‹ Notice historique et descriptive de l'église abbatiale d'Essomes, pres Château-ThierryChapitre 5 sur 5 · A.. + ANNO DNI + M + QVIGETESIO .... + ORA LECTOR PRO EO · texte numérisé non relu

A.. + ANNO DNI + M + QVIGETESIO .... + ORA LECTOR PRO EO

Ci gît rever endissime père en Jésus- Christ maître Claude Guillart , abbé de cette Eglise , premier de ce nom , qui après l* avoir gouverné pendant — années , trépassa le — jour du mois (d’août ou d’avril); l’an du Seigneur mil cinq cents.... Lecteur, priez pour lui.

Ce fut une véritable joie pour moi de retrouver dans cette église dont il avait été pour ainsi dire le second fondateur par les grands travaux qu’il avait fait exécuter et par la dédicace qui les avait consacré si solennellement, le tombeau du célèbre Claude Guillart, mort vers 1650.

Dans le courant du mois d’octobre I84O, d’après l’autorisation de M. Desmousseaux de Givré, administrateur aussi éclairé que vigilant pour la conservation de nos monuments , en présence de M. Nérat, sous-préfet de Château-Tbierry, on fouilla ces deux tombeaux dans l’intérêt de la science : les recherches ont été vaines sous le cénotaphe, soit que les ouvriers se fussent découragés trop facilement, soit plutôt parce que le mausolée aura été déplacé : on fut plus heureux sous le second ; à 1 met. 30 c. de profondeur, sous une couche de terre noire, traversée par des lignes d’une couleur moins terreuse et très- humide, on trouva le corps entier de l’abbé Guillart: il était couché sur le dos, les mains pliées sur la poitrine , les pieds et la tête tournés vers l’autel et l’orient , quoique la pierre fût placée dans une direction opposée : son squelette annonçait un homme d’une petite stature et quelque peu grêle ; mais son crâne portait encore un front large et protubérant, les maxillaires montraient qu’il était mort sans avoir perdu aucune de ses dents ; ses précieux restes, recueillis avec respect, furent renfermés dans un vase recouvert d’une boîte en plomb et enfouie à peu de profondeur sous la pierre du côté de l’autel : une inscription insérée dans cette boîte apprendra un jour à ceux qui refouilleront cette terre sacrée, le

nom de celui qui y repose, le motif de son exhumation et les personnes notables qui y furent présentes.

Verrières, Disons un mot sur les vitraux qui ont échappé jusqu’ici aux ravages du temps et au peu de soin dont ils ont été l’objet ; trois ou quatre fenêtres seulement sont entières; deux dans le fond de l’abside représentent les mystères de la vie de Jésus-Christ et surtout le drame sanglant de sa passion ; dans l’une le dessin y est plein de finesse, le fond bleu, et le coloris d’une fraîcheur étonnante ; dans l’autre les personnages se détatachent sur un fond rouge et bleu , ce qui paraît mettre dans le sujet un peu de confusion ; la troisième , placée au-dessus d’un autel latéral dans le transsept droit renferme comme la deuxième des groupes en médaillons où sont représentées les principales actions de saint Augustin, longtemps patron de cette communauté. C’est une histoire abrégée depuis sa conversion jusqu’à sa mort ; on y lit encore dans le haut ces paroles mémorables : Toile, lege. Plus bas : A Deodatus; Monica , la mort de sa sainte mère à Ostie. Ces vitraux, déjà gravement endommagés, courent le plus grand risque. Il reste encore quelques autres débris d’une époque sans doute plus reculée; les personnages de 1 mèt. environ sont mêlés dans des fonds d’architecture, de villes , de temples ; les teintes y sont transparentes passant des tons foncés aux couleurs les plus claires, quelques autres sont plus ternes, plus ou moins bistrées ; parmi ces personnages, les uns tiennent un glaive à la main, de l’autre une croix de St André; d’autres une sphère. J’ai cru reconnaître aussi un St Pierre avec le signe de sa juridiction, les clefs des cieux; ces figures, quoique d’un dessin très-lourd, paraissent très-caraclérisées , la teinte fortement bistrée semble leur donner une singulière énergie ; une seule fenêtre présente des compartiments en grisailles monotones ^ rayonnant irrégulièrement dans des orbes en fer, formant autant de mosaïques par leurs couleurs.

