‹ Notice descriptive du Théatre HistoriqueChapitre 6 sur 19 · FRONTON · texte numérisé non relu

FRONTON

Le fronton es! terminé par une figure aux ailes •'tondues représentant le génie de l'Art moderne.

Ici, M. Klagmann, emporté par le sentiment poétique qui Panime à un si haut degré, s'est laisse entraîner un peu au delà des prescriptions du programme.

Sa Bgure, dont au surplus nous ne voulons pas Manier l'exécution, est plutôt Apollon adolescent, que le £.'ér.ie de l'Art moderne.

Il nous semble qu'il aurait fallu donner au génie de l'Art moderne quelque chose de plus accusé, de plus mâle. La place qu'occupe le génie, au sommet d'un nouveau théâtre destine au drame, nécessitait cette , celte virilité, que nous regrettons de ne pas trouve: dans le bel adolescent de M. Klagmann.

Au surplus, si le programme, au lieu «lu génie de l'Ail moderne, terme vague, indéfini et sans signifi-

cation précise, avait demandé le génie du Drame moderne, la pensée ainsi formulée n'aurait pu faire naître le moindre doute dans l'esprit de l'artiste.

Le génie tient d'une main des couronnes et des palmes, de l'autre une table sur laquelle sont inscrits les noms des plus grands génies dramatiques.

Le tympan est rempli par une légende portant le nom du théâtre et par des attributs scéniques, tels que la lyre, l'amphore, le cratère, le trépied, reliés entre eux par des rinceaux de laurier.

Ces ornements, les chapiteaux corinthiens qui sont dans l'intérieur de la terrasse, et les chapiteaux ioniques du rez-de-chaussée ont été exécutés avec une perfection que nous devons signaler.

Les moindres détails sont traites avec un fini, une légèreté, qui font honneur à M. Biès, l'un de nos premiers sculpteurs ornemanistes.

Déveli'ppemant du Fronton.

PEINTUIŒ, HEMICYCLE : M. GUICHARD.

Le nouveau .théâtre a voulu se placer hors ligne dès I l'art, on a voulu prendre d-vant le public un immense l'origine; au frontispice même du monument élevé à | engagement. Les patrons du temple sont les génies dont

Détails de i'hém cycle. - La Tragédie, la Poésie, la Comédie.

le monde s'honore, tous ceux qui se sont élevés, qui ont grandi sur la scène et qui l'ont fait grandir avec eux.

On a choisi, pouraccomplirce grand travail, M.Guichard, qui est à la fois un peintre, un poëte et un homme de cœur.

De M. Guichard nous avons déjà quelques ouvrages très-distingués et qui témoignmtde la bonne école dont il est sorti ; il est élève de M. Ingres. La pureté de son dessin, la conscience avec laquelle il étudie toutes ses figures dans ses cartons préparatoires, l'amour avec lequel il les complète jusque dans les détails les plus minutieux, font voir que les grandes choses ne l'occupent pas seules, qu'il connaît l'importance de bien faire tout ce qu'il touche, et qu'il sait

que rien n'est fait quand il reste quelque chose à faire.

Après avoir exécuté plusieurs tableaux importants dont il a enrichi le musée de Lyon, sa ville natale, M. Guichard fut envoyé par le gouvernement en Italie pour y relever plusieurs fresques. L'église de Saint- Gerniain-l'Auxerrois renferme deux ouvrages importants de notre artiste : la chapelle de Saint-Landry est entièrement décorée par lui; elle contient, dans deux tableaux principaux et une frise qui règne tout autour, près de quatre-vingts figures qui représentent la légende de la vie du saint telle que la consacre le culte. Il est impossible, en voyant ce travail, de ne pas admirer la conscience avec laquelle l'artiste l'a réalisé.

Quand on songe à la rapidité d'exécution qu'exige un travail tel que l'édification d'un théâtre, dans lequel la question des intérêt* matériels prime, pendant quelque temps du moins, tonte autre considération : quand on se rappelle qu'il y a à peine huit mois l'hôtel Foullon existait encore; que les travaux d'embellissement et d'ornementation d'un semblable édifice ne sont résolus qu'à la dernière extrémité et seulement alors qu'on a satisfait toutes les autres exigences; qu'enfin L'œuvre d'art est contrainte, dans ce cas, de suivre là marche rapide d'une entreprise commerciale, on est étonné que M. Guicbard ait pu être en mesure «le livrer son travail à l'ouverture du théâtre. Sans doute la perfection est la chose importante, et si, dans un siècle, les œuvres de M. Guicbard ont traversé les diverses écoles qui se succéderont, si elles figurent dans l'histoire de l'art, on nes'enquerra pas alors du

temps qu'il a mis à les exécuter; mais la multiplicité des chefs-d'œuvre est aussi un mérite.

