INTÉRIEUR DE LA CATHÉDRALE
§ I. — Idée générale du plan, et dimensions-
d’est surtout à l’intérieur que la Cathédrale de Meaux offre un beau modèle d’architecture gothique, et peut rivaliser, par son élégance et sa hardiesse, avec nos Cathédrales de France les plus vantées. Son plan est parfaitement régulier ; il présente une large nef, accompagnée à droite et à gauche d’un double bas-côté d’une élévation peu ordinaire. A la suite de la nef, s’ouvre le transept ou la croisée, d’une largeur égale à celle de la nef, et terminé à chaque extrémité par un portail latéral surmonté d’une très belle fenêtre. Le chœur, dont l’entrée est entièrement dégagée, est accompagné, comme la nef, d’un double bas-côté, mais seulement jusqu’au Sanctuaire, où le bascôté extérieur est remplacé par une suite de sept chapelles semicirculaires , qui forment le fond de l’Eglise.
En se plaçant sous la tribune de l’orgue, on saisit parfaitement tout l’ensemble de cet édifice ; et si l’on n’éprouve pas d’abord ce religieux étonnement qui s’empare de l’ame lorsqu’on entre dans nos plus vastes basiliques , telles que Chartres, Paris ou Amiens, on ne peut se défendre d’un sentiment d’admiration à la vue de cette composition pleine de noblesse et d’élégance.
Quoiqu’on puisse signaler ici quelques défauts , une nef beaucoup trop courte , des fenêtres un peu courtes aussi , et l’absence de ces vitraux coloriés qui répandent dans certaines Eglises une si religieuse obscurité, il n’en est pas moins vrai de dire que par la largeur de la nef, l’élévation des voûtes , surtout dans les bas-côtés, les grandes et nobles proportions du chœur, l’élégance de la galerie et de la plupart des fenêtres,
.50 me/rts.
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— ai —
la Cathédrale de Meaux peut être hardiment citée au second rang parmi les plus belles Eglises de France.
Voici les principales dimensions de l’édifice, prises dans l’intérieur :
Longueur, depuis le trumeau du grand portail jusqu'à
l'axe des piliers du transept Î8 m. 68 c. 88 p.
De l’axe de ces piliers à la grille du chœur. ... 13 67 42
Delà grille du chœur au bas du Sanctuaire. . . . 17 33 53 f
Des marches du Sanctuaire à la grille derrière l’autel. 12 53 38 -j
De la grille derrière l'autel aux marches de la chapelle
du chevet 4 56 14
Profondeur de la chapelle du chevet jusqu’au mur. . 7 58 23 j
Longueur totale ..... 84 35 259
Largeur, du trumeau de 1a porte septentrionale à celui de la porte méridionale. ....... 35 109 j
Du fond de la chapelle de la Visitation au fond de la
chapelle du saint Sacrement 4l 126
Nef, de l’axe de l’un des petits piliers à l’autre. . . . 13 77 42
Nef, à l'intérieur des piliers 11 77 36
Largeur du chœur entre les stalles 7 70 23 £
Largeur des bas-côtés de la nef entre les piliers. . 3 30 10
Hauteur de la voûte des bas-côtés sous les arcs doubleaux 16 25 50
Hauteur de la voûte du chœursous les arcs doubleaux. 29 89
Hauteur de la voûte au milieu du transept. ... 31 50 97
§ II. — La nef.
La nef, malheureusement trop courte , ne forme que cinq travées, y compris celle que remplit la tribune des orgues.
Piliers. La nef est soutenue par dix piliers en faisceau, dont quatre de îo à n pieds de diamètre, aux angles du transept et des tours , et six d’environ 6 pieds de diamètre , savoir, deux sous les tours, et quatre au centre de la nef.
Les piliers du transept ont des chapiteaux à feuilles recourbées, comme ceux du chœur et du Sanctuaire. Tous les autres piliers ont des chapiteaux assez bas, offrant des guirlandes de feuilles de vigne ou de houx.
Les bas-côtés de la nef sont soutenus par quatre piliers au
uord , et quatre piliers au midi. Les piliers répondant aux gros piliers de la nef sont cantonnes de colonnes engage'es , au nombre de quatre et plus. Les piliers intermédiaires sont de très belles colonnes d’un seul fût, avec des chapiteaux ornés de feuilles diverses , de forme assez naturelle, et quelquefois dispose'es en branches perpendiculaires.
