‹ Notice historique et descriptive sur l'Eglise SaintEtienne de BeauvaisChapitre 12 sur 15 · LEGENDE · texte numérisé non relu

LEGENDE

Trois clercs confians envers Dieu Le faulx tyran Constantin condamna Lui hacher et briser par son ire

Espoir en Dieu

Les innocens et saulva de martyre Eureux dont est de Dieu qui

Fenêtre du Jugement dernier. Dans une attitude à la fois majestueuse et terrible , le juge formidable des vivans et des morts, Jésus-Christ, aparaît environné de lumière dans une grande puissance et majesté, cum potestate magnâ et majestate ; le glaive de justice et le

rameau d olivier rayonnant autour de sa tète; le monde est à ses pieds , sa droite bénit, sa gauche maudit.

Deux anges sonnent la trompette du réveil , Marie et Jean plaident devant le souverain juge la cause de l'humanité , saint Pierre avec une clef d'or semble être préposé à la garde du paradis. Au-dessous s'exécute le redoutable pésement des âmes, image qui symbolise l'intégrité des jugemens divins-, dans les plateaux de l'inexorable balance , l'ange tient en suspend un malheureux couple que la fatale épreuve va séparer-, lé mari trop lourd du poids de son iniquité est repoussé vers l'abîme figuré par une gueule de dragon , tandis que la femme prédestinée essaie de le retenir par le pied pour l'emmener au séjour des bienheureux.... Vains efforts ! laissez passer la justice de Dieu !

Les détails inférieurs ont été brises récemment.

La partie supérieure, divisée en compartimens irréguliers représente le ciel, à la voûte éthérée resplendissent les dcux flambeaux du firmament; au centre, plane la sainte Trinité, et tous les ordres de la hiérarchie céleste , diversement groupés , lui adressent des hommages et des adorations, chapelle ab- Cette chapelle , ornée dans le goût moderne, n'a de

•idale , dilc de . , . . . ».

Notre-Dame- remarquable que ses vitraux. Au centre, la verrière ««"ifo" 1 " 0 "" en parti masquée par une lourde boiserie, représente une Mater dolorosa. La sainte Vierge , adossée à la

(i) La confrérie du Scapulairc[ou tleNotre-Daroc-dii-Mont-Carmcl, fut érigée à St-Etienne le 16 [juillet 1782, par M. Talon , curé de cette paroisse , avec approbation du cardinal de Gcvrcs , évèquecomtc de Beauvais , et conGrmée par une bulle de Clément XII. A la fête du Mont-Carmcl , qui se célèbre encore le dimanche après le 16

croix , regarde avec compassion le corps de son divin fils étendu mort à ses pieds, et soutenu dans le linceul par un apôtre et une sainte femme. Madeleine et le disciple bien-aimé se tiennent près de Marie. On admire l'expression de ces figures.

V fenêtre, à droite, contre t autel. Jésus-Christ en croix ; Marie et Jean près de lui ; Madeleine pénitente embrassant la croix et les pieds du Sauveur.

Jésus-Christ ressuscitant du milieu de ses gardes endormis.

2 e fenêtre. La Visitation, sujet traité avec charme; le vénérable Zacharie agenouillé, les mains jointes, adore Jes conseils de la providence.

V* fenêtre, à gauche. Martyre de saint Etienne; deux furibonds lapident avec rage le saint, qui, dans une contenance calme et résignée , adresse à Dieu cette prière sublime : Domine Jesw, suscipe spiritum meuml Domine \ ne statuas illis hoc pecccatum ! sur l'orfroi de sa tunique est écrit : sancte stbpuane. — Près de ce martyre , une 4 Madeleine somptueusement parée tient un vase de parfums.

2« fenêtre. Mort de la Ste. Vierge. Une fouie pieuse l'environne avec attendrissement; le ciel est ouvert sur sa tête; le père éternel l'attend dans la gloire.

juillet pour favoriser la réunion des associés , il y a messe solennelle , prédication , salut du T. S. Sacrement, et le lendemain grand service pour le repos de l'âme des fidèles morts dans Passocialion. Celle solennité attire constamment un immense concours des fidèles, dont la foule pressée sous les religieux arceaux de St-Eticnnc, offre un spectacle digne des plus beaux jours du moyen-âge.