Arrivons maintenant à la grande composition qui fait le sujet de cet article. Nous avons dit, plus haut, que la partie expressive de la façade était terminée par un hémicycle au-dessous duquel régnait une irise. Dans le milieu sont placées trois figures allégoriques : la Poésie, qu'on pourrait appeler la poésie abstraite ; elle est vêtue de blanc , ses traits sont nobles, expressifs; c'est une figure toute raphaélesque. Elle donne la main droite à la Tragédie, sévère dans sa physionomie comme dans ses vêtements ; elle tient de la main gauche la Comédie. C'est une charmante figure fine, enjouée, railleuse tout à la fois. Le costume que l'artiste lui a donné jusqu'à la ceinture est presque celui de la Vérité. On voit que la Comédie de M. Guichard n'a point passé à

\ fc î*' • ^f^.is-3?f '"

al -^ y

Détails de l'hémicycle.— Les Poètes tragiques.

usure. | Voir la gravure à la page précédente.) Au-dessous dé ces figures aériennes, qui semblent présider ii l'immortelle assemblée, sont représentés les hommes qui ont le plus illustré l'art théâtral. Au milieu d'eux, l'autel symbolique couvert dé couronnes et de palmes.

Du côté droit a partir du cintre, Du côté gauche, HOFHOI i i Altisioi'ii vm ,

HCH1 1 i . MÉltAKDBJ,

l I IIPID1 , PLAtTE,

si m Q1 i , TÉRENCE,

SHAKBSPEAM, HOLIBBE,

i ol:M ll.I.E, GOl INI-,

RAI INK, « l k\ kNTES,

s< iiii.ler, lori ni \n.\,

roi i vire, IOZART,

GLUCK, '.liiTiiv,

^0 m I., m GIfABD,

TAI M\. A1ARIVAI X,

\oi h un . ■ IDEM. KABi

en tout vingt-six personnages plusgrandsque nature.

h, us les poètes anciens sonl groupés en deriii-cer-

< le autour de l'autel symbolique; le peintre, en les

disposant sur l'an ière-plan, et par un effet de lumière combiné, les mettant dans l'ombre, a rendu ainsi visible à l'œil l'antiquité de la poésie.

Parmi toutes ces grandes figures, généralement bien composées, on remarque surtout celle de Shakespeare. Sa main est posée sur un crâne humain, qu'il interroge, et dont il a si heureusement reproduit toutes les liassions, tous les sentiments. Racine, comme Euripide, avec lequel il a d'ailleurs d'autres traits de ressemblance, est éclatant de jeunesse et de dignité. La raillerie, la salire même, percent dans tous les traits de Plante, tandis que ceux d'Aristophane en sont peut-être trop dépourvus. Nous voudrions aussi plus de mélancolie dans la belle tète de Molière. L'espace que M. Guicbard a laisse entre ce grand homme et ses successeurs dit assez, ingénieusement quelle distance les sépare.

Là frise qui règne au dessous est divisée en cinq Compartiments ; celui du milieu est COUpé eh deux

parties par un autel antique, à droite duquel est Bac-

rlius; une bacchante presse du raisin dans sa coupe, liqueur divine qui doit délier la langue du rhapsode;

viennent ensuite divers groupes représentant une

DU TI1K.4TRE-HISTÛRIQUE

scène des principciles tragédies antiques et modernes : Agamemnon, d'Eschyle; Médée, de Sénèque; Cinna de Corneille ; Othello, de Shakespeare ; Phèdre, de Racine; Guillaume Tell, de Schiller; Mahomet, de Voltaire : pour la comédie, les Harangueuses, d'Aristophane; l'Aidulaire, de Plante; le Misanthrope, de Molière ; Méphistophélè», Faust et Marguerite, de Goethe ; le Bourgeois Gentilhomme, de Molière ; Don Quichotte et Sancho Pança, de Cervantes.

Cette frise sur fond hlanc, prise dans un parti antique et peu accusé, contraste avec la teinte ardente des figures de la partie inférieure du cul-de-four. Dans celle-ci, le peintre s'est efforcé, d'après des portraits authentiques, de représenter les personnages réels avec leurs caractères connus pris du côté poétique : ils sont vus à mi-corps, se dessinant parmi les lauriers et les ruisseaux limpides sur les monts sacrés qui

servent de fond au tableau. Ces montagnes s'élèvent sur un ciel d'azur, dans lequel semblent se perdre les trois figures allégoriques, enveloppées dans les replis ondoyants d'une gaze nuageuse.

C'est au milieu des cérémonies de la religion, dans les fêles consacrées à Bacchus, que Part dramatique a pris naissance. Bégayant à peine, encore en lisière avec Susarion, Cratinus, Phrynique et Cherille d'Athènes, il fait les premiers pas sur les tréteaux ambulants de Thespis; passant ensuite sous la tutelle d'Eschyle, il grandit avec lui et prend des proportions magnifiques : aussi ce dernier est-il regardé comme le père de la tragédie ; c'est lui qui, en introduisant deux acteurs sur la scène, où il n'y en avait qu'un seul auparavant, créa le dialogue.

Sept des pièces d'Eschyle sont arrivées jusqu'à nous. M. Guichard s'est inspiré delà meilleure : Agamemnon.

Page 1