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ORGANISATION DE L’ÉCOLE DES ARTS DÉCORATIFS

L’école doit fonctionner dexmis le octobre jusqu’à la fin de juin.

L’enseignement sera divisé en deux sections distinctes, com- X)renant :

i'’ Des' cours x)our les élèves x^ouvaiit consacrer la journée entière à leurs études.

Ces cours prendront quarante-huit heures d’étude par semaine, c’est-à-dire huit heures par jour,

2^ Des cours pour les ouvriers qui ne peuvent disposer que de leurs soirées.

Ils auront une durée de vingt-et-une heures d’étude par semaine, ou trois heures par jour, y compris la matinée du dimanche.

Il y aura lieu d’examiner ultérieurement s’il ne serait pas utile d’annexer plus tard des cours si)éciaux pour demoiselles, afin de faire ])articiper aussi les femmes aux bénéfices d’un liareil enseignement.

Nous pourrons peut-être offrir un jour au gouvernement d’organiser, avec les éléments que nous posséderons, un cours normal pour la collation du diplôme de imofesseur de dessin.

Pour permettre le fonctionnement immédiat et régulier 'de l’École des Arts décoratifs, il serait nécessaire d’y adjoindre une bibliothèque artistique. Cette annexe indisi)ensable pourrait être établie sans donner lieu à une nouvelle dépense. Il suffirait, en effet, de détacher du Musée royal de l’Industrie, où elle n’est ])as à sa place, la Bibliothèque des Arts industriels qui s’y trouve et de la transférer avec son i)ersonnel et son budget à l’École des Arts décoratifs.

Il en serait de même du cours de construction que donne M. Laureys, le dimanche, à l’École industrielle.

Il y aura i)robablement lieu, vu les sacrifices que la ville s’impose pour organiser cet enseignement, de faire i)ayer un minerval aux élèves.

Il est généralement admis que les services payés sont mieux appréciés que ceux qui sont donnés gratuitement.

Le rapport termine par le programme de l’École dont voici les principaux articles :

Aucun élève ne sera admis ni à l’Académie ni à l’École s’il ne ])rouve, par une éi)reuve, qu’il i)ossède au moins les matières enseignées dans les écoles ])rimaires et qu’il a suivi les cours l)rati(iues et théoriques de renseignement élémentaire du ]>rogramme a])i)rouvé ]>ar le conseil de i)erfectionnemcnt de l’enseignement des arts du dessin, dans sa session de 1874.

Aucun élève ne ])eut ]>asser d’un cours à un cours su])érieur s’il n’a obtenu la moitié des ])oints sur l’ensemble des travaux d’atelier et la moitié des points sur rensemblc des branches scientifiques de sa classe.

Tous les cours sont oblij^atoires.

L’eiiseignenient se divise en trois grandes parties : la i)eiuture, la sculi)ture et l’arcliitecture, dans lesquelles les élèves se rendent ai>rès avoir eu renseignenient du premier degré, c’està-dire le dessin; i'* étude du trait ou tracé des motifs de l’ornenientation j)lane à base géométrique; 2° la flore ornementale et conventionnelle (définition et inter])rétation géométrique des feuilles, fleurs et i)lantes); rai)plication à rornement, les ])rojections, la persi)ective cavalière, la théorie des ombres et ])rincipes du lavis.

Ce ])rogramme com])orte renseignement en peinture, sculj)ture et architecture 2>ratique et théorique, de tout ce (pii a trait à n’importe quel métier ou industrie. Ensuite toute une suite de cours généraux jiour donner aux élèves les connaissances nécessaires des différentes industries. Voilà, en ses grandes lignes, l’interprétation du iirogramme. Cette réorganisation ^ s’inqiosa d’autant jilus, qu’elle venait de s'acconqilir à l’Académie d'Anvers.

Les cours pendant l’année scolaire 1 884-85 furent suivis par 786 élèves.

Détaclion« du discours de AI. Henne de cette année :

Beaucoui) de jeunes lauréats s’imaginent que les prix reml)ortés à l’Académie leur confèrent déjà le titre d’artiste. Qu’ils n’oublient jamais ces sages conseils de Boileau :

« Soj'ez 2)lutôt maçon, si c’est votre talent.

Ouvrier estimé dans un art nécessaire,

Qu’écrivain du commun et poète vulgaire. »

xV l’ex])osition internationale d’xVnvers, dans la brillante section de l’enseignement qu’a fournie la ville de Bruxelles, l’Académie a été jugée digne d’une médaille d’or. La mort enleva cette année un homme qui a rendu à notre xVcadémie de grands services, M. Félix Sta])i)aerts, décédé le 3 mars i885.

Staiijiaerts sut caiitiver l’attention de ses auditeurs et é])rouver leurs sympathies. Érudit, il les initiait à la science, sans les fatiguer ; homme aimable et siiirituel, il savait lui donner une forme attrayante. Aussi les élèves se pressaient-ils en foule à son cours, et, guidés jiar ses leçons, i>ar ses conseils, on en vit liientôt un grand nombre s’adonner à la lecture, prendre le goût des livres, se livrer à de fructueuses recherches dans les bibliothè(2ues.

Du commerce le plus agréable, Stappaerts accueillait avec aménité les élèves et les jeunes artistes qui allaient fréquemment consulter réminent i)rofesseur. Doué d’une élocution facile et élégante, causeur humoriste, il traitait avec une certaine gaieté les matières les i)lus ardues et i)résentait, avec un grand charme, les savantes recherches et les imi:>ortantes découvertes qui permettent aujourd’hui de mieux connaître, de mieux juger les temi:>s anciens.

Ce dévouement à la science, il le conserva jusqu’à la' fin de sa carrière. Quand de cruelles souffrances l’obligèrent de se séi)arer de ses chers élèves, la séparation ne fut qu’api)arente. Jamais il ne se déroba à ceux qui réclamèrent ses conseils ou son assistance; jamais il ne cessa de s’intéresser à leurs travaux et à leurs succès.

Le palmarès donne :

Grand prix de peinture (i,ooo francs) : M. De Geetere, G,

A la demande du jury, une récompense pécuniaire est accordée à l’élève J. -H. Dirickx et une mention honorable à l’élève A. Lefebvre ;

Peinture d’après nature : M. Ricliir, J.

Sculpture d’après nature : M. Van Hove, G.

Architecture, composition monumentale : MM. Caluwaerts, S., et A"an Mossenhove, II.

Le p)hrti ouvrier beige envoie une requête au collège à l’effet de voir fixer les cours de rAcadémie de 7 à 9 lieures, afin de permettre à un plus grand nombre d’ouvriers d’y assister.

Durant l’auiiée i885-86, nous relevons les noms de 778 élèves.

La création de l’Ecole des Arts décoratifs est ajournée, la ville n’ayant pas reçu du gouvernement rengagement écrit de contribuer par nu subside déterminé aux dépenses de la nouvelle école.

Le 20 décembre le subside est accordé.

Le Conseil communal adopte le plan d’organisation d’une Ecole des Arts décoratifs à annexei' à l’Aeadémie,

Cette école, destinée à rendre les plus grands services à nos arts industriels et à la classe ouvrière, s’ouvrira à la rentrée du mois d’octobre 1886.

En séance communale du 19 avril 1886, M. Buis rappelle rajournement du projet de la création d’une École des Arts décoratifs, pour des raisons budgétaires* Aujourd’liui le gouvernement met à la disposition de la ville un subside de 28,000 francs pour cette école ; il est donc urgent, dit-il, de mettre l’affaire à l’ordre du jour. Dans la séance du 24 mai 1886, M. Buls dit : «Je crois qu’il y a un véritable intérêt démocratique » à modifier l’organisation de l’Académie des Beaux- » Arts. Des enquêtes établies en Angleterre, en » Europe et en Amérique prouvent que les pouvoirs » publics se sont attacliés spécialement à résoudre la )) question de l’enseignement de l’art industriel. » Le bourgmestre s’étend longuement, cite l’opinion du président des unions syndicales de France, produit des preuves de toutes sortes, que renseignement de l’art décoratif est nécessaire. Le gouvernement promet d’intervenir pour la moitié de la dépense. On espère de la province un subside de 5, 000 francs. L’ensemble du programme fut adopté à runanimité.

L’École des Arts décoratifs était créée, et, disons-le liautement, grâce au travail et à la persévérance du bourgmestre Buis. Le personnel nommé à l’occasion de la création de l’École des Arts décoratifs fut : Professeurs : MM. Baes, Gérard, Evrard, Fumière, Lefebvre, Maukels, Stallaert, Vandervin, Vander Stappen. Jacquet, Waegeneer et Wauters. A la bibliothèque : M. Pieter D’iiondt.

M, Baes est nommé sous-directeur de l’École.

On décide que les cours se donneront, à partir du mois d’octobre, de 7 à 9 heures. Une pétition émanant des élèves de l’Académie réclame contre la fixation

du commencement des cours à 7 heures du soir. Ils sollicitent le maintien du statu quo.

Le discours de M. Henne de raniiée 1886, 5 décembre, est si intéressant au point de vue historique que nous le reproduisons en entier :

La cérémonie qui nous réunit aujourd’hui marque la fin d’une longue période durant laquelle l’école que des doy ens de métiers avaient fondée il y a cent soixante-quinze ans, a vu successivement se développer sa bienfaisante influence et conquérir le titre d’xVcadémie royale des Beaux-Arts. Aussi, de la modeste chambre de l’IIôtel de ville où elle prit naissance, .des souterrains du Palais de l’Industrie, où elle resta longtemps enfouie, la voit-on installée aujourd’hui dans le splendide moimment que lui a érigé l’ administration communale.

Elle entre maintenant dans une autre sphère, et l’Ecole des Arts décoratifs qui vient d’y être annexée, doit, sinon transformer d’une manière complète, du moins modifier i)rofondénient les modes d’instruction; toutefois il ne sera i)oint porté atteinte aux grands princix)es qui ont dominé dans I ancienne institution et en ont fait la gloire.

Au moment où s’ouvre cette ère nouvelle, qu’il me soit x^ermis de rax)x>eler brièvement ce que l’Académie a xu’oduit dans ces dernières quarante-et-une années, x^endant lesquelles j’ai eu l’honneur d’en être le secrétaire.

L’instruction y a été donnée à 9,814 élèves. Bien que renseignement académique \ dominât, l’art x)rox)rement dit n’}' fut jamais tout à fait négligé. A la classe des x>i*hicix)es d’architecture, si utile aux menuisiers, aux marbriers, aux maçons, on avait successivement adjoint des cours de dessin et de sculpture d’ornement.

Les 9,814 jeunes gens qui ont suivi ces cours, comx)renaient 4,488 élèves livrés x>ar état à des travaux mécaniques et ax)x>artenant aussi bien aux X)rofessions qui les rangeaient xa^voii les artisans que ceux à qui un travail intelligent valait le

titre d’artiste.

Au chiffre que nous venons d’indiquer, il convient d’ajouter le nombre d’enfants qui, à leur entrée à l’Académie, n'avaient ])as encore choisi de x)rofession.

Si modeste qu’on considère ce résultat du mode d’enseignement au })oint de vue de l’industrie, il me semble (pi’il ne fallait

l)us le laisser ina])erçii et qu’il mérite à raneieiine Académie un certain titre à la reconnaissance ])ublique. L’iiumanité, a-t-on dit, est un lionime qui marche toujours. Il en est de meme des institutions : lorsqu’elles sont sagement dirigées, le bien y fait l)lace au mieux. C’est là où tendra la nouvelle organisation (]ue nos magistrats, soucieux d’améliorer la condition des classes ouvrières et d’étendre les progrès de notre industrie, vont donner à la nouvelle école.

