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Notice historique et descriptive sur l'Eglise SaintEtienne de Beauvais

Si j'ose prier Votre Grandeur d'agréer la dédicace de ce modeste travail , j'y suis encouragé par la beauté du sujet, non par la manière dont il est traité.

Partout et toujours l'édification des temples a été regardée comme l'hommage le plus solennel que les hommes puissent rendre à Dieu. Nos pères ont compris cette idée et Font traduite dans la langue des arts à une hauteur qu'il ne sera plus donné au génie humain de jamais atteindre. Impuissans que nous sommes à marcher sur leurs traces, à imiter leurs chefs-d'œuvre, associons - nous toutefois à leur pensée, en interrogeant à la lumière de notre commune foi ces pierres où ils ont gravé la pieuse expression de leurs

croyances , ces vitraux magiques où les yeux des fidèles devaient s attacher, pendant la célébration des saints offices, pour y découvrir un sujet de méditation. Tel est, Monseigneur, le sentiment qui a guidé dans ses recherches, à St.-Etienne, le plus humble de vos diocésains. En publier le résultat sous le patronage de votre Nom , sera , pour l'auteur et l'ouvrage, la meilleure recommandation auprès du public, car le pays n'oubliera jamais, Monseigneur, les importans services qu'a rendus à la science votre zèle éclairé, et notamment l'impulsion qu'il a su donner aux études archéologiques (i). Enfin, Monseigneur, s'il me fallait un titre personnel pour réclamer votre bienveillant appui, me permettriez- vous d'invoquer cette affection respectueuse qui a commencé en moi pour ainsi dire avec la vie, et qui ne saurait cesser non plus que la vénération profonde avec laquelle

J'ai l'honneur d'être ,

De votre Grandeur, Le très-humble et dévoué serviteur,

Stawisla* DE St.GEBH.1IN.

Beauvals, 4 avril 1843.

(i) Le grand séminaire de Beauvais, dirigé par M. l'abbé Gignoux , est le premier séminaire de France où l'on ait fait des cours publics de sciences naturelles et d'archéologie.

D'un simple coup-d'œil jeté sur quelque tableau de l'ancienne ville de Bcauvais , il est aisé de voir combien a change le caractère monumental de cette antique cité , et à quel point l'ont dénaturée le tems et les révolutions. Au moyen-âge, Beauvais avait une physionomie plus pittoresque et plus accentuée. Ces pignons droits fièrement plantés sur la rue , ces façades de maisons tout imbriquées de carreaux vernis, ces étages à saillie, ces poutres sculptées chargées de figurines ou de sentences bibliques, ces portes historiées tout au long , en un mot, ces mille ornemens que dans nos goûts de 1800 nous estimons bizarres ou tout au moins inutiles , tout cela s'harmonisait parfaitement avec la multitude et le style des grands édifices civils ou religieux, tout cela trouvait place naturelle dans une enceinte gallo-romaine , et aux flèches sans nombre qui jaillissaient de son sein, nul ne pouvait méconnaître la ville sonnante. Que reste-t-il aujourd'hui de tant de monumens, de tant d'églises paroissiales et conventuelles ? Il n'est pas difficile de compter les débris arrachés au grand naufrage. Deux églises seules ont survécu , St.-Picrre , St.-Elienne. St.-Pierre de Bcauvais attire tous les regards et par ses formes admirablement gigantesques, et par son

exécution audacieuse ; aussi les dessinateurs et les historiens ne lui ont-ils pas fait défaut.

Mais qui s'est occupe de Saint-Etienne, pauvre basilique tout au plus honorée d'une simple mention dans les annales de l'art chrétien , et pourtant si digne d'intérêt? Son architecture hybride qui lui imprime un cachet si original, si pittoresque, en fait un précieux monument d'étude pour l'archéologie. Elle a cruçllement souffert des trois grands ennemis de toute église : le tems , le vandalisme, les embellisseurs. Mais plût à Dieu que le tems fût ici le seul agent dévastateur! Les terroristes ont ruiné par système plusieurs parties de l'édifice , et la façade fournit encore un triste témoignage de leur vandalisme. Survinrent les embellisseurs qui , la râpe , la truelle , la brosse en main, ont gratté, replâtré, badigeonné.

Décrire ce monument, rappeler son passé, et coopérer à sa restauration , est donc une œuvre éminemment artistique. Et toutefois qu'il nous soit permis d'y voir encore autre chose qu'un monument curieux.

Les temples, on l'a reconnu et proclamé, sont à la-fois le symbole dominant des croyances d'un peuple et le type de son architecture.

