‹ Notice descriptive du Théatre HistoriqueChapitre 5 sur 19 · LE CID ET GHIMENE · texte numérisé non relu

LE CID ET GHIMENE

A l'aplomb des piedsdrohs placés de chaque côté de li lerrasse, ^e tronvent deux groupes : 1-e Cid et Chimène; Hamlel el Ophélie.

Le Cid a dans sa forme tous les signes qui caraclérisenl l'homme du Midi;

il esl flanc.', nerveux.

Une de ses mains est appuyée snr sa poitrine, de [autre il lient la longue et lourde épée des chevaliers chrétien-.

Cette pose est pleine de franchise et de noblesse, elle esl digne de celui qui ose dire à cette Chimène qu'il adore et dont il vient de tuer le père :

Je fais ce que M veux, mais sans quitter l'envie

De unir par tes mains ma déplorable vie ;

Car, enfin, n'attends pas de iimn affection

Un làclie repentir d'une bonne action.

L'irréparable eflet d'une chaleur trop prompte

Déshonorai! mon père el me couvrait de honte:

Tu sais comme un soufflet touche un homme de cœur,

J'avais part à l'affront, j'en ai Cherché l'auteur ;

Je l'ai vu, j'ai vengé mon honneur et mon père.

Je le ferais encor si j'avais à le taire.

Ce n'est pas qu'en effet contre mon père el moi

Ma flamme assez longtemps n'ait combattu poui toi,

Jupe de son pouvoir : dans une telle offense

J'ai pudélibérersi j'en prendrais vengeance!

Réduil a le déplaire, on souffrir un affront,

J'ai pensé qu'a son tour mon liras elaii trop prompt,

Je me sois accusé de trop de

El ta beauté lansdoute emportai! la balai

A moins que d'opposer a les pins forts appas

Qu'on nomme sans honneur ne le méritai! p

Que, malgr Ite pari que

J'avais en ion 'une,

oui m'aima généreux , me balrail infâme;

Qu'écouter ton amour, obé

à sa voix, C'était m'en rendre indigne

et diffamer ton choix.

Je le le dis encore, et quoique j'en soupire, Jusqu'au dernier soupir je

veux bien le redire; Je l'ai fait une offemeetj'ai

dû m'y porter, Pour effacer ma honte el

pour te mériter.

Maisquitte envers l'honneur

el quitte envers mon père, C'est maintenant à toi que

je viens satisfaire; C'est pour t'offrir mon sang

qu'en ce lieu lu me vois, J'ai fait ce que j'ai dû, je fais

ce que je dois!

La figure du Cid manque peut-être de cette énergie que nous aurions aimé à trouver, mais elle est pleine de nohlesse et de grandeur.

Chimène tend ses mains convulsivement serrées par le désespoir; des larmes coulent de ses yeux, et sa tète éplorée s'incline vers don Rodrigue.

Une expression indéfinissable de douleur et d'angoisses anime cette figure d'une beauté sérieusement remarquable.

Enlin je me vois libre, cl je

puis sans contrainte De mes vives douleurs te

faire voir l'atteinte; Je puis donner passage à mes

tristes soupirs, Je puis l'ouvrir mon âme et

tous mes déplaisirs.

Mon père est mort, Elvire,

et la première épée Dont s'est armé Rodrigue a

sa trame coupée.

Fleurez, pleurez mes veux.

et fondez-vous eu eau, La moitié de ma vie a mis

Tautre an tombeau, Et m'oblige à Tenger, après

ce coup funesle, Celle que je n'ai plus, sur

celle qui me reste.

Par on sera jamais ma douleur apaisée.

Si je ne puis haïr la main qui l'a causée;

Et «pie doJS-je espérer qu'un

tourment éternel.

Si je poursuis un crime, ai innnl le criminel ?

HAMLET ET OPHELIE.

Le groupe placé de l'autre côlé représente Hamlct et Ophélie.

La figure d'Hamlet a une expression étrange qui saisit au premier coup d'oeil.

Tout en elle indique une nature d'élite, une intelligence puissante ; mais on comprend , à l'égarement des yeux, au mouvement du front et des lèvres, que cette intelligence est enchaînée par une pensée qui l'absorbe, la domine, l'étreint dans un cercle de fer. C'est bfenlàHamlet, seul, n'ayant aucun souci des choses de ce monde, rêvant et disant :

« Etre ou n'être pas, « voilà la question ! une â- « me courageuse doit-elle « supporter les coups poi- « gnants de la fortune « cruelle, ou s'armer con- « tre un déluge de dou- « leurs, et, en les combat- « tant . y mettre un ter- « me? Mourir, dormir, rien « de plus ; et dire que par « ce sommeil nous mettons « fin aux souffrances du « cœur et aux mille dou- « leurs léguées par la na- « ture à notre chair mor- « telle. C'est là un résultat « qu'on doit appeler de « tous ses vœux, etc. »

A côté d'Hamlet la délicieuse figure d'Ophélie. Il était difficile de mieux comprendre et de mieux exécuter cette ravissante création de Shakespeare.

C'est une toute jeune tille dont la pose est pleine de charme et de grâce.

Une couronne de fleurs et de brins de paille, bizarrement enlacés, est posée sur sa tête, ses mains sèment des Heurs, une expression divine de pureté, d'innocence, anime ses traits; ses yeux sont tristes, sa bouche sourit doucement, il semble qu'on l'entende. « Voilà du romarin,

« c'est la fleur du souvenir, a Souvenez-vous de moi, je « vous prie , mon bien- « aimé; et voici des pen- « sées ; c'est pour que vous « pensiez à moi. »

C'est cette tristesse, cette simplicité, cette innocence , que nous retrouvons dans l'Ophélie de M. Klagmann.

Mais, qu'il nous permette ici une observation : pourquoi, malgré sa folie, Ophélie tourne-t-elle entièrement le dos à Hamlet?

L'artiste a-t-il voulu , par là, indiquer plus fortement encore la préoccupation d'Hamlet, étranger aux choses de ce monde, insoucieux de tout, même d'Ophélie, lorsqu'il est livré à ses rêveries ?

A-t-il voulu montrer combien est complète la folie de la jeune fille, qui, si près de celui qu'elle aime, ne tourne même pas ses regards vers lui?

A-t-il voulu que là encore, comme dans le poème, ils fussent à jamais séparés?

Avec un homme comme M. Klagmann, artiste et poète à la fois, il faut adopter une de ces hypothèses, il faut lui supposer une de ces pensées, car c'est ainsi seulement qu'on peut expliquer la position de ces deux figures.

Pour en finir avec ces deux groupes, disons qu'audessous de l'Hamlet , un mascaron , composé avec beaucoup dégoût, représente la tète du fantôme couronné de cyprès, triste, solennelle et terrible, telle qu'elle fut aperçue la première fois par Marcellus et Bernanro.

De l'autre côté, c'est Chimène, rayonnante de bonheur, sous son voile de fiancée.

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