Elle aura pour effet, comme l’a judicieusement dit M. le bourgmestre dans son ra])port au Conseil communal, de faire de l’Académie « une école populaire, susceptible de donner aux artisans les connaissances qui leur permettront d’appliquer l’art à l’exei’cice de leur profession ».

La plupart des cours fonctionneront le jour et le soir durant neuf mois de l’année. En outre, d’autres cours seront donnés le dimanche matin, de manière à être accessibles aux jeunes gens qui ne pourraient les suivre pendant les jours de la semaine. Tels sont, entre autres, la j^einture d’ornement, de la flore, du bois, du marbre, de la technique de la peinture. Enfin, les cours du jour seront constamment ouverts aux artisans qui, en hiver, ]>ar exem])le, ne seront j^as occux)és dans les ateliers.

Ai)rès avoir rai)pelé ce qui a eu lieu naguère dans l’intérêt de l’industrie, qu’il me soit permis de retracer les succès obtenus ])ar nos anciens élèves dans les grandes luttes artistiques.

Au nom de l’élève aiq)elé à devenir un jour l’éminent directeur de l’Académie, au nom de Jean Portaels, sorti vainqueur du grand concours i^our le i)rix de Rome (i84a), c’est avec un légitime orgueil que nous ajouterons ceux des Jean Geefs (184b), des Stallaert (1847), des Laureys (1849), des Biot (i85o), des Ilennebicq (i8G5), des Naert (186G), des Vanden Kerckhove (18G7), des Marchant (18G9), <^^gs Mellery (1870), des Dillens (1877), des Henry Cogghe (1880), des Charlier (1882), qui, couronnés à leur tour, l’ont suivi dans la Tille Éternelle.

Il y aurait ingratitude à ne pas ajouter à cette brillante série de succès ceux que d’autres de nos anciens élèves ont obtenus dans diverses luttes ouvertes en Belgique et à l’étranger.

Tels sont les architectes Paniset, Vincent, Rousselle, Janssens, Raymaekers, Pavot, Vanderrit, Bernard, Vander Heggen, Mennessier, Van Humbeek, Acker, ATctor Ilorta;

Les i)eintres Degroux, Bourotte, Broerman, Van Strydonck;

Les sculx)teurs Brouwenaer, Jacques Jacquet, Dehaen, Paul et Henri Bouré, Desenfans, Derudder, Paul Dubois;

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Le gTaveur Campotosto.

Et iii(16i)eiulaminent de ces lauréats, Messieurs, que de grands artistes sont sortis de nos classes, que d’éloges les diverses Ex])ositioiis de Beaux-Arts ont valus à deslioiiimes ayant jinisé dans nos classes le talent qui a fait leur renoniinée!

La nouvelle école, nous en sommes certain, tiendra à lioiineur de ne pas dégénérer et de justifier ]>ar de sérieux succès les sacrifices que l’administration communale vas’ini])oser en sa faveur.

L’Académie des Beaux-Arts et l’Ecole des Arts décoratifs rivaliseront dans une pensée commune ])Our i)roduirc des (euvres qui font la gloire et la richesse d’un pays.

Il me reste. Messieurs, à rcmi)lir une mission dont m’a chargé le conseil de ])erfectionnement et d’études de rAcadémie. En sa dernière séance, il a décidé, i)ar acclamation, de prier notre cher et digne bourgmestre d’agréer le témoignage i)ublic de sa reconnaissance pour la nouvelle et éclatante preuve d’intérêt qu’il vient de nous donner.

L’École des Arts décoratifs, dont il est le véritable créateur et à laquelle son nom restera attaché, portera ses fruits. Elle est de ces institutions qui contribuent non seulement à la s])lendeur d’une cité, mais à la ])ros])érité générale de la patrie. Honneur au magistrat qui a ])Oursuivi ce noble but, qui a si bien compris que l’instruction publique doit être rendue en tout ])rofitable à la société, à qui il ne suffit ])as de i)Osséder quelques grands hommes, mais à qui il faut beaucou]) d’hommes utiles !

Le palmarès renseigne :

Grand concours de scul])ture (i,ooo francs), M. Delporte, J.; récompense pécuniaire à l’élève Hevreese, G.

Architecture monumentale. Prix: MM, Jumini, Ar., Dewulff, Ch., et Sauehez, Er.

Peinture d’après nature. Prix : MM. Dieriekx, J., et Rousseau, Ch.

Sculpture d’a]>rès nature. Prix : M. Delporte, J.

An mois de novembre de cette année ent lieu l’ouverture de la Bibliothèque artistique de l’Aeadéniic, sous la direction de M. Yan Hammée; bibliothécaire-adjoint, M. Picter D’hondt ; aide, M. Sehepens ; surveillant, M. Lamarque.

La Bibliothè(pie Artisti<pic a été formée de deux collections ; P’ de la i)artic artisticiuc (arts industriels) de la bibliothèque du

Musée royal de rindiistrie, dont l’origine remonte à rannée i8ü2. Sa création fut décidée à la suite de l’Exposition de Londres, (pii eut lieu en 1801. Modeste à ses débuts, elle a pris successivement de l’accroissement, si bien qu’en 1886, époque de son transfert à l’Académie royale des Beaux-Arts et à l’École des Arts décoratifs, cette bibliothèque pouvait être considérée comme une des i)lus comi)lètes dans son genre ; 2° de la Bibliotliôque de l’Académie, collection qui, quoique inférieure à la précédente, répondait mieux à renseignement des beaux-arts jmoprement dits. En réunissant ces deux collections sous la dénomination de Bibliothèque Artistique, une bibliothèque d’une réelle et grande importance a été formée, servant de pivot à l’enseignement de l’établissement où elle a été établie.

Le catalogue renferme : pour ce qui concerne la peinture

et les industries qui en dérivent, des ouvrages traitant des matières suivantes : la i)einture, la gravure, les émaux, l’impression, le tissage, la broderie, la dentelle, la tapisserie, la reliure, la mosaïque; 2° relativement à l’architecture et les industries qui s’y rapportent, des ouvrages traitant de l’architecture, de la maçonnerie, de la marbrerie, de la taille de la pierre, de la menuiserie, de l’ébénisterie, de la marqueterie, de la carrosserie, du découpage, de la charpenterie, de la construction; 30 des ouvrages concernant la branche de la sculpture et des industries y relatives, traitant de la sculpture, de la ciselure, de l’estampage, de la céramique, de la fonte des métaux, de la ferronnerie, de l’orfèvrerie, de la bijouterie et de la joaillerie ; 4° un choix d’ouvrages d’histoire se rai)portant aux arts et aux diverses industries énoncées ci-dessus.

La Bibliothèque acquiert annuellement un nombre considérable de volumes; de cette façon, les collections se comi)lètent et forment un ensemble artistique inappréciable. Des dons nous Xiarviennent également et enrichissent la bibliothèque d’œuvres inédites de grande valeur.

Le catalogue est fait de façon à mettre facilement le lecteur au courant des ouvrages cpi’il désire consulter. Pour cette raison, il a été divisé en différentes sections, comprenant ; 1® l’architecture; 2'^ le costume ; 3^ la sculpture, la peinture, la décoration, l’ornement; 4® l’ébénisterie, la menuiserie, rameublement; 50 la serrurerie, la carrosserie, la ferronnerie, le travail des métaux ordinaires; la joaillerie, l’orfèvrerie, la ciselure; 7° les arts cérami(iues, la verrerie et la peinture sur verre ; 8” les arts et les métiers ordinaires et usuels; y" l’anatomie, la

phrénologie, la perspective, les i)roportions du corps; lo^ l’archéologie et l’histoire; ii” la biographie et la littérature; 12® les dictioiiuaires ; les expositions; i4° les catalogues ; i5° les rapports; les photograi^hies ; i’}«les ouvrages divers; i8® les ouvrages traitant les sujets variés qui rentrent dans plusieurs des sections lorécédentes ; 19*^ les nouvelles acquisitions; copies revues et les périodiques.

Le choix des nouveaux ouvrages à acquérir ne se fait pas seulement au point de vue des élèves qui fréquentent l’établissement, mais aussi au i)oint de vue de tous les artisans, chefs d’établissements industriels, hommes de métiers qui pour leurs travaux ont besoin de documents relatifs à leur profession. La Bibliothèque étant accessible au ])ublic, doit i)Oiivoir aider et rendre des services à tout le monde. Tous nous devons travailler au développement de nos arts et de nos industries, afin de maintenir la bonne renommée de notre savoir-faire, de notre bon goût et de notre intelligence, et de cette manière, par la j)roduction, faire prospérer nos industries et notre art national.

Dans notre siècle de progrès, c’est par la prospérité de l’art et de l’industrie qu’un i)euple se fait valoir. C’est grâce à ces institutions où l’on développe l’esprit des jeunes générations que, dans l’avenir, la Belgique saura maintenir la renommée qu’elle a acquise antérieurement.

Notre pays, si petit qu’il soit, pourra continuer à soutenir les luttes pacifiques aux Expositions, dans lesquelles le succès va toujours aux jmoduits conçus avec intelligence et exécutés avec économie et bon goût. C’est i^our cette raison que les administrations publiques soucieuses de l’intérêt général, font tout ce qui est humainement possible i^our améliorer sans cesse renseignement des arts appliqués à l’industrie.

Dans ces temps de luttes, on ne saurait assez engager les jeunes gens à s’adonner à renseignement de l’art industriel et décoratif. Que l’on n’oublie pas que tous les grands artistes, anciens et modernes, ont fait et font de l’art industriel et décoratif; que l’on ne se méprenne donc ]>as sur la dénomination d’art industriel ou décoratif.

En conséquence, la Bibliothèque est formée de manière à pouvoir rendre service aux artisans, chefs d’atelier, ouvriers, pour n’inq)orte quels renseignements.

Les lioiires d’ouverture de la bibliothècxue ont été maintes fois eliangées; elle est ouverte atduelleiiient

do 1 à 4 lieures et de 7 à lo heures du soir, les dimanelies, de 10 heures à midi.

Une salle d’exposition est attenante à la bibliothèque, dans les vitrines de laquelle les visiteurs j)euvent admirer des collections de gravures, estampes et photographies de tout ce que l’art, l’art industriel et décoratif ont produit de plus marquant au point de vue de la sculpture, de la peinture et de rarchitecture. Cette exposition est fréquemment renouvelée et j^ermet aux élèves d’englober en quelques instants toute une période d’art ou toute une manifestation industrielle.

Xous trouvons pour l’année 1886-1887 l’inscription de 686 élèves.

Le rapport du secrétaire nous apprend :

Un événement douloureux a marqué l’ouverture de l’École des Arts décoratifs. Un jeune professeur qui faisait concevoir les idus belles esi:>érances lui a été brusquement enlevé par une cruelle maladie. Si courte qu’ait été sa vie professorale, Henri Evrard, un de nos anciens élèves, avait rencontré les sympathies de ses collègues et mérité l’estime et l’affection de ses élèves. Tous avaient pu apprécier le zèle et le dévouement qu’il déploya dans l’exercice de ses importantes fonctions; aussi sa perte a-t-elle insihré d’unanimes regrets.

En 1884, j’ai eu l’honneur de vous signaler les heureux résultats produits ])ar la création de la bibliothèque dont la sollicitude de l’administration communale avait doté notre Académie. Cette Bibliothèque n’avait alors qu’un millier de volumes; elle a été richement augmentée depuis par l’adjonction de la partie artistique des collections de l’École industrielle. Ouverte au public le 3 janvier 1887, elle a été visitée déjà par 19,458 lecteurs.

