‹ Notice descriptive du Théatre HistoriqueChapitre 4 sur 19 · LES CARIATIDES DU VESTIBULE · texte numérisé non relu

LES CARIATIDES DU VESTIBULE

Les deux stafues du rez-de-chaussée sont d'un bel

effet. Le Drame, a l'œil égaré, au dont soucieux, au

sourire plein de haine et de mépris, tient un poignard

.1 l.i main.

L'expression de cette figure est d'une énergie indue. Eu la regardant quelque temps avec attention, "ii la voit s'animer, La passion qui la dévore se révèle avec plus de force encore. La douleur, la haine et la vengeance viennent unir a tour s'y montrer.

I..- mouvement du bras et la main qui tient le poignard ajoutent singulièrement à l'expression passionnée de celle Statue. Le mouvement du bras est nalu-

iti, mais plein de force; la main serre le poignard a\ec une énergie remarquable.

Knlin, tout dans celle ligure du Drame révèle franchement ce qu'elle esl appelée à représenter.

De l'autre côté, la Comédie, coiffée de feuilles de pampre, tient d'un*' main le masque comique, < t de

l'autre le bâton recourbe.

Celle statue a nu caractère particulier, qu'il est indispensable de faire remarquer, car c'est presque uno

innovation, llàlons-nous de dire qu'elle esl heureuse.

Jusqu'à présent, la plupart des statuaires ayant a re-r présenter la Comédie imaginaieni une femme aux allures débraillées, au geste lascif, au regard provo* quant, au sourire impudique. Us arrivaient ainsi à

faire Une SOrte de gr088€ l'rrtillirii , toujours prêté a retrousser Sa jupe pour laisser voir si jambe fuie el

son pied bien cambré, une façon d'Alsacienne, quel-

DU THÉATItE-IllSTORIQUi:.

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que chose enfin, mais toute autre chose que la Comédie.

Est-ce donc ainsi qu'il faut représenter la Comédie? Non, sans doute, mille fois non, et ceux qui l'ont fait ainsi savaient bien comment ils auraient dîi agir, mais ils ont sacrifié la vérité, fart à la popularité. Ils se sont dit que la foule sourirait et battrait des mains en voyant l'œuvre qu'ils faisaient, tandis que les fçens de goût, les artistes seuls apprécieraient celle qu'ils auraient dû faire.

M. Klagmann n'a pas sacrifié aux faux dieux, et nous lui en savons un gré infini.

Sa statue de la Comédie est celle que nous comprenions, que nous levions, que nous demandions.

Son regard, plein de vivacité , a néanmoins quelque douceur ; son sourire est légèrement moqueur; sa physionomie exprime une gaieté franche , où l'esprit, la finesse et la raillerie sont aussi clairement exprimés.

N'est-ce pas là le véritable caractère de la Comédie, et cela ne vaut-il pas mieux que l'Alsacienne éhontée dont nous parlions tout à l'heure?

En somme , ces deux statues, hautes de près de trois mètres , sont bien pensées et bien exécutées.

Nous devons cependant faire une ohservation à M. Klagmann. Ses figures nous semblent trop hautes trop longues; les vêtements des statues manquent d'ampleur; il y a de la gêne dans les mouvements; on dirait qu'elles ont froid et qu'elles se resserrent par une sorte de contraction intérieure.

Après avoir examiné plusieurs fois avec attention les

La Tragédie.

deux statues, après avoir cherchée expliquer ce léger défaut du statuaire, nous avons trouve, du moins nous le croyons, la raison qui l'a déterminé.

Le socle sur lequel sont

posées les statue-, eSl e\ i-

demment beaucoup trop petit.

Il (st dérègle que pour une figure de deux nielles il faut un socle presque de moitié. Or, ici, pour des statues de trois nielles, on a mis à In disposition du sculpteur une base de quarante-cinq centimètres.

("était là une difficulté ('lionne et que pourront seuls apprécier les gens de l'art.

Il n'y avait qu'un moyen d'éluder la difficulté : c'était par exemple de faire avancer les jambes et de mettre un pied en saillie.

Alors, grâce à cette augmentation de la surface du socle, l'artiste aurait pu s'élargir un peu par le haut, et le défaut que nous reprochons à son œuvre, défaut que nous reconnaissons impossible à éviter depuis notre dernier examen, eût en partie disparu.

Mais ce moyen, ce remède au peu de développement du socle, par un pied en saillie, était impraticable.

Les deux statues sont sur le passage de la foule, et avant le troisième jour après l'ouverture, le pied du Drame ou de la Comédie aurait disparu dans la casquelte (l'un gain i n, race destrucl i ve, rongeuse et rapineuse, s'il en hit.

Acceptons donc les deux statues tellesqu'elles sont, tout en regrettant que les nécessités de la construction et les lois architecturales aient imposé à M. Klagmann une tâche aussi difficile.

La Comédie.

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