ARTICLE
Matériel, a) Éclairage 5,5oo.oo
b) Chauffage 700.00
c) Salaire des modèles vivants Goo.oo
d) Entretien du local (abonnement au concierge) . . Goo.oo
e) Fournitures de bureau, inqu’essions 400.00
f) Frais de la distribution des prix . ... . . 400.00
g-) Médailles 1,000.00
h) Moulage des figures des sculpteurs. Soo.oo
z) Entretien de la collection des plâtres 100.00
k) Frais de la classe de gravure 35o.oo
Z) Souscriptions à des publications artisticpies, livres.
Musée de Versailles, etc 200.00
in) Dépenses occasionnées par les concours, encadrement des dessins Goo.oo
11) Serrurerie 200.00
o) Gravure des modèles d’architecture 400.00
p) Acquisition de modèles, estampes et bosses . . 600.00
q) Salaires des gens de journée employés tempo-
rairement à la surveillance et au service matériel des cours 1,000.00
r) Dépenses imizrévues 260.00
— ii8
PERSONNEL DE L’ACADÉMIE 10 mars i853.
Navez, directeur et premier professeur de dessin
(peinture) 3,ooo.oo
A. ELenne, secrétaire 1,000.00
Van Eycken, deuxième premier professeur de dessin
(bosse et nature) 2,000,00
De Landslieer, professeur de la tête antique (bosse) . i,5oo.oo De Wene, » de la i»’® et de la 2^ classe
de principes 1,200.00
Meulenbergli, professeur de la 3® et de la 4® classe de
princii)es 1,200.00
Jéliotte, premier professeur de sculpture 2,000.00
Spol, )) de gravure 2,000.00
Suys, » d’architecture .... 2,5oo.oo
Paj en, de la 2® classe d’architecture 1,200.00
Tasson père, premier professeur de la 3® classe d’architecture 1,200.00
F. Tasson, premier professeur des classes de dessin
linéaire et ornement . 1,200.00
Bossuet, premier professeur de perspective . . . . 1,200.00
Graux, » d’anatomie 1,200.00
Roget, )) du cours de construction 1,200.00
Kindt, » de mécanique .... 1,200.00 «
Thijs, concierge ooo.oo
Nille, premier surveillant 600.00
Barbant, deuxième surveillant 3oo.oo
Decoster, troisième » 100.00
Pour le budget de i854, le gouvernement fit encore des réserves quant à l’octroi de son subside, de la réclamation de la ville. On décide aussi la suppression de l’emploi de deuxième professeur d’arcliitecture.
Un subside de 1,000 francs fut accordé en faveur des élèves les plus zélés.
Les élèves Biot et Campotosto remportèrent en i856 respectivement le i®’' et le 2“^® prix de Borne. La population de l’Académie était de 620 élèves.
M. le professeur Tasson père devait être temporairement remplacé, à titre d’essai, par M. Bayemackers, par ordre du conseil du 26 décembre 1867.
M. Laureys avait retiré sa candidature en faveur de son ami Bayemackers.
A la distribution des prix de i855, sous la présidence du bourgmestre, M. l’éclievin Fontainas ouvrit la séance par un discours dont le sujet était : L’alliance de l’art et de l’industrie.
M. Henne rendit liommage à la mémoire de M. Tasson, décédé dans le courant de l’année. L’Académie était fréquentée par 746 élèves; le gouvernement alloua sept médailles de vermeil et la ville des encouragements pécuniers variant de 100 francs à i5o francs.
En i858 on fonda la classe de dessin appliqué à l’industrie.
Sur la proposition et le rapport de M. Fontainas, éclievin, on ouvrit en 1869 un cours d’esthétique et d’histoire de l’art; le professeur en fut M. Fétis. L’échevin, à l’appui de sa proposition, dit : « La plu- « j)art des artistes manquent, faute d’avoir pu les » acquérir, des notions qui peuvent seules leur per- » mettre de pratiquer leur art avec une élévation et
une supériorité véritable. A l’Académie royale d’An- )> vers l’on a cherché à pourvoir à cet objet, en y créant >■* un cours d’esthétique et d’histoire de l’art qui pro- » duit de très bons résultats. Cet exemple pourrait être » suivi à Bruxelles. Il s’agit de créer un cours qui ne )) serait pas restreint aux élèves de notre Académie : » il serait généralisé en ce sens qu’il compléterait en » quelque sorte les cours publics qui se donnent régu- )) lièrement à Bruxelles. >;
Cette proposition fut admise à runanimité des membres du Conseil, qui décida que le cours se donnerait le dimanclie.
A la remise des prix en iSSg, M. l’éclievin Fontainas ouvrit la solennité par un discours dans lequel il fit ressortir les i^récieux avantages et toutes les sources fécondes qu’offre l’Académie. Cette année il y avait 719 élèves.
Le 21 novembre 1869, M. Kavez, depuis vingt-neuf ans directeur, demanda, j)Our cause de santé, ayant trop à cœur l’intérêt et la réputation de l’Académie, sa mise à la retraite ; il avait alors soixante-treize ans et le repos lui était nécessaire.
Cette même année, le 24 décembre, le gouverneur de la province, M. Liedts, fait savoir au bourgmestre que le gouvernement venait d’instituer un conseil de perfectionnement de l’enseignement du dessin et demande la liste des professeurs, afin d’en désigner pour faire partie de ce conseil.
L’année scolaire 1869-60 compta 644 élèves ; la démission de M. Navez fut acceptée.
Navez naquit à Cliarleroi le 19 novembre 1787. Il était le seul fils de Thomas Navez, éclievin de Cliarleroi en 1794» otage emmené à Cliâlons par les armées de la République française envahissant notre pays. On iieut dire que Navez a commencé à dessiner dès le berceau, dans sa toute iiremière enfance, sa mère lui mettait du papier et un crayon entre les mains, afin de l’occuper, jusqu’au moment où viendrait le sommeil.
En 1794, à l’époque du siège de Cliarleroi, il copia quelques gravures, et sans avoir eu de maître il était parvenu à dessiner, de grandeur naturelle, le portrait de son père. Il profita des ressources que i)résentait Cliarleroi, pour s’instruire, mais ce n’était guère, et son éducation littéraire en souffrit.
A l’âge de quinze ans François Navez fut envoyé à Bruxelles, où il commença à dessiner sous M. Isidore François, et où il fut admis â fréquenter les classes de l’Académie.
Ses progrès furent rapides ; il remporta successivement les
2)remiers j)rix dans toutes ses classes ; il n’y eut d’exception que pour celle de dessin d’après la bosse, figure antique, le jeune liomine ayant été obligé d’abandonner le concours i^our un voyage à Cliarleroi, déterminé par la mort de son père. En 1808, ayant remi^orté le i''*’ i)rix de dessin d’ai)rès nature à l’Académie, il cessa de fréquenter les cours de cette institution municipale.
Tout en continuant à fréquenter l’atelier de M. François, Navez commença à travailler pour lui-même. Il remiiorta le premier j)rix de composition dessinée, dans un concours ouvert en 1811 par les soins de la Société des Beaux-Arts.
L’année suivante il remporta le j^rix de ijeinture dans le concours de la Société de Gand.
Ces succès remportés coup sur coui^ fixèrent l’attention sur le brillant débutant. La Société des Beaux-Arts le prit sous sa protection et le nomma en i8i3, son i^ensionnaire à Paris.
Arrivé dans cette ville, il commença à peindre au Musée, il y copia notamment le beau jiortrait de Sneyders et de sa femme, par P. -P. Rubens.
Le 9 août i8i3 Navez entra comme élève dans l’atelier de David.
Depuis la réunion de la Belgique à la France, les Belges avaient eu des succès extraordinaires dans les concours i^our le prix de Rome. Navez s’y jiréi^ara avec ardeur et courage, quand survinrent les bouleversements 2)olitiques qui ont amené la chute de Napoléon et la restauration des Bourbons sur le trône de France.
En 1814 il fut avisé de la sux^pression de sa pension.
Le royaume des Pays-Bas constitué, il redevenait Belge et ne IDOuvait plus songer à imendre part, avec les Français, au concours pour le prix de Rome. Il n’en continua pas moins à demeurer à Paris, suivant les leçons de David, que les x^rinces de la maison de Bourbon n’inquiétèrent x^oint x^endant la x^remière Restauration. Le nouveau royaume donné à la maison d’Orange s’organisait, les choses y suivaient leur cours naturel et la Société des Beaux-Arts de Bruxelles, dont M. le duc d’ürsel était x>résidcnt, avait rexmis ses travaux et n’avait x>oint oublié son x^ensioimaire : il lui fut x^ayé une somme de 400 francs.
En i8i5, Navez envoya à rExx)osition des beaux-arts qui s’était ouverte, nonobstant les événements qui s’acconix)lirent, ])lusieurs tableaux, entre autres un Saint Jean-Baptiste fort admiré.
Une loi du 12 janvier 1816 x^’ononça l’exil contre tous ceux
qui avaient voté la mort de Louis XVI. David alla s’établir à Berlin et Navez l’y suivit.
A son retour à Bruxelles, Navez j)rit logement dans la maison de M. Auguste De Hemptinne.
En 1817, la Société des Beaux-Arts de Bruxelles nomma Navez son j:>ensionnaire à Rome, et lui assigna pour trois ans, une pension de 900 florins des Pays-Bas. Il partit bientôt pour Rome où il retrouva ses camarades, élèves de David : Ingres, Granet, Sclinetz, Préot, Léopold Robert, Léon Cogniet, Alaux, Beauvoir. Il obtint la permission de dessiner dans la eliapelle Sixtine.
En 1821 il quitta Rome ; il revint dans sa patrie, après s’être arrêté à Florence, à Milan, à Marseille, à Arles et à Nîmes.
La réce|)tion la plus chaleureuse accueillit à Charleroi et à Bruxelles le jeune peintre. Un souper qui rassembla cent trente-et-im convives lui fut offert à Bruxelles, dans les salons de l’iiôtel de la Paix, rue de la Violette.
En 1822 le roi lui conférait la décoration de chevalier de l’ordre du Lion de Belgique.
A toutes les satisfactions que l’artiste éprouva dans cette période de prospérité, vint s’ajouter un événement qui assurait son bonheur domestique.
Aussitôt que la magnifique maison qu’il se faisait construire rue Royale fut achevée, il prit i)our femme M^i® Flore de Lathuy, la belle-sœur de son ami De Hemptinne.
En i835 il fut nommé, par le Conseil communal, directeur et premier professeur de peinture et de dessin à l’Académie de Bruxelles. Dès i83o, il avait rempli gratuitement ces mêmes fonctions, et c’est à ses conseils que l’on dut l’organisation donnée, sous F administration de M. Van Volxem, à cette institution. Il continuait néanmoins à donner ses soins aux élèves des deux sexes qui étudiaient la peinture dans ses ateliers. Lorsque en 1849, la ville de Bruxelles adjoignit une classe de ])einture à son Académie, il donna une nouvelle preuve d’abnégation et de désintéressement en fermant son école particulière.
Ses principes en matière d’enseignement étaient fort simples : comme son maître, il donnait peu d’importance à la théorie. C’est en pratiquant devant ses élèves, en relevant leurs fautes, qu’il leur enseignait à imiter la nature, toujours la nature. Il eut plusieurs fois l’occasion d’exposer, d’une manière en quelque sorte officielle, ses doctrines sur l’enseignement des arts.
En 1802, dans une commission gouvernementale, il y soutint cette thèse : que le dessin est un, et que son enseignement doit conserver pour base l’imitation du corps humain, idée qui, adoptée par l’assemblée, a été formulée en ces termes par le rapport de la commission. Il ne voulait pas entendre i)arler de ces expressions équivoques : art industriel, dessin industriel.
Avant d’appliquer l’art à l’industrie, disait-il, commencez x>ar posséder l’art. Il était de l’école assez clairsemée qui cultive l’art pour l’art.
Le 17 juillet 1846, le fils sur lequel il fondait les plus belles espérances, lui fut enlevé, comme il accomx)lissait sa vingtième année.