M. Ch. Dewiilff remporta au grand concours d’architecture le prix de Home. L’Académie de Belgique accorda, à runanimité, le prix de peinture à M. J.-L. Middeleer, pour sa frise décorative Les Nations du globe apportant à la Belgique les produits de leurs sciences ^ de leurs arts et de leur industrie.

Au dernier concours destiné à perpétuer la mémoire de Godeeliarles, cet artiste célèbre que l’Académie se glorifie d’avoir compté parmi ses professeurs, les prix de peinture et de sculpture ont été remportés x^ar MM. J. Dierickx et E. Kombaux. Avaient eu également l’iionneur d’être classés : MM. G. Ficliefct, G. Hoffman, A. Leveque, élèves de x)einture ; C. Samuel, Y. De Haen, élèves de sculx)tare; et A. Yanden Eynde, élève arcliitecte. Ce fut un des anciens élèves de l’Académie, M. J. De Kudder, qui triomxdia dans le concours ouvert x>our le monument Eogier. Une récex^tion eut lieu le même jour à l’Académie, où M. le directeur Portaels félicita les lauréats ' — fête charmante et cordiale, où les noms des x^i’ofessenrs MM. Portaels, Stallaert, Laureys, et du secrétaire, M. Henne, furent vigoureusement acclamés.

Pour l’année scolaire 1887-88 nous constatons qu’il y a eu 867 élèves.

M. Moonens est nommé x)rofesseur de x^einture décorative en reinx^lacement de M. Evrard, décédé.

M. Scliwilden est nommé x^i^*<^>fesseur de peinture (bois et marbres) à l’Ecole des Arts décoratifs. Ces cours se donnent les dimanclies de 8 heures à midi, dex^uis le mois d’octobre jusqu’à fin juin.

M. Henne x^e^i’ son discours à la distribution des X>rix nous ax:>x^rend que :

Cette aimée, sur six concurrents admis à lutter ])Our le 2>rix de Rome, trois de nos élèves ont été brillamment classés : Jules Lagae, de Roulers, i^'*’ i>rix; Gustave-Emmanuel Van llove, de Wdteren, 2'* î Charles Samuel, de Bruxelles, mention honorable.

Dans un autre grand concours ouvert à Amsterdam, également pour le i>rix de Rome, deux de nos élèves, Jhlouard Jacobs et Henri-Adolxdie Scholtz, ont remi)orté le i*''' et le 2'' prix.

Et là ne se sont ]>as arretés ces trioni])hcs. Au concours ouvert X>ar la Société Bruxelles-Attractions, un de nos anciens élèves,

dcNcmi aujourd’hui un de nos excellents ])i*oresseurs, Ku^ène Aeker, a vu adoi)ter, à runaniinité, son ])i‘ojel de palais des fêtes; et le second i)rix a été décerné à A'ictor Ilorta, (^110 vous avez couronné l’année dernière lauréat d’architecture.

J. es classes ouvrières ont i)roin])tenient coni])ris tout l’avantage (|u'elles auront à tirer des iini)ortants déveloi)i)einents qui vienm'ut d'ètre donnés à l’enseignenient des arts i)lastiques.

Jamais le nombre d’inscriptions n’a été aussi considérable : il s’est élevé déjà, pour la présente année scolaire, à 917.

M. Donmiy, Léopokl-Henri-Josepli, par testament eu date du 14 janvier 1887, lègue à rAcadèmie une somme de 25,000 francs pour la fondation d’un prix annuel à décerner au concours de paysage. L’Académie reçut cette année la visite de LL. AA. ER. le comte et la comtesse de Flandre.

L’Académie est fréquentée durant l’année 1888-89 par 848 élèves.

Le rapport de M. Henne nous aj)prend que la mort ravit coup sur coup deux liommes du corps professoral qui s’}^ étaient fait justement estimer par leur mérite et par leur dévouement :

Nicolas-Théodore Loxhay, dont radministration communale a constaté les services qu’il a rendus connue professeur du cours ])ublic d’astronomie, en vulgarisant les notions de cette science, ne fut ]>as moins recommandable comme professeur du cours de géométrie et de mécanique que pendant vingt-six ans il a donné à l’Académie.

Il est mort le 28 octobre, au moment où il allait jouir d’un rei>os bien mérité, a])rès de longues années de travail qui l’avaient fait api)récier par ses concitoyens, ses collègues et ses élèves.

Charles- Jean Van Mierlo, fraj)pé dans la force de l’âge, dans la vigueur de l’intelligence, au milieu d’une carrière parcourue avec honneur et dont une voix autorisée a retracé, avec l’éloquence du cœur, les imi)ortants travaux.

Loxhay et Van Mierlo ont été devancés dans la tombe par un de nos anciens i)rofesseurs, qui, jusqu’à la fin d’une longue carrière, donna des preuves d’un vif attachement à l’Académie.

J’ai nommé François Bossnct, cet infatigable travailleur, mort ou plutôt s’éteignant devant le chevalet qui avait vu tant de toiles

cc s’animer sous ses doigts. «

Lors de la réorganisation de l’Académie, en i835, rillustre maître qui avait été appelé à la diriger, Navez, estimant, comme Léonard de Vinci, que le peintre ou le dessinateur qui n’observe j^as les lois de la persi>ective, ressemble au j)ilote qui voudrait naviguer sur l’Océan sans boussole, proposa la création d’un cours de persi:>ective. Cette proposition ayant été adoptée, Bossuet fut nommé imofesseur du nouveau cours le

octobre i835. Son remarquable Traité de perspective, resté toujours en grande réputation, justifia ce choix, et l’auteur ne le justifia pas moins par le zèle qu’il mit à professer son art.

A])rès quarante ans de services, il obtint l’éméritat (i®i‘ janvier 1875), mais il n’oublia jamais rinstitution où il avait passé à peu x)rès la moitié de sa vie. Ax)x)elé, chaque année, à juger les concours de i)erspeetive, il le fit constamment avec l’exactitude et le soin qu’il avait apportés dans son enseignement. Ses collègues du jury, qui comptait lùusieurs de ses anciens élèves, se plaisaient à reeonnaître la sûreté de son jugement, comme l’aménité qu’il ai)portait dans les discussions auxquelles donnaient lieu i)arfois les diverses appréciations des travaux qui leur étaient soumis.

M. le bourgmestre ayant pris la parole et s’adressant à M.- Henne, lui dit ces mots :

Depuis près d’un demi-siècle notre dévoué secrétaire-administrateur a prêté son concours actif aux ])rogrès de notre première école d’art; il a suivi d’un œil paternel les succès remportés ]>ar nos élèves aux concours de l’Académie, aux concours X)our les ])rix de Rome, aux exx)ositions nationales, aux exx>ositions internationales.

Nous ])ouvons le constater avec un légitime orgueil, nos artistes ont dignement soutenu l’antique renom de l’école flamande, et ])armi ceux que l’étranger acclame, il se trouve beaucou]) d’anciens élèves de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.

« Mon cher Secrétaire- AdnAiiislrattur,

» \’ous avez cru devoir demander votre retraite à raison de

votre grand âge, vous avez certes acquis le droit de vous reposer après la vie active que vous avez consacrée à l’étude et au travail, mais je constate avec joie que votre verte vieillesse vous laisse encore assez de force ])our continuer à suivre les travaux de nos élèves; ce n’est donc ]>as un adieu que je vous adresse, c’est au revoir que je vous dis. Nous espérons vous voir longteini)S encore parmi nous j)our saluer les victoires des jeunes gens de cette école, à laquelle un demi-siècle de votre existence vous rattache . »

Ces paroles, improvisées, de ritonorable magistrat, dit le rapport, ont vivement ému l’assemblée qui les a aeciieillies par d’unanimes applaudissements, et e’est les larmes aux yeux que M. Henne a remercié l’iiomme de cœur qui venait de récompenser si noblement de longs services.

Le grand concours de sculj)ture (1,000 francs) fut remporté ])ar M. Devreese, G.

Prix de paysage (legs Doimay) : M. lleubens, J.

Sculpture d’ai)rès nature : M. Rousseau, V.

Peinture d’a]>rès nature : MM. Flodru, J., et Leempoels, J.

Architecture, comj)osition nionunientale : M. Dupuits, L.

Pour la première fois depuis sa fondation , le nombre de 1,000 élèves est atteint par notre Académie ; en effet, nous constatons que pendant l’année 1889-90 il y a eu 1,018 élèves inscrits.

MM. Verlioeven et Combaz sont nommés itfofesseurs en remplacement de AIM. Loxliay et Van Mierlo. M. Van Keirsbilck est cliargé de donner le cours de dessin d’après les fragments d’animaux et le bas relief. M. Moonens, le cours de dessin de solides et d’objets industriels. M. Taelemans, après un remarquable concours, est nommé professeur d’éléments de dessin.

Le rapport enregistre cette année encore deux morts dans le corps professoral ;

C’est d’ahord la mort de >>T. î)e Groiickcl. Quittant la direc-

tion de rAcadémie de Lokereii, il entre à Bruxelles comme professeur de principes de dessin (3<^ et 4*^ classe) en i8G3 ; il passa en 2^ classe en i8GG. Il se fit remarciuer par un enseignement sérieux, et beaucoui) de nos meilleurs artistes se rappellent encore scs leçons avec ])laisir. Il professa dans la classe de tête antique de])uis i88G; mais son passage devait y être de courte durée : De Gronckel mourut le 8 janvier 1890, laissant dans la mémoire de tous le souvenir d’un l>on i)rofesseur et d’un homme loyal et intègre.

Enfin, Alexandre Robert, (pii i)endant vingt-sept ans se dévoua tout entier à l’Académie, d’abord comme jirofesseur de dessin d’après la tète antique, fonctions auxipielles il fut ai)pelé en octobre i8G3, et enfin comme i)rofesscur de ])einture et de dessin d’après la figure anti(pic, titre (xu’il obtint deux ans plus tard.

Les ])aroles émues prononcées tant au nom du corps professoral (pi’aii nom de ses élèves et anciens élèves, ont montré (pielle grande i)lace il occupait non seulement dans notre enseignement, mais aussi dans l’affection de tous.

Le prix do Rome de cette année (arcliitecture) fut rcmpoi té par M. A. Verlielle. A la suite des concours ouverts par l’Académie de Belgi(|iie, M. Fr. Hoffman remporta le prix pour son diplôme, qui a été très appré(dé. Au dernier Salon plusieurs des meilleurs élèves ont su se produire.

Citons MM. Gilsoul, Keuller, Lecmpoels, M^^° Marcotte, AIM. Stevens, Van Doren, Dieudonné, Laeremans, Bonequet, Kemmerich, Puttemans, Weygers et AVyninxe. AIM. Cli. Levêqne et Rousseau obtinrent le prix Godecliarles.

Alentionnons encore AIM. A^ictor, De Haen et E. Lambot, qui ont été classés seconds candidats pour la sculpture et l’arcliitecture, et M. L. Rottliier, qui a obtenu une mention honorable en peinture.

Le 17 février 1890, AL André, éclievin des beauxarts, soumet à l’approbation du Conseil le règlement organique et d’ordre intérieur de l’Académie et de l’Ecole des Arts décoratifs. Les modifications les plus

importantes sont les suivantes : Augmentation du

nombre des membres du Conseil communal délégués au conseil académique ; ce nombre est porté de 3 à 4- 2° Perception d’un minerval. Cette mesure, disait-on, qui a été appliquée sans difficulté aucune depuis la création de l’Ecole des Arts décoratifs, ne peut èntraver en rien l’accès de l’Académie aux jeunes gens méritants se trouvant dans une situation de fortune modeste. Le collège, en effet, se montre très bienveillant dans l’octroi des bourses, mais il leur a paru équitable de faire payer le minerval peu élevé, décidé par le règlement, aux élèves qui sont en situation de supporter les frais de leurs études.

