‹ Notice historique et descriptive de l'église abbatiale d'Essomes, pres Château-ThierryChapitre 4 sur 5 · S III · texte numérisé non relu

S III

Intérieur.

Pénétrons maintenant, dans l’intérieur; examinons-en avec une scrupuleuse attention toutes les parties les plus intéressantes.

Abside. — L’abside s’éclaire par dix-huit fenêtres principales, dont les unes en lancettes simples ont 5 mètres de hauteur sur 1 mètre 50 centimètres de large; les autres, en lancettes géminées et bigéminées ont avec leurs rosaces en segments , jusqu’à 7 mètres de hauteur. Cette réunion de baies si variées sont d’une grande élégance, et produisent un très-bel effet. Des groupes de colonnettes annelées jaillissent du sol, et vont soutenir à 23 m. autant de nervures arrondies dans la voûte. D’autres plus grêles, forment une espèce de tore , et encadrent l’évasement des fenêtres.

Boiseries. — Des stalles et des boiseries de la renaissance (15Z|0) revêtent toute la partie inférieure de l’abside ; la sculpture y a fait des efforts incroyables, et a traité ces mythes alors si bizarres, avec une riche expression. Ce ne sont pas là des essais grossiers et informes d’un art naissant, mais l’ouvrage d’un ciseau habile et perfectionné ; il serait difficile, il est vrai, de reconnaître la délicatesse du goût dans le choix des emblèmes, mais tout le monde sait quelle alliance impure on faisait alors des sujets religieux et profanes, et l’histoire de Part nous apprendra un jour les causes de ces diverses transformations. C’est, si je ne me trompe, une espèce de scène mythologique , où l’amour sous différents attributs, semble jouer le principal rôle ; c’est Cupidon , qui les yeux bandés tend son arc et décoche ses traits, ou bien , semble avec un petit air riant et malin, offrir et distribuer ses faveurs; il est entremêlé de guerriers, de religieux, d’hommes, de femmes, de bêtes, de monstres ailés, ou couverts d’écailles. Ne pourrait-on pas voir dans cette représentation allégorique, un enseignement frappant sur l’origine et les suites malheureuses et déshonorantes du péché de luxure : c’est là du moins la leçon que semblerait nous donner ce symbolisme un peu grivois.

Au-dessus de ces stalles, dans la partie supérieure des pan-

iieaux, des faunes armés de cornes, des sylvains aux pieds de boucs, se jouent dans de gracieux enroulements; de leurs yeux ou de leurs bouches se déroulent capricieusement des cordons en arabesques qui se contournent, s’entrelacent, et se transforment d’une manière très-variée, tantôt en cornes d’abondance, tantôt en volutes concentriques ou végétaux feuillagés, plus souvent en figures monstrueuses et fantastiques. Ici , des furies échevelées, aux yeux de flammes, aux pieds de satyres se frappent de verges, là des visages d’hommes sur des corps de griffons aux ailes d’oiseaux, se terminent en enroulement. Plus loin, c’est un énorme dragon à la tête d’homme , aux oreilles longues et aiguës, aux ailes déployées, à la queue de lion, et aux serres d’aigle ; puis d’autres créations nouvelles et toujours bizarres du ciseau du sculpteur, qu’on ne saurait décrire, mais qui s’entremêlent le plus souvent de légers rinceaux, de monstres, et d’oiseaux imaginaires dévorant des plantes, et becquetant des grenades ou des ananas.

La corniche et les petits pilastres séparant les stalles, portent des cœurs transpercés, des faisceaux, des trophées et tous les instruments de la passion ; les armes de l’abbaye y sont serhées ça et là : elles portent : plein d’azur, chargé d’un chevron d’or, accompagné en chef de deux étoiles de même , et en pointe d’une rose de pourpre ; elles sont traversées de la crosse abbatiale et présentent la date de 1540 avec cette devise latine : Spes mea Deus. Les boiseries qui avoisinent le maître-autel à droite et à gauche, quoique plus simples, ne paraissent pas moins précieuses : on y voit représentée la chute du premier homme, l’arche d’alliance, les offrandes, les vases employés à la célébration des sacrifices judaïques, et ceux qui sont aujourd’hui en usage dans la religion catholique. -La chaire est aussi d’une très-belle exécution. Ces boiseries sont presque toutes dans un état parfait de conservation.

