‹ Notice historique et descriptive sur l'Eglise SaintEtienne de BeauvaisChapitre 2 sur 15 · ORIGINE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ORIGINE HISTORIQUE

Le troisième siècle de l'ère chrétienne allait achever son cours. Dioclétien occupait le trône des Césars; saintCaïus était assis dans la chaire de Pierre. Une nouvelle et terrible lutte allait s'engager entre les deux puissances qui se disputaient le monde. Le paganisme agonisant voulait tenter un dernier effort contre les chrétiens, l'Eglise se préparait à de nouveaux combats et à de nouveaux triomphes.

L'an 284 amena la dixième persécution, la plus horrible depuis les apôtres , qui fut illustrée par les martyres de saint Denis , Rustique et Eleuthère à Lutèce, de saint Sébastien à Narbonne, de saint Victor à Marseille , et dans le Valais par l'immortel sacrifice de la légion Thébaine. Les édits sanglans proclamés dans toutes les provinces de l'empire étaient exécutés dans la Gaule avecune barbarie plus sauvage. En cette ère fameuse, connue dans l'Eglise sous le nom d'ère des martyrs, la cité romaine de Beauvais était gouvernée par Sergius et Valère , juges militaires sans connaissances, sans lettres, sans humanité, qui ne savaient que donner la mort. Or, depuis l'an 250 environ , saint

Lucien y prêchait l'Evangile , et faisait chaque jour de nouvelles conquêtes à Jésus-Christ. Des recherches rigoureuses furent faites de tous les chrétiens; saint Lucien , découvert à Montmille avec ses deux compagnons Maxien et Julien , y fut martyrisé sur-le-champ ; à ce glorieux exemple , mille Bellovaques convertis souffrirent aussi la mort. Ainsi l'Eglise de Beauvais fut-elle presque étouffée à sa naissance. L'avènement de Constance Chlore rétahht la paix religieuse dans les provinces du nord ; les ouvriers évangéliques mettant ce calme à profit, reprirent le cours de leurs saints travaux. En ce tems-là , saint Firmin commençait la carrière de son apostolat et prêchait dans l'Agenois, l'Auvergne et l'Anjou ; il apprend tout ce que les chrétiens de Beauvais, alors privés de pasteur, avaient à souffrir de Scrgius et Valère qui employaient les menaces et les tourmens pour les faire apostasier; il arrive donc au milieu d'eux, et par ses paroles, par ses exemples , relève tous les courages abattus. Voici ce que raconte le manuscrit de l'Eglise collégiale de Saint- Michel, traduit par Godefroy Hermant : « Le très- » heureux évêque Firmin, ayant appris que le pré- » sident Valère faisoit ressentir les effets de son imm piété tyrannique aux chrestiens qui estaient dans » Beauvais, ville des Gaules, et aiïligeoit par mille » différens supplices les chrestiens de ces quartiers là » à cause du nom de Jésus-Christ; il s'y rendit comme » un généreux athlète parce que c'estoit le lieu où il » falloit soutenir le plus rude choc de cettte sorte de » guerre. Dès qu'il y fut arrivé, ses persécuteurs lui » dressèrent plusieurs embûches , y fut mis en prison n et frappé de verges. Mais le préfet Sergius qui com-

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» mandoit alors, estant mort subitement, par un coup » inspiré de la main de Dieu , le peuple chrestien dé- » livra ce saint évéque de la prison où il estoit enserré, » et se trouvant en estât de prescher à tout le monde » Tévangile de la vérité avec une liberté toute entière, » il affermit ce peuple dans la solidité de la foy. Il y » bastit l'église de saint Etienne premier martyr, com- » muniqua la lumière de l'évangile à plusieurs peu- » pies, et leur fit abandonner l'adoration des idoles » pour le culte du vrai Dieu, » Cette version du manuscrit de Saint- Michel a été suivie par Louvet et autres historiens; mais Godefroy Hermant qui la cite, ne la croit toutefois pas authentique, et après l'avoir combattue sur plusieurs points , il ajoute relativement à la fondation de Saint-Etienne : « La chaleur de la » persécution généralement excitée dans tout l'empire » romain sous Dioctétien , ne souffrait guère que l'on » bastit des églises, ce qui ne se fait point en un seul » jour. C'est néanmoins une tradition populaire que » saint Firmin est fondateur de celle de Saint-Estienne, » qui est maintenant la plus grande paroisse de la ville, » et qui en estoit séparée pendant que Beauvais ne » consistoit que dans la cité. On ne peut maintenir » cette créance populaire qu'en disant que les chres- » tiens ayant remarqué le lieu où saint Firmin avoit » tenu ses assemblées, on y aura basti une église, lors- » que la persécution fut apaisée par la conversion du » grand Constantin, (i) » On peut donc conclure avec certitude que le premier temple érigé à Beauvais sons