L’établissement d’un minerval est en même temps un excellent moyen de discipline.

3® Création d’un diplôme d’arcbitecte que les élèves pourront obtenir dans les conditions déterminées.

Ce projet est adopté à l’iinanimité des membres présents.

Ce règlement j)réconise que les concours de fin d’année comj)rendront des applications des trois arts aux métiers qui en dérivent.

Des visites aux ateliers, aux manufactures, aux grands monuments ou à des cliantiers seront organisées pour les élèves du 2® et du 3® degré, le dimancbe et, autant que possible, dans la semaine.

A leur sortie de l’Ecole des Arts décoratifs, les élèves ayant suivi avec fruit les cours supérieurs, recevront un certificat de capacité sur la proposition des professeurs.

Une proposition de M. Godefroy, conseiller communal, tendant à augmenter le crédit de l’Académie de 1,000 francs et de décréter la gratuité des cours, est rejetée.

Cette année, an grand concours d’arcliitecture (1,000 francs) ce

fut M. Lambert, F., qui l’emporta. Une récompense pécuniaire fut accordée à l’élève Piano, G.

Prix de paysage (legs Donnay) : M. Gilsoul, V. Mention honorable avec récompense i)écuniaire : M. De Koninck, A,

Architecture, comi)Osition monumentale : MM. Lambert, F., et Verhelle, A.

Peinture d’après nature : MM. Raucq, R., et Van Esbroeck, E.

Sculpture d’ax)rès nature : M. Van Vaerenberg.

La bibliothèque prit cette année une extension considérable.

M. Scliepens, littérateur, aide-bibliothécaire, i^rend sa retraite pour raison de santé.

Le nombre d’élèves augmente toujours et en 1890-91 on admet 1,108 élèves.

M. Van Severdonck remf)lace M. Robert.

L’Académie ouvre deux nouveaux cours. Le cours temporaire de gravure à l’eau-forte, confié à M. Demannez, et le cours ftratique de mise au point, dont le titulaii’e, M. Aerts, a été nommé à la suite d’un concours.

Grand concours de peinture (1,000 fr.) : M. Raucq, R.; mentions honorables avec récomx)enses pécuniaires : MM. Schaeken, L., et Toussaint, J. Mentions honorables : M^i® Marcotte, L., et M. Van Esbroeck, E.

Prix de i)aysage (legs Donnay) : M. De Koninck, A, Mention honorable avec réconq^ense spéciale : M. Bartholomé, L.

Peinture d’après nature : M^^® Marcotte, L.

Scuh)ture d’après nature : M. Bouquet, H.

Architecture, conq)osition monumentale : M. Oordyns, A.

L’Académie est fréquentée en 1891-92 par i,io3 élèves, plus de 200 demandes ont du être refusées faute de place.

M. Desvachez est appelé à remplir les fonctions de secrétaire de l’Académie. Il est le fils du célèbre graveur D.-J. Desvachez dont nous tenons à signaler ici les œuvres, entre autres Le Compromis des nobles, qui mit le sceau à la réputation d’une de nos plus pré-

cicuses intelligences artistiques. Il grava aussi dans le temps pour la galerie de Florence, le portrait du pape Jules II, d’après Raphaël.

M-. Yerdeyen est noinmé professeur de la tête et du torse antique en remplacement de M. Van Severdonck. M. Saintenoy est nommé professeur d’histoire de l’architecture .

Reproduisons du remarquable discours de M. Desvachez, secrétaire de rAcadémie, prononcé à la distribution des prix le ii décembre 1892, les passages suivants :

A la suite d’une décision du conseil académique du 5 janvier 1889, les jeunes filles ont été admises à suivre les cours. Cette mesure présente certains avantages, notamment au point de vue de l’art décoratif ; au milieu de l’activité débordante de ce siècle et de la lutte constante i)our la vie, elle facilite à la femme l’accès d’une carrière où elle i)eut déployer un talent ]>arfois si souple et si délicat.

Les jeunes filles, dont le nombre s’accroît de plus en x)lus, ont, cette année, suivi au nombre de 3o les cours des deux institutions et x)lusieurs y ont obtenu de très beaux résultats. Nous n’avons, constatons-le avec satisfaction, qu’à nous louer du tact dont MM. les élèves usent à leur égard et nous i)Ouvons même dire que leur i)résence n’a exercé sur la discixiline aucune influence défavorable. Mais la question ne nous X^as

entièrement résolue en ce qui concerne les classes sux^érieures de l’Académie, et des esxmits très réflécliis redoutent quelque X)eu les inconvénients qui x^euvent résulter de la x^résence de la femme dans le même local que les jeunes gens,x)our l’éducation artistique de ceux-ci.

Que d’élèves ayant des ax)titudes x)rononcées x^our les arts ont brillé d’un certain éclat x)cndant la durée de leurs études et qui, manquant d’envergure, insuffisamment trenq^és x^our la lutte, trouvant la carrière encombrée, ou x>our toute autre cause, n’ont cex)endant x>as réussi à se faire un nom ! C’est que ce n’était x^as là leur véritable voie. L’esx)rit liumain est d’une diversité infinie, et le dévclox)i)cment du goût, le besoin de luxe, la variété des x)roduits x)crmet à cliacim d’occiq^er la X)lace qui lui revient.

Il y a nicmc là plus (^u’iiiie question de succès personnel, il y a une question économique de la i)lus haute imi)ortance. Comme le faisait très judicieusement remarquer un de nos })rofesseurs dans un rapport adressé au conseil de ])erfectionnement des arts du dessin, la concurrence avec les i>ays voisins se fait de l)lus en x)lus grande, et il imi)orte de lutter avec leurs produits tant })ar le bon goût et la nouveauté des modèles que par leur parfaite exécution.

C’est ])récisément dans ce but qu’a été élaboré le ])rogranime de l’École des Arts décoratifs; ai>rès les études iméparatoires nécessaires pour déveloiq)er leur habileté manuelle, les élèves sont exercés à la composition et suivent des ])rogrammes différents en concordance avec leur métier ou rindustrie qu’ils l)ratiquent : « Les uns s’occui)ent spécialement des bronzes, d’autres des meubles, d’autres encore des broderies, des cheminées, des menuiseries de luxe, de i)einture décorative, etc., et, comme comidément de ce cours de composition, les élèves réalisent à domicile leurs conceptions longuement étudiées tant au point de vue artistique que pratique; enfin, ils exécutent leurs (cuvres en matériaux véritables; dans ces conditions, renseignement est suffisamment com})let ])our faire renaître ce que les cor])orations et les gildes d’autrefois avaient de bon : l’œuvre de maîtrise. »

Ce sont des travaux de ce genre que le i)ublic a ])u remarquer à notre ex])osition triennale de cette année, et qui ont donné à celle-ci une note si intéressante. Grâce en partie au dévelo])penient acapiis ]>ar ce nouvel élément de i)roduction, cette exi)osition avait i)ris une imi)ortance excei)tionnelle tant ]>ar le mérite même des études que par le nombre considérable des travaux ex])osés.

Jj(i i)ublic a réi)ondu en foule à notre invitation, nous donnant ainsi un témoignage précieux de l’intérêt qu’il porte à notre enseignement.

Indépendamment de ces divers travaux, rexi)osition comprenait encore la série presque comi)lète des (xuivres couronnées au concours Godecharles. Ces concours, on le sait, ont lieu tous les trois ans, à l’occasion du Salon de Bruxelles, i)our la i)einture, la scul])ture et l’architecture.

Trois élèves de rAeadéiiiio ont été admis au eoneours de Home. C’est M. Van l'isbroeek, de Bruxelles, ([Lii a rempoi’té la x)liis haute distinetion, tandis qu’au

autre élève de l’Académie, M. Hottliier, obtint une mention bonorable.

Ce résultat, quelque satisfaisant qu’il soit dans son ensemble, doit être pour nous un stimulant à mieux faire. On sait, du reste, que le concours de Rome donne parfois lieu à des surl)rises et que les élèves ne réalisent pas toujours dans une épreuve solennelle les espérances qu’ils avaient fait concevoir. Sans vouloir sortir du cadre que nous nous sommes tracé, nous pouvons bien constater, en passant, les critiques dont le concours de Rome a, tout récemment encore, fait l’objet et sur lesquelles beaucoup d’esprits éclairés sont d’ailleurs d’accord. Il ne s’agit évidemment pas du concours lui-môme, mais de son organisation, qui remonte, comme on sait, à 1817. Il s’agit de cet isolement dans lequel les candidats sont placés, isolement si contraire à l’épanouissement de la pensée et qui, quelquefois, annihile les meilleures disi)ositions ; il s’agit aussi de cette unité de sujet prescrite à tous les concurrents, quels que soient leurs tendances, leurs dispositions, leur tempérament.

Le peintre, le sculi)teur, a senti, à la vue j^liysique ou intellectuelle d’une scène, l’émotion artistique qui l’empoigne, l’ins])ire et lui fait i>roduire un clief-d’œuvre ; d’autre part, tout artiste qui s’imj)ose un travail de composition, l’étudie, le mûrit, consulte des documents, tandis que les exigences du concours imi:>osent à des jeunes gens à peine sortis des bancs de l’école des conditions où les moyens d’investigation font défaut, où leur génie n’a imesque rien à dire, et beaucoup plus difficiles que celles où se trouvent les artistes « arrivés w.

C’est là, nous le répétons, une situation connue et que tous les liommes de progrès clierclient à améliorer. Au surplus, le concours Godecliarles, dont le succès est si grand, est la meilleure preuve de ce que peut i)roduire la liberté dans les arts.

Du palmarès :

Grand concours de scul])ture (1,000 francs) : M. Weygers, D.

Sur la proposition du jury, des récomi)enses spéciales ont été accordées à MM.. H. Bouquet et J. Kemmericli, des mentions honorables à MM. V. De Haen et J. Duquet.

Prix de paysage (legs Dounay) : M. Van Doren, E.

Mention si)éciale à l’élève M. Yan Moer, G.

Architecture, composition monumentale : M. Yan Ysendyck,M.

Peinture d’après nature : M. Janssens, E.

Sculpture d’après nature : MM. Huy&mans, Fr. , et Koninc, Cli.

En l’année 1892-98 le nombre des élèves est de i,i3o parmi lesquels il y a 5o jeunes filles.

La bibliothèque a été fréquentée par 14, 5 16 lecteurs.

M. Lelen, Albert, est nommé sarveillant à la bibliothèque.

Du rapport de M. le secrétaire :

On déplore la pçrte de M.'Waegeneer, professeur à la classe d’architecture, enlevé préniaturéinent i)ar une impitoyable maladie. Entré à l’Académie en 1886, il avait été chargé de la classe d’éléments d’architecture et s’était distingué par l’excellence de son enseignement ; par la droiture et l’aménité de son caractère, il avait su se concilier les symx)athies de tous; les élèves perdirent en lui un guide sûr, et les ])rofesseurs, un collègue dévoué; son souvenir ne périra pas,

M. Tuerlinckx, professeur d’anatomie applicpiée, dont le grand âge était venu trahir la bonne volonté, a obtenu un congé illimité; il fut remi)lacé par M. Hoffman.

M. Hubreclit est nommé professeur d’architecture à la suite d’un concours. Le Conseil communal vote les crédits nécessaires pour la création d’une seconde classe de dessin linéaire et d’un auditoire pour les cours spéciaux.