Voûtes et sculptures. — La voûte, comme toutes celles de nos cathédrales ogivales, est traversée par une forêt de nervures arrondies en dos de carpe, dont les intersections sont occupées par des clefs en rosaces ornées de festons et de feuilles accompagnées de têtes saillantes d^hommes , surtout de moines.

La clef centrale qui sépare l’abside de la nef , et forme la

jonction des transsepts, est assez remarquable; on y voit représenté dans les quatre angles formés par l’arrivée des nervures, les bustes sculptés de quatre persjonnages curieux. Le même motif d’ornementation se trouve répété dans la jonction des nervures du sanctuaire et du chœur de l’église deNogentel; mais ici la hauteur de la voûte, bien moindre que celle d’Essomes, elles proportions des sculptures plus faciles à étudier, nous ont permis de préciser davantage les détails de ces sujets, seule production déjà statuaire du 13® siècle que paraisse offrir l’intérieur de ces églises, — Le premier buste qui occupe l’angle de l’abside , se tourne vers le sanctuaire : c’est le prêtre ou célébrant, tenant la place d’honneur; ses cheveux s’arrondissent en boucles autour de son front, son visage a quelque chose d’angélique, ses regards sont fixés en has sur l’autel; dans sa main gauche, il tient entre le pouce et l’index une hostie qu’il vient de consacrer, les trois autres doigts sont fermés ; sa main droite a les deux derniers doigts fermés et les autres posés sur l’hostie. Le collet de l’habit sacerdotal est uni, et cache une broderie piquée qui se montre autour de son cou. — Le personnage de droite paraîtrait être un simple religieux, sa tête inclinée laisse apercevoir la couronne , et plusieurs mèches de cheveux frisés sur le devant ; il joint les mains et paraît absorbé dans la prière ; sa physionomie est plus sévère que celle du prêtre. Celui qui est tourné vers la nef serait un abbé , probablement celui de l’abbaye ; il tient la crosse abbatiale à sa gauche; la droite élevée et ses doigts allongés donnent la bénédiction ; sa tête est surmontée d’une espèce de bonnet ou mitre ancienne de l’époque qui fait un assez singulier effet. — Le 4% autant que j’en puis juger , serait le sculpteur lui-même, qui après avoir sculpté les trois premiers personnages caractéristiques de l’abbatiale , n’aura rien trouvé de mieux que de se représenter lui-même ; il n’a rien dans ses traits, ses vêtements, son maintien qui indique comme les autres l’état religieux ; sa main droite tient le manche, et sa gauche la pointe d’un instru ment appuyé sur des feuillages qu’il achève de ciseler.

Ces quatre personnages, séparés comme nous l’avons dit, les uns des autres , par une nervure arrondie, s’engagent dans une épaisse et large couronne de feuilles entre-coupées.

L’autel et le tabernacle en marbre sont richement sculptés , et nous avons vu aussi dans cette église plusieurs Christs en ivoire d’un assez grand prix; nous, en avons remarqué un plus petit aux pieds duquel pleure une Madeleine ombragée par deux cyprès dont les feuillages sont très-finement découpés. Le tout est d’un seul morceau.

Puisse cette église si remarquable à tant de titres, si admirée par les connaisseurs, si chère au pays qui la possède, devoir sa conservation à ce mouvement archéologique dont les heureux résultats serviront non-seulement à l’histoire des arts et des sciences si peu connue jusqu’ici parmi nous, mais encore à sauver d’une ruine presque certaine la plupart de nos antiques monuments. — A l’heure qu’il est des réparations sont urgentes ; la toiture fait eau en plusieurs endroits ; des pièces de charpentes sans appui écrasent les voûtes déjà lézardées ; la plupart de ses belles fenêtres si splendides et si riches, n’offrent plus qu’un coup d’œil désagréable , un grand nombre d’entre elles sont entièrement bouchées ; la chapelle du Sépulcre réclame une restauration intelligente ; le cénotaphe demande à être défendu contre les frottements journaliers qui le dégradent. — Des déblais sont nécessaires pour assainir le pourtour de l’abside et du transsept occidental, et une somme de 8,000 fr. suffirait pour faire exécuter ces divers travaux de consolidation. — La commune est animée des meilleurs intentions, mais si le gouvernement ne vient promptement à son secours, de longtemps d’ici ces réparations ne pourront être entreprises , le chiffre de ses dépenses augmente chaque année , et la fabrique ne présente aucune ressource.