(i) Histoire de Beauvais , par Godclioy Hermant. Liv. i , chap. g.

1 invocation de saint Etienne, fut bâti par les néo-chrétiens de cette ville j et fut-il l'œuvre même de saint Firmiu, ou ne fut-il élevé que quelques années plu» tard sous Constantin , on doit toujours le considérer comme un souvenir des persécutions. Cette basilique que Louvet n'appelle même qu'un oratoire, était, sans doute , de construction gallo-romaine , c'est-à-dire analogue à la Basse-OEuvre pour l'appareil de maçonnerie, ayant pour voûte la charpente du toit, et formant un vaisseau rectangulaire d'une proportion trèsmédiocre. Au surplus, la chronique parle moins du monument en lui-même, que des événemens qui s'y rattachent, événemens trop remarquables pour être passes sous silence.

Vers Tan 845 , sur la fin du pontificat de saint Hildeman 31*evêque de Beau vais, les religieux de l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras , tourmentés par les fréquentes incursions des Normands, apportèrent à Beau vais la châsse de saint Vaast leur ancien évêque et leur fondateur. Ces saintes reliques furent déposées dans l'église Saint-Etienne , où leur présence y fut signalée par des prodiges merveilleux. Laissons à Louvet le soin de nous les raconter dans son style naïf : « Or, ce- » pendant que la châsse de saint Vaast étoit en l'église » de Saint-Etienne, il arriva que , par les mérites et » intercessions du glorieux confesseur , une lampe fut » miraculeusement remplie d'huille qui ne diminuoit » aucunement : ce qu'estant admiré de plusieurs et de » quelques autres négligé et méprisé : il arriva en la » présence tant de ceux qui admiroient que de ceux » qui doutoient que toute l'huille qui étoit en la lampe » sortit et distilla par terre , et incontinent après

*r la lampe fut derechef miraculeusement remplie- » d'une lui il le très pure et divinement allumée : de >► sorte que personne ne douta plus en après être vrai » ce qu'on disait auparavant , dont vint que saint Hil- » deman lors évêque de Beau vais et ses successeurs » évêques ont en cette église pris leurs huillcs, tant » pour le baptême que pour l'extrême-onction. » (Ex miraculis sancti Vedasti.) Le même auteur rapporte « qu'en Tan 850, sous Hermenfride succédant à Hil- » deman en la chaire épiscopale de Beauvais, arriva » qu'un des serviteurs des chanoinesde l'église cathé- » drale de Beauvais estant lubrique et desbauché, fut » possédé du malin esprit, lequel ayant été appréhendé » et conduit en l'église Saint-Etienne, receust guarison » par les prières de Monsieur saint Vaast: »

Le corps du saint resta quatre ou cinq ans à Beauvais, après lesquels il fut repris par les religieux. Cependant en l'année 881 de nouveaux troubles venant les menacer, les Artésiens, à la sollicitation de Bodolphe abbé de Saint-Vaast, se réfugièrent dans les murs de Beauvais. « Ce fut, ditGodefroy Hermant, sous l'epis-» » copat d'Odon que l'abbé et les moines d'Àrras rap- » portèrent à Beauvais le corps de saint Vaast leur a patron, qui avoit été tiré de terre par Thierry évê- » que de Cambrai. Leur monastère n'étant pas encore » fermé de murs, et les nouvelles incursions des Nor- » mands portant la terreur dans leur voisinage , ils » jettèrent les yeux sur la ville de Beauvais pour y » porter un si précieux dépôt. Cette cérémonie se fit » avec une affluence extraordinaire du clergé et du » peuple, le 15 juillet, qui est le jour où l'on fait en- » core présentement la fêle de cette translation dans-