Le cours d’anatomie a été réorganisé et durera deux ans, au lieu d’un, la durée de renseignement de l’ostéologie sera réduite au profit de l’anatomie et de la myologie. Afin de mieux relier l’enseignement du dessin élémentaire à la classe d’objets industriels, le programme de la deuxième section du premier de ces cours a été complété par l’étude des solides.

Les cours temporaires de gravure, donnés par M. Demannez, et de décomposition des couleurs, donné par M. Puttemans, ont obtenu un plein succès.

Le concours d’après l’antique, abandonné depuis 188 5, a été rétabli.

11 a été décidé que le délai de trois ans fixé par le règlement du i:>rix Donnay (paysage), et x^endant la durée duquel les concurrents ont le droit de se faire inscrire, doit être com[)té dex^uis la x^reiniôre inscrix)tion au cours du x>aysage.

Los élèves ont fait, sous la conduite du sous-directeur de l’Ecole des Arts décoratifs, quelques visites dans les musées et monuments x>ublics : Hôtel de ville, le Palais de Justice et les Musées du Parc du Cinquantenaire. Pour la visite de ces monuments les exxJications nécessaires ont été gracieusement données, res- X>ectivement x?ar MM. Wauters, archiviste, A. Jamaer, architecte de la ville, Jean Baes, sous-directeur, et Van Hammée, conservateur des musées.

Mentionnons du discours de M. Desvachez, distribution des x)i’ix de 1898 :

Qu’il nous soit permis d’ajouter exue nos installations et nos méthodes d’enseignement sont apiméciées des hommes comx)étents du x^ays et de l’étranger, qui viennent fréquemment s’insx)irer de notre organisation et nous demandent communication de nos i)rogrammes. Les marques d’intérêt que nous avons reçues à cette occasion font honneur à radministration de la capitale et constituent en môme tenq)s un i)récieux encouragement ])our tout le corps lorofessoral.

M. Rombaut obtint le x^rix de Rome et M. De Haen fut classé second. Le grand xndx au concours d’architecture fut obtenu x>ar M. H. Van Dievoet; mention honorable à M. Van Aerenbergh.

Prix de x)f^y^’î^ge (legs Donnay) : M. J. Debeul. Mention à MM. Bartholonié, L,,et Toussaint, F.

Architecture, comx^osition moimmenP®: M. Van Aerenbergh, A.

Peinture d’a])rès nature : M. Van den Bossche, H.

L’année 1898-94 ne renseigne que 928 élèves, dont 86 jeunes filles.

Mort de M. Teurlinckx. M.Van Hammée, bibliothécaire, remxdace M. Gérard, x^fofesseur de costume, en congé x^our cause de maladie. AI. Pieter D’hondt rem- Xhit les fonctions de bibliothécaire.

]\I. V. Dellaen reni])or(o le prix de Rome. L’Académie accorde une récompense spéciale à M. V. Roiisscaii et à M. II. Bompiet. Grand concours de peinture (prix 1,000 francs): M. Bastien, A.

mention honorable : M. Rottliier, F. ; mention honorable : M. Gouweloos, J. Prix de x)avsage (legs Donnay) : M. Bastien, A. Mentions honorables à MM. Toussaint, F., Ilenrard, A., Deniannez, F., Rion, L., et AVerleman, Ch. Architecture, composition monumentale : M. De Biseop, J. Peinture d’ai)rès nature : MM. Daens, A., et AVerleman, Ch. Scul])ture d’a])rès nature : M. Xoctiuet, P.

En 1894-95 il Y eut i,oo3 élèves. 171 n’ont pu être placés.

Alort de M. Doueet, conseiller communal, membre du conseil académique. Cette année fut pour l’Académie une année de grand deuil; successivement on perdait l’éminent maître J. Portaels, dont nous laissons suivre ici une courte biographie, ayant à cœur de rendre plus tard un grand hommage au gmnd maître qui dirigea l’Académie avec la grandeur d’âme d’un artiste et laconscience d’un homme dont la devise était : ((Etre bon dans ce monde ». AI. Pavot, professeur d’architecture, AI. Quinaux, professeur de pa3^sage, et AI. Gérard, professeur de costume, nous étaient enlevés successivement. Honneur à la mémoire de ces hommes de bien, à ces savants professeurs, à ces méritants artistes.

Portaels (Jean-François), né à Yilvorde le i®*' mai i8i8, l)eintre d’iiistoire, fut sans contredit un des hommes les i)lus remaiapiables du monde artisti(iue. Il remporta le prix de Rome à l’àge de vingt-cpiatrc ans, en 1842. Portaels était en ce moment à Paris, et c’est sur les instances de ses amis de là-bas et d’ici (j[ue s])ontanénient il se i)résenta et gagna les lauriers. De 1847 à i87o il dirigea l’Académie des Beaux-Arts de Garni. Le 4 janvier i855, il fut nommé, membre de rAcadémie de Belgi(pie. De J 803 à i805, il fut i)reniier professeur de l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, membre de l’Académie des Beaux- Arts d’Anvers et d’Amsterdam. Depuis 1870, membre du comité

des iiionumeiits anciens et de la direction des Musées de peinture et de sculpture. En 1878, il devint directeur de la classe des beaux-arts à l’Académie de Belgique.

Élève de M. Navez, ce noble régénérateur de l’art en Belgique après l’époque de marasme, sinon de décadence, qui marqua le règne de Napoléon P*’, le jeune Portaels suivit jusqu’en 1889 les leçons de ce digne inaitre, dont dix ans plus tard il devait é])ouser la fille unique.

Il entra en 1840 dans l’atelier de P. De la Roche à Paris. Pendant les quatre années qu’il fut pensionnaire de notre gouvernement, il fit deux voyages d’études en Orient. Il consacra à l’Italie le reste de son temps et en rapporta de nombreux travaux.

La Grèce, l’Egypte, furent visitées i)lus d’une fois, et de ces différents pays il revint chaque fois avec force études qui lui vinrent à point jusqu’à ses derniers jours. Comme Horace Vernet, il traitait des sujets tirés de la Bible. Il peignit ainsi des Syriens et des Arabes, partant de l’idée que le costume des Juifs, des Egyi)tiens, etc., était le môme il y a trois mille ans qu’actuellenient. Les i)ersonnages, en tous cas, sont étudiés d’après nature, et plus vivants que ceux des tableaux où ils sont parés avec des habillements devenus aujourd’hui « classiques

Revenu en Belgique, en 1847, il expose à Gand La Salamite et un grand portrait de Mehemet-Ali, vice-roi d’Egy])te, qui est une de ses œuvres les plus remarquables, et des plus a]>préciées.

Je pourrais j)arler longtemps des voyages du maître en Palestine, au Maroc, en Egypte, en Espagne, en Italie, etc., mais cela n’est pas possible ici; je me bornerai à citer les œuvres les j)lus admirées du maître, et créées à différentes époques : Conteur dans les rues du Caire, Jeune Juive, La Salamite, Fatma, La Bohémienne, La Sécheresse aux Indes, Funérailles dans le désert de Suez, Les F Heur s grecs, Rebecca, Ruth, Léa et Rachel, La Fille de Jephta, La Mort de Judas, Un Souvenir du Caire, La Danse des Aimées, L' Hospitalité arabe ; les deux tableaux de 1844 et les cinq autres de 1847, exécutés comme envois de son prix de Rome, desquels il y en a trois qui se trouvent au Musée de Bruxelles. Jamais, avant Portaels, un ])eintre n’avait rendu d’une manière aussi juste, aussi vigoureuse, les tons chauds du soleil d’Orient, de même que les oi)ulations et les mœuirs de ce pays.

Après son immense snccès à l’exposition gantoise, il devint, comme nous le disions pins liant, le directeur de l’Académie des Beaux-Arts de cette ville, en remplacement de M.Vander Haert, décédé la même année.

En i8co, il quitta la direction de cet établissement pour se fixer complètement à Bruxelles, Là, il s’exerça avec M. Yanden Eycken à la iieinture de fresques. Son premier essai fut la décoration de la chapelle des frères de la Doctrine chrétienne. Cet imi^ortant travail fut achevé en deux ans. C’était le maitre luimême qui supportait la plus grande partie des frais de cet ouvrage, soutenu jiar le comte Ch. de Yillermont, qui avait beaucoui) d’attachement pour cette œuvre artistique. Portaels employa ])our la première fois le procédé connu sous le nom de wasser-g-las.

M. Charles Bogier, alors ministre de l’Intérieur, a])préciant les qualités de la nouvelle méthode, chargea Portaels de décorer le fronton de l’église Saint-Jacques sur Caudenberg, dont la façade se trouve entièrement exx>osée à toutes les intempéries. Bien armé, Portaels se mit courageusement à l’œuvre, malgré toutes les difficultés avec lesquelles l’ouvrage marchait de pair. Cette œuvre d’art, sur une des plaines les plus en vue de Bruxelles, a résisté jusqu’ici à la pluie, la neige, la gelée, et rien n’a eu de prise sur la force du coloris. L’expérience fut concluante et depuis lors beaucoup l’ont imité. Wilheni Kaulbach entre autres décora le Musée de Berlin de cette manière, tandis que les i)eintures murales du M miche use lie Piiiacothekeii étaient en décadence depuis longtemps déjà.

Portaels, avec Stailaert, Yanden Eycken et Robert, a fait aussi la i)einture des fresques dans la demeure du docteur Nolet, fresques qui se trouvent actuellement au Musée de la ville de Bruxelles {Brooclhiiis).

Un des plus glorieux souvenirs de Portaels est' la fondation de son e atelier », où se sont formés quelques-uns de nos meilleurs artistes.

C’est là qu’il y a trente ans Émile Wauters se fit remarquer avec sa Bataille de Ilasling-s (le cadavre de Harold, reconnu a])rès la victoire, par sa maitresse), ainsi que Agneessens, le avori du maître et i)rimus de l’atelier.

Dans ce groui)e d’artistes, rivalisait sans mesquinerie ni jalousie, Cormon, qui i)lus tard fit le j)ortrait si vivant, si fidèle de son maître. Cormon, cet éminent i)eintre d’histoire, commença à Bruxelles comme i)eintre animalier, avec une étable

sur laquelle Portaels cx])i*iiiia son adiniration. Comme troisième élève, nommons le scul])teur « le 2>etit Stap])ant », comme on rai)pelait alors, et en qui tout le monde reconnait Yander Stai)pen, qui travailla déjà à sa Toilette du Faune, actuellement au Musée de Bruxelles. Mais j)arlant de l’atelier Portaels, donnons i)Our un instant la parole à Camille Lenionnier ;

« Il y avait en ce tem2)s-là — dans un coin du vieux Bruxelles ■ — un atelier de iminture qui faisait joliment parler de lui.

C’était en ce quartier Notre-Dame-aux-Neiges, aujourd’hui dis2)aru et qui alors s’entrecou2)ait de ruelles, où, çà et là, dans une demi-obseurité, fleurissait encore le cabaret à tourelle, avec ses bancs de bois abrités sous les verdures et la rugueuse ])lanclie défoncée ])arle roulement des boules.

Là, vers le milieu de lame de l’Abricot, une rue de silence et d’ombre, qui, à l’heure des écoles, s’animait d’un grand cognement de sabots, s’ouvrait une im2)asse, bai)tisée d’un nom musical — rimi)assc Saintc-A2)olline, où toute verte de l’épaisse dra])erie de licou d’or, se revêtait un mur voisin. On montait un raide escalier tournant, aux marches de i)ierres creusées ])ar des ascensions réitérées, et l’on avait devant soi l’entrée de l’atelier. Défense était faite aux ])rofanes de ])énétrer dans ce lieu sacré, qu’un veilleur, vrai cerbère, gardait incorru2)tiblcment et où n’avaient accès que les seuls affiliés.

