et le vingt-quatrième degré de latitude, dans la partie orientale du Bengale, à vingt-quatre lieues est-nord-est de Calcutta , contient douze cent mille habltans, dans la proportion de neuf Musulmans sur sept Hindous.

VIL i8o8. GôMALXY, Endroit voisin de*

ruines de Gour, ancienne capitale da Bengale; à trente-trois iîeues de Calcutta , entre Cotouah et Dinadje-pore, par vingt -qoatre degrés cinquante minutes de latitude nord. La fondation d*ëcole8 bengaiyes, dans cet endroit, par de respectables Anglais, a provoqué l'érection d'une église qui est desservie par un frère hindou. Ea 1813, la mission fut transportée à une ville nommée Bâzâr- Anglais^ peu éloignée de la précédente.

Vin. 1809. DiGAH est une ville du Bëhâr , voisine de Patnah, capitale de cette province, antique berceau du brahmisme , à trois cent vingt milles, ou cent six lieues nord -ouest de Calcutta , sur le bord méridional du Gange , ipar vingt-sept degrés trente minutes de latitude. Le respectable M. Moore , fondateur de cette mission , y dirige une école d'Européens et trois écoles d^ndigènes. Un riche Hindou de Bénârès contribue volontairement à l'entretien des écoles, pour une somme de trois cents roupies, ou environ neuf cents francs par mois; somme consî* dérable dans un pays où les denrées de première nécessité sont à très-bas prix.

IX. 1810. B AL AçoRE.Un estimable Arménien, M. Peter, fonda , en. 1 810, une mission évangélique à Balaçore, ville maritime de la province d'Orîça , située par vingt-un degrés trente-une

(9) minutes de latitude , distante de quarante lieues sud-ouest de Calcutta , et voisine de la fameuse pagode de Djaga-nâtha ^ vulgairement nommée Jagrenat (7),dont certains Portugais alloient quelquefois adorer Tidole. Mais ce qui paroitra bien plus étonnant à quiconque connoit le caractère des Hindous , c'est qu un brahmane de cette même pagode ait abandonné son cordon (poïta), c'est-à-dire ait renoncé à sa caste pour se faire chrétien. Au reste, on ne pourra s'empêcher d'avoir une idée avantageuse A^% succès de M. Peter « quand on saura qu'il a trouvé le moyen de distribuer, parmi les habitans , une édition assez nombreuse de la Bible , traduite en langue d'Oriça.

X. i8il. Agrah. L'année suivante vit une mission chrétienne se consolider dans l'ancienne capitale musulmane de THindoustân , Agrah , située sur les bords du Djémnah , par vingt-sept degrés douze minutes de latitude, à àexxyi cent * soixante- dix lieues nord -ouest de Calcutta. On sait qu'elle donne encore son nom à une vaste province , où l'on parle le hindy , langue totalement différente de l'hindoustâny, et très-voisine •du samskrit. Les missionnaires y ont une école •européenne , qui leur donnera les moyens d'en former d'autres parmi les indigènes.

XL 1811. NagpoRE. Quoiqu'il n'y ait pas f[Ie mission établie à Nâgpore , nous ne devons

point passer sous silence les travaux apostoliques « et vraiment utiles , d'un particulier , dans cette ville mahratte , distante de plus de deux cents lieues à Toccident de Calcutta, par vingt- un degrés neuf minutes de latitude, et dont on évalue la population à quatre-vingt mille âmes. Ce respectable personnage dirige lui-même une école, où les naturels envoient volontiers leurs enfans pour apprendre à lire. Ceux - ci vont ensuite faire des lectures de la Bible à leurs parens. Un missionnaire natif se livre aux prédications. On essaie en ce moment de traduire l'Ancien et le Nouveau Testament en gôndy, idiome vulgaire de ce canton mahratte*

XII, XIII, XIV et XV. 1812— i8i5. Bombay, PaTNAH , TCHITTEGANG et CoLOMBO.

L*année 18 12 fut très-fructueuse pour les missionnaires, dont un assez grand nombre travailloient concurremment dans les parties de Tlnde les plus opposées. Ils eurent un établissement à Bombay, sur la côte occidentale de la grande péninsule, à trois cent trente lieues ouest de Calcutta, par dix-huit degrés cinquante-huit m/- .nutes de latitude. Outre une multitude d'Arméniens, on compte à Bombay environ vingt miWe Farsys , deux cent mille Hindous , onze mille maisons de Musulmans, quinze maisons juives, vingt européennes , sans parler des ofEclers

xnîlîtaîres et cent portugaises (8). Depuis quelque temps la mission a été transférée à Surate.