» l'église collégiale de St.-Vaast de Beau vais . Ces reli- » ques miraculeuses y furent gardées pendant plus de » treize ans et demi. (1) » Cette seconde translation est confirmée par une légende du Bréviaire diocésain : Bellovacum, irruentium normanorum metu, as portât uni est anno octingentesimooetogesimo (8 80). Percelebris est translaûo Ma propter quœdam miracula sacra mm reliquiarum ope patrata BellouacL Post duodecim annos et m en ses fere decem, sacrum illud déposition Atrebatis resûtutum est. De puissans miracles opérés encore dans l'église de Saint-Etienne , achevèrent de rendre la protection de saint Vaast plus populaire. Pour cette fois la châsse fut exposée douze ans et demi à la vénération des habitansde Beauvais. « Sous Honorât, les » moines de Saint-Vaast d'Àrras , redemandèrent le » corps de leur saint patron. Quoique Honorât ne put » sans peine se priver des saintes reliques qui faisoient » l'ornement delà ville de Beauvais, il les rendit néan- » moins à ceux qui les avoient confiées à l'un de ses » prédécesseurs. Sa piété le porta à accompagner les » religieux d'Àrras une très-grande partie du chemin, » s'esta nt fait suivre de toute la ville, qui mesloit ses « hymnes et ses louanges aux cantiques du clergé. (2). A dater de cette époque solennelle , saint \aast fut en si grande vénération dans Beauvais, que l'église où avaient été déposées ses reliques , fut placée aussi sous son invocation , et jusqu'au xvin' siècle les historiens lui donnèrent indifféremment le nom de Saint- Vaast ou celui de Saint-Etienne. Aujourd'hui cette

(1) Godefroy Hermant , liv. 3 , chap. a3.

(2) Godefroy Hermant , liv. 3 , cb. -Jt5.

église a repris définitivement le premier vocable qu'e a reçu de ses fondateurs.

Il faut rapporter au ix* siècle l'origine de la fameuse fête de l'âne célébrée à Beauvais avec plus de solennité qu'en aucune autre ville de France, et dont Saint-Etienne était le principal théâtre. Voici quelques détails sur cette burlesque cérémonie, que j'emprunte à M. J. Corblet, dans une notice qu'il a publiée à ce sujet dans le quatrième volume des Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie. « Le 14 janvier, dès la pointe du jour, une jeune fille de Beauvais, montée sur un âne et tenant un enfant entre ses bras , pour représenter la sainte Vierge fuyant en Egypte, partait de la cathédrale pour se rendre à l'église de Saint- Etienne. L'âne était recouvert de superbes draperies , et la jeune fille portait une chappe d'or. Une foule immense , précédée du clergé , lui faisait escorte. La procession arrivée aux portes de Saint-Etienne , on entonnait les quatre vers suivans qu'on chantait aussi devant l'église de Sens, le jour de la même fête:

Lux hodiè , lux lsetitiae, me judice , tristis Quisquis crit, removendus crit de lusibus istis; Sint hodiè procul invidiae , procul omnia mœsta Laeta volunt quicumque volunt asinaria festa.

La jeune fille et sa noble monture étant introduits dans le sanctuaire où ils se plaçaient du coté gauche, la messe solennelle commençait. Après le V mi creator r on chantait les vers suivans :

Haec est clara dies , clararum clara dierunt ; Haec est festa dies , festarum festa dierum ; Uxc est sancta dies , sanctarum sancta dierum ; Nobile nobilium rulilans diadema dierum.

Le Kyrie, le Gloria, YEpître , le Credo, Vite missa est et le Deo gratias se terminaient toujours par le cri trois fois répété de hi-han. Les rubriques du Missel prescrivaient au diacre de terminer lui même son Ile missa est par trois hi-han. C'est après l'épître qu'on chantait la Prose de F âne. Comme je ne sache pas qu'elle ait jamais été traduite en vers , j'en ai essayé la version suivante :

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