Or, ils étaient quinze à vingt qui, chaque matin, la barbe en ])ointe et les cheveux broussailleux, gravissaient les degrés du vieil escalier, et un à un, dis2)araissaient derrière le grand mur sombre, tenant du voisinage. 'Une vente de Carbonari n’eùt i)as semblé i)lus redoutable aux honnêtes bourgeois qui, dans les enclos ])rochains, i)ratiquaient les vertus domestiques. On 2)arlait de mystères abominables, de chairs nues étalées sous la clarté des fenêtres, de cérémonies ])aïennes acconi2)lies dans l’oubli de toutes les ])udeurs ; et quelquefois des clameurs rauques montaient, comme d’un sabbat, achevant de consterner les vieilles demoiselles au cœur tremblant.

C’était, 2)Our les grands garçons énianci2)és dans le cou2^ de folie des vingt ans, le teni2)s des farces exhilarantes et des joyeuses bouffonneries. A travers les graves études, un vent de jeunesse soufflait, qui leur mettait dans la tête un vol bourdonnant de folles mouches. Renouvelant la tradition des é2)reuves, toujours sévissantes dans les ateliers 2>arisiens, ils avaient imaginé, 2>our les nouveaux venus, des su2)2)liecs baroques, qui se ressentaient des raffinements cruels au moyen desquels ces

— iSg

Donatien en herbe torturaient clans leur comi)osition les vieux martyrs chrétiens. Et d’antre fois, tous ensemble se lignaient contre le quartier, semant clans la ])laciclité cralentonr des l)anicines bleues. Cette turbiilenee, toutefois, ne les distravait ]>as trop sensiblement du travail, puiscpi’elle ne les a i>as enl])èehés de devenir tous de bons ])eintrcs.

Vers le milieu du jour, la porte s’ouvrait brusciucment, et un homme, trai)u, solide, la face sanguine, entrait clans l’atelier, se glissait entre les chevalets, allait de l’un à l’autre, ra])])elant au respect de la nature les égarés, et fortifiant les mieux voyants d’un a])i)laudissement discret. C’était le bon maitre, de cjui renseignement devait im])rimer une si forte ])Oussée à toute la jeune école et cpii, clans l’histoire de notre art, héritera, pour sa sollicitude à faire lever les germes, le renom de forfait jardinier. Au début, on avait vu aussi apparaitre un A'ieillard d’un esi)rit demeuré vert sous les ans, celui ciu’on apj)elait le ])èrc Navez. Une anticpie habitude le ramenait à cet atelier, cpii était son cxHTvre et où toute une génération s’était façonnée sous sa disci- ])line. La mort l’en éconduisit un jour.

Ce cju’était son gendre et ami, Jean Portaels, le groui)c ciui s’est engendré de lui l’a suffisamment fait voir. Dévotieux à la nature, il la j)ro})osait comme modèle à ses élèves, mettant audessus de tout le scrupule de la vérité et un des premiers api)li- (piant les esprits à cette sincérité clans le sentiment et l’expression, ciiii est le fondement de notre art moderne. Il cherchait, en outre, à développer chez le néophyte les facultés de comi)osition.

(c C’étaient généralement des sujets em])runtés à la Bible cpi'il ini])osait, en prévision des grands concours de Home, et chacun s’efforcait d’y mettre le balancement classiciue des lignes et l’étude franche du modèle d’atelier. Quehiues-uns se montraient j)articnlièrement habiles dans le groupement : Van Ilammée, Van clen Kerckhove, Ilennebiccp Vercleyen, Wauters, Coi)])ieters. D’autres témoignaient une i)réoccupation plus exclusive du morceau bien ])eint : Agneessens, Imx>ens, les deux frères Oyens, G. Bro\vn (i). »

Et le même criticpie qui formulait le jugement sur la doctrine du j)i*ofesseur et les effets qu’elle amena, résumait en ces termes les tendances générales du groupe :

(( On ])eut affirmer cpie, malgré les efforts du professeur i)our

(1) Histoire des Hcaux-Avls en IIel(ji<iuc, par Camille Lemoknieii.

développer les qualités de eoiiipositioii, en nième temps que les qualités d’exécution, celles-ci prédominèrent dans l’œuvre de la ’g-énération qui sortit de ses mains : ce furent, en majeure partie, de bons et solides peintres, d’une invention peu abondante, mais disposés à voir les choses sous leur angle exact, l’œil exercé, la main preste, ayant en commun le don de s’assimiler les tons de la nature et les formes précises, quelquefois avec des temi)éraments différents, possédant en outre une sorte d’originalité collective basée sur un sentiment nouveau de la couleur et de la comi)osition. »

Il n’est ici question, à la vérité, que des élèves de la 2)remière heure, la 2)lux)art 2>assés maitres à leur tour, et encore 2^ai*iïii ceux-là l’auteur a-t-il omis, involontairement sans doute, des noms auxquels s’est attachée la lumière. C’est, en effet, une des 2)articularités de ce remarquable atelier d’avoir 2>roduit beau- COU2J de bons artistes dans tous les genres. Tandis que Agneessens, Hennebicq, Verdeyen, les deux Oyens, Blanc Garin, Wauters, Cormon, de Lalaing, Franz Meerts, Van Al2)hen, Wulfaert, Emile Oharlet, Charles Lefebvre, Léon Frédéric, Mayné, Frédéric Tschaggeny, Yan Gelder, Gislain, Nisen et les autres 2ieigiient les figures. Van der Hecht et Hasseleer se laissent aller à leur goût 2^0^11’ le 2>aysage, Vander Sta2^2^en modèle en terre des 2)remières tètes d’ex2)ression, Licot et Van Humbeek tracent des é2^ures. On vivait là sur le 2>ied d’un code de ré2mblique de l’art, où tous les idéals avaient des droits égaux, sans 2^rédominance d’un côté 2)latôt que de l’autre; et une académie n’y était 2^as ré2>utée 2dus noble que la 2>einture d’un coin de bois.

Le vieil atelier de la rue de l’Abricot n’existe 2>lus : il a dis- 2)aru, comme la rue elle-même, dans la destruction du quartier; ô ruines, ô souvenirs ! mais 2>our re2^araître ailleurs, avec des éléments nouveaux, dans lesquels se 2)er2>étue sa généreuse tradition. Eût-il dis2)aru tout entier sous l’effondrement de ses murs, la graine semée 2^ar son excellent directeur n’en aurait 2^as moins germé jusque dans ce tem2)s : c’est des initiatives du groupe évoqué tout à l’heure que sont sorties les innovations 2ÙUS récentes. Le libre es2uût qui régnait chez les aînés a2^assé dans la conscience des cadets, s’ouvrant aux conjectures et s’inclinant aux solutions révolutionnaires.

Ainsi 2)arlait le maître Camille Lemonnier de l’atelier Portaels. Les noms des élèves de ce tem2)s et ceux qui se trouvent actuellement à la tète du mouvement artistique sont les mêmes.

Cela sont des faits, et rien ne saurait mieux asseoir la gloire de Portaels, Inutile aussi de dire combien il était aimé de ses élèves. Qu’il nous soit i)ermis de rappeler quelle belle poésie fut prononcée par M. Lucien Solvav, au banquet donné par les anciens élèves de Portaels le 27 juin i883, et comment Hennebicq, dans un beau et reconnaissant discours, honorait le maître.

En 1877, Portaels fut a])pelé à la direction de l’Académie, là il continua les saines traditions en vigueur dans son atelier, car son enseignement tout en laissant tout le monde libre, avait pour base les classiques, car qui dit Portaels, ditNavez, qui dit Navez, pense à David. Ces trois noms forment une trinité remar quable, au point de vue de rinstruction, les ].)lus forts liens les attachent les uns aux autres. L’un a continué le travail de l’autre, sans être aveuglé pour cela de la tendance de ce temps. Ils ont formé ainsi trois écoles différentes, quoique d’accord au fond. Par leur x^ersévérance, leur beau but et la xmoduction de leurs données idéales, ils ont eu tous les trois la satisfaction d’avoir i:)roduit des élèves qui leur font honneur.

Jean Portaels dirigeait l’Académie de Bruxelles d’une main bienveillante, presque x^a^ternelle. Il était très aimé, même de la jeune génération d’artistes qui trouvait son esthétique un x)eu démodée et à laquelle il donnait d’ailleurs l’exemide de la tolérance et de la x)lus x^arfaite largeur de vues.

Le grand mérite de Portaels consistait dans sax^arfaite objectivité. Il resx^ectait scrux)uleusenient, surtout lors de sa direction de r « atelier libre », l’individualité de chacun de ses élèves. Son éclectisme le x>réservait de toute action de nature à détourner ses discix)les de la voie où les x^oi^issaient leurs tendances naturelles et x)ersonnelles.

Il était d’autant x>lns xmrté à se montrer large et tolérant, que lui-même dans son art avait beaucoux) varié et n’était x>as resté étranger aux évolutions diverses tant à l’intérieur du x^^y® qu’en dehors.

Chez le x)eintre etlinograx)he des belles Tunisiennes et des Marocaines qu’il étudia d’ax>rès nature dans ses fréquents voyages, i’on ne retrouve x>lns guère l’auteur de la Mort tV Atala, toile insx)irée de Girodet, x>ar laquelle il débuta ; ses x)cintures orientales sur lesquelles flotte x>^i^iù’ois un certain charme qui rax)i)elle vaguement Eromentin, n’ont x>lus qu’un rax)port très lointain avec sa Sécheresse eu Judée, sa meilleure toile historique, et que le Musée royal de Bruxelles a eu l’impardonnable

tort (le lro(iucr, du consentement du maître, il est vrai, contre la Loge de V Opéra de Pesth, (xui est loin de la valoir.

Ce tableau, j)recieux déjà comme œuvre de transition, se trouve aujourd’hui au Musée de New-York.

Pendant les dernières années, Portaels produisit encore des artistes de valeur, entre autres : Ilouyoux, Yan Landuj't, Diericli, Richir, Hoffman, Leeni])oels, Scliaeken, Lev6(iue, Broerman, tous ])lus jeunes, cpii suivent courageusement le pas de leurs aînés, et même, les égalent déjà. Enfin, nous avons encore une ])oignée de ])lus jeunes (pii recevaient encore son enseignement dans les derniers tem])S, et ({u’il soutenait par ses bons conseils et les faisait avancer.

Sous sa direction, à rAcadémie de Bruxelles, il implanta les mêmes princii)es en vigueur au])aravant dans son atelier, autant (pic ])ossible il resiiectait dans ses conseils toute préférence ou donnée naturelle.

Il emi)loyait toute son influence à faire porter de bons fruits en laissant germer la semence naturelle. Une tendance identicpie se trouve dans son caractère (riiomme jirivé.