La distribution de difïércns Traités sur la Religion chrétienne , écrits en hîndy, en persan , en bengaly et en arabe, ainsi que rétablissement d*une école de Lancastre ^z beaucoup contribué à installation des missionnaires à Patnah , nommée Srî-Nâgar , par les Hindous ( c'est-à-dire la ville Sacrée ) , capitale du Béhâr , une des provinces les plus anciennement civilisées de THindoustân. Cette ville que le respectable et célèbre major Rennell croît être la Palibothra (g) des anciens , a été bâtie sur la rive méridionale du Gange , à un peu plus de cent lieues nordouest de Calcutta , par vingt-cinq degrés trente^ sept minutes de latitude, et renferme cinq cent mille habitans , suivant les missionnaires ; mais M. "Walter Hamilton ne croit pas devoir les porter au-delà de cent cinquante mille.

La dernière ville orientale du Bengale, Tchittegang, autrefois Isiâm-Abàd, située par vingtdeuxdegrés vingt-deux minutes de latitude, à cent cinq lieues de Calcutta , auprès d'immenses forêts de Tek (lo), qui séparent le territoire anglais de l'empire de Barma, a reçu aussi une mission évangélique en i8i 2. Les habitans attachent beaucoup d'importance à l'éducation de leurs enfans. Au «delà de Tchiltegang, dans les montagnes qjLii servent de limites orientales au Bengale,

habite la tribu de Khassay ^ qui parle une langue particulière , dans laquelle les missionnaires ont traduit et impriment actuellement la Bible*

Quoique la mission de Colombo , dans l'ile de Ceylan , à quatre cents lieues sud de Calcutta, par sept degrés deux minutes de latitude, date de la même année que les deux missions pré* cédentes, elle paroissoit moins florissante qu*elles. Mais la compagnie anglaise des Indes-Orientales ayant expulsé les Hollandais qui possédoient tout le littoral de Ceylan, et s'étant emparée du royaume de Candi , situé dans le centre de i*ile, se trouve maintenant maîtresse absolue de cette ile ; et elle favorisera , sans doute , les travaux apostoliques et littéraires. La Société de la BihUy établie àCalcutta^a déjà fait imprimera très-grand nombre une édition du Nouveau-Testament, en langue chingulaise, pour la distribuer aux habitans, qui sont, dit-on, au nombre de deux cent soixante-dix mille, dont cinquante mille portent déjà le nom de chrétiens. Ce titre ne suffit pas pour prouver leur pleine et entière convcf* sion au christianisme; mais enfin les foibles-H^)lions qu*ils possèdent de cette religion , ib les doivent aux missionnaires Danois, dont rétablissement dans cette ile date dès lyoS.

XVI, XVII et XVIIL i8i3. Serdhana, Pandoua , Java. La souveraine d'un petit canton indépendant du haut Hindoustân a très*

bien accueilli les missionnaires en i8i5. Ce petit canlon nommé Serd ha na^ comme sa capitale, est situé à seize ou dix-sept lieues de Dehly(ou douze lieues seulement, suivant M. Hamilton), et à trois cents lieues nord-ouest de Calcutta, au-delà d'Agrah, par vingt-neuf degrés onze minutes de latitude, près du Pendjab et du pays des Seykhs. Il appartient à la courageuse princesse (ii), veuve d'un heureux partisan ou aventurier allemand , nommé Summer, dont les Indiens changèrent le nom en celui de Somrou. Le premier ministre de cette petite souveraine a invité M. Chamberlayn à se rendre à Serdhana. «De là, dit ce respectable j» missionnaire, cm peut établir une correspond » dance avec le Pendjab, avec le Sri-nâgar, le Ka-> » chemyr.» Enfin, le seykh^ràdjâ , ou souverain des Seykhs (12), a témoigné un grand désir d'avoir un maître pour ses enfaus. Cinq écoles de Lancastre ont été déjà oi^ganisées pour enseigner le persan et Thindoustàny. Un brabmaiie converti donne les plus grands soins à ces nouveaux établissemens , et cherche tous les moyens de laire passer des exemplaires des traductions indiennes de» livres saints a Herdwâr, ville et pèle-* rinageduiSriHaâgar, où se rendent annuellement plus de cent mille pèlerins. Herdviràr (fl^/jdouéra , porte de Héry^ ou Vicbnou ) est situé par vingt- neuf degrés» cinquante - sept minutes de latitude , à trois cent vingt-sept lieues nord de Calcutta.