Galerie. Au-dessus des arcades de la nef, règne une galpric qui se prolonge tout autour de l’Eglise , à la même hauteur , si ce n’est en face des deux grandes fenêtres du transept. Cette galerie, d’un style uniforme dans le chœur et sur trois faces du transept, présente plusieurs types bien différons dans le reste de la nef.
Sur la face nord-ouest du (raYisept , dans les deux premières travées de la nef, côté du nord , et dans la première , côté du midi , la galerie est formée dans chaque travée de quatre ogives simples, un peu lourdes, séparées par d’assez grosses colonncttes, à chapiteaux ornés de feuilles recourbées on autres. Cette construction rappelle le style du XIII e siècle.
La seconde travée , côté du midi, présente des arcades à plein-cintre dont la partie supérieure est remplie par un trilobe, surmonté de deux roses encadrées; moulures anguleuses; point de chapiteaux.
Dans la troisième travée, midi et nord, même plein-cintre avec trilobés, mais point de roses.
L’ogive trilobée reparaît dans les deux dernières travées; mais du côté de la tour du midi, cette ogive est ornée de tores et de colonnettes rondes avec chapiteaux à fleurons, tandis que du côté de la tour du nord on ne voit que des moulures anguleuses et point de chapiteaux. ....
De l’examen attentif de cette galerie on devra conclure que les parties voisines du transept sont les plus anciennes ; celles qui avoisinent la tour du midi leur ont succédé ; puis celles qui touchent à la tour du nord, et enfin les parties intermédiaires ou le centre de la nef. Celte observation n’a rien qui doive étonner; car il est constant que dans' beaucoup d’Eglises; le chœur et le portail ont été faits avant le centre de Uédilice, Ce qui me reste à dire de la forme dès fenêtres et des petites arcades inférieures , confirmera encore cette opinion, qui se
concilie d’ailleurs parfaitement avec le peu de documens historiques que j’ai pu rassembler au commencement de cette notice.
Voûtes. Dans les deux premières travées de la nef, on observe aux voûtes des moulures rondes et des figures à côté des clefs. Dans les trois dernières travées , les plus voisines du portail, les nervures sont anguleuses. A la clef de la troisième travée , on voit les armes du Chapitre, une fleur de lys et deux chandeliers. , r i.. t
On peut observer le même système dans les bas-côtés j le» deux premières travées sont à moulures rondes , les autres à moulures anguleuses.
Verrières. Du côté du midi, la nef a trois fenêtres ouvertes, et deux fermées par la tour noire. Au nord il y en a deux ouvertes et trois fermées, une de plus, à cause de l'escalier de la tour. Dans la première travée au midi, et les première et seconde au nord , les fenêtres sont divisées en deux ogives simples, avec uue rose sans compartimens au tympan. Ce style sévère se coordonne parfaitement avec la galerie qui est audessous. En dehors , la moulure extérieure de ces fenêtres présente quelques restes de fleurons, autre caractère d’ancienneté. Dans les seconde et troisième travées au midi, les fenêtres sont divisées en deux ogives secondaires, subdivisées en deux trilobes, avec des compartimens en cœur. On retrouve ces mêmes compartimens et l’ogive en accolade dans les cinq travées qui sont fermées : caractère incontestable des XV e et XVI e siècles.
Au portail, une grande ogive encadre une rose à compartiinens flamboyons.
Dans les deux chapelles du midi , les fenêtres sont formées par une belle ogive divisée en deux autres, avec une rose à sept lobes au tympan j chaque ogive secondaire se subdivise à son tour en deux trilobés surmontés d’une rose à cinq lobes.
Les deux chapelles du nord, et les trois dernières travées du bas-côté du midi présentent l’ogive trilobée , avec l’accolade et les compartimens flamboyans.
Les deux fenêtres sous la tour du nord offrent l’ovale, le carré et le plein cintre, disposition plus moderne et saos aucune grâce.
Petites arcades inférieures . Le Las des murailles est orne' d’une fausse galerie en relief, présentant une suite d’arcades de diverses formes.
Dans la première chapelle au midi , dite du saint Sacrement, on voit de jolies ogives trilobées en harmonie avec la verrière. Dans la seconde chapelle de ce côté et les deux chapelles du nord , des lambris modernes recouvrent les arcades.