Une consolation et un espoir lui vinrent i>ourtant ; il unit sa fille Marie à l’un de ses élèves, M. Jean Portaels. C’était bien là le gendre selon son cœur, il lui rendait un fils, mais il achevait de dépeupler la maison en emmenant le dernier enfant qui y répandît un peu de joie.
Bientôt après, l’ami de sa vie entière, M. De Hemptinne, lui fut également enlevé.
Un coup bien plus cruel encore lui était réservé. Sa fille, dont le mariage l’avait comblé de joie, s’éteignit à la fleur de l’âge.
Dès ce jour, M. Portaels se fixa chez son beau-j^ère.
Contre de tels désastres il n’y a que le travail comme refuge. Aussi Navez partageait-il son temps entre les travaux de l’atelier, l’enseignement de l’Académie et les nombreuses commissions dont il était membre.
Cette période de sa vie se caractérise par une grande activité. Il peignit entre autres Notre-Dame des Affligés, La Guérison du paralytique, Les Pileuses de F midi, etc.
En 185g la croix de commandeur de l’ordre de Léoi)old couronna dignement la carrière de Navez.
Lors de la création de la classe des beaux-arts de l’Académie royale de Belgique, il fut compris dans la première promotion.
Navez était parvenu à l’âge de soixante-douze ans lorsqu’une maladie très grave faillit remi)orter; il triompha pourtant du mal, grâce à une opération hardie. Il continua â peindre i3endant trois ans, mais il prit dès lors la résolution de renoncer à toutes les fonctions publiques. Le 21 novembre 1809 il offrit sa démission de directeur de l’Académie des Beaux-Arts.
Les infirmités ne tardèrent pas â arriver : la surdité, puis le manque de mémoire, enfin la cécité. Sa dernière i)einture est de 18G2, c’est un Repos de pèlerins dans la campagne de Rome.
De i8i3 à 18G2 il avait exécuté G7 tableaux cl’liistoire, 9G de genre et ao5 ])ortraits, soit 3G8 peintures.
Il mourut le 11 octobre 18G9, entouré de M. Portaels, des membres de la famille De Hemi)tiniie et du docteur Yan Gielse, beau-frère de M. Portaels.
Les obsèques furent modestes, comme il l’avait désiré, elles furent pourtant imposantes par le concours extraordinaire de monde qui s’y ])orta.
La direction fut confiée provisoirement à M.le secrétaire Henne. M. Loberti fut chargé ad intérim du cours de peinture.
Le 12 décembre 1869, M. Yan Severdonck demanda, par suite de la démission de M. î^'avez, la place de directeur et de premier professeur de dessin.
Pendant l’aimée scolaire 1860-61 les cours de l’Académie furent suivis par 698 élèves.
Mentionnons une réclamation faite le 28 février 1861 par le modèle Testare.
A plusieurs reprises il a été question des modèles, et nous aurons l’occasion, dans cette notice, d’en parler encore ; ces bi*aves gens ont tant à cœur leur emploi et s’initient si complètement dans leur rôle, qu’ils pensent être devenus des êtres très importants.
Il faut les entendre, quand ils parlent du service qu’ils ont rendu à l’art. Il n’est pas étonnant qu’un beau modèle gagne auprès de l’artiste un certain prestige; ce sont des auxiliaires précieux, auxquels on pardonne mainte fantaisie et lubie. Ainsi notre Testare, impasse du Potje, 11° 3o, père de famille de dix enfants, modèle depuis 1889, se plaint que l’on prenne des jeunes modèles qui ne connaissent rien, au détriment des anciens poseurs. C’était un ancien modèle de M. ISTavez, mais M. Henne, qui n’avait pas les mêmes vues que l’artiste, fit savoir que riiomme n’avait plus les formes voulues et en plus qu’il était très intempérant.^ Malgré cela le bon Havez
riiébergea dans une de ses maisons. Cela se comprend de l’artiste et c’était bien fait.
En i86i, on créa le cours de sculx^ture d’ornements. M. Cil. Yan Oemberg en postula la place en faisant valoir que c’est lui qui a fait la restauration de la maison An Sac, Grand’Place.
Par requête en date du 3 juillet i86i,MM. Simonis, Geefs, Melot, Van Hove, Pyenbroeck, De Groot, Jacquet, demandèrent la place de mouleur à l’Académie pourM. Detremont. Ils disaient délivrer le présent certificat (( parce qu’il est le plus habile mouleur établi, et qu’il mérite ces fonctions w. MM. L. Agostini et Herman demandaient aussi cet emploi.
En i86i, un nouveau vide se fit dans le personnel de l’Académie : elle perdit un de ses professeurs les plus instruits, M. Suys, professeur d’architecture. D’un autre côté il était indispensable, de l’avis de tous, de nommer un professeur d’architecture et d’histoire du costume.
M. le bourgmestre, suivant les prescriptions du règlement du 7 juillet i836, convoqua le conseil académique aux fins de pourvoir aux places vacantes.
Le 16 novembre 1861, M. Stappaerts, bibliothécaire de l’Académie de Belgique, remercia le collège pour sa nomination, à titre provisoire, de professeur d’un cours d’archéologie et d’histoire.
De 1860 à 1862 eut lieu la grande réorganisation de l’Académie.
(Nous donnons ci-après le résumé des séances du Conseil communal où cet objet fu^à l’ordre du jour, ainsi que quelques extraits se rapportant au même objet.)
La discussion de la réorganisation de l’Académie commença en séance du septembre 1860.
Lors(iue M. Navcz se démit de .ses fonctions de directeur,
feu M. le bourgmestre de Brouckere offrit eette place à M. Gallait.
Cet artiste répondit qu’il lui était impossible de se prononcer, aussi longtemps que rAcadémie n’aurait pas un local digne de la capitale et aussi longtemi^s qu’elle n’aurait i)as une autre organisation.
Une commission fut nommée, composée de MM. de Brouckere, rontainas, Tielemans et Maskens; après le décès de M. de Brouckere, M. Henne, secrétaire, le remplaça.
On examina les règlements des écoles artistiques et industrielles de Belgique, de France, d’Allemagne et d’Angleterre. On fit un programme qui comprenait la réglementation dex>uis les cours élémentaires de dessin linéaire, dont l’utilité à toutes les professions industrielles ou artistiques n’a plus besoin d’être démontrée, jusqu’à l’enseignement supérieur. Ce programme reçut l’approbation de M. Gallait et d’autres liommes comjiétents .
Restait à s’occuper de la question du local.
Sous le précédent ministère, une commission avait été chargée d’examiner les questions se rattachant à un vaste ensemble d’établissements artistiques. Cette commission adopta les projets de l’architecte Dumon, qui comprenaient la construction, aux frais de l’Etat, d’une Académie des Beaux-Arts.
Le nouveau ministère approuva le projet qui ne reçut néanmoins pas de suite.
Dans cet état de choses, il convient de subordonner la nomination d’un directeur à la réorganisation définitive de l’Académie.
Proposons de conférer la direction, par intérim, au secrétaire de l’Académie, M. Henne. Deiuüs i)lus de quinze ans attaché à cet établissement, dont il a été la cheville ouvrière ; depuis la retraite de M. Navez, il en a eu, à titre officieux, la direction, et nous n’avons eu qu’à nous louer de son zèle et de son dévouement. Aidé des conseils de M. Gallait, qui déjà, à sa demande, a procédé à un consciencieux et sérieux examen des études du dernier concours, il surveillera l’exécution du nouveau programme d’études, il nous signalera les avantages ou les inconvénients qui se produiront, il nous joroposera les modifications qu’il conviendra d’y apporter.
En faisant des démarches auprès de M. Gallait, on était inspiré par le désir de voir à la tête de notre Académie le plus illustre de nos artistes. Donner à M. Navez, pour successeur, un
artiste d’un ordre secondaire, ce serait préjudiciable à l’avenir de notre institution. Mais malgré toutes les concessions les plus larges que l’on fit à maître Gallait, on n’a jamais pu avoir une réponse catégorique. « Or, si M. Gallait devait nous manquer, disait M. le conseiller Walter dans la séance du 29 décembre 1860, il faudra bien trouver un autre artiste, il n’y a pas d’homme indispensable. « C’est dans cette séance que le conseiller M. Tielemans fait observer qu’aucun artiste ne se mettra sur les rangs que si M. Gallait refuse. Or, M. Gallait met à son acceptation des conditions qui ne peuvent se faire que dans un avenir prochain; pour cette raison, il propose de maintenir dans la situation présente une direction administrative. Ai)rès de longs pourparlers, le statu quo fut maintenu, c’est-à-dire la direction intérimaire conférée à M. le secrétaire Hernie. Les grandes lignes du programme élaboré par la commission en 1860 furent celles-ci : « L’Académie royale de Bruxelles est réorganisée sous le titre de <c Institut royal des Beaux-Arts ». Elle iirend comme devise : « Art et liberté. » L’enseignement est gratuit. L’Institut se compose d’un conseil académique, d’un administrateur, d’un secrétaire et d’un corps professoral. Subdiviser les études en trois parties : enseignement élémentaire, moyen et supérieur. Indépendamment des concours annuels pour les prix, il y aura, tous les trois ans, des concours entre les lauréats, jirix et accessits du cours sujiérieur qui auront continué à suivre les leçons données à l’Académie. Ces concours seront fixés de la manière suivante : série, architecture et sculpture; 2"^® série,
dessin et peinture ; 3"^® série, comi^osition de dessin d’ornement et de dessin appliqué à l’industrie et à la gravure. Ces prix seront chacun de 5oo francs. »
En 1861, M. Gallait refuse formellement de prendre la direction de l’Académie.
En séance du Conseil communal du 18 janvier i862,M.réchevin Anspach rappelle les circonstances dans lesquelles la direction administrative a été confiée à M. Hernie. « Quant à la direction, dit-il, s’il convient de nommer désormais un directeur de l’Académie, la resi)onsabilité de la marche d’un établissement et, par conséquent, la surveillance active et incessante des études ne peuvent exister que dans la iiersonne d’un directeur permanent.
Dans l’opinion contraire, à laquelle la majorité de la section s’est ralliée, on faisait valoir des arguments dont on ne saurait méconnaître l’importance.
Le rapport disait : « L’énseignement donné à l’Académie comporte plusieurs brandies d’études, qui exigent cliacune des aptitudes spéciales chez les personnes qui les enseignent. Aucun artiste, quelque distingué qu’il puisse être, ne saurait diriger utilement l’ensemble des divers cours. »
C’est là. Messieurs, un argument capital contre une direction unique et permanente.
Le but qu’il s’agit d’atteindre est de posséder des artistes de talent comme professeurs dans cliacune des branches enseignées, qui toutes méritent la même sollicitude.
On i)réconisait aussi à la tête de l’Académie un conseil d’instruction composé de tous les professeurs, à l’exclusion des étrangers, et auquel seraient adjoints plusieurs membres du Conseil communal ; mais cette combinaison, qui restreignait le rôle de l’établissement, ne trouva point d’écho.
Ce qui est indispensable encore, c’est un local qui se prête aux exigences de l’enseignement et qui soit plus digne que celui du Musée.
La section s’occupe ensuite de compléter et d’étendre, par la création de cours nouveaux, les études diverses et l’application de l’art à l’industrie.
Il est superflu de justifier les propositions qui vous sont faites : c’est une vérité reconnue, en effet, que, si nos ouvriers travaillent bien et à bon marché, ils manquent cependant, pour la plupart, de cette faculté qui imprime à l’objet fabriqué une valeur spéciale par la nouveauté et par la pureté du style qui a présidé à l’exécution.
Car, à côté de l’art pur peut se développer l’application de l’art à l’industrie.
Le règlement de i836 laissait l’enseignement de la sculpture dans un état d’infériorité relative, en n’ayant pas, comme pour la peinture et l’architecture, établi une chaire de premier l^rofesseur.
La section des Beaux-Arts n’a point compris cette différence et elle a mis les trois branches principales au même niveau.