Un autre Hindou converti a porte la parole ëvangélique dans un autre canton de Tlnde , non moins écarté que le précédent , à Pandouâ , nommé aussi Pourra, vers vingt-cinq degrés neuf minutes de latitude , sur Textréme limite nord* est du Bengale , à quinze journées de marche à pieil de la Chine, et à cent lieues nord-est de Calcutta. Une école de Lancastre est établie à Pandouâ,

On a déjà vu , à Tarticle de Colombo , que les travaux des missionnaires ne se bornent pas au continent de Tlnde. Un d*eux,M. Robinson, partit de Calcutta pour se rendre à Java en 18 i3y c'est-à-dire après l'expulsion des Hollandais et des Français. Ce missionnaire s'établit d*abord à'Weltwreden, et prit ensuite une maison pouf organiser une ^V^/? de Lancastre à Molenvliet, à moins d'une demi-lieue de Batavia, par six degrés dix minutes de latitude méridionale, et à près de huit cents lieues sud-sud-est de Calcutta. Une société littéraire a obtenu du gouvernement la permission de faire Imprimer une édition de la Bible, en langue malaise, pour les chrétiens de File; cette édition sera faite à Timprlmerle ât^ missions à Sérampore. Le gouverneur gén^ des établissemens anglais dans Tlnde a, dit-on, souscrit pour dix mille roupies , ou trente mille francs. On a établi dans Tîle de Java une école de Lancastre.

XIX, XX et XXI. 1814. AvA, Amboyna, AllaH-AbAD. Oq se rappelle que M. Félix Carey (a) s*étoit établi à Ramgoun , port de mer de l'empire de Barma, dès Tannée 1807; mais l'incendie qui consuma celle ville pour la seconde fois, depuis l'arrivée de ce missionnaire « en 1814, et surtout les invitations de l'empereur de Barma, le déterminèrent à se rendre dans l'ancienne capitale nommée Aïngoua, et communément Ava, par les Européens, à quatre lieues d'Ommera-Poura , la capitale moderne , par vingt -un degrés cinquante - une minutes de latitude septentrionale ; c'est non-seulement avec la permission, mais encore par les ordres exprès de ce souverain , que' notre missionnaire a établi dans la ville une imprimerie en langue barmane.

Un autre membre de cette même famille»

dont le nom est aussi cher aux savans indianistes qu'aux chrétiens , M. Jabez Carey , partit de Calcutta, en 18149 pour former un établissement à Amboyna, ile et ville située à la pointe sudouest de File de Céram , vers le troisième degré quarante minutes de latitude méridionale , à mille quatre-vingts lieues sud-ouest de Calcutta. Il s'est rendu aux sollicitations de M. Martin , résident anglais à Amboyna, et ancien élève du docteur Guillaume Carey , au collège du fort

(a) Yojeis ci-dessus, pag. 8 et g.

AVilliam à Calcutla. Cet agent dlplomatiqae a donné des ordres pour que Ton imprimât à Sërampore une édition de la Bible en langue malaise, tirée à trois mille exemplaires.

Il se propose aussi d'établir, sous la direction de M. Jabez Carey,une école de Lancastre au fort Victoria, capitale de Tile de Céram y qui vient de changer de maîtres aussi bien qu*uQe partie de celle de Java. Ces deux îles ayant été restituées aux Hollandais , Je comité de ia so« ciété des missionnaires s'étant adresse au gouvernement britannique et à celui des Pays-Bas , pour obtenir protection, cette demande a été favorablement accueillie par les ministres desf deux puissances, et les missionnaires anglaU pour^ ront continuer leurs utiles travaux.

La santé de M. Kcrr , compagnon de M. Félix Carey, ne lui ayant point permis de séjourner' long-temps dan» Tempire des Barmans, il voulut se dédommager de cette pénible contrariëlé eo allant établir une mission sur le continent de rinde, dans la ville d*Allah-âbâd , si télèbra par le concours des innombrables pèlerins hlodous qui viennent se baigner au confluent ifa Gange et du Djémnah. Beaucoup d*entre eax poussent la dévotion jusqu'à se faire condiûtei au milieu du courant , dans lequel ils se prëci-. pitent avec des pots de terre attachés à leurs pieds. Allah-âbâd est située par vingt-cinq degrés

Ci?) vingt^sept minutes de latitude i à cent quatrevingts lieues de Calcutta, et à dix «huit de Bénârès.

Le nombre des personnes employées dans ces vingt-une missions, à la fin de i8i3, s'élevoit à quarante-quatre, dont douze Européens et trentedeux natifs (l3). On a soin de distribuer dans les environs de chacune de ces missions, des fragmens de TEcriture, et des traités sur la religion chrétienne, composés et imprimés dans la langue du pays. L'expérience a démontre TedGcacité de ce moyen, qui permet d'employer des néophytes indiens à l'instruction et à la conversion de leurs compatriotes. On peut se former une idée de l'importance que les missionnaires attachent à ces traductions , par le zèle et Tactivité avec lesquels ils s'y livrent. Ce n*est pas la partie de Jeui^ travaux la moins importante pour les orientalistes ; on nous permettra donc de recueillir tous les renseignemens consignés dans leurs intéressantes brochures. Comme II s'agit bien moins de savoir à quelle époque telle traduction a été faite que de désigner bien précisément l'étendue du pays où l'on parle la langue dans laquelle est écrite cette traduction , Tordre géographique doit être ici substitué à Tordre chronologique qu'on a suivi précédemment, abstraction faite du samskrit,que nous plaçbns en première ligne. Cette langue sacrée qui, par la multiplicité de

ses déclmalsons et de ses conjugaisons, et par la complication de ses règles, paroit n'avoir jamais été d'un usage vulgaire, est incontestablement la mère de presque toutes celles que Ton parle dans llnde. Comme c*est dans le centre de THindoustàn , proprement dit , que se trouvent les langues qui paroissent avoir conservé le plus de traits de ressemblance avec leur mère commune , nous commencerons par elles ; nous passerons ensuite à celles du midi ou de la prèsqu*ile; delà, à celles du couchant, du nord; enfin ^ à celles de Test.

