ORIGINE DE LA CATHÉDRALE, ET DIVERSES ÉPOQUES DE SA CONSTRUCTION
L’hisloire de nos Cathédrales se lie d-’ordinaire à celle de la Cité dont elles font l’ornement. Les Romains dominaient encore dans les Gaules lorsque le Christianisme y fut prêche' , et la division civile du territoire fut adopte'c comme circonscription ecclésiastique. Dès le IV* siècle, le chef-lieu de chaque Province romaine, Ciyitas Metropolis, devint le siège d’un Evêque métropolitain , appelé depuis Archevêque; et chaque ville de la Province ayant le rang de Cité, devint le siège d’un Evêque snifragant du Métropolitain. Meaux, Civitas Meldensium, faisait alors partie de la quatrième Lyonnaise , dont la capitale était ^ns, Metropolis Civitas Senonum ; aussi , l’Evêché de Meaux fut-il suffragant de Sens jusqu’en 1622, époque à laquelle Paris fut érigé en Archevêché. ,
Selon la tradition de l’Eglise de Meaux, saint Denis, Apôtre de Paris, prêcha aussi la foi aux Meldois, dans le 111 * siècle. Saint Saintin , son disciple , fut leur premier Evêque ; et après
lit dans lc5 mémoires de Lenfajtt , procureur i Meaux , qui vi> vait au XVI* tiède, que lors du pillage de la Cathédrale par lea Huguenots , ils n’épargnèrent pas le tombeau et la statue de la. Comtesse Marie, qui ctaieut placés entre les deux colonnes du Sanctuaire , du côté de l’Evangile. Un cierge allumé était entretenu perpétuellement devant cette statue, aux frais du Domaine; et après les encensements de l’autel et du chœur, l’oITiciant finis* Mit par lui donner trois coups d’encens : ce qu’on appelait le coup de la Comtesse. ( Extrait d’un petit manuscrit de l’abbé Ledieu, daté de 1707, et conservé dans la bibliothèque de M. Dassy.).
On lit encore dans Toussaint Duplessis (tomel, page 248), que Jean de Poincy résolut de continuer le bâtiment de la Cathédrale, qui avait été entrepris sous Gautier Saveyr, mais qui tombait en ruine pour la plus grande partie. En conséquence , il fut arrêté dans un Chapitre général, tenu en 1268, qu’outre les aumônes dont les fidèles contribueraient pour la perfection de ce grand ouvrage , on prendrait encore une année du revenu de tous les bénéfices qui viendraient à vaquer dans le diocèse, pendant l’espace de dix années. Adam de Vaudoy fit renouveler cette imposition dans un second Chapitre général, tenu en 1282. Il ne sera pas inutile de citer ici quelques passages de l’acte de ia68. On jugera mieux , d’après ce texte, de l’état de l’édifice i cette époque.
< Quoniam tam décora , tara nobilis structura nostræ Mel-
* densis Ecclesise, tum propter sui necessitatem, tum propter a materie vitium in suis parietibus et columnis , innumeras de- » raolitiones patitur et fissuras , per quas ipsius Ecclesiæ ruina
• timetur horribilis...Yerum , quia ad reparationcra, imô quasi a<ad omnimodam refectionem structura; tam mirifiex de neces- > sitate expédiât expensas et sumptus innumerabiles exhiberi...» (tome II, n* 5 g 5 .)
Jeanne de Navarre, dernière héritière de Champagne, qui avait épousé Philippc-Ic-Bel , et qui mourut en i 3 o 4 , institua Simon Festu, Evêque de Meaux , son exécuteur testamentaire. Cette princesse est mise au nombre des bienfaitrices de l'Eglise de Meaux ; et l’on pense que Simon Festu, mort en i5i7 , employa ses largesses à la construction des voûtes du rond-point et
de U flèche. (Toussaint Duplessis, tonie I, pages et 5oi.)
D’après le nècrologe'du Chapitre de Meaux , on ccHèbrait le 7 janvier une messe solennelle pour Philippe-te-bel et Jeanne de Navarre, qui avaient concédé une place près de la porte épiscopale pour agrandir l’Eglise. Ratione concessionis platete juxta portant episcopalem ad perfeciionem longUudinis Ecclesûe Meldensis.
Quelques années plus tard, Charles-le-Bet abandonna an Chapitre cinq pieds de terrain pour agrandir la Chapelle que l’on construisait, entre celle de la sainte Vierge et celle de saint Jacques. L’acte de concession est daté de Vincennes, au mois de mars i3ai. (Tome II, a* 46 ».)
En i33i , Jean Rose fondait la Chapelle du saint Sacrement, et l’acte suppose l’existence de la porte voisine sur la grande rue.