Dans la séance du i5 février 1862, M. Hochsteyn s’exprime ainsi : « Depuis 18G0, à la suite de la retraite de M. Navez, renonçant volontairement à la position qu’il occupait comme directeur à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, un jDrovisoire funeste, une incertitude déplorable, planent sur cette importante institution.
Ce n’est pas dans un pays pomme la Belgique, dont les arts
constituent la plus glorieuse illustration, que j’ai besoin de faire ressortir l’indispensable utilité de cet enseignement.
Ce que Bruges et Anvers ont été dutemj)s des Van Eyck et des Memling, des Rubens et des Van Dyck, Bruxelles peut et doit le devenir, si nous voulons, si nous savons constituer une Académie sur des bases solides.
Le public s’étonne avec raison de cette gestation indéfinie aboutissant à un avortement, i)our ne pas dire davantage.
On dirait vraiment que nous conspirons pour justifier la bénévole complaisance avec laquelle un document émanant de la Chambre des rej)résentants a décerné à Anvers le titre de (c Métropole artistique de la Belgique ». Certainement, si l’on appliquait le règlement prétendu organique qui nous a été soumis dans la séance du i8 janvier dernier, nous n’aurions qu’à abdiquer notre part de royauté, en nous résignant au rôle secondaire. Mais je ne suis pas le seul à protester contre un effacement qui équivaudrait à une espèce de suicide.
Siège du gouvernement, centre d’un mouvement social toujours plus actif et si favorable aux arts et au luxe, de septembre i83o au mois de février 18G2, Bruxelles a pris un tel essor, un si magnifique développement, qu’il suffit d’une impulsion intelligente pour lui assurer tous les genres de succès .
Les résultats ou plutôt les triomphes obtenus par les générations d’élèves qui, de i83G à 1862, ont i^rofité de renseignement gratuit de notre Académie, vous les connaissez. Messieurs, la plupart de ces lauréats sont devenus maîtres à leur tour.
Les miracles de génie et de goût qu’un petit peuple comme les Grecs, que des villes comme Athènes, Corinthe, etc., ont transmis à l’admiration de tous les siècles et de tous les hommes éclairés, ces miracles s’expliquent par l’harmonie des moyens conduisant infailliblement au même but.
A Rome, à Florence, à Venise, à Milan, les merveilles de la renaissance italienne découlent de la même source, de la même unité d’impulsion.
C’est une lumière vivante que nous devons placer à la tête de notre Académie, non avec la devise : Art et liberté! mais avec cet axiome de Platon : Le beau est la splendeur du vrai.
Quant au dessin industriel, dont depuis quelque temps on s’est beaucoup occui)é en Belgique, au i)oint de vue de l’instruction professionnelle de nos ouvriers, et dans le but louable de nous affranchir du tribut que nous payons aux xu’oduits de luxe et de goût que nous envoient les pays, étrangers, et notamment
la France, je ne crois pas convenable et utile de la réunir aux branches déjà si nombreuses de renseignement de notre Académie des Beaux-Arts,
Pour rendre à nos ouvriers l’habileté, le goût, la perfection qui distinguaient leurs ancêtres, il importe sans doute de les initier au dessin industriel ; mais commençons d’abord par les arts ])lastiques, qui comme le soleil, rayonneront sur nos moindres ateliers.
Ne demandons point à nos dessinateurs académiques de faire des patrons pour nos dentelleries, ou des modèles pour nos fabricants de tissus. A ces artistes, quel que soit leur mérite, manquera la connaissance raisonnée des détails de fabrication.
Lorsque l’on veut faire entrer dans le domaine usuel, soit les arts, soit les sciences, il est essentiel d’agir sérieusement et de ne point exposer à des déceptions ces classes laborieuses dont le travail constitue toutes les ressources, tout le patrimoine.
Une fois cette réorganisation accomplie sur de larges bases, une fois notre Académie sortie du provisoire et marchant de succès en succès, nous nous occuperons des moyens de doter Bruxelles d’un bon et fructueux enseignement du dessin appliqué à l’industrie, non avec un seul professeur, mais avec un cadre complet d’hommes théoriques et x>ratiques, répondant aux exigences de l’industrie dont les nombreuses branches remplissent un si grand rôle dans nos sociétés modernes. »
Dans la suite de la discussion, M.le conseiller Tielemans émet les idées suivantes :
cc Je commence, Messieurs, par déclarer qu’il n’existe plus aujourd’hui qu’une seule Académie, celle d’Anvers, où l’enseignement soit dirigé x>ar un artiste unique et permanent, où les élèves subissent la direction artistique d’un seul homme. Tous les autres établissements, je parle des plus renommés en Europe, ont renoncé à toute unité, à toute permanence de direction.
J’établirai en second lieu que cette direction unique et perma nente, que cette espèce d’autorité artistique, remise aux mains d’un directeur, a été combattue et condamnée à Anvers par la joresque totalité des artistes anversois.
J’établirai en troisième lieu que l’unité de direction, que la permanence d’une direction unique et personnelle est, en fait de beaux-arts, une anomalie, un contresens.
Messieurs, il est dans la nature des choses que tout pays ait
une capitale et que toute capitale attire à elle les intelligences, les aptitudes, les supériorités qui ne trovivent x^as ailleurs l’emploi ou la satisfaction qu’elles ambitionnent. Cette loi de la nature s’est depuis longtemi^s accomx^lie en France, en Allemagne, en Angleterre. Elle s’accoinj^lit en Belgique : Bruxelles, qui avait à x^eine quelques artistes il y a trente ans, coinx^te aujourd’hui par centaines ses x^eintres, ses sculx^teurs et ses architectes. Bruxelles est devenu, sans le vouloir, le centre artistique du x^^ys, et les beaux-arts veulent y avoir leur institut, comme à Paris, à Berlin, à Munich et ailleurs.
Le directeur, au moment où il se x^l^icera à la tète de cette école, sera digne de la grande tâche à laquelle il se voue; mais axu'ès avoir x^assé la x^ériode où son talent brille du x^las vif éclat, il se verra distancé x^ar des talents jeunes et vigoureux qui marchent toujours énergiquement vers le x^rogrès. Alors il se x^i’oduit le triste sx^ectacle d’un chef d’école ax^x^ar tenant, x^ar son style, x^ar ses idées, à une autre éx^oque, et d’une génération qu’il devait diriger et x)Our laquelle il devient une véritable entrave.
Cet avis était celui du x>eintre Leys.
Leys x^arlait dans ce sens au nom des artistes anversois. »
En séance du 22 février 1862, présidée x^ar M. Fontainas, bourgmestre, M. OiiTS disait : « Nous avons eu longtemx)S, et ç’a été un bonheur x)Our la ville de Bruxelles, qui doit être reconnaissante envers cet artiste éminent, M. Navez à la tête de notre Académie. Tous ceux qui ont suivi ses cours, qui se sont formés à l’Académie de Bruxelles, sont devenus des artistes de valeur (i).
Le gouvernement a institué en 1869 ce conseil de x^erfectionnement des arts du dessin, et dex^uis cette éx^oque il s’occupe de l’enseignement de l’art sous toutes ses faces, et fait chaque année au ministre un rax^x^oiù dans lequel il rend comx^te de ses travaux. Membres de ce conseil : Lej's, De Keyser, Navez, Geefs, Calamatta, Durlet, Chauvin et feu Suys, remx)lacé M. Payen. »
En cette séance, M. le conseiller Dex)aire fait la x^i'ox^osition qui a ])our but de faire administrer l’Académie imr les x^i’ofesscurs de l’établissement, conjointement avec quatre membres
(l) Élèves de Navez : MM. Portaels, Stevens, De Groux, Van Eycken, Willems, Slallaert.
(le radiniiiistratioii communale ; cette proposition, comme le (lit le ra])port, n’a pas trouvé d’éclio au sein de la section des beaux-arts.
A la séance du mars 18612, M. l’éclievin Watteeu dit en substance :
((Si je consulte les arcliives de l’Académie, si je suis autorisé à croire que, loin de regretter le passé, loin de se plaindre des résultats (pie l’institution a procurés, dans i)resque chaque solen iiité annuelle de distribution de iirix les rapports ne tarissent pas d’éloges sur la marche graduelle et satisfaisante de l’établissement.
Dans les rapports de 1861, nous trouvons que la poj)ulation de l’Académie a triplé en vingt ans. Les itrogrès furent de même et les faits répondent à toijtes nos espérances.
Si la question devait s’éterniser, je demanderais de renvoyer le projet dérèglement à une commission spéciale, dans laquelle l’élément artistique dominerait.»
M. AnspâCH, échevin, en ré]^onse à i)lusieurs conseillers, dit (( qu’il n’y a pas deux esi)èces de dessin, un dessin académique et un dessin industriel, pas plus qu’il n’y a deux espèces d’arts, un art industriel et un art qui ne l’est i)as. Nous voulons seulement permettre aux jeunes gens qui auront déjà la science du dessin, la technique de l’art, d’y étudier les nécessités de l’industrie, les moyens d’appliquer la science du dessin aux besoins des différents travaux. » Rendre compte de tout ce qui s’est dit dans les multiples séances, pour et contre la direction, si ce sera une simple école de dessin, ou s’il y aura un enseignement supérieur, i:»arler de tous les arguments émis en faveur de tel ou tel autre système, nous mènerait trop loin. »
Parmi les multiples pièces, correspondances, etc., que l’administration reçut, nous tenons toutefois à citer celle de M. Louis Jéliotte, adressée à Messieurs les membres du Conseil communal de Bruxelles, en date du 29 janvier 1862.
Il fait allusion au rapport sur la réorganisation, et au passage concernant le règlement de i836, qui laissait l’enseignement de la sculpture dans un état d’infériorité relative, en n’ayant pas, comme pour la peinture
et pour rarcliitectnre, établi une chaire de premier professeur. La section des beaux-arts, dit-il, n’a pas compris cette différence et a mis les trois branches principales au même niveau.
Ce passage, Messieurs, rend iiidisi:>eiisables quelques explications que je })rends la liberté de vous soumettre.
Appelé en i835 à remplacer à l’Académie le sculpteur Godecharles qui venait de mourir et qui avait été chargé du cours supérieur d’ajn’ès nature, je fus appelé en même temps à prendre sa place au conseil académique par l’autorité même de qui émana le réglement de réorganisation de i83G. Or, l’article 9 de
ce règlement s’exprime ainsi : «Font partie du conseil :
les premiers i^rofesseurs de peinture, de sculpture, de gravure, etc. » L’article 27 ajoute : « le professeur de
sculpture corrigera les études et les bas reliefs d’après nature. » Si cet article ne donne pas la qualification de premier professeur au professeur chargé du cours de sculpture, si la même qualification n’a pas été attribuée plus tard àM. Calamatta, placé à la tête de laclasse de gravure, c’est pour cette excellente raison que chacun de ces cours ne comptait qu’un seul professeur, et que même il n’j^ avait alors à l’Académie qu’une seule classe de sculpture ayant deux ou trois élèves.
A mon entrée en fonctions, je fis connaître au conseil académique la nécessité de créer, à l’instar de ce qui est établi dans les Académies étrangères, deux cours nouveaux ayant pour objet l’étude graduelle des beaux modèles de l’antiquité, afin de préparer ainsi les élèves sculpteurs au cours supérieur d’après nature. La création de ces cours fut approuvée par le Collège communal, et plus tard, en 1840, je complétai l’enseignement de la statuaire i^ar un cours de comi)osition historique.
Le nombre des élèves qui entrèrent dans ces quatre cours s’accrut successivement, si bien que dans les quinze dernières années, il a été en moyenne de cinquante jeunes gens, dont douze à seize suivaient la classe d’ai)rès nature, et cinq à huit, celle de composition historique, c’est-à-dire prenaient i)art au cours supérieur.