La connoissance du saroskrit, parmi les Hindous, étant réservée aux brahmanes, que les Européens les plus instruits consulteront encore avec avantage , lors même qu'ils posséderont un dictionnaire alphabétique qui leur est indispensable (14)9 c'est sans doute pour plaire à leurs maîtres , et pour avoir un nouveau moyen de faire des prosélytes, que les missionnaires ont traduit en samskrit l'Ancien et le Nouveau Testament. La traduction du Pentateuque et celle du Nouveau Testament ont paru sous format 7/1-4®, en 1808 (i5). Les pandits, ou brahmanes savans, lisent cette traduction avec plaisir: ajoutons que pour les orientalistes d'Europe, ces traductions ont le grand mérite de ne pas exiger l'usage d'un dictionnaire , dont ils ont manqué jusqu'à présent pour le samskrit.

Le caractère dont on se sert ordinairement pour écrire cette langue se nomme déva-nâgary ; lise compose de cinquante lettres, dont les groupes (/9*^^/tf) présentent plus de huit cents formes, lesquelles exigent presque autant de poinçons. Les caractères employés pour la plupart des langues suivantes sont des altérations plus ou moins grandes du déva-nâgary , comme elles paroisseni être elles-mêmes des corruptions du samskrit.

Le hindy , qu'il ne faut pas confondre avec l'hindoustâny , passe pour avoir succédé immédiatement au samskrit , avçc lequel il a de nom* breuses conformités. On peut le regarder comme la langue la plus anciennement usitée de THIndoustân, surtout Si Ton adopte Toplnion assez répandue , que le samskrit n*a jamais été vulgairement parlé. La traduction hindye du Pen-* tateuque , celle des livres historiques y sont imprimées 9 ainsi qu'une seconde édition du Nouveau Testament, tirée à quatre mille exemplaires. Mais la langue moderne de THIndoustân qui paroit , après Fhindy , avoir conservé le plus grand nombre de mots samskrits y est le bhrédje^ bhdchây que Ton parle dans les provinces du Haut-Hindoustân, surtout dans le Dou-àb, c'està-dire dans la presqu ile formée par le Gange et le Djémnah, jusqu'à leur confluent, auprès d'AUah-âbâd. M. G. Carey a donné vF\e grammaire du bhrédje-bhàchà , avec une préface qui

nous a paru assez intéressante pour que nous en donnassions ici un extrait (16). Les quatre Evangiles ont été traduits en bhrédje-bbâchâ. Celui de saint Mathieu doit élre imprimé. L'hindy et le bhrédje-bhâchâ s'écrivent comme le samskrit , avec des caractères déva-nâgary.

Le bengaly ne contient guère moins de mots samskrits que les idiomes précédens. M. Halhed avoit, dès 1778, publié une excellente Grammaire bengalye, avec une savante préface (i7)« M. G. Carey a donné une grammaire de la même langue, plus courte (18). La traduction da Nouveau Testament, tirée à cinq mille exemplaires, doit être terminée, ainsi qu'une seconde édition du Pentateuque,z>i-4®, tirée à mille exemplaires. On a aussi imprimé, àSérampore, une portion du Mâha-^bbârata^ig), le Hâmayéna, le premier livre de TEnéide, etc., traduits en bengaly dont le caractère didère peu du déva-nâgary.

L*Ancienet le Nouveau-Testament sont traduits en langue mahratte et en langue oriça, dont le caractère ressemble au déva-nâgary, comme le rabbinique ressemble au caractère hébreu carré. La troisième édition du Nouveau Testament mahratte a paru, ainsi que la première édition, en oriça. On poursuit avec activité Tlmpression de l'Ancien Testament dans ces deux langues , qui , avec les précédentes , sont celles que parlent, dans le milieu de Tlnde, plus de cin-

quante millions d'habilans. On est redevable encore à M. G. Carey d'une Grammaire et d'un Vocabulaire mahrattes (20).

. Le talinga , le karnata , le tamoul ou malabar, et le konkena, ou langue du Konken, qu'on parle à Bombay et dans les environs, sont les langues usitées dans la presqu'ile ou Inde méridionale. Le Penlateuque et le Nouveau Testament ont été traduits en talinga; on a dû mettre ces ouvrages sous presse à la fin de i8i3. Le caractère talinga ne forme pas moins de douze cents poinçons. 11 en faut à peu près autant pour le tamoul. L'incendie du il mars i8ti détruisit à Sérampore ceux qu*on avoit déjà préparés.