Puisse donc le comité historique des arts, appelé aujourd’hui par sa glorieuse institution , à statuer sur l’importance et le sort de nos monuments nationaux, appuyer ma demande auprès du gouvernement, en faveur d’un édifice qui lui devra sa conservation.

Le vœu si légitime que j’avais formé, il y a déjà deux ans (1),

(1) Histoire de Château-Thierry, tome page 256.

vient de recevoir son accomplissement. — Le préfet de PAisne, M. Desrnoiisseaux de Givré , si jaloux de connaître les ressources archéologiques de son département, avait créé l’année suivante la commission des antiquités départementales ; en ma qualité de membre de cette commission , je fus chargé de lui adresser un travail complet sur cette église qui avait appelé son attention. A peine eut-il reçu la notice qu’on vient de lire que , sur son invitation , M. Van-Cléemputte, aussi membre de la commission des antiquités , se rendit à Essomes pour y dresser un devis estimatif des travaux à exécuter ; la dépense totale s’élevait à 64,730 fr. Le départ de M. de Givré mit un sursis momentané à la demande qu’il devait solliciter auprès du gouvernement pour aider la commune à suppléer à l’insulTisance de ses ressources. — Son successeur, M. Paulze d’Ivoy, animé du même zèle, pria l’architecte de réduire le chilfre si élevé de son premier devis; et aujourd’hui cet édifice doit à la sollicitude de cet actif magistrat , l’obtention d’un secours de 5,000 fr. et le classement au nombre des objets d’art.

La commune, la fabrique et les habitants se sont empressés de répondre par des sacrifices généreux et volontaires à cet intérêt que leur a témoigné le gouvernement. — Le sort de l’église d’Essomes est donc désormais fixé , sa conservation est assurée.

La fin de cette notice était livrée à l’impression lorsque , consultant les archives du département , je rencontrai un grand nombre de documents , presque tous sans intérêt pour l’historique de l’abbaye d’Essomes. Ces documents ne sont rien autre chose que la collection plus ou moins complète de tous les actes , titres et papiers descriptifs des propriétés de l’ancienne abbaye. Ce sont probablement les seuls restes qui aient échappé aux ravages du temps et des révolutions. Plus de 4o dossiers manuscrits, d’une date assez récente pour la plupart , renferment depuis 2 jusqu’au delà de 60 pièces relatives aux vastes possessions de l’abbaye d’Essoraes, situées sur les communes de Blesmes, Bouresches, Bézu St-Germain, Bonnes, Château-Thierry, Chierry, Etrépilly, Gandelu, Moslin (1396), Monneaulx , Vaulx - Monneaulx , Montreuii, Nesles, Ronchères , Soramelan, Vouton, Griinbrois , Plessis , Azy-Bonneil , Brasles

Chézy , Nogent l’Artault, Blécy les Moines, Clignon , Oulchy , etc ;

plusieurs liasses de titres portent pour suscription : Terriers, Baux, Quittances , Donations , Reconnaissances , droits de Surcens , etc. Le nombre de ces pièces s’élève d’après l’inventaire à 709. Sur un grand nombre de titres,

je fus agréablement surpris de lire ces mots : possessions de V abbaye royale d'Essomes , ou ceux-ci : donation à V abbaye royale des Religieux d’ Essomes ^ preuves manifestes que cette église aussi était une abbatiale royale. Le seul titre qui m’ait paru de quelque valeur, est un acte en latin de 1224. Cette pièce , dont j’ai trouvé plusieurs copies, relate la fondation de la chapelle Chemibault Chemenihout ad campum Meihout Menhault , dans la paroisse de Nesles. L’abbaye d’Essomes, qui possédait déjà le riche prieuré de Nesles , était obligée de pourvoir à la desserte de cet oratoire.

S01330NS. IMPRIMERIE DE FOSSE DARCOSSE j

îMPIUJVÎEUa-LIBBAÏRE , RUE 1>ES RATS, lO.

mÊst: ■

Page 1