Portaels défendait aussi le droit de Part parla parole. Un des discours les ])liis remarixuables iirononcé iiar lui et cpii a su attirer rattention, est celui prononcé le 25 sejitembre iS^S à l’Académie de Belgiiiue, en sa (xualité de directeur de la classe des beaux-arts, tendant à api^orter certaines réformes dans l’iiistitution des prix dits de Rome. Il y disait notamment :

« Frapi)é des échecs essuyés dans les concours par i)lusieurs jeunes artistes d’un mérite incontestable, frappé de la réjuignance qu’à cet âge iirovoque une séciiiestration de dix à douze lieures x)ar jour, et cela x:)endant trois mois, séquestration (pii a souvent pour effet de i:>aralyser les forces des meilleurs esprits, je me suis demandé s’il était bien équitable de n’avoir recours (lu’à cet uniipie moyen jiour désigner les i)ensionnaires que le pays envoie à l’étranger. Dans la séance du 9 novembre 1876, j’invitais mes collègues à examiner s’il ne conviendrait pas de demander au gouvernement de modifier les règlements qui datent de 1817, et d’attribuer un certain nombre de iiensions de voyage aux jeunes artistes (pii, lors do nos exhibitions triennales des Beaux-Arts, auraient jiroduit une œuvre annonçant un talent déjà formé et surtout un véritable temxiérament.

» Ce moyen nouveau de désigner les xiensionnaires et que j’avais de})uis longternjis indiqué, a été essayé en France (xuatre

— ig3 —

fois, concurremment avec le mode ancien ; il a produit d’heureux résultats .

» Pas plus qu’on ne l’a fait chez nos voisins, je ne me suis arrêté à cette objection inévitable : Qui réx)ondra que les concurrents ne se sont point fait aider?

» Quand cela serait : cette faculté de profiter des conseils d’autrui n’est-elle pas admise dans tous les concours académiques? Et lorsque le gouvernement, à la suite d’une exposition, décerne des médailles d’or, voire même la décoration de l’ordre de Léopold, quelqu’un s’imagine-t-il de mettre en doute la paternité des oeuvres qui ont valu ces distinctions à leurs auteurs? J’ai la ferme conviction que le procédé, prudemment appliqué, produirait les résultats les plus heureux et les plus pratiques; comme je le disais tout à l’heure, l’épreuve a été faite à Paris, et l’on ne saurait douter de l’efficacité d’un moyen qui a désigné des artistes de la valeur des Fernand Cormon, Sylvestre Le Houx et Lemaire.

» Placés dans de nouvelles conditions, nos jeunes gens se trouvant, pour la lutte, sur un terrain plus vaste, leurs œuvres y gagneraient en liberté et en originalité. En résumé, ce que je demande pour eux c’est : la liberté du choix du sujet; 2° la

liberté dans les moyens d’exécution.

w L’autre proposition, dont j’ai pris l’initiative il y a vingtdeux ans, est, j’en conviens, d’une exécution moins facile. Il s’agit de fonder à Rome une institution belge en faveur de nos pensionnaires lauréats des grands concours de peinture, de sculpture, d’architecture, de gravure et de musique.

» La question demandait à être étudiée à plusieurs points de vue.

» L’Académie l’a franchement abordée ; une commission prise dans le sein de la classe des Beaux-Arts en a fait l’objet de ses délibérations pendant plusieurs séances ; elle a rédigé un rapport accompagné de conclusions et dont le gouvernement a reçu communication.

» Songeons à notre x>assé et n’oublions pas que noblesse oblige.

)) Le gouvernement belge, il faut lui rendre cette justice, fait de grands sacrifices en vue de développer les arts ; nous espérons les voir se concentrer sur les points les plus imi)ortants ; il n’en est pas, à mon avis, qui le soit x)lus que l’éducation de nos jeunes artistes, et c’est pourquoi je me permets de le recomman-

(1er à la sollicitude du miuistre bienveillant et éclairé, aux mains duquel sont confiés les intérêts de l’art belge.

» Il existe depuis vingt-deux ans un imojet élaboré avec soin, imévoyant tous les détails réglementaires relatifs à l’institution d'une école belge à Rome.

)) Il y a deux ans, le ministre de l’Intérieur écrivait à l’Académie que cet objet n’était i)oint perdu de vue par son département. Ce liant fonctionnaire ajoutait : « Les règlements des » grands concours eux-mêmes, malgré les cliangenients récents » qui y ont été ajiiiortés, devront subir des modifications en vue )) de rapiilication des fonds provenant du legs Godecliarles. w

» Je puis donc concevoir l’esxiérancedevoirréaliser mesvœux.»

Ces quelques lignes donnent une idée des grandes réformes que Portaels esj)érait introduire dans l’organisation des concours.

C’est entre vingt et trente-cinq ans que Portaels créa ses plus beaux tableaux, x^eignit ses x^lus fins et x^lns touchants x>ortraits. Il excellait dans les x^ortraits de femme. Une de ses qualités marcxuantes était qu’il respectait la x^ureté de la femme et savait faire concorder la grandeur et la beauté naturelle du corxis de la femme avec les exigences de notre société moderne. Il traitait de xu'éférence, comme je l’ai déjà dit, des scènes bibliques du Nouveau Testament. Il mettait plus d’importance à l’art que dans n’imx^orte quelle exx^ression de la vie humaine. Aussi son jugement était d’une très grande valeur.

Par suite des services rendus au pays, Portaels était très estimé en haut lieu. LL. MM. le roi et la reine et surtout LL. AA. RR. le comte et la comtesse de Flandre tenaient énormément à lui. Il Leur était un ami les jours de tristesse comme les jours de deuil, un de ces cœurs auxquels les x^rinces peuvent se fier, aussi Portaels ax^x^i’éciait très fort cette amitié et il était toujours heureux quand il avait l’occasion de raconter quelque chose de son comte ou de sa noble comtesse. Cela lui a été aussi une consolation x>endant les derniers temx^s.

Jusqu’au dernier jour, Portaels travailla; maint ouvrage resta inachevé; le dernier auquel il travailla fut le x>ortrait de son ami, l’architecte Jean Baes (i).

(t) Quelques-unes de ses principales œuvres sont : Portraits de la reine de Hollande, de la princesse Charlotte d’Autriche, Archiduchesse d’Autriche (fait à Manza f 8S2). Portraits de Paul Deroulède, Antoine Clesse, général Maréchal, Piose Caron, Marie et Angèle Legoult, Marie Dérivé, Robert Reintjes, et, les dernières années, le portrait de Hautekiet.

Depuis cinq mois il s’occupait beaucoup à dessiner. Son idée était de faire une série de dessins se rapportant au mont Calvaire, plusieurs dessins sont finis, et j>euvent être considérés comme des cliefs-d’œuvre au point de vue de la composition, du sentiment et de l’expression.

Il était un agréable causeur et un fin observateur, il savait toujours raconter quelque chose de neuf au sujet de ses voyages ou de sa vie d’artiste. Il avait beaucoup vu, entendu et retenu, il était surtout remarquable de lui entendre raconter de ses rapports amicaux avec les rois, princes, en compagnie de qui il avait voyagé. Il était spécialement bien vu par Guillaume III de Hollande, qui lui dit un jour : c< Vous êtes le seul Belge pour qui j’ai de l’affection. » Il était toujours reçu en grande amitié au château royal Het Loo.

Comme homme de caractère, Portaels n’était pas moins estimé que comme artiste; on se rapj)elle encore l’élection où Portaels fut élu à runanimité comme délégué pour défendre à Paris les intérêts des artistes belges. Un des actes marquants de sa vie, fut son inépuisable bonté. Sa générosité ne connaissait pas de bornes ; ainsi, par exemple, il prélevait de son traitement (soit 10,000 francs) juste la somme nécessaire i>our acheter les cigares qu’il offrait à ses élèves ; le restant, il le consacrait à adoucir la misère des pauvres, et x>rincijjalement des personnes qui lui avaient servi dans le temj)s comme modèles. Parlant d’elles, Portaels disait : « C’est à elles que je dois d’avoir gagné beaucoup d’argent quand elles étaient jeunes et belles; maintenant qu’elles sont vieilles et malheureuses, il est de mon devoir de les soutenir autant qu’il est en mon pouvoir. »

Il avait un esprit chevaleresque, comme il résulte d’une rencontre avec le prince d’Orange. Portaels jouait au billard avec le x>rince. Il avait la main sur le bord du billard, lorsque le fils du roi de Plollande lui cria : « Arrière! ou je vous brise les doigts. » Portaels lui répondit d’une fierté pleine de noblesse : « Si x^nissant que vous soyez. Prince, vous n’avez j^as le droit de briser les doigts d’un artiste. »

L’on x^ourrait mentionner xdusieurs faits de ce genre de la vie de Portaels et de ses voyages. Un seul x)cut être encore rax)i)orté ici. On sait que Portaels habitait Paris déjà dex)uis deux ans, quand, cédant aux instances de ses amis de Belgique, il se i>réscnta x>our le concours de Borne. Portaels avait si bien su s’ax)- ])rox)i‘ier la langue française, que l’oii aurait eu très difficile à le

distinguer d’im Français (ce qui, disait-il, contrariait très fort son père).

Il vint donc à Anvers pour l’épreuve préparatoire, et comme cela va d’iiabitude, on ne regardait pas ce jeune Français d’un bon œil; on lui jouait même toutes sortes de farces. Portaels les laissait aller et continuait à parler français, cc Ce que l’on racontait en flamand de moi, disait-il, vous ne pourriez pas vous en faire une idée. » Cela continua ainsi jusqu’au jour de la proclamation du résultat du concours. Portaels fut lauréat et le soir il invitait ses camarades à un dîner. Naturellement tous y étaient; la rancune avait disparu, le jury avait décidé.

Lorsque Portaels, pour souhaiter la bienvenue à ses amis, vida le premier verre à leur santé en disant, dans le plus pur flamand : « Maintenant, camarades, cette coupe à la santé de tous », ce fut une stupéfaction générale. Un seul, qui est mort déjà aussi, n’a jamais i)u lui x^ardonner comx^lètement cette petite mystification.

Portaels était resté Flamand; dans les derniers temps, il suivait avec beaucoui^ d’intérêt les travaux de notre Théâtre flamand, auquel il était très sincèrement attaché et duquel il ne pouvait pas dire assez de bien.

Portaels laissera dans les cœurs un sentiment qui l’entourera toujours comme une auréole, car il était la bonté même.

Inutile de répéter encore que la cérémonie des funérailles fut grandiose. Les fleurs, qu’il chérissait tant, y étaient en quantité. Là aussi se trouvaient réunis, avec tout ce qui est art, les hommes les plus illustres du paj^s, à l’effet de rendre un dernier hommage à ce bon citoyen, ce vrai artiste, cet homme plein de sentiment, ce grand brave cœur.

M. Pavot fat remplacé par M. ISTaert. En ce qui concerne la direction de l’Académie, le Conseil communal a été saisi d’une proposition émanant de M. le bourgmestre, proposition tendant à voir supprimer les fonctions de directeur, et à les voir remplacer, à titre d’essai, par un rectorat dont la durée serait de trois ans. Les premiers professeurs de l’Académie proprement dite seraient à tour de rôle revêtus de cette fonction.

En attendant que le Conseil communal statue sur

cette proposition, c’est M. Stallaert, premier professeur de peinture décorative, qui a été chargé des fonctions de directeur intérimaire ; il a en outre été chargé de remplacer M. Portaels comme professeur de peinture d’après nature. Il sera remplacé ultérieurement dans ses anciennes fonctions.

Le professeur de paysage ne sera pas remplacé, c’est le professeur de peinture d’après nature qui corrigera les études ; le cours lui-même sera remplacé par un cours de flore, faune et paysage ornemental.

Modification importante dans le programme des ÉTUDES. — Le conseil académique et le Conseil communal ont, sur la proposition du conseil de perfectionnement, décidé de donner plus de développement à l’art décoratif en créant entre la classe d’ornement historique de M. H. Baes et celle de composition d’ornement du même professeur, une classe intermédiaire qui fait défaut, celle de l’analyse de la flore.