Dans les troisième, quatrième, cinquième travées du midi, et sur la face du portail de droite, les ogives sont simples, avec des colonnes rondes et des chapiteaux à deux bouquets superposés.
Dans les troisième , quatrième et cinquième travées du nord, les arcades sont cintrées, avec colonnettes rondes et petits chapiteaux divers. Au-dessus de la porte de l’escalier de la tour, on observe un petit fronton à contre-courbe.
Les faces du portail du milieu et du portail de gauche offrent des ogives trilobées, avec des chapiteaux détruits.
Orgues. La tribune des orgues est soutenue par une belle arcade hardiment jetée d’un pilier à l’autre, et décorée de compartimens cintrés trilobés, imitant une galerie, avec des frises de feuillage et une balustrade élégante à compartimens flamboyans, du goût le plus pur. Au fond de la tribune, le mur du portail est orné de compartimens du même genre, malheureusement perdus pour la vue derrière le buffet des orgues.
Les orgues furent faites et placées en 1627, par Valeran de Héman , le plus habile facteur de son temps.
Chaire. Elle est adossée au premier pilier de la nef, à l’angle du transept, du côté du midi. Cette chaire, très simple, n’a d’autre mérite que d’avoir été refaite avec les panneaux de l’ancienne chaire, dans laquelle Bossuet avait si souvent fait entendre sa voix éloquente : un de ces panneaux porte la date de 1621.
§ 111 . — Chapelles de la nef.
11 y a quatre chapelles dans la nef, deux au midi , deux au nord, toutes quatre construites hors œuvre, dans l’intervalle des contre-forts , et aujourd'hui sans autels.
La première, du côte' du midi, c’est-à-dire la plus proche du portail aux Lions, est dédiée au S. Sacrement. Elle fut fondée par Jean Rose en i35i , ainsi qu’il résulte d’un acte capitulaire du mardi de Pâques de cette année. Le fond de la chapelle est orné de quatre ogives trilobées , où sont peints quatre personnages , Jean Rose et sa femme, au-dessus desquels on voit un écusson portant trois roses j et deux chapelains ayant aussi leurs écussons. Les murs latéraux sont couverts d’anciennes peintures fort endommagées.
Jean Rose et sa femme furent inhumes dans cette chapelle , où ils sont représentés sur une belle pierre de marbre noir, avec des incrustations de marbre blanc. Les denx personnages sont figurés dans des niches gothiques très ornées , surmontées de frontons aigus avec des fleurons à retroussis sur leurs arêtes. Dans la partie supérieure de cette tombe , on voit quatre charmantes figures d’anges. L’inscription est en partie effacée : du côté de la femme on lit seulement : Jadis Jean Rose, bourgeois de Meaux , qui trépassa l’an de grâce mil cccxxviij , viij jour du mois d’avril : priez pour l’ame. Du côté de Jean Rose on lit : Qui trépassa Van de grâce mil ccclxiiij , le xx jour de janvier.
La seconde chapelle de ce côté , dédiée à S. Martin , fut décorée d’un lambris par le chanoine Martin Marinel , mort en 1649. Ce lambris existe encore au fond de la chapelle sur le côté droit : on y voit plusieurs petits panneaux peints sur bois par Senelle , représentant diverses circonstances de la vie de saint Martin. Le tableau du côté gauche, aussi sur bois, faisait partie de la décoration de la chapelle saint Jean. La boiserie de ce même côté vient de la Chartreuse de Bourgfontaine. Cette chapelle est en quelque sorte pavée de pierres tumulaires, mais de personnages peu connus. Près de là, dans le bas-côté, on voit la tombe de Jean Phelipeaux, célèbre docteur de Sorbonne , qui avait été grand vicaire de Bossnet, et qui mourut en 1708.
La première chapelle du côté du nord , près du portail septentrional , est dédiée à la Visitation. Elle fut bâtie en i5i2 par le Chanoine Pierre de Fabri, qui y est enterré. On voit dans cette chapelle un groupe de deux statues bien exécutées,
représentant sainte Elisabeth et la sainte Vierge. L’encadrement est forme' de pilastres cannele's et d’un fronton coupé. On peut observer deux figures d’animaux bizarres dans la moulure qui encadre cette chapelle, où l’on a placé depuis quelques années les fonts baptismaux.
