‹ Notice historique et descriptive sur l'Eglise SaintEtienne de BeauvaisChapitre 6 sur 15 · INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR

Distribution générale.

L'église offrait primititivement la forme d'une croix latine régulière qui est aujourd'hui dénaturée par l'addition du chœur gothique, et devenue pour ainsi dire croix latine renversée. Les proportions du chœur ne sont nullement en harmonie avec celles de la nef; aussi le spectateur est-il frappé tout d'abord de ce défaut d'unité dans l'ensemble. Il ne peut voir sans douleur cette basilique dégradée par lès ans , outragée par le vandalisme , privée de la teinte solennelle et religieuse de ses antiques vitraux, et recevant des flots de lumière sur ses murailles éclatantes de blancheur. Du fond du l'église il remarque l'accroissement considérable d'élévation des parties éloignées; plus loin, il éprouve comme la surprise d'un homme qui serait instantanément transporté d'un pays dans un autre, et tel étranger qu'il soit aux phases de l'architecture chrétienne , ce ne peut être à son insçu qu'il franchit cinq siècles d'un seul pas. Là, l'enfance, ici la caducité d'un art qui se tue à force de rafiinemens. Aux piliers robustes couronnés par de massifs chapiteaux , succèdent de sveltes colonnes qui d'un seul jet élancent leurs légères nervures jusqu'à la clef de voûte; au roman pur se lie le gothique dégénéré , de sorte qu'en cette église sont réunis le principe et la fin, l'alpha et l'oméga de l'architecture chrétienne.

C'est pourquoi, tirant un voile entre ces deux partics, nous les étudions comme deux monumens séparés.

Nef.

Vingt-huit piliers à larges bases supportent la re- raie", tombée des différentes arches \ tantôt isolés, tantôt miengagés au mur latéral et fortifiés extérieurement par les contreforts, ils établissent six grandes travées-, ils sont flanqués de quatre colonnes qui , par une disposition vraiment singulière (et peut-être sans exemple) , affectent la forme elliptique aiguë, et de quatre colonnettes cilindriques enchâssées dans des bandes anguleuses. Leurs chapiteaux sont taillés en cannelures ou volutes simples -, leurs bases agrafées sont très-massives, et celles des bas-piliers ont exigé une circonférence proportionnée à l'énorme charge qu'ils paraissent destinés à soutenir.

Le plein-cintre domine dans les voûtes latérales, et voûtes, à la grosseur des tores qui forment les arceaux on reconnaît l'œuvre du xi e siècle-, on constate toutefois une nuance de progrès vers le portail , ce que nous avons déjà vérifié extérieurement.

Les hautes voûtes de la nef et de la croisée furent construites à une époque postérieure ; les caractères du style ogival primitif y sont évidens. Il n'est guère d'églises dont les voûtes ne soient tombées trois ou quatre fois; on ne sait néanmoins à quel sinistre attribuer la chute des voûtes romanes de Saint-Etienne ; mais il ne faut pas s'étonner que l'histoire silencieuse sur d'autres faits plus importans nous laisse ignorer la cause des diverses dégradations de ce monument. Mal assises sur les tailloirs , les nervures paraissent en

désaccord avec leurs soutiens ; les clefs de voûte sont généralement très-ornées. Dans les bras de la croix se voient quelques modillons grotesques ; les uns font office de cariatides dans les encoignures, les autres terminent en cul-de-lampe plusieurs colonnes tronquées ; on y pourra faire à son gré une étude complète de monstruosités fantasmagoriques. Bien qu'appartenant toujours à la période romane, le carré central de la croisée s'élève beaucoup plus haut que la nef et les transepts, mais ces trois pans de muraille appuyés sur trois grandes arches dont la nudité n'est rompue que par de petites fenêtres cintrées, sont les restes de la lanterne ou clocher central de l'église romane. Au xvi° siècle, fut construit ce fragment de voûte qui semblerait être une anticipation du chœur sur les transepts, ce qui ne contribue pas peu à donner même extérieurement à cette partie de l'édifice un aspect tout bizarre. Galerie. Une galerie se prolonge au-dessus des bas-côtés qu'elle égale en largeur; elle s'ouvrait sur chaque travée par deux arcades secondaires inscrites dans une arcade principale de courbe semblable soutenue par une colonne centrale. En fermant cette galerie, on a malheureusement privé la nef du peu de légèreté qu'elle pouvait avoir dans le principe, et ravi aux spectateurs le meilleur point de vue pour contempler l'intérieur de l'église et l'effet majestueux des cérémonies chrétiennes.

Tableaux On examinera avec charme quelques sculptures sculptures, empreintes de toute la naïveté antique , qui décorent la nef j de nombreuses peintures tapissent les murs latéraux; la plupart dénuées d'intérêt artistique ne doivent pas être mentionnées ici.

Seconde travée. Flanc septentrional. Ecce homo : adossé contre un pilastre» placé sur une console de mauvais goût, sculpté en grandeur demi-colossale, autrefois peint et doré, maintenant badigeonné en gris.

Pilier entre les cinquième et sixième travées. La chaire de prédication est ornée de panneaux en reliefs du xvi c siècle, encastrés dans une menuiserie moderne j on y voit les quatre évangélistes et le martyre de saint Etienne sur le poutour, et sur le dossier une grande figure de saint Sébastien.