En ra])])elant ces faits, je me crois donc autorisé. Messieurs, à coni])léter la i)ensée de votre honorable rapporteur, si bienveillant ])our notre institution, en disant : « Le règlement orga- » nique de i83Gne fait mention que d’une seule chaire de profes-
» seur (le scul])ture x)Our mie seule classe, c’est-à-dire la classe » d’après nature. Mais, vu l’accroissement considérable des élè- » yes scul])teurs répartis dans les quatre cours qui sont donnés » aujourd’lmi à l’Académie, et dont trois ont été créés jiar le )) jirofesseur actuel ajirès la réorganisation de i836, la section » des beaux-arts a cru qu’il était juste défaire pour la sculpture » ce (lui existe pour la peinture et pour l’architecture, et elle w vous a proposé la création de deux professeurs adjoints. )> Voilà ce (lu’il eût été équitable de dire dans le rapport qui vous a été adressé.
Veuillez être bien persuadés, Messieurs, que je n’ai aucunement l’intention de me prévaloir des services que j’ai rendus à notre institution, en y complétant l’enseignement. Ce que j’ai fait je l’ai fait dans l’intérêt de l’art et par amour de l’art, et je souscris volontiers à toute autre combinaison que le Conseil communal jugera convenable. Mais vous devez comprendre. Messieurs, que je ne puis permettre à personne de m’enlever ce qui m’appartient : car il est établi que je donne, depuis vingt-sept ans, le cours supérieur de sculpture (et je n’en eusse d’ailleurs accepté d’autre) ; il est établi (lue, en ma ciualité de professeur chargé de ce même cours, je fais, depuis i836, partie du conseil académique; enfin, il est établi que j’ai complété l’enseignement de la statuaire par la création de trois cours nouveaux, cours que j’ai, sans marchander, donnés moi seul, et dont l’importance a été si bien comprise, que dans son i^rojet de réorganisation, la section des beaux-arts du Conseil communal propose la nomination de deux nouvelles chaires de sculpture.
D’ailleurs, Messieurs, l’exposition des travaux de mes élèves (lui a lieu annuellement à l’Hôtel de ville, a mis le Conseil communal et le public à même de juger les résultats de mon enseignement, et a dû vous prouver que, depuis de longues années, le cours supérieur de statuaire est au niveau des autres branches de renseignement à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles.
J’ai l’honneur d’être avec respect. Messieurs,
Votre très humble et très obéissant serviteur, Louis JÉHOTTE.
Bruxelles, 29 janvier 1862.
Nous donnons également copie de la proposition
faite par le nommé H. Hendrickx concernant la réorganisation de l’Académie.
A Messieurs les Bourgmestre, Echevins et Conseillers de la ville de Bruxelles.
Messieurs,
A propos de la réorganisation de l’Académie de Bruxelles, permettéz-moi de soumettre à votre api)réciation quelques réflexions que me suggère l’examen des résultats qu’ont fournis les études x)endant les trente années qui viennent de s’écouler. Durant cette longue période. Messieurs, nous avons eu à la tête de cet enseignement des artistes d’un talent reconnu, de même que des commissions comxiosées des hommes les plus distingués, pris dans les divers services publics. Ce ne sont pas non plus les beaux rapports annuels sur les immenses lu’ogrès des études, ni le nombre considérable des élèves qui suivaient les cours de nos établissements d’instruction artistique, qui ont manqué à nos écoles de dessin.
Cependant, malgré ce bel état de choses, le public, nos industriels, le gouvernement lui-même, se voient obligés, pour le moindre objet ou travail de bon goût, de s’adresser à nos voisins, surtout dej^uis que deux grandes exiiositions universelles ont constaté notre décadence dans tout ce qui touche aux arts industriels. Cette situation relative bien constatée. Messieurs, serait-ce bien en substituant un homme de talent à un autre homme de talent, une commission i)lus nombreuse à une moins nombreuse, qui suffirait pour remédier à cette triste et humiliante situation? Le mal ne se trouverait-il pas plutôt dans un vice organique de l’enseignement, tel qu’on l’a donné jusqu’ici? Cet enseignement ne pècherait-il pas j^ar une absence de base, c’est-à-dire d’une base logique, qui ne laisserait x:>as dépendre tout un enseignement d’un homme, ou, en d’autres ternies, d’une manière individuelle de faire et de voir, fût-elle la xilus belle du monde? Que rejiroche-t-on à nos jiroduits, si ce h’est :
I® Le manque d’originalité (c’est-à-dire l’interiirétation directe de la nature) ;
2® Le manque de bon goût (c’est-à-dire l’analyse, la comparaison) ;
3^ Le servilisme, l’inertie (c’est-à-dire le manque absolu d’étude et de pratique élémentaires constitutives)? Eh bien.
Messieurs, si à notre enseignement il ne manque que cela, la nomination de professeurs et de commissions serait-elle un remède, si vous ne déterminez pas tout d’abord logiquement, ])ratiquement et graduellement les éléments par l’application des(iuels on peut faire, au lieu d’un servile coi)iste, un dessinateur ])roducteur original (à quelque branche qu’il se destine), en un mot, un ]n’ogramme des études capable d’amener l’élève successivement à se servir du dessin comme de tout autre langage, pour interpréter l’esprit et les besoins publics?
Ce programme. Messieurs, j’ai l’iionneur de le joindre à la présente lettre, et, si vous le jugez convenable, je suis prêt à le discuter, abstraction faite de toute question i^ersonnelle et sim- Ijlement au point de vue de renseignement lui-même et des résultats qu’on est en droit d’en attendre.
Agréez, Messieurs, l’iiommage de mes sentiments resioectueux.
H. Hendrickx.
A cette lettre est joint un programme d’études très étendu et très développé, mais dont nous croyons pouvoir nous disi>enser de publier le texte.
Ainsi qu’on le voit, multiples furent les questions que l’on agitait, et l’intérêt personnel se faisait prévaloir en maintes circonstances. Entre-temps, la commission travaillait ferme et, conformément aux votes émis à la séance du Conseil communal du i®’’ mars 1862, le x>rojet était renvoyé à la section des beauxarts.
De la discussion qui eut lieu le 12 avril 1862, il résulte que l’idée qui dominait le règlement organique nouveau était de remettre entre les mains du corps professoral toute la responsabilité de la marclie de l’Académie et de l’impulsion nécessaire à ses succès.
M. le conseiller Depaire était d’avis que la direction devait être confiée alternativement aux trois premiers professeurs de peinture, de sculpture et d’arcliitecture. (Cette opinion fut adoptée il y a cinq ans.)
En séance du 3 mai 1862, le Conseil décida, en sa séance du mars, qu’il y aura un directeur.
M. Leclercq, conseiller, pensa que ce directeur ne devait pas être nommé à vie.
L’Académie doit être considérée comme un établissement d’utilité publique au service de la capitale.
Le directeur ne pourrait être réélu que dans le cas où il aurait rendu à l’Académie des services éminents. Cette disposition serait un stimulant pour le directeur, qui aurait la perspective de pouvoir être réélu.
La question x^osée x>ar le bourgmestre : « Les ]3remiers j)rofesseurs de x>einture, sculx:)ture et arcliitecture remx)liront-ils à tour de rôle les fonctions de directeur de l’Académie? » mise aux voix ai)X)el nominal, est rejetée j^ar 14 voix contre i4-
Le mandat du directeur sera de trois ans.
17 mai 1862. On décide que le conseil académique sera comx)osé de 9 membres. Le bourgmestre, j)résident; l’éclievin des beaux-arts, vice-j)résident ; deux conseillers communaux; les x^reniiers j^i'ofesseurs de peinture, sculx)ture et architecture.
Pour le cas où le directeur ne serait x>as j)remier professeur, il serait de droit membre du conseil académique.
M. Hoclisteyn x>réconise un cours x>our la reproduction x>ar le dessin des figures d’animaux, de x)lantes vivantes et desséchées, de dessin d’ornementation, de j)atrons et mise en carde j)our le tissage, les étoffes, les taj)is, les tentures, les dentelles, etc.
L’ensemble du j)i*ojet de règlement fut mis aux voix X>ar apx)el nominal et adopté à runanimité des membres présents.
Le règlement de l’Académie, i)ar cette réorganisation, x^ré voyait les 'cours suivants :
Premier ])rofesseur de peinture et de dessin d’après nature ;
Professeur de peinture et de dessin, chargé de la classe de la figure anticpie, et de supidéer, au besoin, le premier x>rofesseur ;
Deux professeurs de principes;
Premier professeur d’arcliitecture ;
Professeur d’arcliitecture ;
Professeur chargé de donner le cours de dessin architectural ;
Professeur chargé de renseignement secondaire des principes d’architecture ;
Professeur chargé de l’application de la géométrie à la coupe des i:)ierres et à la charpente;
Professeur de géométrie et de physique mécanique ;
Professeur de perspective ;
Professeur de dessin linéaire;
Premier professeur de sculj)ture ;
Professeur de sculpture ;
Professeur de modelage industriel;
Professeur de dessin appliqué à l’industrie ;
Professeur d’esthétique et d’histoire de l’art ;
Professeur d’archéologie;
Professeur d’ostéologie et d’anatomie appliquées à la peinture ;
Le bourgmestre informe, le 25 janvier 1862, M. De Haussmann, préfet de la Seine, à Paris, que son collègue M. Anspacli, éclievin, ira visiter l’Ecole des Beaux-Arts, afin d’en étudier les systèmes. Le 28 février de la même année, le bourgmestre demande les règlements des Académies de Grand, Liège, Mons, Bruges; tout cela en vue d’éclairer la commission qui avait le projet d’élaborer une réglementation nouvelle pour notre Académie. On reçut également la requête adressée par les membres de la section des arts plastiques du Cercle artistique, littéraire et scientifique d’Anvers, pour la réglementation de l’Académie de cette ville. M. Leys, en rapport de cela, disait que l’Académie d’Anvers est prédestinée à être un jour l’Université des arts en Belgique.
On remarquera qu’on ne négligea rien, et que nos édiles tenaient à cœur de faire de notre Académie une institution modèle.
Tout ce qui appartenait de près ou de loin à l’Académie était en émulation. Toutes sortes d’idées et de réformes se firent jour. Mentionnons une lettre des surveillants de l’Académie, demandant un autre titre, ou la révision radicale, disent-ils, du règlement de l’Académie ; rappelant qu’il y a dix ans le collège prit la résolution de remplacer les anciens surveillants par des employés des bureaux de l’administration communale ; qu’il eut principalement en vue de relever ces fonctions et de donner à ceux qui en seraient dorénavant investis, une autorité morale sur les élèves. Enfin, tout était sens dessus dessous, et une organisation nouvelle allait ouvrir de plus vastes liorizons.
MM. Hennebicq, Ver dey en et Yandenkerklioven, peintres; E-ombaux, Jacobs et Vanderborgiit, sculpteurs, sont signalés au ministre de l’Intérieur comme étant dignes d’obtenir du gouvernement, à titre d’encouragement, l’exécution d’un tableau d’église ou d’une statue.
Les traitements des professeurs sont augmentés cette année.
Le 3o janvier i863, M. Simonis fut nommé directeur de l’Académie; le 24 février suivant, il fut nommé par arrêté royal. Le 4 i^iars, un arrêté royal nomme MM. Simonis, Portaels et Payen respectivement premier professeur de sculpture, de peinture et d’architecture.
Déjà dès le 4 février, maître Portaels s’était mis à la disposition de la ville comme premier professeur. Le i3 mai, l’administration communale remercie M. Simonis pour l’autorité, le zèle et l’intelligence avec lesquels il a fait l’intérim du professorat depuis la mise à la retraite de l’ancien directeur, M. Navez.
En septembre i863, le i®’’, eut lieu le concours ouvert pour la place de sculpture d’ornement. Les
concurrents étaient : MM. Lalmand, Léonard, Yander Kerckliove, Le Clerq, Brassine, Lefebvre, De Toinbay, De Endder.
M. Lefebvre l’emporta et fut nommé.
Le 28 juillet i863, en séance du Conseil communal, M. Orts préconise une mesure qui a été admise, il y a quelques années, sous radministration du bourgmestre Buis, c’est-à-dire d’ouvrir les cours de l’Académie aux jeunes filles.