Sur le pavé, on remarque la tombe du fondateur, Pierre do Fabri, mort en i 526, et représenté avec un autre Chanoine, Simon Prieur, mort -seulement en i 54 o. On y voit aussi celle du Doyen Félix Vialart , mort en i 6 a 3 , oncle de l’Evêque de Châlons. Non loin de là, dans le bas-côté, une modeste inscription tumulairc rappelle la mémoire de Sébastien de Brossa rd , Chanoine, mort en 1730, qui a publié plusieurs ouvra ges estimés sur la musique.
La seconde chapelle , dite de I’Annonciation , a été bâtie par le chantre Jean de Marcilly, qui mourut en i 5 o 6 , et y est enterré. On y a placé le tableau de l’Annonciation dont M. de Ligny avait décoré la chapelle du Chevet en 1661. On voyait autrefois sur la vitre le chantre Jean de Marcilly, peint en chape avec son bâton , comme on peut l’observer encore sur sa belle pierre tombale. On doit remarquer une jolie guirlande de feuillage autour de l’arcade qui forme l’entrée de celle chapelle.
§ IV. — Croisée.
La croisée ou le transept se fait remarquer par ses grandes et élégantes proportions.
La décoration des deux faces latérales peut se diviser en quatre ordres ou quatre étages : les petites arcades inférieures, de grandes ogives figurées , une galerie à jour, et une grande verrière.
Les petites arcades inférieures. Elles se composent, au nord et au midi , d’une suite d’c’légantes ogives trilobées , avec colonnettes arrondies et chapiteaux à feuilles disposées sur deux rangs, et pour ainsi dire piquées dans le chapiteau.
Ogives Jigurées. Au-dessus de ce premier ordre, la muraille est décorée à droite et à gauche de chaque porte par trois grandes ogives qui présentent quelque différence dans les deux portails.
Au midi, l’ogive principale est divisée en deux ogives secondaires , et chacune de celles-ci en deux trilobés. Des quatrefeuilles ornent les tympans des ogives secondaires, et une rose à sept lobes avec bouquets à la pointe des angles rentrans , orne le tympan de l’ogive maîtresse : deux autres roses semblables remplissent l’intervalle entre l’extrados des ogives principales.
Au nord, même division de l’ogive principale en deux ogives secondaires et en quatre trilobés j mais ici les trèfles dominent, et le tympan de l’ogive maîtresse est rempli par un quatrefeuille à lobes trilobe's. Chaque grande ogive est surmontée d’un fronton aigu , avec des feuilles recourbe'es sur ses angles. Le tympan est rempli par un quatrefeuille encadre' , avec bouquets à la pointe des angles rentrans. Un fronton semblable surmonte la porte, et est accompagné de deux pinacles qui le séparent des autres frontons. Cette composition est plus variée que celle des arcades du portail opposé; mais on y remarque plus de maigreur dans les ornemens, et je la crois un peu postérieure.
Galerie à jour. On remarque encore ici plus de simplicité dans le portail du midi que dans celui du nord.
Au midi , quatre arcades ogivales auxquelles répondent quatre fenêtres. Chaque ogive est divisée en deux trilobés avec des quatrefeuilles encadrés dans les tympans, et des trèfles dans les intervalles des ogives.
Au nord , les quatre arcades ogivales correspondant également aux quatre fenêtres, sont aussi divisées en deux trilobés, avec des roses à cinq lobes dans les tympans. Chaque arcade est de plus surmontée d’un fronton aigu avec des feuilles recourbées sur ses angles. Dans le bas de la galerie règne une balustrade formée de petites arcades trilobées. Ces élégantes galeries se lient parfaitement avec les grandes verrières qui forment l’ordre supérieur.
Grandes verrières. Les deux grandes fenêtres du nord et du midi offrent la même disposition dans leurs compardmens; mais la fenêtre du nord est accompagnée d’une balustrade de quatrefeuilles qui manque au portail du midi.
Ces grandes fenêtres ogivales se partagent d’abord en deux , puis en quatre ogives, et cufin en huit trilobés; avec des ro-
- lOOgle
saces à cinq ou sept lobes dans les tympans des ogives secondaires, et une rose à compartimens nombreux dans le tympan de l’ogive maîtresse.