Cette perte fut bientôt réparée ^ et dix mois après .cet accident, on vit parpitre une édition du Nouveau Testament tamoul, en un volume z72-8^ desçpt cents pages, tiré à cinq mille exemplaires. On imprime, maintenant, un Nouveau Testament en karnata (21). En 1814, M. F. Carey pubUa la première grammaire talinga qui ait paru en langue européenne (22). Nous possédons depuis long-temps les grammaires tamoules de Zîgenbalg (23) et de Besch (24).

. Nous trouvons dans la partie occidentale de L'Inde, trois langues principales : le gouzaraty qui se parle dans la presqu'ile à laquelle il doit son nom ; le bèloutchiky , langue du Bèloutchistân, et le pouchto, langue des Afghans. L*on a

traduit en gouzaraty Tëvangile de saint Mathieu et les Actes des Apôtres ; le premier ouvrage est sous presse.

Au nord-ouest du Gouzarate , gît le Bèloutchistân, nommé pays des Baloguys» sur les cartes d'Arrowsmilh. Ce pays s'étend du vingt-quatrième degré cinquante minutes au trentième degré quarante minutes de latitude nord, et du cinquante -huitième degré cinquante -cinq ml* nutes au soixante-septième degré trente minutes de longitude est de Greenwich. Sa capitale estKélât, ville située surTundes points les plus élevés du sol (25). Il a la mer au sud et le SIndh à Test. Le gouvernement du SIndh possède le port de Kérâtchy , que Ton peut regarder comme faisant partie du Bèloutchistân ; à Touest, des déserts ou des contrées mal peuplées le séparent de la province persane de Kermân ; un petit désert se prolonge entre le Sédjestân , autre province de laPersectleBèloutcbIslân,et lulsertde limite , ainsi que rAfghânlstân du côté du nord. Le bèloutchiky et le brahouéky, deux langues que Ton parle dans le Bèloutchistân , n*ont pas de caractère qui leur soit propre. La première tient beaucoup du persan; l'autre paroit être un idiome tatar (26). Le pouchto est la langue des Afghans, dont le pays, nommé Afghanistan, S'étend du vingt -neuvième degré de latitude lïord au trente-cinquième degré, et du soixante-!

deuxième au soixante-quinzième degrë de longitude de Greenwîch ; il est borné au nord par des montagnes qui le séparent du Kachgar , et du Badakhchân, au nord-ouest, par d*autres montagnes qui le séparent du Turkestân; vers Touest, ii renferme une partie du Khorâçàn dont l'autre partie appartient au Chah de Perse; des déserts et le Bèloutchistân lui servent de limites au sud. L'Indus, qui a sa source vers le trentecinquième degré de latitude nord , forme en grande partie la limite orientale de TAfghà-* nistân. Plusieurs savans, dignes de faire autorité, tels que le chevalier Jones et autres, ont avancé que les Afghans descendoient des dix tribus juives emmenées captives par Salmanazar, et reléguées à Halah et à Habor, le long du fleuve Gozan , et dans les villes des Mèdes. Un savant Afghan, qui se trouvoit dernièrement à Sérampore, disoit que «< sa nation étoit Bény Israël^ j» et non yéhoudy : Israélite, et non juive. » M. Chamberlayn écrivolt,le 23 avril i8i4:<< Un » très-grand nombre d'Afghans sont incontestaï) blement de la race d'Abraham. Leur langue » renferme une plus grande quantité de mots hé- ;> braïques , qu'aucune autre langue de Tlnde. » En effet , suivant Pomponius Mêla , et d'autres géographes de l'antiquité, la Médie n'étoit pas éloignée de plus de cent lieues des limites de l'Afghanistan moderne. La plupart des habitans

professent la religion musulmane. Us ont em-' pruntë Talphabet arabe, en y ajoutant des lettreset des signes nécessaires pour rendre les sons de la langue samskrite. L*on peut regarder le pouchto^ lebèloutchiky, comme les anneaux qui unissent les langues d'origine samskrite avec celles d origine hébraïque. Telle est Topinion adoptée et soutenue par nos missionnaires; mais toutes leurs assertions, même Tautoritë imposante de Tillustre chevalier Jones, enfin le résultat des recherches auxquelles je me suis livré , et que j*ai consignées dans le deuxième volume de la traduction françabe des Mémoires de la Société asiatique , ne peuvent balancer, selon moi^ Topinion de M. Ëlphins-* tone. Ce savant voyageur me paroit avoir une autorité irréfragable dans cette question. €( Toute » cette théorie ^ dit-il , est plausible ; elle pourroit » même être vraie; mais quand on Texamine » avec attention , il est aisé de s'apercevoir 9 qu'elle repose entièrement sur une tradition » fort vague, environnée de la plus profonde » obscurité (27). » Nous ne rapporterons pas ici les observations et les faits par lesquels M. El* phinstone détruit cette spécieuse hypothèse, et établit que a les Afghans sont autocthônes, et non pas d'origine exotique. » En effet, il arrive biea plus rarement, je crois, aux habitans des plainesf de s'établir dans les montagnes , qu*à ceux des montagnes de descendre dans les plaines, Mai«

revenons , Il en est temps , aux travaux de nos missionnaires, qui ont provoqué eux-mêmes cette digression.