Le sujet qui termine cotte intéressante galerie, est tiré d'une vieille légende française , la Fie des trois Maries, au chapitre intitulé : Corne Jésus avec sa mère et Joseph allèrent en Egypte pour la peur d'Hérodes qui fit occire les innocens. « Or, Jésus, Marie et Joseph » cheminoient par le désert avec une grande quantité » de griffons, dragons, lions, ours, loups et autres » diverses bêtes «auvages qui leur faisoient honneur, » marchant devant eux en leur montrant le chemin. » Un jour après midi , Notre-Dame et Joseph étant » bien las , se reposèrent dessous l'ombre d'un palme » qui porte des dattes ; lors Notre-Dame regarda le pal- » mier qui étoit fort chargé de dattes, et dit à Joseph » qu'elle en mangeroit volontiers. Il lui repondit : je » suis bien ébahi pourquoi vous me demandez de ce » fruit quand vous voyez qu'il est haut , et que je ne » puis en avoir, car tel arbre a cent ans avant qu'il » porte fruit. J'ai désir d'avoir de l'eau dit Joseph , car » il y a trois jours que nos bêtes n'ont bû. Alors le pe- » tit Jésus dit à l'arbre : baisse tes rameaux , afin que » ma mère et sa compagnie mangent de ton fruit; et » aussitôt l'arbre se baissa et inclina jusqu'aux pieds » de la vierge, tant qu'elle et Joseph prirent du fruit » à leur volonté. Puis Jésus dit à l'arbre qu'il se re- » dressât et qu'il étoit bienheureux, et que de sa racine » sortît une fontaine , afin qu'il fut honoré par dessus » tous les arbres du désert; incontinent après , l'arbre » se redressa et de la racine sortit une fontaine de la- » quelle la Vierge, Joseph, et les bêtes burent (i).

(i) La Vie des trois Maries, p, 63 , 64.

Ce récit est la description du tableau sur verre qui est sous les yeux du visiteur.

Tous les sujets représentés dans cette chapelle , sauf le martyre de saint Etienne, se lient aux profonds sentimens de douleur et de joie qui ont comblé l'existence de Marie sur la terre, et présentent quelques tableaux de ce drame merveilleux qui s'ouvre à la crèche et a pour dénouement une croix.

Les donateurs ont eu soin de se faire représenter en famille sous les belles peintures dues à leur munificence.

Elle occupait cette place vide qui fait l'angle corres- chapeii» pondant à l'autel saint Nicolas.

I™ fenêtre. Arbre de Jessé. Egredietur virga de radixJesse. Ce mot d'Isale fournit à l'imagination du moyen-âge un des thèmes les plus féconds de l'art chrétien. Soit que les fastes de cette divine génération inspirent merveilleusement la poésie catholique, soit que ce tableau se prête aux fantaisies du statuaire ou du peintre, l'arbre de Jessé est un sujet de prédilection aux siècles de foi. Partout on le retrouve , dans les vitraux, au tympan des portails, sur les miniatures, contre les rétables, en fresques, et toujours traité avec originalité et nouvel intérêt. L'arbre de Saint- Etienne est admirable de coloris et d'exécution. La souche enracinée dans la poitrine du patriarche Jessé qui dort paisiblement son sommeil de juste , étend ses rameaux et les déploie en trident. Les personnages qui composent la généalogie divine, ressortent vivement sur un fond lapis lazzuli; représentés en buste, ils semblent sortir chacun d'une branche aux feuillages

évases, el chargés de fruits et de fleurs. De ces quatorze personnages , quatre seulement appartiennent à la tige choisie de Dieu , Jessé, David, Salomon, Marie ; les dix autres sont des rois de France parmi lesquels on reconnaît saint Louis, Louis XII et François I -r ..., flatteries déplorables , trop communes en ce tems de servilité; symptôme infaillible de la décadence des arts. Tous les costumes sont d'une magnificence sans égale, toutes les têtes empreintes d'un beau caractère. Le lis sur lequel est placée la sainte Vierge , contraste par son éclatante blancheur avec le luxe effréné du roi Salomon. Ne dirait-on pas que l'artiste a voulu rappeler que Salomon dans toute sa gloire n'était pas même vêtu comme le lis des champs?

2 e fenêtre. Saint Jean tenant un calice. Saint Pierre chargé de sa croix. Riches de costume , ces deux personnages se détachent vigoureusement sur un fond de verdure bien nuancé. Sans doute une famille nombreuse offrit cette verrière. Deux groupes de donateurs, formés, l'un du père respectable et de ses fils en grand nombre, l'autre de la mère en habits religieux, suivie de toutes ses filles, semblent invoquer le patronage des apôtres.