Ces deux grandes verrières étaient encore garnies de vitraux peints en 1707 : (Mss. Ledieu, 21.) du côté du midi étaient représentés plusieurs martyrs ; mais déjà ces vitraux étaient altérés, et on avait remplacé plusieurs panneaux avec des vitres des chapelles , ce qui ne permettait pas de reconnaître les sujets. La fenêtre du nord très bien conservée représentait la sainte Vierge entourée des saints Evêques de Meaux désignés par leurs noms en caractères gothiques. A gauche de la sainte Vierge étaient saint Denis , saint Saintin , saint Antonin et saint Rigomer; à droite, saint Gilbert, saint Faron et saint Hildevert. Ces vitraux ont malheureusement disparu. Depuis quelques années on a recomposé la fenêtre du portail méridional avec quelques fragmens d’anciens vitraux et des verres modernes.
Fenêtres au-dessus des bas-côtés. Huit autres fenêtres éclairent le transept et correspondent aux arcades des doubles bascôtés.
Les quatre fenêtres du croisillon du midi et les deux du croisillon du nord , côté du chœur , sont conformes aux fenêtres des premières travées du chœur , c’est-à-dire que l’ogive principale est divisée en deux ogives secondaires, avec une rose à six lobes dans le tympan; et ensuite chaque ogive secondaire subdivisée en deux trilobés avec des trèfles dans les tympans.
Les deux fenêtres du même croisillon , côté de la nef, présentent , comme les premières travées de la nef , une ogive divisée seulement en deux autres ogives simples avec une rose sans compartimens au tympan.
Foutes. Les voûtes du transept sont, comme celles du chœur et des premières travées de la nef, soutenues par des arcs doubleaux et des arceaux à moulures rondes.
Chapelles de la croisée. 11 n’existe aujourd’hui que deux chapelles dans la croisée qui remplacent celles qui étaient autrefois sous le jubé, et dont je parlerai plus bas; mais très anciennement il y en avait deux autres adossées au premier pilier des bas-côtés du chœur.
Du côté du nord était l’autel de saint Jean-Baptiste ou du Cantuaire. C’était, dans les temps les plus reculés, la paroisse de la Cathédrale pour les domestiques des Chanoines et la plupart des habitans de la ville. A ce même pilier était adosse le Dieu de pitié , qu’on voit aujourd’hui dans la chapelle de sainte Geneviève.
Du côté du raidi était l’autel de saint Eustache. Ces deux autels ont été abattus en 1725 et avec raison. Ceux qu’on voit dans la Cathédrale d’Amiens y font un mauvais effet, malgré la richesse des ornements qui les décorent.
Les bas-côtés du chœur sont fermés par quatre grilles en fer, qui ont été données par Mgr de Faudoas, au commencement du XIX e siècle.
§ V. — Le Chœur.
Le Chœur, la partie la plus remarquable de tout l’édifice, et tout-à-fait digne de l’attention des artistes , présente des différences de style assez notables dans sa partie inférieure , c’està-dire jusqu’à la hauteur de la voûte des bas-côtés. La galerie et les verrières offrent d’ailleurs un ensemble parfait. Je vais essayer de décrire successivement ces différentes parties.
Le Chœur proprement dit, depuis le transept jusqu’aux marches du Sanctuaire, est composé de trois travées formées de chaque côté par quatre piliers. Il paraît que dans le premier plan de l’cdificc, les bas-côtés devaient avoir peu d’élévation, et être surmontés de larges tribunes comme à saint Etienne de Caen et à Notre-Dame de Paris. Les piliers ne s’élevaient d’abord qu’à environ i 6 pieds de haut, chapiteaux compris, supportant des arcades ogivales dont le sommet atteint à peine 9.5 pieds. Ce devait être là évidemment la hauteur des bascôtés projetés. Ces piliers trapus sont cantonnés de quatre colonnes engagées, dont les chapiteaux offrent pour ornemens diverses espèces de feuillages, et presque toujours des feuilles roulées en volutes. Les arcades présentent une ogive qui n’a d’autres ornemens que plusieurs tores. Au-dessus de ces arcades, règne une petite frise décorée de fleurons en étoiles, ornement
qui sent encore l’architecture romane. Ces parties basses du chœur sont très probablement les constructions les plus anciennes de la Cathédrale actuelle. L’existence de ce premier plan est encore confirmée par les traces de chapiteaux que l’on remarque sur plusieurs piliers de la nef, et qui, par leur style et la hauteur à laquelle ils sont placés , correspondent parfaitement avec ceux des gros piliers du chœur.