En 1390 , Charles VI ordonna an bailli de Meaux de faire contribuer les habitons à l’achèvement de la Cathédrale.
Jean-dn-Drac , <pii occupa le siège épiscopal de 1 458 à i475, fit commencer la tour du nord , qui ne fut achevée que vers i53o. Le même Evêque faisait poursuivre les travaux de la nef; et l’on reconnaît scs armes ou son symbole dans les dragons grimpons, que l’on voit au troisième pilier du côté droit de la nef.
Jean Lhuillicr, dont l'épiscopat embrasse les dernières années du XV* siècle (i483-i5oo) , paraît avoir mis aussi beaucoup de zèle à la construction de la Cathédrale. On voit scs armes au quatrième pilier du même côté de la nef. Son écusson porte trois coquilles, et est surmonté d'une crosse. Dans un synode du ig septembre i4g5, ce Prélat recommande les quêtes pour la Cathédrale, et accorde quarante jours d’indulgence aux fidèles qui contribueraient à cette bonne oeuvre. (Tome II , n* 11 .)
La ville de Meaux contribuait de son côté aux dépenses de la Cathédrale; elle donna , eu i4g5 , 240 livres; en i4g4i 200 ; en 1 / 195 , 240 ; en i5oG ou t5o5, 100 ; en i5io, 170 .
Le Chanoine Jean de Marcilly, mort en i5o6, fit faire le portail sons la tour , et fonda la Chapelle de l’Annonciation. Il fit représenter , dans le bas-relief de ce portail, l’histoire de saint Jean-Baptiste, à cause qu’il s’appelait Jean , et aussi parce
que c’était la porte du c6td du baptistère , qui e'tait placé dan» la croisée, vis-à-vis l’autel de saint Jean-Baptiste. (Mss. de Lcdieu , i6.)
Un antre Chanoine , Pierre de Fabri, fonda vers i5i2 la Chapelle de la Visitation , et fit construire le bas-côté septentrional de la nef.
11 restait à élever la tour du midi) mais les guerres de religion qui survinrent ne permirent pas de pousser plus loin cette grande entreprise , et l'on n’a pu même réparer convenablement jusqu’ici toutes les pertes que la Cathédrale eut à essuyer à cette déplorable époque de notre histoire.
Après avoir ainsi rappelé les documens imparfaits que l’histoire noos a transmis sur la construction de la Cathédrale de Meaux , je n’ai pas besoin de dire combien est erronée l’opinion de ceux qui attribuent à Gautier Saveyr le magnifique choeur que nous admirons aujourd’hui. Fn examinant les diOerentes parties de la Cathédrale, sous le rapport archéologique, on y reconnaît, au premier coup d’œil, plusieurs styles bien diflerens , mais appartenant tous à la période gothique, l.cs expressions employées dans l’acte de laGS nous donnent, il est vrai , une haute idée de la Cathédrale qu’il s’agissait de restaurer à cette époque; mais quelle qu’ait été cette première Eglise, on ne saurait, autant que je puis en juger, en retrouver aucune trace dans les constructions qui existent aujourd'hui. Si, sans sortir de notre Département, l’on x’eut comparer à la Cathédrale nos Eglises de l’époque de transition (XII* siècle), telles que celles de Saint-Loup de Naud, de Saint-Quiriapa de Provins, de Chàleau-Landon, de Champeaux, dcVoulton, etc., où le plein cintre est presque toujours employé conjointement avec l’ogive, on remarquera de suite une grande différence entre ces constructions encore pesantes et l’architecture hardie de notre Cathédrale.
Les parties les plus anciennes de cette Eglise, c’est-à-dire les six arcades inférieures du chœur, ainsi que les bases et les chapitaux de quelques colonnes de la nef, doivent remonter au plus tôt à la fin du XII* siècle , au temps de la Comtesse Marie.
Les parties de la nef voisines du transept offrent, dans les
arcade* de la galerie et les grandes verrières , les formes simples du goüiiquc primitif du Xlll* siècle.
Le sanctuaire, les parties supérieures du cbœur et les chapelles ne peuvent pas être ante'rieurs à la liu du X11I° siècle ou au couimenccment du XIV'*.
Ce dernier siècle et le XV’^' ont dû voir s’e'lever le transept avec scs deux portails, et une partie de la façade occidentale.
Enfin , une partie de la nef, au moins en ce qui concerne roroementation , et les parties supérieures de la tour, appartiennent évidemment au commencement du XV'l* siècle.
Voilà , autant que je puis en juger, à quoi on peut s’en tenir sur l’ensemble de la construction de la Cathédrale ; et les détails dans lesquels j’entrerai plus tard , corroboreront , je le pense, cette opinion, que je soumets toutefois sans réserve à l'examen et à la critique des hommes de l’art.