Tout le Nouveau Testament a été traduit en pouchto, jusqu'à YEpitre aux Romains exclusivement. On imprime Tévangile de saint Mathieu.

Parvenus dans la partie la plus septentrionale de rinde , on entend parler le pendjâby et le kacbemyry. La première de ces langues tire son nom de la contrée arrosée par les cinq fleuves, dont la réunion forme le Sindh (Tlndus des anciens). La nation des Seykhs, si fameuse et si redoutée dans rinde(28),qui commence même à être connue en Europe, parle le pendjâby, dont M. Carey vient de publier une grammaire (29).

Le Nouveau Testament a été traduit et impriméen pendjâby, jusqu'à T Epi tre aux Romains inclusivement. Il a été aussi traduit en kachemyry, ou langue du pays de Kachemyr, jusqu'à la première Epitreaux Corinthiens. On imprime l'Evangile de saint Mathieu. On traduit actuellement la Bible en langues sindhy et M^otch ; le sindhy se parle le long de la rive orientale de rindus, dans une étendue de cent soixante-dix lieues de la mer; le wotch commence à cette distance, et se prolonge, en suivant la même flye, jusque dans le pays'des Seykhs, où, comme

nous Tavons déjà remarqua, on parle le pen« djâby; de manière que les missionnaires ont maintenant toutes les langues de cette portion de l'Inde, si Ton en excepte pourtant le wotch ou kotch , qu*on parle dans une partie du Gouzarate, et qu'ils espèrent bientôt se procurer.

Dans la partie orientale du Haut-Hindoustâa « nous trouvons, i^. la langue des Khassay, montagnards indépendans , établis entre les limites orientales du Bengale et les limites septentrionales du royaume de Barma. Le seul homme, peutêtre, de toute cette nation qui sût lire et écrire, vint à Calcutta, au mois de novembre i8i3 : les missionnaires remployèrent aussitôt à traduire la Bible en khassay.

2®. La langue d'Âssam , plus correctement Achâm^ royaume situé au nord-est du Bengale, et qui s'étend vers Test jusqu'aux limites de la Chine. Presque tout le Nouveau Testament est traduit et même imprimé jusqu'à l'Evangile de saint Marc en langue d* Assam.

3^. Celle du royaume de Barma , qui n'est séparé du précédent que par le petit royaume de Méni-poura , et s*étend aussi jusqu*aux frontières occidentales de la Chine. Nous avons vu précédemment qu'une imprimerie dans la langue du pays a été établie aux frais du gouvernement des Barmans, et l'on y imprime la traduction de l'Ancien et du JNouveau Testament. On doit

au docteur Carey une grammaire barmane imprimée à Sérampore , en un volume in-8^ (3o).

4^. Le Baly ou Magodha , langue sacrée et sa- .vante de Tempîre des Barmans , de l'île de Ceylan , et des îles de TOcéan indien, où la religion de Bouddhah a prévalu, sur le brahmanisme, est le samskrit altéré. M* Félix Carey n^a besoin que de temps et de quelque loisir pour terminer sa traduction balye de la Bible et du Nouveau Testament.

5^ Enfin , le chinois , dont les caractères se Usent aussi à la Cochinchine ^ au Ton'quin et au Japon. Avant que la traduction du Nouveau Testament ne soit définitivement livrée à l'impression , elle aura subi neuf ou dix révisions.

On faisoit, dès i8i3, les préparatifs nécessaires pour imprimer l'Ancien et le Nouveau Testament, avec des types chinois mobiles, procédé qui aura une grande supériorité sur celui que les Chinois eux-mêmes ont employé jusqu'à présent. On sait qu'ils sculptent ou qu'ils taillent leurs caractères sur des planchettes de bois, du format de l'ouvrage qu'ils veulent imprimer. Procédé trois fois plus dispendieux que celui que viennent d'adopter les missionnaires de Sérampore. Les types de métal nécessaires pour imprimer la Bible ne coûteront pas plus de quatre cents livres sterling, c'est-à-dire à peine un quart de ce qu'il en coûteroit pour tailler le même ouvrage sur bois. De cette manière ou

peut Imprimer une édition de la Bible et da Nouveau Testament avec beaucoup plus de célérité , et à bien meilleur marché , et plus correctement que par lancien procédé. Six mille types mobiles plus durables, et d*un usage infiniment plus étendu que les planches de bois solides, remplaceront environ un demi -million de ces planches, lesquelles ne peuvent servir qu*à imprimer Touvrage pour lequel on les a sôulptées; ces types produiront une édition infiniment plus belle que tout ce qui se fait en Chine même.

