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Détails de l'hémicycle. — Les Poètes comiques.

Il a choisi le moment où Clytemnestre, poussée par Egisthe , va pour accomplir son crime. Les traits de l'épouse, comme sa démarche, accusent encore de l'hésitation; mais l'habileté du • peintre laisse assez voir que la passion coupable finira par l'emporter.

Dans la composition de M. Guichard, à côté d'Eschyle, le père de la tragédie, vient se placer Sophocle, qu'on a appelé le roi de la tragédie. Après lui, Euripide, qui, à la tête des quatre-vingt-quatre tragédies qu'on lui prête, avait droit de figurer dans ce panthéon élevé à l'art.

Lesdithjrambes chantés aux fêtes de Bacchusavaient engendré la tragédie; sa sœur paraît avoir à peu près la même origine. C'est des chants phalliques entonnés en l'honneur de ce dieu que la comédie est issue. Aristophane arrive le premier.

La scène racontée par M. Guichard, et empruntée à son théâtre, est tirée des Harangueuses , l'une des plus charmantes inspirations du poète : c'est encore une conspiration de femmes, comme dans Lysistrata. Les Athéniennes, sous la conduite de Praxagora, se déguisent en hommes. Elles mettent des barbes posti-

ches et prennent les manteaux de leurs maris pour s'introduire dans l'assemblée du peuple. Après s'être assurées ainsi de la majorité, elles font passer un décret qui investit les femmes du gouvernement. Elles établissent ensuite une nouvelle constitution fondée sur la communauté des biens, des femmes et des enfants. C'est une parodie très-spirituelle de la république imaginaire de Platon. Dans une série de scènes pleines de gaieté, toutes les objections contre ce système de communauté absolue sont présentées de la manière la plus comique. Dans la dernière partie de la pièce, on voit la réalisation du décret de Praxagora, relatif à la promiscuité des femmes. Plusieurs vieilles disputent à une jeune fille la possession d'un jeune homme.

Après Aristophane, M. Guichard a placé Ménandre, qu'Athènes a admiré pour sa finesse, pour ses grâces décentes, pour tous les charmes de son esprit. Voilà pour la comédie grecque.

Deux hommes représentent la comédie latine : Plante et Térence; Plante, qui écrivit pour les plébéiens, et Térence pour les chevaliers romains. M. Guichard a

NOTICE DESCKIPTIYIï

choisi parmi les comédies de Plante FAultdàire, et son pinceau s'est ingénié à reproduire l'avarice sous les Cfe el flétris d'Euclion.

La tragédie latine a été personnifiée tout entière par

M. Guichard dans le seul Sénèque. Parmi ses œuvres, c'est Mëdée que te pinceau du peintre a choisie, Médée

tpç son amant abandonne; elle tient dans ses bras ['enfant de Jason au moment où le poète lui fait dire:

Détails de la fiise. — Premier panneau (au milieu .

Détails de la frise. — Deuxième panneau (à gauche).

Délar ii pu |A mi lu-'

J " De manquai! ■ nft vengeance que Jason luimôme pour témoin. Il me semble que je n'ai rien fail encore. Ce tcinl des crimes perdus que ceux que i ai commis loin <\r ses yeux Tiens, Jason, ccupe toi de

faire les funérailles de lesenfants... Celui-ci a déjà cessé <\<' vivre, l'autre va subir le même sort, et tes yeux le

verront. »

Il n'y a plus de mère, il n'j a que la femme, ramante

furieuse de son abandon. Le peintre esl à la hauteur de son sujet.

C'est à celui qu'on a appelé l'Eschyle de l'Angleterre, «à William Shakespeare, bien entendu, que M. Guichard a confié le soin de porter le drapeau de l'art dramatique anglais. Pour l'un de ses tableaux, il s'est inspiré à' Othello; il a choisi le moment où Othello vient de poignarder Desdémone; puis il a cru devoir placer là,

ce que n'avait pas fait le poëte, la sombre figure d'Iago. Cette scène est pleine d'expression et tout à fait réussie. Goethe et Schiller représentent le ihéâtre allemand; M. Guichard a consacré deux tableaux à la scène germanique, il nous a donné une scène de Goethe et un portrait de Guillaume Tell. Le libérateur de la Suisse vient d'abattre la pomme et il tient dans ses bras son enfant qu'il couvre de baisers. Ce n'est pas à propre-

Détails de la frise. — Quatrième panneau (à droite).

ment parler une scène de Guillaume Tell, mais c'est la représentation du personnage dans le moment où sa patrie lui doit son salut.

Pour Goethe, M. Guichard a pris la scène de la séduction dans Faust: Méphistophélès se réjouit d'avoir atteint son but ; sa tète est supérieurement belle ; celle de Marguerite est toute poétique.

La littérature espagnole avait tous les titres possibles pour figurer dans ce musée dramatique : d'abord nos

auteurs ont fait de fréquents emprunts à son théâtre; ensuite la scène qui doit son origine au duc de Montpensier ne pouvait pas oublier de faire à la jeune princesse espagnole la gracieuseté de rendre plus populaires encore les hommes qui ont illustré son pays.

Laissant de côté Caldéron, M. Guichard a choisi Lope de Véga et Cervantes : dans les tableaux qui font suite à sa galerie, il a reproduit les admirables types de Cervantes. Don Quichotte est superbe d'énergie,

Détails de la fcise. — Cinquième et dernier pat neau à droi'e'.

Sancho Pança a toute la bonhomie dont le poëte l'a gratifié ; l'âne ne dépare pas ce tableau.