Ce plan fut ensuite modifié : on abandonna le projet des tribunes , et on donna une plus grande élévation aux bascôtés. Dès-lors il fallut exhausser les piliers du chœur , et au-dessus de leurs chapiteaux s’élevèrent de nouvelles colonnes donnant naissance à un second ordre d’arcades ogivales. Celte portion du chœur se fait remarquer par sa légèreté. En la considérant à l’intérieur on voit chaque pilier métamorphosé en un faisceau d’élégantes eolonnettes qui s’élancent jusqu’à la naissance de la voûte , et se terminent par des chapiteaux à feuilles roulées en volutes. Ces arcades supérieures sont partagées chacune en deux ogives trilobées, accompagnées de eolonnettes, et surmontées d’une rosace à six lobes. Il est important de remarquer que les angles formés par la partie rentrante qui sépare les lobes les uns des autres , sont ornés de bouquets , ce qui annonce une époque déjà bien avancée dans l’architecture gothique, le XIV e siècle, selon M. de Caumont.
Le Sanctuaire , dont la date paraît certaine (la fin du XIII e siècle ou le commencement du XIV e ), est composé de sept travées formées par les deux derniers piliers du chœur, et six magnifiques colonnes cylindriques d’environ 40 pieds de haut , à chapiteaux ornés de feuilles roulées en volutes, et cantonnées d’une grosse moulure un peu anguleuse qui s’élève d’un seul jet du sol du Sanctuaire à la naissance des voûtes. L’intervalle entre ces colonnes est de 9 , 9 172 et 1 o pieds , et forme de belles ogives qui s’élèvent à la hauteur des arcades supérieures du chœur. Cet cntre-colonnement est très remarquable , si on le compare avec celui de la plupart de nos grandes Cathédrales , où l’on ne trouve souvent que 607 pieds d’intervalle entre les piliers, et contribue beaucoup à donner de la grâce et de la légèreté au Sanctuaire de notre Eglise. A cet avantage, il faut joindre la correspondance parfaite dos sept chapelles qui sont
égales en hauteur aux bas-côtés et dont le centre répond au centre même du Sanctuaire, de sorte que du milieu de ce Sanctuaire on les découvre toutes en entier, et que leurs vitraux éclairent le chœur à travers l’arcade qui répond à chacune d’elles. On trouve ailleurs , il est vrai , des proportions plus vastes et des voûtes plus élevées j mais tantôt les piliers du Sanctuaire sont trop rapprochés , comme à Amiens , à Orléans et à Chartres •, tantôt les chapelles sont moins élevées que le bas-côté, comme à Beauvais, et nulle part je n’ai vu une abside plus élégante et plus gracieuse que la nôtre.
Lorsque le Cardinal de Bissy fit recarrelcr le Sanctuaire en 1723 , et creuser un caveau pour y déposer les corps des Evêques , on trouva deux colonnes debout, à 6 pieds de distance l’une de l’autre : on les laissa à leur place, et on se contenta de supprimer le chapiteau de l’une d’elles qui s’élevait un peu trop haut. (Rochard, Histoire de Meaux, mss., VI, 5o3.) On doit conclure de ce fait qu’il y avait autrefois une crypte, ou Eglise souterraine au-dessous du chœur. Elle pouvait faire partie des constructions de Gauthier Savcyr ; car on sait que ces cryptes étaient fort en usagé dans les X e , XI e et XII e siècles, et qu’elles furent généralement abandonnées au XIII e .
La galerie. Au-dessus des arcades que je viens de décrire, à 5o pieds environ du pavé de l’Eglise , règne tout autour du chœur une élégante galerie pratiquée dans l’épaisseur du mur, et formée dans chaque travée par deux ogives subdivisées en deux trilobés avec de grands trèfles dans le tympan , et des trèfles plus petits sur l’extrados des ogives principales. Les colonncttcsqui ornent cette galerie présentent des moulures rondes et anguleuses. Leurs chapiteaux très diversifiés offrent des feuilles de lierre , de chêne , des enroulemcns , etc. Cette galerie n’a pas de balustrade.