Ajoutons que ce genre d'impression est aussi expéditifque celui de toute autre langue, car ua type chinois contient , soit un nom , soit un verbe, etc. , et même quelquefois une phrase ou une courte sentence (3i).

On peut imprimer à Sérampore à un prix moindre des deux tiers de ce qu il en coûteroit en Chine, tant la main-d'œuvre est à bas prix dans rinde, Qu'on juge , s*il est possible , de l'économie d'un pareil procédé appliqué à Tîmprcssion chinoise de la Bible, dont on finira par demander des millions d'exemplaires ^ tant pour la colonie chinoise de Java que pour la Chine même. Outre l'avantage d'avoir résolu un grand problème d'imprimerie chinoise , on pourra corriger les fautes typographiques, et même les fautes littéraires, avec plus de facilité que dans les autres langues. La manipulation de ces ca*

ractères est, à certains égards, plus aisée, et surtout plus expéditive que celle des caractères romains. J'ai déjà reçu la traduction chinoise des Evangiles de saint Marc et de saint Jean^ Imprimés à Sérampore , par les soins de MM. Marshznan et Morrison. Le premier a donné, dans le même établissement, une édition chinoise-anglaise des Œuvres de Confucius (32), des Elémens de la langue chinoise (33) ; le second , une gram-* maire de la même langue (34) ; et il fait actuellement Imprimer , à Macao , un dictionnaire chinois- anglais (35). Puisque je parle Ici des savans sinologues anglais, je ne passerai pas sous silence le nom de M. le chevalier Staunton ^ qui a traduit du chinois, et publié en anglais, le Code pénal de la Chine (36). On se rappelle Taccuell favorable que ses progrès dans la langue chinoise lui valurent de la part du vénérable empereur Kien-Long (By), à Tépoque de Tarn»

bassade de lord Macartney.

Seize personnes sont employées à traduire les textes de la Bible » à préparer les types , et à imprimer les traductions chinoises.

Il est impossible de se faire une Idée de tous les avantages qui résulteront de la promulgation de la Bible, dans une langue parlée par plus de trois Oent millions d'individus, surtout cette 'grande opération s'exécutant à Sérampore, hors de la portée de tous les ëdits, et conséquem-*

ment de Tautorilë ombrageuse de Tempereur ée la Chine , et de ses mandarins. Des exemplaires de la Bible chinoise peuvent être continuellement expédiés de Sérampore, et pénéti*er dans le cœur même de la Chine ^ par Tempire Barman ; par Amboyna, Tile du Prince de Galles, celles de la mer des Indes, etc.

Des langues que nous venons de désigner, dix sont parlées dans les possessions anglaises , savoir le bengaly, Thindy , le bréd je - bhâchâ , loriça, le talinga, le karnata , Thindoustâny , legouzaraty, le tamoul ou le malabar. Outre ces langues, il en est encore plusieurs qui, n'appartenant pas précisément à Tlnde, ne sont cependant pas étrangères aux habitans de cette vaste contrée , et que les missionnaires croient ne devoir pas négliger. Ils réimpriment même, à grand nombre les traductions de la Bible, faites dans ces langues. Nous citerons d*abord Tarmënien , transporté dans les principaux Etats de- TAsie, par la nation estimable et commerçante qui parle cette langue. On grave aussi des poinçons arméniens pour imprimer la Bible tout entière. On doit en faire une édition tirée i grand nombre (^large édition^. M. Jean Sarjkies, et plusieurs autres généreux Arméniens de ses amis, établis à Calcutta, ont offert de contribuer à la dépense de cette belle entreprise pour cinq mille roupies (environ quinze mille francs).

Le malay s'ëcrlt, comme on sait, avec des caractères arabes , à quelques-uns desquels on ajoute des points diacritiques. Quoique la typo« graphie de Sérampore possède des caractères arabes, un missionnaire , M. Luson^ a cru devoir faire graver un nouveau caractère beaucoup plus petit que ceux qui existent à l'imprimerie, de manière à pouvoir renfermer cinq pages ordinaires en une seule. La Société de la Bible ^ établie à Calcutta, a résolu de faire imprimer, à Sérampore, une édition complète de la Bible malaise, en caractères romains, tirée à trois mille exemplaires; plus trois mille exemplaires séparés du Nouveau Testament malay, pour lusage des chrétiens établis à Amboyna. Enfin, le généreux chevalier Thomas Raffles, lieutenant-gouverneur de Java, et la société littéraire fondée par les Hollandais à Batavia , dans la même Ile , ont commandé, à Sérampore, une édition complète de la Bible malaise, en caractères arabes, pour la distribuer aux Malais chrétiens de Java. Le gouverneur-général du Bengale a arrêté , dans une assemblée du conseil suprême, qu*il contribueroit individuellement pour une somme de dix mille roupies ou trente mille francs , aux frais de ces dIfTérentes éditions. Il me seroit impossible, en parlant du malay, de ne pas men-* tionner , avec tous les éloges qu'il mérite , le savant et beau travail de M. Marsden sur cette