3 e fenêtre. Légende de saint Claude. Issu d'une famille illustre , saint Claude était à l'âge de 20 ans membre du chapitre de Besançon ; son goût pour la science théologique et les saintes écritures, ses progrès dans la vie spirituelle le placèrent bientôt parmi les prêtres les plus éminens en savoir et en sainteté de toute la Bourgogne. Après avoir possédé 10 ans son canonicat, il fut

désigné miraculeusement par la voix du ciel pour succéder à l'archevêque de Besançon qui venait de mourir; et malgré ses répugnances, force lui fut de céder aux vives sollicitations du peuple; on le consacra donc en 626. Toutefois une humilité si profonde : ne s'accommodait pas de ces grandeurs; entraîné par un attrait irrésistible vers la retraite, il se démit des hautes fonctions archiépiscopales qu'il avait remplies pendant 7 ans, pour aller revêtir l'habit obscur de simple religieux au monastère de Saint-Fugent ou Ogcnt sur le Jura, limitrophe du diocèse de Besancon. Il va sans dire qu'il y devint par sa ferveur un objet d'édification pour tous les religieux. Mais comme si les promesses faites aux humbles devaient à la lettre s'accomplir en lui, plus il cherchait l'abaissement, plus aussi les honneurs venaient l'assaillir, et il avait à peine passé 5 ans au monastère, que les moines le choisirent unanimement pour les gouverner en place dé leur abbé.

A ce trait seulement commence le vitrail , et c'est ce que représentent les panneaux supérieurs des l #p et 2 e compartimens. Saint Claude, en habits pontificaux, semble sortir d'un oratoire; deux religieux, vêtus de coules noires, le conjurent d'accepter la charge d'abbé; mais lui, convaincu de son indignité, se refuse à leur vœu; deux autres religieux attendent près d'une porte de l'abbaye l'issue de la négociation de leurs députés. Une église, sans doute celle du monastère, teripinece tableau. Au bas est écrit :

Côme sa in et Claude en saincteté fulgcnt (Cinq) ans après qu'hermite se voult rendre Fut postulé abbe* de saînet Eugcnt Comme cellui on n'avoit que reprendre

Et l'allércnt en l'hermitage prendre Pour leur prélat les moyens dudit lieu.

Religieux veulent cecy comprendre Eureux sont ceux qui ont biï père en Oieu.

Le sujet peint sur les deux panneaux suivans est la mort de saint Claude. Ce saint abbé est exposé sur le lit de parade en habits de chœur avec une chappe rouge* Plusieurs religieux,, vêtus de blanc et de noir, entourent ses vénérables dépouilles ; l'un d'eux écrit > d'autres récitent des prières, jettent de l'eau bénite, encensent , portent les insignes épiscopaux , et procèdent aux premières cérémonies funèbres.

On lit :

Corne salnct Claude fut dud. monastère Le père abbé par soixante cinq ans Lequel après que vie très austère Eut démené tout le cours de son temps Le benoist sainct aagé d'ung et cent ans L'ame rendit et aux saincts cieux ravie.

( Notez) chacun tant petits corne grans.

La bonne fin ensuit la bonne vie.

La partie supérieure de la fenêtre , divisée en nombreux compartimens par des meneaux contournés, représente le saint archevêque de Besançon en habits pontificaux, tenant de la main gauche sa double croix archiépiscopale et de la main droite donnant sa bénédiction. Deux pèlerins , les mains jointes, le bourdon sur 1 épaule, sont prosternés aux marches de son trône; dans le lointain on voit les fidèles accourir à ce pèlerinage du Jura, si célèbre au moyen-âge , où le corps

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de saint Claude, conservé intact, opérait tant de prodiges, et que le peintre aura voulu rappeler ici.

On voit dans les bas panneaux de la fenêtre les deux grands miracles de ce saint. Une femme, nommée Poncia, caressait son enfant ; pendant cette effusion de tendresse maternelle , Satan lui apparaît : « Si tu m'im- » moles ce fils chéri, lui dit-il, les trésors de la terre » sont à toi. » Séduite par cette promesse menteuse, la misérable mère passe des témoignages de l'amour aux plus violens transports de rage, et égorge ce fils qu'elle couvrait de baisers. Le démon, à son tour, loin de réaliser ses belles paroles , veut étrangler la femme. — C'est Faction que l'on voit ici. Un hideux diable vert, à tête de vache, embrasse l'infanticide d'une horrible étreinte. A ses clameurs le mari accourt toutéploré, le démon s'échappe; mais Poncia est muette et perdue des deux bras 5 Jean se confie en Dieu , mène sa femme au tombeau de saint Claude , et après beaucoup de prières et de larmes obtient pardon pour le crime et guérison pour les maux de sa femme.