Dans les cinq travées du Sanctuaire , la galerie présente une disposition encore plus élégante. Chaque travée forme une ogive principale, divisée en deux ogives secondaires, subdivisées en deux trilobés. Un grand trèfle remplit le tympan de l’ogive principale, et deux petits trèfles, ceux des ogives secondaires. Deux autres petits trèfles sont placés en dehors de l’ogive principale.
Verrières. Le chœur est éclaire' par treize grandes fenêtres ogivales, qui forment comme le troisième étage de l’édifice. Quoique très gracieuses dans leur détail , on pourrait leur reprocher d’être un peu trop courtes , défaut qui serait moins apparent si la galerie était elle même éclairée , et se liait avec les verrières supérieures comme à Chartres, à Troyes, et dans d’autres Eglises où cet ensemble produit un effet réellement admirable.
Les huit premières verrières sont divisées d’abord en deux ogives simples , avec une rose à six lobes au tympan ; et chacune de ces deux ogives est ensuite subdivisée en deux trilobés avec des trèfles dans les tympans. Les cinq verrières de l’abside, nécessairement plus étroites, ne sont composées que d’une seule ogive, divisée en deux trilobés, avec une rose à six lobes au tympan.
11 paraît qu’autrefois presque tous les vitraux de l’Eglise étaient peints en grisailles avec des bordures de verres coloriés, et l’on en voit encore quelques restes dans les chapelles. Les verrières du chœur ont été presque toutes refaites de 1820 à i85o; mais l’on a soigneusement conservé le vitrail du fond, qui est tout en verres coloriés. Dans le panneau de droite , on voit représenté Jésus Christ en croix, et au-dessous, le martyre de saint Etienne j dans le panneau de gauche, un autre martyr auquel on va trancher la tête (peut-être saint Denis); et au-dessous, un Evêque tenant la crosse de la main gauche et bénissant de la main droite. Dans la rose, Notre Seigneur est représenté les mains étendues. Dans les bordures de plusieurs vitraux du chœur, des tours crénelées avec des fleurs de lys semblaient indiquer les armes de France et de Castille : on en a fait il y a quelques années les deux écussons qui décorent maintenant les verrières du milieu du Sanctuaire.
Voûte. La voûte du chœur, de même hauteur que celle de la nef, a été refaite en grande partie vers le milieu du XVIII' siècle. Les arceaux qui la soutiennent sont composés de deux tores dans le bas du chœur, et d’un seul dans le Sanctuaire. Les clefs de voûtes forment de petites rosaces décorées de feuillages et accompagnées de figures dans quelques travées. On peut remarquer à la première une tête grimaçante à grandes oreilles,
cl au rond-point du Sanctuaire, une tête couronnée. 6i l’on en croit la tradition , cette tète serait celle de Jeanne de Navarre, épouse de Philippe-le-Bcl , qui mourut en 1 5 o 4 , et contribua de ses dons à la construction de la Cathédrale. 1
Entrée du chœur. Il y avait autrefois un jubé à l’entrée du chœur , comme dans presque toutes les Cathédrales. Ce jubé , soutenu par trois arcades, avait été rétabli aux frais du Chapitre en i 563 , à la suite des désastres causés par les Religionnaires, et était orné de diverses statues, de saint Etienne , des douze Apôtres et des quatre docteurs de l’Eglise latine. Il nous est permis de regretter la suppression de ce morceau d’architecture qui avait été sans doute exécuté dans le goût du temps , et que le Cardinal de Bissy fit abattre en 1723 , pour dégager l’entrée du chœur. Sous les deux arcades latérales du jubé étaient deux petits autels, saint Etienne du côté du nord, et saint Sébastien du côté du midi. M. de Bissy les remplaça en 1729 par deux très beaux autels en marbre , auxquels il donna de nouveaux noms ; l’autel de droite fut dédié à saint Faron , et l’autel de gauche à saint Henri, patron du Cardinal. Ces autels fort riches avaient le défaut capital de masquer le chœur presque autant que le jubé , et d’être tout-à-fait en désaccord avec le style de l’édifice. Ils furent à leur tour démolis en i 855 , sous Mgr Gallard, et l’on employa une partie de leurs marbres à paver l’entrée du chœur. Une somme de 22,000 francs ayant été accordée par le Gouvernement pour restaurer cette partie de l’édifice, on a élevé deux autels gothiques en avant des piliers de la croisée. Ces autels, exécutés en boiseries et en cartou-pierre , dans le style du XVI e siècle, sont d’un très bon goût $ ils attendent encore les tableaux de saint Etienne et de saint Faron, qui doivent les décorer, et qui ont été également promis par le Gouvernement. L’intervalle entre ces deux autels est fermé par deux panneaux de boiserie en harmonie avec eux , et par une belle grille en fer doré et bronzé de 4 pieds de haut. Une autre grille un peu moins élevée, et placée 16 pieds en avant de la première, renferme les doux autels, et forme un avant-chœur. Cette disposition nouvelle est certainement favorable au coup d’œil , et l’ensemble du monument y gagne beaucoup , lorsqu’on le considère du bas de la nef.