M. Orts, dans la séance du 28 juillet s’exprime comme suit :
« Depuis la réorganisation de l’Académie, je me » demande s’il ne serait pas possible de compléter » l’enseignement du dessin industriel, qui n’est acces- » sible qu’aux garçons, en le rendant accessible aux » jeunes filles.
» L’opinion se préoccupe justement des moyens » d’ouvrir aux femmes de nouvelles carrières indu- )) strielles. Tel est le dessin appliqué à l’ornement, à )) la broderie, à la tapisserie, aux étoffes et à d’autres )) industries qui, aujourd’hui, dans l’état actuel de » l’enseignement, ne sont pas accessibles aux femmes.
» L’Angleterre et la France jDOSsèdent des établisse- )) ments où le dessin est enseigné aux jeunes filles. )) On n’a qu’à se louer de ce genre d’institutions et de )) leurs résultats; elles assurent le sort de la jeune )) fille en la relevant de la condition ouvrière, et en lui )) donnant les moyens de gagner son jpain tout en res- » tant chez elle le jour où elle deviendra mère de )) famille à son tour.
» Le coloriage est aussi une profession qui rapporte )) de beaux bénéfices et qui j)eut être exercée par la » jeune fille au foyer domestique à côté de la mère de » famille. »
1^11 i863, M. De Groiikel est nommé professeur en remplacement de M. Meulenbergli.
Dans la réglementation d’ordre intérieur de l’Académie (i863) figure le projet, qui tout en donnant à l’art sa légitime suprématie, accorde la plus lai'ge satisfaction aux besoins de l’industrie. Les cours de dessin et de modelage ont reçu d’importants développements et la création de classes de dessin et de modelage dans leurs applications variées de cours de composition dans ces trois brandies exclusivement industrielles, permettra à l’artisan, quelle que soit sa profession, de trouver à l’Académie les bienfaits d’une instruction d’autant jilus utile qu’elle est basée sur des principes destinés à épurer le goût.
L’expérience n’ayant que trop démontré les dangers d’une école de peinture officielle, le règlement établit à cet égard les mesures les plus larges. S’il crée un enseignement de peinture, il laisse à la personnalité de l’élève toute liberté de développement, ouvre la voie à l’émulation entre les écoles et tend à provoquer nos artistes à ouvrir des ateliers destinés à rappeler ceux d’où sortaient les grands maîtres de l’art.
L’adoption de cette idée, proclamée par le congrès artistique d’Anvers, appuyée par les peintres les plus célèbres, est de nature à donner un rang fort élevé à notre Académie.
En i863 il y avait 685 élèves.
Le prix de i,ooo francs (peinture) est remporté cette année par M. Yan Hammée, le prix de dessin d’après nature X3ar M.Ed. Agneessens et le x)rix d’arcliitecture Xjar M. J. Wisselez. La x)OX3ulation de l’Académie était de 716 élèves.
Le 18 décembre 1864 on enregistre la mort de M. Eoberti. Il était chargé, dex>uis le mois de novembre 1848, de l’enseignement du dessin d’a^n’ès la figure
antique. On regrette aussi cette année la perte du i)rofesseur M. Eoget. Sa nomination comme professeur ne date que du 21 janvier 1854. Cette même année le surveillant M. Mlle, si connu de la génération de cette époque, est pensionné sur sa demande; il était âgé de soixante-deux ans, et surveillant depuis i833.
Le 16 février i865, nomination de M. Wilbrant en qualité de quatrième professeur d’arcliitecture. M. Portaels donne, le 28 avril de cette même année, sa démission de professeur. Il est remplacé, le 5 mai suivant, par M. Pobert. Le 18 juin, le traitement de feu le professeur Roberti est attribué à M. Robert, en remplacement de M. Portaels, démissionnaire.
L’administration de Tournai demande aux magistrats de Bruxelles des informations concernant la nomination de M. Stallaert. (M. Stallaert était directeur de l’Académie de Tournai.) Le 10 novembre i865, M. Stallaert est nommé comme professeur de peinture et de dessin. M. Stallaert fit sa demande le 22 juin i865. Sa requête porte : « Né à Merclitein en 1825, )) habite la capitale avec sa famille depuis i838, est » élève de l’Académie de Bruxelles, y a remporté tous )) les premiers prix, a fait ses études sous Navez, )) obtient en 1848 le prix de Rome, médaille d’or à » l’Exposition de Bruxelles en 1860, ordre de Léopold )) en i863, membre du conseil de perfectionnement, )) forme des élèves tels que Hennebicq, qui fut pre- )) mier à l’atelier Portaels. »
Ainsi qu’on le voit, le choix de l’administration était consciencieux, et l’avenir devait ré|3ondre au passé de cet excellent artiste. D’autres professeurs demandèrent également cette place très considérée, l’Académie de Bruxelles ayant acquis une renommée bien justifiée. L’artiste Ch. Wauters, de Malines, demandait
aussi la place ; il sera peut-être intéressant de donner ici quelques notes biographiques sur cet artiste.
Après avoir glorieusement débuté à l’Académie de Maliiies qu’il quitta en emportant les lireini ers prix, M. Charles Wauters se rendit à Anvers i)our continuer ses études artistiques. L’Académie de cette ville, sous la savante direction de M. Van Brée, comptait alors parmi ses élèves les Leys, les Geefs, les De Keyser, les Jacob-Jacobs, les Dyckmans. M. Wauters se mit courageusement à l’œuvre, et y termina ses cours avec les i^remiers prix de nature, de composition historique, de persi)ective et d’anatomie. Il concourut alors pour le prix de Rome, et coinx^tait parmi ses rivaux notre célèbre artiste M. Wiertz ; il obtint la seconde x)lace dans cette épreuve.
Bien que pendant son séjour à Anvers il eut déjà envoyé au Salon de Bruxelles diverses j)roductions qui lui attirèrent les éloges et les encouragements des grands maîtres de l’époque, M. Charles Wauters se persuada que l’artiste ne le devient qu’ après avoir poussé ses études jusqu’aux dernières limites, ce qu’il fit en se rendant d’abord à Paris, où ses travaux lui attirèrent l’attention de Paul de la Roche et de Scheffer, et lui valurent les conseils et les encouragements de ces grands peintres. De là, il parcourut la France, l’Italie, l’Allemagne et la Hollande, étudiant la peinture des différentes écoles, et visitant les musées, les monuments, x^our cox^ier et raisonner les x^roductions des x^lus grands maîtres.
Ce n’est qu’à son retour que M. Charles Wauters se crut assez fondé pour commencer des travaux sérieux ; les tableaux qu’il X)roduisit alors lui valurent bon nombre de médailles dans les différents concours et expositions, dont deux grandes du Salon de Bruxelles, ainsi que la décoration de l’ordre de Léopold. Les œuvres qui sortirent de son xnnceau, à son retour de Rome, Le Dante, Le Pétrarque et Le Giotto, lui attirèrent les honneurs de la gravure aux expositions triennales de Gand, d’Anvers et de Bruxelles ,
Le gouvernement, en outre, lui donna x>lusieurs fois des marques d’honorable sympathie, et lui confia x)lnsieurs commandes en partage avec nos x)eintres de x)remier ordre.
Cex)endant, M, Charles Wauters ne voulut x>as xu’ofiter du Iruit de ses travaux ; x)our ses seules œuvres, il dirigea gratuitement x)endant huit années l’Institut des Beaux-Arts de Malines, et ])endant trois années les cours supérieurs d’anatomie, de
persi)ective, de composition liistoricxue, de x>einture, à IWcadéniie de la même ville. Plusieurs des élèves qui suivirent ses cours, prennent aujourd’hui rang- parmi nos meilleurs artistes.
Comme son nom jouissait déjà d’une certaine célébrité dans le monde artistique, M. AVauters quitta non sans regret cette dernière ville, i)our venir se fixer à Bruxelles. La capitale semblait lui offrir plus de ressources pour se livrer à son art, En effet, quoiqu’il ne vécût que dans son atelier, il suffit de consulter les catalogues des différentes expositions du pays et de l’étranger, pour se convaincre que son i^inceau ne devint ijoint stérile.
Il produisit bon nombre de grands tableaux d’histoire. Les ])riiicipaux sont ; Une Famille malheureuse sous Marie de Bourgogne ; ce tableau qui fit grande sensation quand il parut, mesure ,3o pieds de largeur et est actuellement jhacé à la Bibliothèque de Gand ; La Lecture de l’arrêt de mort de Montignies, placé au Musée de Malines ; Les Croisés devant Jérusalem; L’ Installation du Grand Conseil de Malines, etc., etc. Voilà x>our la peinture historique. Il fut non moins fécond en tableaux religieux, et produisit son contingent. Il suffit d’en citer quelques-uns ; Saint Vincent de Paul par exemple, et le Martyre de Saint Laurent. Ces deux tableaux qui forment pendants, sont actuellement à l’hospice de Tirlemont; Le Calvaire de Mali nés, etc, .
Enfin, il mit au jour une foule de tableaux de genre, qui furent toujours fort recherchés.
La place de jirofesseur de peinture fut également sollicitée par M. Ch. De Groux qui fit valoir les peintures murales historiques de la grande salle des Halles d’Ypres. MM. J. Tasson et G. Yanderton demandent la place de professeur de construction et de charpente.
L’Aeadémie comptait en i864-65 742 élèves; le prix de Eome, sculpture, fut remporté par Jacobs.
Dans l’année scolaire 1 865-66, M. Simonis fut nommé direeteur pour un nouveau terme de trois ans. M. Van Severdonck, professeur d’après l’antique, en remplacement de M. Robert. M. Ch. Van Mierlo remplaça le professeur Eoget, décédé. L’Académie comptait, cette année 670 élèves.
En 1866-67 il y eut 681 élèves. M. De Gronkel est nommé à la place de M. Coene, décédé. M. Van Keirsbilck succède à M. De Gronkel. M. ^^'acet est lauréat du concours de Rome.
En 1867-68 l’Académie fut fréquentée par 700 élèves. M. Baudewyn remporte le prix de 1,000 francs au concours triennal de sculpture. Il est alloué à M. Van den Kerklioven, grand prix de Borne, un subside de 3, 000 fr. En 1868-69, il y élèves. M. Van Bambeke rem-
porte le prix de 1,000 francs au concours triennal d’arcliitecture; M. G. Marchant, le grand prix de Borne. En 1869-70 on compta 628 élèves. M. Mellery obtint le prix de Borne. Le 8 novembre 1869 M. l’échevin Funck fait connaître que le ministre de l’Intérieur a transmis au collège un arrêté royal en date du 10 juillet 1869, qui détermine les conditions auxquelles sera subordonnée à l’avenir l’intervention pécuniaire de l’Etat dans les dépenses annuelles des Académies et écoles de dessin.
I® Approbation du programme de l’enseignement, des règlements, budgets, comptes.
2^ Inspection des établissements.
3® Participation aux concours généraux et aux expositions organisées par le gouvernement.
Un mémoire adressé à la ville par M. L. Jottrand père, le 21 janvier 1870, à propos d’une contestation que M. Jéliotte faisait à la ville, nous permet de dorner quelques détails intéressants sur cet artiste et sur les élèves, devenus des artistes de valeur, qui suivaient son cours (i).
(1) Élèves de Jéhotte : Cooremans, Désiré Braekeult, Duellens, Rombaux, Haulfenne, De Groot, Schoonjans, Hagens, Depperen, De Coen, Desenfans, Buelinckx, Jacquemyns, Henneblcq, Jacquet, Franckin, Fiers, Léopold Wiener, Lacomblée, Meunier, Vanliove, Swiggers, Van Exel, Jean et Alexandre Geefs, Meuldermans, Micbat, G. Wincs, Sterckx, Jacques Jacquet, De Vreeze, De Haen, Vander lleyden, Bollinckx, Franck, Beukens, Holberegb, etc.