En voyant ce panthéon dramatique élevé à la gloire de toutes les nations, on se demande pourquoi l'Italie a été rigoureusement exclue. L'auteur de ta Divine Comédie, quoiqu'il n'ait pas composé de pièces de théâtre, pouvait peut-être figurer dans cette illustre compagnie au même titre que l'auteur de Don Qui-

chotte représentant le théâtre espagnol. Au surplus, s>i M. Guichard avait repoussé le Dante, il lui restait encore à choisir entre Arioste, qui, outre son chefd'œuvre, le Roland furieux, a fait quelques pièces, Alfieri et Métastase ; ces grands noms italiens n'auraient pas, ce nous semble, déparé .con merveilleux aréopage dramatique.

Selon nous, le travail de M. Guichard aurait pu être

ordonné autrement. Au dessous de ce panthéon élevé aux grands noms qui avaient illustré l'art dramatique, il fallait une nouvelle histoire du théâtre en tableaux. On dira peut-être que c'est là ce qu'on a fait. On a pris le théâtre à l'autel de Thespis, et on l'a conduit à la Phèdre de Racine et au Bourgeois gentilhomme de Molière. Sans doute, maison n'a pas ménagé <!«■ transition entre les deux époques, et l'on a eu tort, parce que si les noms manquent, les scènes ne manquent pas. Certes, M. Guichard n'avait que des mémoires à ouvrir pour v trouver la représentation d'un de ces drames puisés dans l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui reçurent le nom de mystères, qui occupèrent si longtemps la scène et qui faisaient révolution la du i N se produisaient.

En abordant la scène française, M. Guichard voyait étinceler devant lui une si majestueuse pléiade d'hommes de génie, qu'on peut, à la rigueur, concevoir son impatience et l'excuser.

L'artiste achoisi Corneille, Racine, Voltaire et Talma, pour représenter la plus haute expression de l'art tragique; Molière, Regnard, Marivaux et mademoiselle Mars représentent la comédie; Mozart, Gluck, Grétry, Méhul et Nourrit, l'opéra. Par un sentiment de haute convenance, facile à apprécier, si l'on songe que M. Alexandre Dumas a été l'inspirateur del œuvre que nous analysons; par un sentiment plein de délicatesse, disons nous , aucun de nos poètes dramatiques contemporains ne figure dans cette glorieuse exposition. Mademoiselle Mars seule pourra jouir de cette éclatante justice puhliquement rendue aux célébrités de notre scène, et nous avons gardé un trop précieux souvenir du talent de l'inimitable actrice pour protester contre cette exception unique. Il est même heureux qu'au milieu de ces mâles et austères figures, le regard puisse s'arrêter sur les traits d'une femme, dont l'absence eût certainement nui à l'ensemble de la composition.

Mais si, à part ce type impérissable et gracieux, M. Guichard ne pouvait choisir parmi les gloires contemporaines, le vaste champ du passé lui appartenait tout entier, et la critique a bien le droit de demander compte à l'artiste de quelques noms qui brillent par leur absence dans cette galerie populaire. Croit-on, par exemple, que le père de notre tragédie, le poète dont DOtre grand Corneille reconnaissait la paternité, que Rotrou enfin n'eût pas dû figurer parmi ces gloires

nationales; et si le nombre des élus, par les exigences du cadre, était fatalement restreint, n'eût-ce pas été justice que Voltaire fit place à Rotrou ? La gloire de Voltaire, en effet, procède plus directement de la philosophie, de la politique, que de l'art dramatique. Le penseur profond, le philosophe hardi, le littérateur éminent, le conteur gracieux et spirituel, ne dominentils pas de beaucoup chez Voltaire le poète tragique? M. Guichard ne l'a-t-il pas senti quand, après avoir encadré, dans chacun des médaillons qui courent audessous de la frise, l'une des principales scènes du chef-d'œuvre de chacun de ses héros; quand, après avoir peint, pour Corneille, Cinna; pour Racine, Phèdre dans la scène de l'aveu, un chef-d'œuvre ! il en est réduit à puiser, pour Voltaire, dans la tragédie de Mahomet, la scène de la mort de Zopyre?

Mais ce n'est pas h' encore le plus grave reproche que nous voudrions faire à M. Guichard. Nous n'apprécions pas en ce moment l'exécution de l'œuvre, mais le sentiment général qui l'a inspirée. La comédie française, avons-nous dit, est représentée par Molière, Regnard, Marivaux et mademoiselle Mars. Aucun nom ne devait, ne pouvait précéder celui de notre grand poète comique ; mais, parmi ses successeurs, il en est un, un seul, qui s'est montré original, penseur hardi et profond, un seul qui ait puisé, dans un nouvel ordre d'idées, un élément nouveau, une puissance comique (vis comica), inconnus jusqu'à lui ; c'est Beaumarchais, et M. Guichard l'a oublié ou dédaigné.

Le groupe musical, comme sentiment toujours, est irréprochable, et notre génération tout entière applaudira à cette poétique consécration de la gloire de notre grand Nourrit, aussi bien que de celle de Talma. Rien ne reste, en effet, dans la mémoire des hommes, de ces interprètes éloquents et sublimes qui traduisent au peuple les chefs-d'œuvre de l'art, et c'est à la fois consolation et justice que la peinture transmette aux générations qui les suivent le souvenir de leurs traits. Le Don Juan de Mozart, YArmide de Gluck, les trésors de mélodie de Grétry et de Méhul, qui ont charmé nos pères et que nous allons encore applaudir chaque soir,, justiiient suffisamment les choix de l'artiste. Mais puisque l'Académie royale de musique a tant fait que d'élever une statue bourgeoise à Rossini, nul n'aurait blâmé M. Guichard d'avoir placé dans ce groupe musical la figure du chantre de Guillaume Tell et du Barbier. L'ombre de Beaumarchais s'en serait applaudie.

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