langue. Sa grammaire et son dictionnaire maby« anglais et anglais-maiay (38) , me paroissent In^ comparablement plus exacts, plus complets que tout ce qu*on a voit publié jusqu'à présent en Europe j sans excepter même le dictionnaire d*Howison , que défigurent les incorrections les plus grossières; mais la carte qui Taccompagne ofTre un aperçu très -curieux des ilcs et presqu'îles de l'Inde où se parle le malay.

Comme le persan est encore asse2 répandu parmi les musulmans de Tlnde ( c'est , comme on sait, la langue usitée à la cour et dans les conseils des nababs ou souverains mahométans de rinde, autrefois lieutenansduGrand-Mogol),^ les missionnaires ont fait imprimer les quatre évangiles et un rocucil d*extraits de la Bible en persan. Enfin, le savant et infatigable docteur Guillaume Carcy écrivoit, au commencement de i8i4» qu*on venolt d'imprimer, à Sérampore^ TEvangile de saint Mathieu , dans les langues du Sindh, du Kbassay, du Neypâl, duBykanira,de rOudéy-pour, du Marwar, du Djéypoura, et da Konkena. Nous avons tout lieu de croire que Ton doit avoir terminé maintenant l'impression du Nouveau Testament en entier , dans les langues du Moultân , du Sindh, d'Oudéy-pour , de Marwar , d'Assam , de Khassay , en maghoda , ou langue du Pégou, en barman , en talinga , en karnata, et dans plusieurs idiomes de Tlnde, en deçà et au-delà du Gange.

L'écoulement rapide de toutes ces ëdilions a engagé les missionnaires à introduire dans les différentes parties dé leur honorable et utile entre-^ prise y les améliorations dont elles leur ont paru susceptibles. Ils ont, par exemple, réduit consi-^' dérablemeBt ta dimension de leurs types; ce qui les a obligés, à la vérité , de renouveler presque tous leurs caractères ; mais cette dépense , peii importante pour eux , sera bientôt couverte par le résultat <ie Téconomie du papier que Ton €mpl61ra dans les éditions compactes. Cette économie' ne sera pas moindre de soixante pour ceùt ; de manière que la même édition qui cdûtoit autrefois dix mille irancs, n*en coûtera désormais que quatre' mille > et Ton renfermera dans tm seul volume ^ la même tnatière qui en occupoit pi^écédemment cinq. Ainsi, un Nouveau Testa-^ flfïent imprimé en bengaiy, en hindoustâny; dii toute autre langue orientale , ne Coûtera tout aU plus- que la moitié du prix du même ouvragé stéréotypé en Angleterre. La papeterie bâtie et mise dans la plus grande activité par lés missionaaires , auprès de leur imprimerie de SërampOré ; est encore pour eux un moyen d*économie presque incalculable , sans parler de la supériorité de ce papier, à Tégard de celui qu*ils tiroient des manufactures de rinde ou de l'Angleterre. Il est d'abord beaucoup plus solide que ce dernier, en outre inattaquable aux vers , qui font des ravages

V prompts el s! prodigieux dam I^ ^ux espèces de papier doat nous venons de parier. Les soins minuûevix qi^'ils prodigu^^t aux moindrcis détails de toute leur yaate entreprise y nous garanlissent la scrupuleuse fidélité des traductions quils pu-v l^lient. C*est une circç^nslance des pjqs heureuses pauc les pcogr^ des Européens, dan^ les langues, orientales, qu*ils se soient al-tachési des. ouvrages, déjà tradu(its dw^ Hne multitude d'aiUres langues^ et dont; pn ai feU certalnienient le plus de tra-* ductions connues. La comparaison» et surtoot Tétude de ces traductions , sufEt pour faire con^ noitre la marche et les idiotismes des dÂflEërentes langues dans lesquelles elles sont écrites , et mémo pour s'en former une gracnmaire et un voçabo*. l^ire asse^ 901 pie. Au reste, nous avoios déjà pui i:emarqger que les missioaaaires évangéiiquM; travaillent à nous épargner ce fisistidieux travail; ils publient aussi d*imporlans ouvrages originaux écrits dans ces mâm^eslangues, nous avons indiqué déjà un assez grand nombre de ces. ouvrages, ft nous seroit facile d'augmenter cette nomencla-^ ture d'après noXre propre collection , n^ais noua 6ii ferons le sujet d'un second MÉMCiiRE si 1m leçteur-s de& Annales goûtent celui que noua vqnqns de leur soumettre*

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