Louis Jéliotte, appelé formellement à succéder à Gocleeliarles, à l’époque de la réorganisation de l’Académie des Beaux-Arts, laquelle coïncida presque avec le décès de ce maître, était un jeune sculx^teur de trente ans. Originaire de Liège qui l’avait envoyé, dès 1823, au collège d’Arcliès, à Borne, lorsque couronné à l’Académie de sa ville natale, il avait été désigné le premier des pensionnaires (le second fut Wérylias, arcliitecte; les deux suivants, Closson, peintre, et Malmédy, compositeur-musicien) appelé à jouir des avantages de cette ancienne fondation d’Arcliès, que les Liégeois venaient tout justement de récupérer dans la métropole éternelle des beaux-arts.
Après avoir étudié six ans son art sous Kessels et Tliornwaldsen, assidu aux leçons que ces maîtres condescendaient quelquefois à venir lui donner dans son prox^re atelier, Jéliotte, revenu de Borne, avait X^assé une année à Paris. C’est de cette dernière cax^itale, autre sanctuaire des beaux-arts dans notre Eurox^e de l’ouest, que le jeune statuaire était rentré dans sa x^atrie, et s’était fixé à Bruxelles en i83i.
La réxiutation qu’il avait rax^x^ortée de Borne, et que justifiaient non seulement les attestations de ses maîtres, mais encore quelques œuvres, déjà axix^réciées des connaisseurs, avait, dès i834, valu à Jéliotte la commande d’un monument cax^ital : le mausolée du cardinal-arclievêque de Malines, dernier prince-évêque de Liège : François de Méan. En i835, x^eu de temxis avant la réorganisation de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, Jéliotte venait d’exx^oser dans son atelier, à l’appréciation des connaisseurs et du x^u^î^üc, non seulement les x>iàncix)ales du mausolée de
Méan, qui figure aujourd’hui, exécuté en marbre, à Saint-Bombaut, de Malines, mais encore une statue ax^x^elée La Baigneuse, dont tous les journaux d’alors
firent unanimement les ]3lus grands éloges. Le duc Prosj)er d’Arenberg a fait exécuter en marbre pour sa galerie, cette statue vraiment remarquable.
^ De ]3areils succès avaient certes leur signification. Ils justifiaient et au delà, du clioix fait de Louis Jéliotte, presque immédiatement après, pour remplacer Godecliarles, dans le cours de sculpture à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Il n’y avait alors d’autre rival de l’artiste que Guillaume Geefs, lequel venait de débuter glorieusement comme lui, et que l’Académie d’Anvers avait déjà récompensé de la même manière, en le plaçant aussi dans son institution à la tête du cours de sculpture, devenu vacant par le décès de Yan Glieel père.
Ce n’est qu’ajouter encore au mérite du nouveau titulaire du cours de sculpture par succession à Godecliarles, que de rappeler l’offre faite d’abord à Kessels de cette succession, peu de temps avant sa mort. Au décès de Kessels, la nomination immédiate de Jéliotte ne fit que confirmer le jugement que le public avait déjà porté de lui, et que sa nomination ne fit que constater à l’Hotel de ville de notre capitale.
M. Jéliotte a exercé ses fonctions à l’Académie sous les bourgmestres Bouppe, Van Yolxem, Wyns, de Brouckere et Fontainas.
D’après le règlement pour la réorganisation de l’Académie, le professeur de sculpture devait cc rece- » voir gratuitement dans ses ateliers, et leur donner )) l’enseignement, quatre élèves à lui désigner par le )) collège éclievinal de Bruxelles, sur le rapport du )) conseil de l’Académie. Il devait corriger en outre, » dans le local de l’Académie, les bas reliefs et les » études d’après nature faits x^ar les élèves sculx)- » teurs. w
A son entrée en fonctions, M. Jéliotte avait trouvé la
classe de sculpture dans un tel état d’abandon, qu’elle était à peine fréquentée par deux ou trois élèves. Il fut même impossible d’organiser dans les trois premières années, un concours régulier de sculpture. Le j)rocèsverbal des distributions des prix de iSSS-Sg en témoigne. Cet état de clioses était dû en grande partie à la décadence générale de l’Académie, à la suite des événements politiques dont notre pays émergeait à peine en i835, et particulièrement à l’interruption momentanée des cours de sculpture dans les dernières années de la vie de Godecliarles. M. Jéliotte, plein des enseignements de Rome et de Paris, jugea qu’il restaurerait plus promptement l’enseignement réorganisé de son art, en introduisant dans son cours les études préliminaires de l’antique, pour dresser les élèves à suivre, avec fruit et dans un bon style, les classes d’après nature. Bientôt la classe compta cinquante élèves. Peu après il organisa une classe de composition liistorique qui devait compléter son cours de sculpture.
Cette année l’Académie comjDte 628 élèves. La composition du personnel ne subit aucune modification. Le prix de dessin d’après nature a été remporté par M. Herbo, le 1^^ prix d’architecture (composition), par M. Bisscliops, le prix de composition de dessin d’ornement (antique et renaissance), M. Meury. Le prix de paysage, M. Van Leemputten, et le prix de peinture (fleurs et fruits), par M. Goossens. Le grand prix de Borne a été remporté à l’unanimité par M. Mellery.En outre, au concours de sculpture ouvert par l’Institut des Beaux-Arts d’Anvers, M. Desenfans obtint le prix.
En l’année 1871, il y eut 6i3 élèves. Les jurys chargés de juger les concours pour les prix ont voté une mention honorable pour les cours de composition et de modelage d’ornement, et accordé, vu les bons
résultats des concours, des prix supplémentaires aux classes de modelage d’après nature, de composition historique, de dessin et de peinture d’après nature.
L’année 1872 on compta 600 élèves. Cette année encore les jurys ont cru devoir reconnaître les bons résultats produits par plusieurs classes en leur accordant des prix supplémentaires.
En- 1873, 687 élèves fréquentèrent l’Académie. M. le professeur Wilbrant, décédé, a été remplacé par M. Nacet. Les jurys ont décerné le témoignage de satisfaction au cours d’archéologie, section supérieure d’architecture, et de grande satisfaction au cours de composition historique, dessin. Les artistes étrangers à l’Académie appelés à juger le grand concours de peinture, ouvert en vertu de l’article 4^ du règlement d’ordre intérieur, ont trouvé que ce concours était extrêmement remarquable et faisait honneur à l’Académie.
Pendant l’année scolaire 1874-75, M. Graux, professeur, décédé, a été remplacé par M. le docteur Sacré. Les jurys ont accordé un témoignage de satisfaction au cours d’archéologie et décerné le prix de composition historique de sculpture, avec la plus grande distinction. Le prix du grand concours de sculpture a été remporté par l’élève Namur, et, en raison des résultats remarquables obtenus, le jury a accordé des mentions honorables aux élèves Elias, Yinçotte et Hambursin. Les registres mentionnent pour cette année 646 élèves.
En l’année 1875-76 ce chiffre s’éleva à 616.
M. Bossuet est remplacé par M. Van Bensbilch.
Mentionnons dans les classes supérieures les élèves :
M. Gérard, prix de 1,000 francs et prix de dessin d’après nature.
Concours généraux de peinture, figure et composition liisto- . ricpie : M. Van Landuyt, Ch. -J., élève de Lauters.
Architecture inoiiiimeiitale : M. Van Rollé.
Modelage d’aiu’ès nature : M. De Revser, J. -B.
L’année 1876-77 il y eut 5oi élèves.
M. Lauters, professeur, décédé, est remplacé par M. Quinaux.
Lauters, Paul, peintre et dessinateur, né à Bruxelles le iG juillet 180G, mort en 1875.
A râge de cpiatorze ans, il entra dans l’atelier de Malaise, secrétaire de l’Académie de dessin et de peinture de Bruxelles. Il suivit ensuite pendant trois ans, les cours de l’Académie. Bientôt pressé par la nécessité de se suffire à lui-mème, il entra en 1828 dans les ateliers de lithographie Gomban. Mais il n’y resta i)as longtemi)s. Il passa bientôt avec Madou dans les ateliers de De Wasmes-Plétinckx.
M. Lauters, à force de volonté, avait acquis une instruction j)lus variée que beaucoup de ses rivaux et de ses émules. Outre le français et le flamand qu’il parlait et écrivait j)urement, il savait l’anglais. Il était même entré comme i^rofesseur dans un des meilleurs pensionnats de Bruxelles, mais il se voua bientôt entièrement à l’exécution des planches de plusieurs ouvrages qui obtinrent un succès mérité, entre autres Les Bords de la Saône, Bruxelles et ses environs, etc.
En i836, 011 fonda l’école de gravure, et Lauters fut nommé imofesseur de dessin. Il se fit, à cette époque, aquafortiste, mais il ne continua i:>as dans cette voie. En l’année 1841, il avait exposé à Courtrai un tableau représentant une vue prise à Weert, et, à dater de cette époque, il prit part à toutes les expositions qui eurent lieu à Bruxelles. La réputation de Lauters était considérable. La Société royale des Beaux-Arts et de Littérature de Gand le nomma membre correspondant.
En 1848, lorsque l’École royale de gravure fut réunie à l’Académie des Beaux-Arts, il devint professeur de ce dernier établissement, il y enseigna le dessin jusqu’en 1875, année de sa mort. Lauters était un esprit droit et sincère.
prix en sculpture d’après nature : M. De Budder, Is.
1“’ prix en sculpture, signes académiques : M. Charlier, G.-S.
Grand concours de sculpture : M. Elias, P.-S.-E.
Architecture, composition monumentale: M. Eeyerabend, A.
Peinture : MM. Maasdj ck, A., et Coenraets, Ch.
Plus de 200 nouveaux élèves se font inscrire pour
les cours de rannée 1876-77, dont le nombre était de 712. ^
M. Simonis était démissionnaire sur sa demande de ses fonctions de directeur et remplacé provisoirement par M. Henne, secrétaire. M. Privât est nommé 3me professeur d’architecture, et M. J. Paes, professeur de dessin linéaire.
Grand concours d’architecture. Prix : M. Acker, E.
Sculi)ture. Prix : M. De Keyser.
Peinture. Prix : M. Vandevyver.
Composition historique, dessin et peinture. Prix : M. Khnoiiff, •J.-E.-S.-M.
Seuil) ture d’après nature. Prix : M. Derudder.
Dessin d’après nature. Prix : M. Van Landuyt, Ch.
En 1877-78 on compta 749 élèves.
M. Portaels est appelé à la direction de l’Académie en remplacement de M. Simonis. M. Baes est nommé professeur d’ornement en remplacement de M. Brown, décédé. M. Demannez est appelé aux fonctions de professeur extraordinaire. M. Stappaerts, démissionnaire, est remplacé par M. Yan Hammée, bien connu pour ses tableaux représentant des épisodes de l’iiistoire Egyptienne, Grecque et Bomaine, entre autres : Une Répétition chez Méandre.
' Pour l’année 1878-79 nous relevons les noms de 647 élèves.
M. Demannez est nommé professeur de dessin en remplacement de M. Baes, appelé à un autre professorat. M. Moreau est admis à faire valoir ses droits à la pension.
Prix de 1000 francs. Grand concours de peinture : M. Vaii de Vyver, J. Mention honorable avec subside si)écial : M. Houyoux, L. Sculpture d’ai)rès nature : M. Ilerain, J. Peinture d’après nature ; M. Paulus, E. Architecture monunientale : M. Lecloux, A.
Cette année l’Académie des Beaux-Arts mit en
vigueur un nouveau règlement organique, dans lequel n’était pas mentionné le cours de géométrie. A la suite de la suppression de ce cours donné par M. Moreau, celui-ci réclame contre une lettre de la direction de l’Académie qui disait que le cours de géométrie descriptive n’avait jamais produit de résultats. M. Moreau demande de publier dans le Bulletin communal les nominations qui ont été décernées de 1864 à 1877. Satisfaction lui est donnée et cette liste paraît le 3o mai 1881.
En 1879-80 les cours furent suivis par 890 élèves.
Architecture monumentale. Prix : M. Devestel, F.
Peinture figure. Prix : M. De Pape, L.
Grand concours de sculi^ture. Prix: M. De Keyser, J.-B. Mentions honorables avec subside sx)écial à MM. Charlier, G., et De Rudder, J.
