‹ Notice du Musée Impérial de VersaillesChapitre 10 sur 730 · XXIV ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

XXIV ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE

la grande allée que Ton nomme aujourd'hui le tapis vert. Louis XIY y représentait le paladin Roger y et les personnages de sa suite figuraient les autres chevaliers enchantés dans l'île d^Âlcine. La course fut précédée de récits en vers^ débités par les acteurs de la troupe de Molière, suivie d'un concert et d'un ballet dirigés par Lulli, et terminée par le festin royal. Le lendemain 8 mai, on représenta, sur un théâtre élevé au milieu de la même grande allée^ la Princesse d'Êlide, dans laquelle Molière jouait les rôles de Lyciscas et de Moron. Cette comédie était mêlée de danses^ de concerts, et se termina par un ballet. Le 9, troisième journée de la fête, « la cour eut le plaisir d'un ballet qui se fit dans le palais d'Alcine, sur les dix heures du soir. » Le bassin qui se trouve au bas de la grande allée n'était pas alors décoré du groupe représentant Apollon sur son char, et on y avait élevé un théâtre figurant le palais d'Alcine. Le ballet, qui avait pour sujet la fin des enchantements d'Âlcine^ fut terminé par un feu d'artifice représentant l'embrasement du palais.

Les divertissements continuèrent les jours suivants. Le 10 mai, il y eut une course de têtes dans les fossés du château; toute la cour était placée sur le balcon de fer qui régnait autour du palais. Le 11, le roi mena toute la cour à la Ménagerie, dont on admira le nombre d'oiseaux de toute sorte, et le soir il fit représenter dans son salon, sur un théâtre portatif de son invention, la comédie des Fâcheux, par Molière. Le 12^ après dîner le roi fit tirer une loterie où se trouvaient des pierreries, des ameublements et des pièces d'argenterie. Il y eut ensuite une nouvelle course de têtes, puis le soir, ajoute la relation, a une comédie nommée Tartuffe, que le sieur de Molière avoit faite contre les hypocrites. Mais quoiqu'elle eût été trouvée fort divertissante^ le Roi connut tant de conformité entre ceux qu'une véritable dévotion met dans le chemin du ciel et ceux qu'une vaine ostentation des bonnes œuvres n'empêche pas d'en commettre de mauvaises, que son extrême délicatesse des choses de ia religion ne pût' souffrir cette ressemblance du vice avec la vertu, qui pouvoient être pris l'un pour l'autre. Et quoiqu'on ne doutât point des bonnes intentions de l'auteur. Sa Majesté le défendit pourtant en public et se priva lui-même de ce plaisir pour n'en pas laisser abuser à d'autres moins capables d'en faire un juste discernement. » Le 13, le roi voulut encore courir les têtes, et on joua le même soir le Mariage forcée de Molière. Le lendemain, la cour partit pour Fontainebleau.

10 juillet. — Le cardinal Ghigi, légat du pape, visite Versailles, dont le bailli de Souvré lui fait les honneurs; il admire les appartements

Page 1