Colonnes. — L’édifice entier repose sur trente-six colonnes ou faisceaux de colonnes, dont huit seulement ne sont point engagées dans la construction; les quatre colonnes centrales sont cantonnées de quatre autres colonnes engagées d’un moindre diamètre; elles étaient destinées à soutenir la flèche dont nous avons parlé. Leurs bases de forme presque cubique portent 90

centimètres de hauteur. Les fûts cylindriques accompagnés d’un tore dans le bas, ont [\ mètres 40 centimètres sur 1 mètre 15 centimètres de diamètre ; la corbeille des chapiteaux compris le tailloir, 1 mètre 20 centimètres; elle est ornée tantôt de larges feuilles profondément fouillées, recourbées en volutes, épanouies ou boutonnées , tantôt de feuilles d’acanthe figurant des palmettes plus ou moins développées. Quelques-unes sont enroulées de longs sarments garnis de feuilles de vigne ou de lierre ; d’autres sont hérissées de crosses végétales ; des faisceaux de colonnettes annelèes aux chapiteaux chargés de développements enroulés, se groupent pittoresquement dans les angles, et sur les parois des murs : les entre-colonnements n^offrent entre eux qu’une légère différence imperceptible à l’œil. '

Galerie. — Une galerie composée de colonnettes de deux mètres compris la base et le chapiteau orné de feuilles recourbées règne autour de l’église , excepté le long de la façade , et du transsept droit où elle n’a jamais été refaite. La disposition de ces colonnettes n’est pas toujours identiquement la même , mais tout l’ensemble de la galerie se divise par couples d’arcades légèrement séparés. Les fûts sont presque tous monolithes et rapprochés les uns des autres à 36 centimètres. Leur style est parfaitement uniforme et en harmonie avec le reste de l’édifice, on remarque seulement que dans le transsept gauche , les colonnettes sont un peu plus lourdes, et l’arcade ogivale moins aiguë.

Transsepts. — Les transsepts présentent dans leur partie septentrionale un rang parallèle de colonnes transversales, dont la travée au centre est occupée par les degrés du sanctuaire , et les autres par des autels latéraux et des monuments mortuaires. L’un est le cénotaphe d’un moine , peut-être du fondateur , l’autre est la chapelle du Sépulcre, ouvrage d’une riche sculpture accusant une époque plus moderne, celle de la renaissance.

Cénotaphe. — Ce tombeau dont il est facile de se faire une idée est placé dans l’épaisseur du mur occidental : il est surmonté d’une arcade ogivale dont le sommet est terminé par une espèce de pignon très-aigü ; le milieu de ce tympan est occupé par un trèfle lancéolé ; l’amortissement de celte arcade vient tomber sur deux colonnes très-courtes, appuyées sur un soubassement assez élevé ; des animaux fantastiques s’enroulent autour des chapi-

teaux : au-dessous de cette espèce de dôme , dans un enfoncement qui paraîtrait avoir été autrefois à jour, on voit une grande pierre horizontalement placée sur trois petites colonnettes : elle représente en relief un abbé revêtu d’une bure grossièrement drapée, sa tête rase, à l’exception d’une mêcbc de cheveux en couronne repose sur un coussin , que soulèvent de la main deux anges à demi-couchés : ces créatures célestes semblent veiller sur son sommeil ; au pied de la statue , est un affreux dragon armé de griffes, et couvert de plumes, ou plutôt d’écailles , tant elles sont larges et raides ; de ses deux mains ramenées sur ‘•a poitrine, le mort soutient une pierre saillante presque carrée ; sur Pencadrement , on trouve gravée en lettres gothiques du xiii® ou xiv® siècle , une légende latine dont la lecture offre d’assez grandes difficultés : les caractères en sont effacés ou altérés en plusieurs endroits : déjà quelques amateurs d’archéologie avaient essayé de rétablir cette intéressante inscription dans toute son intégrité; depuis , un examen plus approfondi, m’a permis de rectifier ce qu’elle présentait d’incorrect et de confirmer ce qu’ils avaient avancé comme douteux. Cette légende qui, par la forme de ses caractères et le cachet de son style, semblerait remonter, comme nous l’avons dit, au moins au xiv'siècle, se compose de deux vers léonins que voici :