Tous les peuples ont eu leur croyance, tous ont élevé des sanctuaires à la Divinité. Rome païenne , l'Egypte ainie des mystères, la Grèce aux songes ingénieux , la Gaule druidique , toutes ces nations

ont érigé des autels, chacune a sa manière. Et nous, fils du catholicisme , nous avons aussi des temples, œuvres sublimes de la foi brûlante de nos pères , gloire de notre art national, monumens aussi supérieurs en quelque sorte aux temples du paganisme , que nos dogmes lumineux sont préférables à ses profondes aberrations.

Long-tems dédaignées , ces grandes œuvres sont enfin devenues l'objet de récentes investigations. L'archéologie qui semblait n'avoir d'autre domaine que l'Egypte, la Grèce et l'empire romain, a daigné s'étendre à la barbarie du moyen-âge; bien lui en a pris. L'étude des monumens religieux est pleine de charmes et d'intérêt à qui sait comprendre l'esprit des tems , et s'initier au sentiment qui a opéré de si hautes merveilles. Etudier une église sans foi , n'y voir qu'un monceau de pierres artistement édifié, c'est séparer la lettre du sens , arracher l'àmc du corps ; car tout y est symbole , toute pierre y a sa vie. La basilique chrétienne est une vaste épopée lapidaire , dont chaque membre parle à tous les yeux , poésie et enseignement.

L'auteur de cette notice ne devait donc explorer St. -Etienne qu'au nom de la religion et des arts. Cette église est le plus antique témoin de la foi des habitans de Beauvais, puisque sa fondation remonte au tems même de la prédication de l'évangile dans ce pays, et c'est ainsi que Guy, évêque

de Beauvais, la considérait, lorsqu'en Tannée 1072 il la nommait dans le titre de constitution du chapitre de St.-Vaast : mère et chef des autres églises de la ville et des faubourgs , mater et caput cœteramm ecclesiarum tàm in urbe quàm in suburbio positarum.

La tâche du monographe se borne ici à rappeler succinctement dans un aperçu historique les faits qui sont évoqués par la présence de cet édifice, et à le décrire dans son ensemble et ses détails. L'histoire lui a fourni peu de documens , il est vrai , mais suffisans pour constater, à l'aide des caractères architectoniques , les principales époques d'édification et de destruction. 11 doit à Louvet, Loisel, Simon, Godefroy, Hermant, à plusieurs manuscrits et aux communications obligeantes de MM. Lemareschal et Borel de Bretizel les notions premières de cette histoire. Dans la description de l'église il a suivi religieusement la méthode et les principes reçus en archéologie. Enfin il a interprété les peintures sur verre et sur bois qui décorent les chapelles latérales du chœur. À cet égard , il désire faire connaître sa pensée. Selon lui , il faut éviter en décrivant des vitraux les explications détaillées et minutieuses; il faut préciser sans omettre , et ne jamais s'arrêter à la correction de dessin, aux coupes de vêtemens, aux expressions de physionomie, à moins qu'elles ne méritent un intérêt particulier ; car le spectateur

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qui veut aussi deviner quelque chose , aime à se flatter en secret qu'il partage avec son guide le mérite de la découverte. Que Faction lui soit donc révélée , qu'il comprenne le rôle de chaque personnage, mais laissez -le remarquer à part lui la pureté d'exécution , une pose qui trahisse le génie de l'artiste, le brillant, la variété du coloris, le mariage des nuances ; bref, tout ce qui tient à l'exécution. Montrez-lui son chemin, mais vous devez le supposer assez grand pour savoir marcher tout seul. S'agit-il surtout de peintures du seizième siècle, comme à Saint-Etienne, où les détails sont infinis? s'il fallait tout nommer et dépeindre, le travail en deviendrait interminable et fastidieux. 1 Mais ce que le visiteur est plus en droit d'exiger, est l'explication légendaire des sujets traités ; et , pour qu'il ne soit point surpris de Tétrangeté de ses récits, l'auteur de cette monographie doit lui découvrir la source où il les a puisés. La célèbre légende de maître Jacques de Vorragines , plus connue sous le nom de légende dorée , lui a fourni de précieux documens biographiques sur saint Eustache, saint Nicolas, saint Claude.... La pleine faveur dont jouissait cette légende aux narrés merveilleux sous le règne du style gothique, en fit une mine inépuisable pour les peintres qui y teignaient leurs conceptions des plus vives couleurs, et savaient ensuite les reproduire avec tant de charmes aux parois du sanctuaire. 11 a donc fallu demander

viij

à la légende dore'c l'interprétation des verrières auxquelles ses narrations ont servi de type, tout comme on devait interroger l'apocalypse sur les appareils du jugement dernier.

Cette monographie aura trois divisions :

r e Origine historique;

t* Description de l'église ;

3 e Explication des peintures sur bois et sur verre.

Aucune gravure n accompagnera le texte, car cet ouvrage étant purement de localité, le meilleur dessin est Saint-Etienne lui-même.

ÉGLISE SM-ÉTIIE

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