Je ne dissimule pas cependant que la clôture, et même la clôture entière du chœur, n’ail été la pensée primitive des architectes qui ont élevé nos plus belles basiliques. Chartres, Alby, Auch nous en offrent encore des exemples bien remarquables. Les opinions peuvent être partagées à cet égard , et il est facile de soutenir Fune et l’autre thèse, avec des raisons assez plausibles, suivant- que l’on envisage une Cathédrale comme l’Eglise du Chapitre ou comme celle du Peuple.
Grilles du Sanctuaire. Le Sanctuaire était aussi fermé dans l’origine par un mur qui en dérobait la vue aux fidèles. Le Cardinal de Bissy le fit démolir en 1722, et l’année suivante on le remplaça par sept belles grilles en fer. Le Cardinal donna celle du fond; quatre furent payées avec les deniers d’un legs fait par Bossuet, et le Chapitre fit les frais des deux autres. Le Chanoine Laurent donna en 1704 la grille d’entrée du chœur, qui lui coûta 4 , 5 oo livres. Les deux grilles des portes latérales du chœur, données par le meme Chanoine, ne furent posées qu’en 1731. Toutes les grilles du Sanctuaire ont été enlevées lors de la Révolution de «71)3, et sont remplacées par des grilles en bois fort médiocres.
Les stalles. Les anciennes stalles du chœur avaient été brisées en i 56 ?. par les Huguenots. Peut-être offraient-elles un nouveau modèle de ces admirables boiseries de Paris, d’Auch ou d’Amiens. Elles furent refaites en 1610, et coûtèrent 5 , 4 oo livres. Elles sont simples cl uniformes dans leurs ornemens; les bras offrent seulement une branche de feuillage, et le dessous du siège une tête d’ange.
La boiserie qui surmonte les stalles a été ajoutée en 1722, aux frais du Chapitre, et en particulier du Chanoine Laurent. Les stalles , depuis la suppression de celles qui revenaient autrefois en retour des deux côtés de la grille , sont encore an nombre de soixante-quatorze, 4< hautes, y compris le petit trône de l’Evêque , et 33 basses.
Au-dessus de la boiserie des stalles, on voit aujourd’hui six grandes tapisseries des Gobelins : la manne dans le désert, l’eau du rocher, le jugement de Salomon , la guérison de Tobie, la dernière communion de saint Louis, Héliodorc battu de verges. Ces tapisseries tiennent la place de tableaux donnés par
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Louis XV à la Cathédrale de Meaux, et qui ont été prêtés en i83oàla manufacture royale des Gobelins, pour être exe'cute's en tapisseries. Je reviendrai plus tard sur ces tableaux.
Pavé du chœur. Le chœur est pavé de dalles blanches et noires, avec de larges bandes de pierres de liais. Le pavé du Sanctuaire est formé de carreaux de marbre blanc et noir ,■ avec de petites bandes de marbre verdâtre plus estimé qu’agréable à la vue. On doit ces travaux au Cardinal de Bissy, qui lit de grandes dépenses dans sa Cathédrale. Ce fut à celte époque ( 1723 ) qu’on enleva toutes les pierres tombales du chœur, et que celle de Bossuet fnt placée derrière le maître-autel.
Voici l’épitaphe de cet illustre Prélat, qui n’a pas été correctement rapportée dans son histoire par le Cardinal de Bcausset.
IIlC QU1ESCIT RESURRECTION EM EXSPECTANS ,