VI.. O + .ARENS + XR.... + ..LVI t DE + COMPEDE + TRiSTI. PROeVRES MSTI, QVEM DEVOTVM TIBI SCISTI. +

Virgo parens Christi, bolvi de, etc.

« Vierge , mère du Christ , procure à celui-ci dont lu con- « nais toute la dévotion à ton culte , la délivrance des tristes

chaînes. » (1)

Au dedans de cet encadrement sont représentés en demi-relief la Vierge la couronne sur la tête, tenant un cœur d’une main, et de l’autre portant l’enfant Jésus ; un abbé , sans doute celui dont nous venons de parler, vêtu du même costume, la crosse dans scs bras, les mains jointes, les yeux fixés vers la Vierge , se pros-

(1) Celte inscription est due vraisembl.ihicinent à la piété des religieux d’Essomes , qui supplient la sainte Vierge de délivrer des flammes du purgatoire, leur abbé si zélé pendant sa vie pour sa gloire.

terne à ses pieds : le même sujet se trouve répété sur un des vitraux dans une fenêtre au-dessus de ce tombeau : la Vierge y est représentée sur un fond d’architecture très-riche : ne serait-ce pas le fondateur qui placerait sous le vocable de Marie, le beau monument qu^il venait d’élever à sa gloire? c’est ce dont il est permis de douter; mais il ne serait pas sans intérêt d’éclaircir une question si curieuse , si importante.

Sépulcre. — A l’extrémité du transsept droit, vous avez sous les yeux la chapelle du sépulcre ; quatre colonnes d’ordre composite supportent un entablement dont la frise est garnie de médaillons, d’emblèmes religieux : une guirlande de fleurs descend en festons onduleux le long de l’architrave ; sur l’acrolère sont trois niches veuves de leurs statues : j’ai remarqué dans un coin de l’église un ange portant une couronne d’épines : je serais porté à croire que c’est un de ces trois personnages. Une balustrade de plus de 2 mèt. de hauteur, ferme l’entrée de cette chapelle funèbre. Des panneaux en pierres ouvragées surtout à l’intérieur remplissent le bas, et le haut est coupé à jovir par de petites balustres dont les chapiteaux sont ornés de figurines la plupart bizarres ; des statuettes surmontées de dais à dentelures très-fines et très-délicates étaient adossées contre ces balustres et en formaient comme des cariatides ; des groupes en forme de médaillons représentant une sainte face portée par deux anges , une sainte femme, une autre figure qui paraîtrait être celle de saint Pierre couronnaient cette corniche à des distances égales. Le tombeau a disparu; cette chapelle où se trouvent aujourd’hui les fonts baptismaux est du 16® siècle , ainsi qu’une piscine très-grâcieuse placée en dehors.

Pierres tumulaires. — Le pavé du temple est parsemé de dalles funéraires, dont les unes constatant la mort des religieux n’offrent pas d’autre intérêt que la date de leur trépas : les autres sont brisées, ou ne présentent que des fragments de dessins, des empreintes très-frustes ou des contours ciselés incomplets.

Parmi toutes ces pierres tombales , j’en rencontrai une de grande dimension, et d’un marbre très-épais qui fixa toute mon attention. Je découvris sur un fond d’architecture très-orné et très-élégant, la figure d’un abbé crossé , gravée en creux ; on y lit cette inscription, à l’exception des mots soulignés , que je me suis permis d’y ajouter pour en compléter le sens.

HIC t lACET t REVEDIS t IN XTO PATER - DOS - CVS - GVILLART ABBAS HVIVS ECCLESIÆ HO« ”?r."E P.MVS

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