Des récompenses spéciales sont décernées à M. J. De Rudder, qui a remporté le prix de sculpture au concours ouvert par l’Académie de Belgique. A M. Remy Cogghe a été décerné, à runanimité, le prix de Rome. Mention honorable dans le même concours àM. Ch. -J. Van Laiiduyt.
Un peu moins de demandes d’inscriptions en l’année 1880-81 dont le chiffre est de 817 élèves.
La distribution de cette année fut présidée par M. Buis, éclievin, faisant fonctions de bourgmestre, î^ous donnons en entier le remarquable discours que celui-ci prononça à cette occasion.
Messieurs,
L’art a des manifestations multiples ; il ne se révèle pas seulement dans les tableaux des i)eiiitres, les statues des sculpteurs, les monuments des architectes ; mais, comme l’ont fait remarquer les philosophes qui étudient les évolutions de l’esprit humain, les savants qui recherchent les origines de l’homme et les historiens qui veulent saisir les premiers vagissements de l’art, le besoin de s’embellir soi-même et d’orner ses vêtements, ses armes, ses ustensiles de ménage, sa demeure, apparaît chez
l’homme dès l’état sauvage pour se développer et s’affiner chez les peujdes civilisés.
Cependant chez ces derniers nous observons un phénomène qui semble fait pour ébranler notre foi dans le progrès de l’humanité.
Quand nous considérons les céramiques de la Chine, les broderies du Japon, les bronzes d’Herculanum, les tapis d’Orient, et que nous les comparons aux produits similaires de notre glorieux XIX® siècle, si fier de ses progrès dans le domaine scientifique, politique et social, nous devons souvent reconnaître des symptômes de décadence.
On a cherché à expliquer ce fait en disant que l’art découlait directement du sentiment inconscient. La science viendrait alors glacer cette intuition du beau, comme la civilisation atrophie chez l’homme les instincts délicats du sauvage.
Cette explication est trop simple : les faits humains ne s’éclaircissent pas à l’aide de solutions aussi élémentaires. Ne voyons-nous pas la sculpture, la peinture, l’architecture, passer par les trois périodes de l’enfance, de l’age mûr et de la décadence, et se trouver ainsi en concordance parfaite avec la civilisation.
C’est à l’époque où la Grèce avait pris la pleine possession de la pensée humaine, où sa civilisation brillait de son x>lus pur éclat qu’Ictinus élevait le Parthénon, que Phidias y sculptait ses immortels frontons.
C’est au moment où les sciences et les lettres revivaient au souffle ardent de la Renaissance que Raphaël, Michel-Ange et Léonard de Vinci produisaient leurs chefs-d’œuvre.
Les faits viennent donc contredire ceux qui prétendent que la science tue l’art ; mais il serait tout aussi faux de dire que la science peut engendrer l’art.
Celui-ci, pour naître et se développer, a besoin d’une certaine atmosi:>hère ylont les éléments ne se sont trouvés réunis qu’à certaines époques bénies. Rechercher ces éléments, en reconnaître les traits essentiels au milieu de la complexité de la vie des peui)les, a été l’œuvre de çritiques éminents, comme Hegel, Visscher, Burckhardt, Carrière, Lubke, Semiier, en Allemagne; Viollet-le-Duc, Ch. Blanc, Fromentin, Taine, Havard, en France; Ruskin, Fergusson, en Angleterre.
Les immenses travaux de la critique moderne, l’investigation scientifique pénétrant dans le domaine du sentiment, nous ont rendus éclectiques et cosmopolites; et en cela nous sommes
i5iii)érieurs à nos ancêtres, (xiii n’appréciaient le beau que sons la forme que lui avait donnée leur époque. Aujourd’hui notre es])rit a assez d’ouverture ])our apprécier les mérites relatifs des œuvres de tous les peu])les et de toutes les époques. Tout semble indiquer que notre siècle n’imprimera pas une forme nouvelle et originale aux arts i)lastiques, mais qu’il aura eu une mission à la fois vulgarisatrice et épuratrice.
Il aiu’a sauvé de l’oubli et de la destruction ce qui restait d’œuvres de civilisations antérieures ou étrangères ; il aura mis en lumière leurs caractères, leurs mérites et leurs défauts ; il aura ainsi aiguisé notre sens esthétique et j)urifié notre goiit.
Nous avons troi) tardé, en Belgique, à tirer parti de ces recherches, des richesses accumulées,dans les musées et dans les bibliothèques par les voyageurs et les savants ; il n’est que temps d’en livrer les trésors à nos écoles d’art.
Je suis heureux de pouvoir annoncer que, grâce à l’ai)i)ui éclairé d’un gouvernement qui comi^rend les vrais intérêts de la nation, l’Académie des Beaux-Arts verra bientôt son enseignement se couronner de classes d’application, où ceux que leur vocation ne iiousse pas vers le grand art, pourront trouver des voies nouvelles et fécondes.
Bientôt aussi, Bruxelles sera dotée d’un Musée des Arts décoratifs où vous trouverez rassemblés les exemples les plus remarquables de l’art industriel de toutes les époques et de tous les peuples ; mine féconde dans laquelle vous pourrez puiser à pleines mains, où votre sens du beau se cultivera et s’élèvera, comme l’esx)rit s’enrichit et s’affine à la lecture des grands écrivains. .
J’espère qu’alors, grâce aux dons naturels de nos jiopulations, la Belgique s’élancera dans la carrière avec assez d’ardeur pour regagner l’avance qu’elle a laissé prendre par des nations moins bien douées qu’elle pour la culture des arts.
M. Hernie, dans son rapport, rappelle les succès^ obtenus aux concours de l’Académie de Belgique par MM. Broerman et Derudder, et dit entre autres : « En voulant activer le progrès, en croyant épouser le goût, rè a-t-on pas, par surabondance d’expositions, amené, d’une part, l’état de gêne des exposants et, d’autre part, la satiété du public? Le mécompte qu’a laissé le dernier Salon ouvert à Bruxelles, suffit à lui seul pour répondre à ces questions. Les iirétendus artistes se comptent par milliers et leurs œuvres annuelles suffiraient à former de vastes magasins; c’est la fécondité de l’avortement... Mettons
les jeunes gens en garde contre les idées idiotes qui se sont emparées de quelques cerveaux, pour qui il ne faut plus d’ Académies, institutions fossiles ; idus de prix de Rome, prodigalité dépourvue d’utilité pratique ; plus de tableaux d’histoire ; c’est non le passé, mais le présent qui mérite uniquement d’attirer les regards. Ce n’est que l’hypocrisie de l’impuissance qui peut l^orter certains hommes à abandonner les traces des anciens maîtres... Fi des madones de Raphaël et des A^énus du Titien! vivent les rustres et les maritornes ! C’est par l’intrusion de ce mode réaliste, dit-on, que l’art se vulgarisera et se renouvellera complètement. Les adep'tes de^la nouvelle école trouvent des comparses qui qualifient d’infecte la peinture de notre plus célèbre peintre d’histoire, qui appellent Rubens le boucher flamand... Donnons à tous les moyens de s’instruire, car les arts industriels, comme les arts libéraux, illustrent et enrichissent lin x>ays. Formons quelques véritables artistes et des milliers de bons artisans : nous aurons mérité de la i^atrie. «
Le palmarès de cette année nous donne :
Grand concours d’architecture (i,ooo francs). Prix : M.Rau,J.
Architecture, composition monumentale. Prix ; MM. Coenraets, H., et Motte, J.
Peinture. Prix : M. Thirionnet.
Sculpture. Prix : M. Dubois, P.
Une récompense spéciale à M. Broerman, E., qui a remporté le prix de peinture au concours ouvert iiar l’Académie ,de Belgique et le prix au concours dit de Godecharles.
En 1881-82, M. Portaels prend le cours de peinture d’après nature et de composition historique de peinture.
Grand concours de peinture (1,000 francs) : M. A^an Landuyt, Oh.- J.
Architecture monumentale. Prix : AI. De Vlamynck, G.
Peinture, figure d’après nature. Prix : AIAI. Fichelet, G., et De Geetere, G.
Sculpture, figure d’ai>rès nature. Prix ; M. Dubois, P.
Comi)Ositionhistorique.Prix : MAI. A^ an Dyck,A^., etlleusers,!!.
Les cours furent fréquentés par 81 1 élèves.
Dans le courant de cette année, M. Baiiffe i)ropose
de supprimer les classes de peinture. Les élèves se destinant à la peinture s’adresseraient à des ateliers libres, clioisis par eux, suivant leurs tendances artistiques, et où ils pourraient être subsidiés par les administrations publiques.'
Cette proposition est repoussée.
En 1882-83 nous relevons 790 élèves.
A la distribution des prix, qui eut lieu le 18 novembre 188 3, M. le bourgmestre Buis a ouvert la séance en remerciant le directeur de l’Académie des soins qu’il donne à la bonne marclie et aux progrès de cette institution. Il félicite également les professeurs des résultats de leur enseignement, et les élèves de leurs études, en leur recommandant de continuer à bien travailler, tant dans leur intérêt que dans celui des arts, si cher s à la Belgique.
M. Hernie, clans son rapport, mentionne que « le cours de peinture dirigé naguère par trois professeurs, a été réservé exclusivement à M. Portaels. L’administration communale jugeant utile d’adjoindre au cours scientifique d’anatomie un cours d’anatomie appliquée aux beaux-arts, en a décidé la création et confié la direction à M. Louis Tuerlinckx. M. Deman, par suite d’une longue et cruelle maladie, a donné sa démission ; il a été remplacé par M. Pavot, qui, avec un grand dévouement et un zèle éclairé, avait provisoirement donné ses soins à la deuxième classe d’architecture. M. Naert a succédé à M. Pavot, dans ses fonctions de professeur de la i’’® et de la 2® division de la troisième classe d’architecture, et la direction de la 3® et de la 4® division de cette classe a été donnée à M. Acker, ancien élève de notre Académie, qui s’y était signalé par de brillants succès, ainsi qu’à l’École des Beaux-Arts de Paris ».
D’un autre côté, M. Tasson-Snel, menacé d’être privé de la vue, crut de son devoir de résigner des fonctions qu’il ne se jugeait plus capable de remplir avec fruit pour ses élèves. En acceptant sa démission, l’administration communale lui conféra le titre de professeur honoraire, juste récompense de longs et
honorables services qui lui avaient déjà valu la croix de l’ordre de Léopold et la croix civique de classe.
M. Tasson a été remplacé j)ar M. J. Baes comme professeur de dessin de l’ornement d’après le plâtre et de composition de dessin de l’ornement. M. Demannez a succédé à M. Baes dans la classe de dessin d’après gravure, et à la suite d’un concours où il avait recueilli les suffrages unanimes du jury, M. Moonens est nommé professeur de la classe des principes.
Enfin, la mort prématurée d’Eugène Simonis, qui pendant près de vingt ans dirigea, avec le plus vif éclat et un remarquable succès, les cours supérieurs de sculpture, en a fait remettre la direction à M. Van der Stappen.
La perte de Simonis, qui eut un douloureux retentissement dans le monde des arts, a été cruellement ressentie par notre Académie, comme elle l’est encore i)ar tous ceux qui ont su apprécier le grand artiste.
Eugène Simonis naquit à Liège le it juillet i8io, 11 y commença son éducation et son ai^prentissage artistique en suivant les cours de l’Académie, dont François-Josej)li Dewandre dirigeait alors la classe de sculpture. Dès l’âge de dix-neuf ans il entreprit le voyage en Italie, où Canova et Tliornwaldsen venaient de relever l’art sculptural, déchu depuis le milieu du XVIII® siècle. A Rome habitait alors notre célèbre compatriote Mathieu Kessels, qui donnait le cours de sculpture à l’Académie pontificale de Saint-Luc. Les relations qui s’établirent spontanément entre l’artiste éminent et Simonis furent d’une grande influence sur le perfectionnement artistique de celui-ci.