La chapelle septentrionale de la croisée à laquelle on arrive , anciennement dédiée à saint Joseph , Test aujourd'hui à saint Michel ; elle renferme un grand tableau dont l'exécution n'est rien moins qu'heureuse, le sujet en est toutefois intéressant. Cette peinture provient, ainsi que la lourde boiserie qui lui sert d'encadrement, de l'église collégiale Saint- Michel , et fut conçue d'après ce texte du prophète Daniel : « ln temporeillo consurget Michael princeps magnus, » qui stat pro filiis populi lui, et veniet tempus quale » non fuit ab eo ex quo gentes esse cœperunt usque ad » tempus illud. Et in temporc illo salvabilur popidus » tuus , omnis qui inventus fuerit sciiplus in libro. Et » multi de his qui dormiunt in terrœ pulvere, evigila- » bunl; alii in vitam œternam, et aUi in opprobrium ut » videant semper. Qui autem docti fuerint , fulgebunt » quasi splendor fiimamenii , et qui ad justitiam eru- » diunt multos, quasi stellœ in perpétuas œternitates. . . »

« En ce tems-là s'élèvera Michel le grand prince » qui est debout pour les fils de ton peuple 5 et un tems )> viendra, tel qu'il n'en a pas été depuis que les na-

y) tions ont commencé jusqu'au tems présent. Et en » ce tems-là ton peuple sera sauvé, et quiconque sera » trouvé écrit dans le livre. Et plusieurs de ceux qui » dorment dans la poussière de la terre s'éveilleront : » les uns, pour la vie éternelle ; et les autres, pour » l'opprobre, afin qu'ils le voient à jamais. Or, ceux » qui sont intelligens brilleront comme la splendeur » du ciel; et ceux qui enseignent la justice à plusieurs » seront, comme les étoiles, dans toute l'éternité.... »

Daniel, cap. XII ; 1 — 3.

L'archange Michel, placé devant le Fils de l'homme, lui présente toutes les conditions humaines, la papauté, les trônes , tous les ordres de la hiérarchie sainte depuis l'évêque jusqu'aux religieux , toutes les classes de la société depuis le magistrat jusqu'au mercenaire, tous les âges de la vie depuis la vieillesse jusqu'à l'enfance; une jeune fille agenouillée au bas de la scène déroule une bandelette où sont gravés ces mots : Michael consurget pro Filiis DEL Dan. c. XII v. 1. Cl and. de Cailieu, hujus Eccle. Canon, ac prœs. D. D. 1732. N. Delobelin* etpinx* .

La chapelle méridionale qui fait face à la précédente , s'appelait autrefois chapelle de saint Martin , elle est connue aujourd'hui sous le nom de chapelle de la Croix ou des Morts. L'autel très-simple est surmonté d'un immense rétable qui enchâsse un tableau de Notre- Dame de Pitié, portant cette signature : L. Depape in 1 . 1724.

Sur le pilier qui termine les travées du flanc méridional se voit le grand Christ qui servait de couronnement à l'ancien jubé. Ce pilier est revêtu de lambris du

xvi* siècle, à serviettes ou papiers roulés 5 et à médaillons de diverses sortes.

Pilier entre les 4* et 5* travées. Le manuscrit du château de Bachivillers nous apprend que ce pilier s'appela jadis pilier de l'œuvre , à cause de la sculpture représentant Notre-Dame de pitié dont il est orné; au-dessus on voyait un grand saint Christophe qui a disparu. Néanmoins la Mater dolor osa, bas-relief de la quatrième période ogivale , ne fut entée sur ce pilier roman que vers 1760 environ-, jusque-là il y avait un autel Saint- Vaast, lequel fut converti en ce simulacre de rocher qui soutient le groupe. Quatre personnages le composent, Jésus-Christ, Marie sa mère, saint Jean et saint Etienne. Le donateur en habit de chanoine, sculpté en petite proportion, est à genoux aux pieds du Sauveur; trois dais, fort richement ciselés, couronnent le tout de leurs gracieuses aiguilles.

Troisième travée. Sainte Wilgeforte en croix et couronnée, crucifixion qui paraît appartenir a la statuaire du xvi 8 siècle. La sainte portait autrefois une longue barbe , elle était richement peinte et dorée ; mais on a jugé convenable de la raser et de barbouiller ses beaux vêtemens de badigeon gris.

Seconde travée. On y aperçoit un tableau d'environ 1 mèt. 33 c. de haut sur 2 met. de large, qui demande une étude toute spéciale; nous croyons pouvoir aflirmer qu'il appartient à cette école du xvi e siècle qui n'avait point encore subi l'influence des artistes italiens, mais qui ne manquait pas toujours de naturel et d'originalité. La hardiesse et l énergie d'expression

la caractérise aussi bien que l'école littéraire contemporaine. Dans l'œuvre qui nous occupe sont peintes successivement plusieurs scènes du chemin de la croix; le ton dominant est cette pieuse compassion qu'inspire la vue des soufTances de Jésus-Christ. Aux coins se lisent deux quatrains par lesquels l'artiste poète donne l'explication de son sujet ; nous les reproduisons avec l'orthographe du tems.

Dams ce sbiour de saincteté ,

L'aNCE CONDUICT L'AME DECOTE

Par les sentier d'humilité

Qui selle en peut oucrir la toute.

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