Comme une femme par fureur de courage Son propre enfant occist et mist ( à mort ) Dont le diable en vengeant cest outrage

Lors étrangla la femme et mil

Quand le mari entre vyt cest (effort) Pour son refuge s'en vint à . . . .

Recouvra vie qui fut grand recon(forl) Pour qui Dieu aide le diable ne

On voit sur le panneau suivant une partie du miracle des noyés qui recouvrent la vie par l'intercession de saint Claude. Ces deux enfans sont entraînes par le

courant -, la mère se lamente et s'arrache les cheveux , le père veut les sauver. Ce même sujet est traité plus complètement dans une vitre de l'église de Marissel (près Beauvais). Nous y avons emprunté quelques mots à l'inscription qui est aussi mutilée; mais de ces deux débris, il n'est malhenreusement résulté rien de parfait.

Corne jadis deux enfans innocens

(En s'esbattant) ensemble se noiérent Dont leur parens perdirent presque sens Ce nonobstant à sainct Claude vouèrent

se louèrent

qui sert sainct Claude.

Sur un monument dans le lointain de ce dernier tableau, on découvre nicol. jh, signatures de Nicolas et Jean Lepot, peintres sur verre à Beauvais. Simon a donc commis une erreur en attribuant ce vitrail à Angrand le Prince, chapelle L'homme le plus étranger à l'histoire de l'art chréc-Marthe. ^ j e j nsens jbi e ^ ses beautés, ne peut se défendre d'un sentiment d'admiration en présence des sculptures qui forment le rétable de cette chapelle. Leur premier mérite, mérite inappréciable, est de conserver leur peinture primitive; elles représentent YEcce homo , entre sainte Marthe qui tient un bénitier, et sainte Marguerite qui foule un dragon rugissant 5 ces trois personnages sont presque de grandeur naturelle et dans une vérité d'attitude qui frappe •, les deux saintes portent des robes d'une magnificence extraordinaire. Il suffira de contempler un moment ces peintures variées, ces expressions défigure, ces fortes

nuances de coloris, ces dentelles à jour, ces rinceaux dorés qui se jouent sur les trois dais en encorbellement , pour comprendre le tort injurieux que le badigeon fait à toutes nos anciennes églises , et (sans aller chercher d'exemples si loin ) qu'il a fait à la Mater dolorosa , à sainte Wilgeforte et à YEcce homo de la nef.

L'autel en boiseries à papiers roulés et à médaillons du xvi* siècle, présente l'ancienne forme de tombeau si long-tems, mais pas assez long-tems, en usage dans l'Eglise.

Sur le pilier qui fait l'angle gauche, il y avait une statue de saint Druon , avec une légende gravée sur la pierre ; la légende seule a survécu ; on sera peut-être curieux de la lire :

Saint Druon, du pays de Caux , quitta sa maison paternelle âgé de quatorze ans pour s" adonner à Dieu ; méprisant la noblesse et abandonnant ses biens aux pays de Ifainauli; après y avoir été berger quelques temps il fit le voyage de Rome plusiers fois... Dans une petite loge quil se bdlit près de Féglisç de Sebourg

en Hainault Après y avoir vécu sainctement, très-

passa à quarante ans ,* et qui a opéré plusieurs miracles , comme guérissant ceux qui é (oient travaillé de pierre et gravelle.

Le vitrail qui représentait la Nativité de Jésus- Christ, conserve seulement dans ses parties supérieures une adoration des mages qui fait vivement regretter les autres tableaux.

Cette chapelle a servi de sépulture à la famille Aux-

cousteaux-, on lit encore cette inscription gravée en lettres d or sur marbre noir :

ICY DEVANT REPOSENT M. JEAN AUXCOUSTEAUX , SEIGNEUR DE CONTY ET FERCAULT , GENTILHOMME ORDINAIRE DE FEU MONSIEUR PHILIPPE DE FRANCE, FRERE UNIQUE DU ROY LOUIS XIV, DÉCÉDÉ LE 26 JUIN

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