Simonis entra comme élève dans l’atelier de Charles Einelli, réputé le plus habile disciple de Canova. Ses études terminées, notre compatriote rentra en Belgique, où on lui offrit la place de ])i’ofesseur de sculiùure à l’Académie de Liège, vacante par la mort de son premier maître, Dewandre. Il refusa d’emblée les offres des édiles liégeois, et vint s’établir à Bruxelles.
Signalé â l’attention publique dès i83G jiar L'Énergie et La Grâce, deux œuvres qui le représentaient chacune sons un as])cct différent, il conquit défini üvemeut, en i83(), le rang qui
lui était (lù, et qu’un clief-d’œuvre, L’Innocent, ne permettait ])as de lui contester.
Le maître s’était révélé. Bientôt il consacra son génial talent au monument proprement dit, à la sculpture grandiose. Ces principales œuvres sont : le monument funéraire du clianoine Triest, dans la collégiale des Saints-Micliel et Gudule, à Bruxelles ; la statue de Simon Stévin, à Bruges ; la statue équestre de Godefroid de Bouillon, place Roj’^ale, à Bruxelles ; le fronton du Théâtre royal de la Monnaie, de Bruxelles ; le bas relief, la statue de la liberté des cultes et les deux lions de la colonne du Congrès et de la Constitution, jRace du Congrès, à Bruxelles ; les quatre bas reliefs : l’Escaut, la Meuse, la Seine et le Rhin, surmontant les cintres des fenêtres du rez-de-chaussée des i)avillons de la station du Nord, i)lace Rogier, à Bruxelles; la statue du géologue André Dumont; la statue du roi Léopold pi', à Mons, etc.
En 1845 Simonis fut nommé professeur de l’Académie, et en i8G3 il fut appelé à la direction. La même année, Louis Jéhotte s’étant démis de ses fonctions de professeur de sculpture, la ville de Bruxelles, sur la lumposition du conseil académique, dédoubla ce cours. A Simonis fut dévolu le cours de composition historique et d’exi)ression, tandis que Joseph Jacquet fut nommé professeur de sculpture d’aimès l’antique.
Eug. Simonis plaçait ses fonctions professorales au même rang que le sacerdoce. Rigide dans l’accomplissement de ses devoirs, d’une infatigable activité, d’une incessante assiduité, il avait en horreur la j)aresse et la négligence. Ennemi de l’intrigue et de la fraude, répugnant à tout ce qui frisait le charlatanisme ou la camaraderie, il ne recherchait pour l’Académie que les succès de bon aloi obtenus par de réelles études.
Parmi les services qu’il lui rendit comme directeur, 011 n’oubliera jamais que ce fut à ses ^persévérants efforts, à son concours matériel même, qu’elle est redevable du somptueux édifice où il a été permis de développer, selon ses vues, toutes les branches de l’enseignement artistique.
Les lauriers cueillis par ses élèves dans maints concours, les œuvres remarquables que beaucoup d’entre eux ont produites, IParlent assez haut du mérite de Simonis comme professeur.
Pour ses collègues Simonis fut toujours l’homme loyal et sincère. Il ne marchandait pas la vérité. Sous une réserve par trop grande i>eut-être, il cachait un cœur d’or. Quand il aimait, c’était d’une affection profonde qui ne se démentait jamais.
— iSg —
Dur pour lui-même, d’une extrême bonté pour qui souffrait, il a tenu bien des bienfaits soigneusement cacliés.
Son nom occupera une place glorieuse dans les annales de la patrie et y restera entouré d’une auréole éclatante, comme un iifïpérissable exemple de dévouement et de désintéressement, de bonté et de loyauté.
Grand concours de sculpture (i,ooo francs) : M. Heusers, H.
Architecture monumentale. Prix : M. Cnudde, O.
Composition historique. Prix : MM. Van Acker, H., Lagae, S., et Hoffman, G.
Peinture d’après nature. Prix : MM. Collin, M.-A., et Lacroix, H.
SculiAure d’après nature. Prix : M. Devreese, G.
Récompense sx)éciale est décernée aux élèves Devreese, G., et Cantillon, H.
La société artistique L'Essor demande qu’il soit donné suite à la décision portant qu’il serait ouvert un concours pour la nomination d’un professeur de sculpture à l’Académie. M. Dillens, au nom de VEssoi\ demande quelle suite a été donnée à ce concours.
En i883-84, 768 élèves suivirent les cours.
La bibliothèque de l’Académie est réorganisée de manière à rendre celle-ci accessible aux élèves comme aux professeurs.
M. le bourgmestre Buis préside la solennité de la remise des prix le 14 décembre. Betenons de son discours les passages suivants :
La sollicitude de nos magistrats a j^ourvu et elle ne cessera de l)onrvoir à ce besoin qui s’était depuis bien des années fait sentir à l’Académie. Aussitôt qu’elle fut sortie des souterrains où son dévelo])pcment a été longtemi)s entravé, considérant que les bibliothèques sont un indice certain du x)rogTÔs des lumières et contribuent à les étendre, qu’elles sont, comme on l’a dit avec raison, les réservoirs de l’esprit des siècles et les archives du génie de l’homme, ils se sont cmi)ressés de voter les fonds nécessaires à la création d’une bibliothèque.
Aujourd’hui que cette bibliothèque comx)tc déjà un millier de volumes, œuvres d’art et d’archéologit), de x)oésie et d’histoire,
fournissant de puissants moyens de s’instruire, d’exercer, d’épurer, de former le goût; de trouver des règles reconnues et fondées sur de vrais principes, le service en a été organisé de manière à la rendre facilement abordable.
J’ai même à constater un des plus brillants succès que nous ayons eu à enregistrer.
Au dernier concours destiné à perpétuer la mémoire du célèbre sculpteur Godecharles, concours dans lequel la lutte a été des plus vives, les concurrents s’étant particulièrement distingués, tous les prix ont été décernés à des élèves de notre école : le prix d’architecture, à M. Horta, Victor-Pierre, de Gand, que vous allez tantôt couronner encore; le prix de sculpture, à M. Dubois, Paul-Maurice-Josepli, d’Aywaille; le prix de peinture, à M. Van Strydonck, Guillaume-Séraphin-Léopold-Cliarles- Albert, de Namsos (Norvège).
Le grand prix d’architecture (i,ooo francs) fut obtenu par M. Hubrecht, J.-L.
Peinture d’après nature. Prix : M. Decoster.
Sculpture d’après nature. Prix : M. Lagae, S.
Composition, dessin, iDeinture. Prix : M. Delville, J.
Comi)Osition, sculpture : M. Delporte, J.
En 1884, le projet d’organiser à l’Académie une Ecole des Arts décoratifs fut présenté; entre autres considérations, on disait que :
Les expositions, ces luttes pacifiques, prouvent que la prospérité des industries d’art est en raison directe de la supériorité des produits et de l’originalité des modèles. Le succès va toujours aux produits conçus avec intelligence et exécutés avec économie et bon goût. Les administrations publiques, soucieuses de l’intérêt général, doivent constamment poursuivre l’amélioration de l’enseignement des arts appliqués à l’industrie. Notre pays, dont les i>roduits d’art industriel et décoratif, anciens et modernes, sont x^artout fort appréciés, ne pouvait rester étranger au mouvement général qui s’est produit sur ce terrain.
La plupart de nos jeunes artistes semblent ignorer que les plus grands génies artistiques n’ont point dédaigné de s’occuper d’art industriel, et qu’ils nous ont ainsi légué bien des chefsd’œuvre, et nombre de ceux à qui des tentatives dans la pratique du grand art n’ont laissé que des déceptions, eussent pu se créer une position enviable, en portant leurs efforts vers l’étude d’une des branches de Tart industriel.
La question du clioix judicieux d’une profession est fort difficile. Une École des Arts décoratifs aide i)uissamnient à civiliser les aptitudes des jeunes gens, en leur procurant l’occasion de manifester leurs ])références dans le clioix d’une industrie d’art. On arrive ainsi à créer des artisans, des artistes, des chefs d’établissement, ])ossédant le sens du beau, ce qui contribue à améliorer les jiroduits des industries artistiques, de façon à justifier de plus en plus, l’antique renom d’art de notre pays.
M. le bourgmestre Eiils dépose dans la séance du Conseil communal du 29 septembre 1884, un rapport sur la création d’une Ecole des Arts décoratifs et la réorganisation de l’Académie des Beaux-Arts, dont nous extrayons les passages qui suivent :
L’Académie des Beaux-Arts ouvre annuellement ses portes à huit cents élèves en moyenne (jusqu’en i884). Ces jeunes gens ne se destinent évidemment pas tous à devenir iieintres, architectes, sculpteurs. D’apres une statistique dressée en i87<], l’Académie comiitait sur ce nombre cinq cent trente gens de métier ou artisans-artistes. Il suffit du reste de conqiarer la fréquentation des trois degrés de renseignement, iiour constater que la majorité des élèves ne poursuit pas ses études au delà de la division élémentaire. Il en résulte donc que l’Académie, pour satisfaire à sa mission, doit devenir une école populaire, susceptible de donner aux artisans les connaissances qui leur permettront d’ai)jdi(pier l’art à l’exercice de leur profession. Or, tout renseignement de l’Académie est uniquement organisé en vue de former des scul])teurs, des architectes et des peintres. Ce résultat, elle l’atteint, mais rien ou i)resque rien n’a été fait en vue des nombreux métiers. Les résultats sont d’une part la décadence de nos industries artisticpies, d’autre ]>art la création d’artistes médiocres, aux(iuels l’exercice de leur art donne à ])eine des moyens d’existence.
Cette situation fâcheuse a été signalée déjà en i8(>8 au congrès des arts du dessin, et ensuite en 1874. Le gouvernement, cédant aux nombreuses sollicitations, institua, le 4 une commission chargée de préi)arer un programme d’Ecole des Arts décoratifs, à unnexer à l’Académie des Beaux-Arts. En 18812, cette commission, après une longue élude, déposa son raj)port. Son prograiume fut trouvé troj) chargé et une sous-comniission reçut pour mission d’opérer une révision en \ iie de le
simi)lifier, les rai)ports de MINI, les inspecteurs Caiincel et De Tare en démontrent la nécessité.
C’est ce dernier ])rogTainnie qui est proi)Osé.
Voici les dil'férents degrés ]>ar lesquels passeraient les élèves, d’a])rèsle programme :
Au seuil de l’école se imésente un examen destiné à lu'ouver qu’ils ])ossèdent la connaissance des i)rincii)es du dessin. A leur entrée dans les cours, les élèves commencent à recevoir un enseignement commun à toutes les sections de renseignement, comi)renant l’étude du trait ou tracé des motifs de rornementation plane à base géométrique, puis celle de la flore ornementale et conventionnelle, enfin l’étude des projections, de la i)ersi)ective cavalière, de la théorie des ombres et la x)ratique du lavis.
Arrivés là, les élèves rencontrent les trois grandes divisions, l)einture, sculpture et architecture, et suivant que leur i)rofession se rattache à l’un de ces arts ou qu’ils veillent arriver à être ])eintre, sculpteur ou architecte, ils s’engagent dans l’ime des trois voies qui se présentent à eux.
La i)einture sert aux lithograiihes, graveurs en creux et en relief, les calligraphes, les typogTai)hes, les découpeurs sur métal, ivoire et i)ax)ier. Elle conduit encore aux métiers qui emx)loient les couleurs en teintes x)lates et ouvre le chemin aux Xieintres décorateurs, les mosaïstes, les x^eintres verriers, les émailleurs, les x>eintres sur x^orcelaine, les tax^issiers de haute lisse, les tisserands; les futurs x)eintres asx^irant à cultiver le grand art continueront jusqu’au bout.
Dans la sculx)ture on enseigne les connaissances nécessaires aux arts du vêtement, à la verrerie, à la céramique, à la glyx^tique et la torentique, à la sculxAure décorative et la statuaire décorative, à la ciselure, la ferronnerie, la joaillerie, restamx)age.
L’architecture conduit à la décoration de la couverture des bâtiments, à celle des meubles, de la menuiserie, des charx)entes des x>ierres, de la maçonnerie, de la construction, de la marqueterie, de la carrosserie, du découx^age.