Cette classe sera installée pour le’ mois d’octobre prochain dans l’ancienne classe de M. Yan Keirsbilck, dont les modèles, fragments de figures, animaux et bas reliefs seront répartis entre MM. Demannez (masques) et Yerdeyen (tête antique).

M. H. Baes sera chargé de la nouvelle classe de flore. M. Moonens (objets industriels), reprendra la classe d’ornement historique. M. Taelemans passera du dessin linéaire aux objets industriels et un nouveau titulaire, M. Yan Landuyt, sera chargé de la classe de dessin linéaire.

Ajoutons que c’est M. Taelemans qui reprendra le cours de perspective donné précédemment par M. Yan Keirsbilck et dont M. Yandervin avait bien voulu se charger à titre purement temporaire.

Un nouveau cours a été créé depuis le janvier

dernier, celui de grapho-statique, obligatoire pour la classe d’emploi des matériaux et la 2^^ classe d’arcliitecture. Ce cours, d’un caractère essentiellement pratique, est appelé à simplifier considérablement les calculs de rareliitecte, concernant la résistance des matériaux.

C’est M. L. Anspacli, le distingué professeur de rUniversité, qui en a été chargé.

Le conseil de perfectionnement a recherché les moyens d’augmenter le temps consacré aux études graphiques dans les cours de géométrie descriptive, coupe des j)ierres, perspective et grapho-statique, sans toutefois empiéter sur les cours ordinaires.

Les conditions du concours de modelage d’ajDrès la figure antique ont été légèrement modifiées : les élèves étrangers à l’Académie et qui pouvaient participer à ces concours, sans d’ailleurs profiter beaucoup de l’avantage qui leur était offert, cesseront d’y être admis à l’avenir.

L’exposition triennale qui devait avoir lieu cette année a été ajournée à l’année prochaine. Sans parler des travaux d’agrandissement en cours qui auraient rendu cette exposition impossible, elle coïncidera maintenant avec le dixième anniversaire de la fondation de l’Ecole des Arts décoratifs.

Prix de Rome : M. Del ville, J.

Grand concours de sculpture (1,000 fr.) : M. Gobert, L. Mentions honorables à MM. Bonquet, Henri, et Caubman, F.

Prix de paysage (legs Donnay) : M. Rion, L. Mentions honorables à MM. Goossens, Fr., Nocquet, P., Cuvelier, L., Melsen, M., Detilleux, S., Hoffman, Fr., Hooreman, L., Madyol, J.

Architecture, comiiosition monumentale : MM. Fastré, A., et Van Halen, E.

Peinture d’après nature : M. Detilleux.

Sculpture d’après nature : MM. Duquet, J., et Marin, J.

Cette année on fit an prix de Eome, grâce à l’initiative du secrétaire, M. Desvacliez, et de l’auteur de cette notice, soutenus j)ar radministration communale, la direction et le corps professoral de l’Académie, une grandiose réception à M. Del ville. Un cortège composé des élèves et anciens élèves de l’Académie, dans lequel des troj)liées emblématiques des beaux-arts figuraient, terminé par un splendide cliar, représentant la ville de Bruxelles couronnant le génie, s’en fut vers la gare du î^ord, recevoir le lauréat. Depuis longtemps réception pareille n’avait eu lieu, et la population de Bruxelles en garde encore le meilleur souvenir. La fête se termina à l’Académie, où l’administration communale, bourgmestre en tête, avait tenu à recevoir le vainqueur.

La fréquentation des cours en l’année iSgS-gG était de i,io8 élèves y compris 5o jeunes filles et 55 élèves universitaires.

M. Constant Montald, que les Gantois fêtèrent si princièrement comme lauréat du prix de Borne, est nommé, à la suite d’un concours, professeur de peinture décorative; M. Mathieu est nommé professeur de la nouvelle classe de dessin linéaire, par voie de concours également.

Les résultats n’ont pas été les mêmes pour la place de professeur de flore, faune et paysage décoratif. Cet emploi, de création nouvelle, exige, comme son titre l’indique, des connaissances très variées et qu’il est fort difficile de rencontrer à la fois chez un même artiste. Les candidats qui se sont présentés, tout en étant très remarquables dans l’une ou l’autre de ces différentes parties, ne les possédaient pas suffisamment toutes pour former un professeur d’élite. Dans ces conditions, toute décision a été ajournée.

Par suite de l’excessive population de la classe de peinture d’après nature, le directeur, professeur de

cette classe, s’est vu obligé de la dédoubler; il a saisi cette occasion pour constituer une section de jeunes filles, qu’il a installée dans l’ancien atelier de feu M. Portaels, et a ainsi réalisé un voeu exprimé par le maître défunt.

Cet essai a parfaitement réussi; le nombre des inscriptions s’est élevé de 12 à 24, et 20 jeunes filles ont suivi régulièrement les cours pendant toute l’année ; le résultat des concours pour les prix a été des plus intéressants.

M. Van Severdonck a la direction de cette section.

Un minerval de 226 francs a été fixé pour cette classe.

Afin d’iiabituer les élèves au dessin à main levée, on a garni les murs libres de la salle de dessin linéaire, de tableaux noirs, où une vingtaine d’élèves peuvent s’exercer à tour de rôle.

Le diplôme d’arcliitecte prévu par l’article 4^ règlement, a été décerné à M. Emile Lambot, ancien grand prix d’arcliitecture.

Le minerval des cours du dimanche a été porté de 5 à i5 francs par an.

La bibliothèque sera transférée dans l’ancien atelier du directeur; une salle pour les périodiques, une salle de lecture pour les professeurs, lui seront annexées. .

Le local de l’ancienne bibliothèque deviendra comme précédemment, la salle des ]Drofesseurs, et les autres locaux devenus disponibles recevront diverses affectations.

L’exposition triennale n’a ]3U avoir lieu par suite de l’état de santé de M. Jean Baes.

Le palmarès indique :

Grand concours d'architecture (1,000 francs) : M. Van Aerenbergli, A. Mention honorable : MM. De Win, J., et Laureys, S.

Prix de paysage (legs Donnay), prix ex œquo : MM. Noc-

quet, P., et Werlemaiin, C. ; mention honorable : MM. Cambier, G., Dutilleiix, J., De Beügnies, R,, et Gallet, J.

Peinture d’après nature : M. de Raeymaekers ; classe des demoiselles : M‘‘® Van Keerbergen, M.

Sculpture d’après nature : M. Matton, A.

Architecture, comj^osition monumentale : M. De Jode, G.

Les cours en l’année 1896-97 furent suivis par 1,088 élèves dont 67 jeunes filles et 43 élèves universitaires.

Mort de MM. Van Keirsbilck, professeur de la classe de fragments de figures, animaux et bas reliefs, et Laureys, premier professeur d’arcliitecture. M. Laureys, qui n’a jamais pu se résoudre à abandonner le professorat et à demander le repos auquel son grand âge lui donnait droit, est mort en fonctions.

Ancien prix de Lomé, AI. Laureys était un professeur de grand mérite. On lui doit la formation d’une pléiade d’architectes de talent qui font honneur au pays. Aussi sa perte a-t-elle été vivement sentie et sera-t-elle longtemps regrettée.

M. M. î^'aert a été provisoirement chargé du cours de M. Laureys.

De nouveaux examens ont eu lieu pour la place de professeur de flore, faune et paysage décoratif, dont la première épreuve n’avait pas été concluante.

Cette fois le concours a été établi sur d’autres bases, et c’est M. Van Damme-Sylva, classé second au premier concours, quia, cette fois, remporté la palme.

Le programme des études a été rigoureusement observé. En vue d’en assurer davantage les bons résultats, le conseil académique a décidé que tous les élèves voulant entrer au modelage, devront passer d’abord par les classes de dessin linéaire, à moins de subir un examen satisfaisant sur cette branche. Il a décidé, en outre, que le cours d’histoire de l’architec-

ture, qui se donnait jusqu’ici aux élèves delà 3“^® classe, 2“® division (cours de M. Acker), se donnerait, à titre d’essai, aux élèves de la classe, mieux à même d’en X^rofiter.

Un diplôme d’arcliitecte a été délivré l’année dernière.

A cause de la somme considérable de connaissances exigées i)our l’obtenir, ce diplôme a été trop peu reclierclié jusqu’à jD^ésent, mais l’exemple est donné, et cette année deux di]3lômes sont demandés, dont un par un élève roumain, ce qui x)i’o^ve le x>rix que l’étranger attache à notre enseignement.

Le cours temjporaire de gravure a encore été donné cette année, et sous l’habile direction de M. Demannez, a encore donné de brillants résultats.

Le transfert de la bibliothèque s’est effectué. Cette installation a réalisé tous les desiderata, tant sous le rajDport de la surveillance que sous celui de l’asjpect et du confort.

Collection. — La collection des plâtres a été considérablement augmentée : des acquisitions ont été faites au Musée du Cinquantenaire, avec l’intervention de l’État.

Le Musée indien, dit musée Jourdan, a été déjDlacé; la partie ethnograj)hique : armes, costumes, outils, ustensiles, etc., a été transférée au Musée de la Porte de Hal, tandis que les instruments de musique, dont quelques-uns sont fort précieux, ont été transférés au Musée du Conservatoire.

Ces objets seront mieux visités et rendront plus de services dans ces conditions qu’à l’Académie, où ils étaient en quelque sorte ensevelis, et le local devenu disponible servira à dégager les galeries des costumes et des arts décoratifs, en permettant de grouper les objets du règne animal : coquilles, quadrujDèdes, vola-

tiles, etc. On y groupera également divers squelettes d’animaux et tout qui concerne l’anatomie du corps humain.

C’est M. Vander Stappen, sous-directeur, ff., qui s’est chargé du remaniement et du reclassement complet de toutes les collections, y compris la galerie des plâtres, qui a été reclassée par ordre chronologique.

L’exposition triennale des oeuvres des élèves, ajournée depuis deux ans pour les causes qui ont été dites, n’a pu avoir lieu cette année à l’Académie ; elle eût fait double emploi avec la participation de l’Académie à l’Exposition universelle.

L’espace réservé à l’Académie dans le pavillon de la ville, qui, on le sait, a été dirigé d’après les plans de M. l’architecte Saintenoy, l’un des j)lus brillants professeurs de l’Académie, étant nécessairement restreint, on n’a pu exposer les oeuvres elles-mêmes, mais on en a fait des photographies, placées dans des panneaux ingénieusement disposés.

L’Académie des Beaux-Arts a également participé à l’exposition spéciale de l’enseignement académique organisée à l’Exposition universelle par le gouvernement et elle a pu y envoyer non plus des reproductions, mais des oeuvres originales, ce qui fait que les deux expositions auront eu l’avantage de se compléter.

L’Académie a acquis de M. F. Lambot, lauréat du concours Godecharles, toute une série d’aquarelles rapportées de son voyage en Italie. Ces aquarelles feront partie des collections de l’Académie et pourront être utilement consultées par les élèves.

Un buste en marbre, exécuté par M. Marin, élève de M. Yander Stappen, a également été acquis.

Cette année M. Six, qui depuis 1864 rendait de si dévoués services à l’Académie, prend sa retraite; il laisse un bon souvenir à tous ceux qui ont été en rap-

port avec lui. C’était un employé précieux pour l’Académie.

Concours pour le prix de Rome : Une récompense spéciale est accordée à MM. Bouquet, H., et Marin, J.

Concours Godecliarles : Une récompense spéciale est accordée à MM. Bastiné, A., Marin, J., Dewin, J., et Mascré, L.

Grand concours de peinture (i,ooo fr) : M. De Sloover, G.; mention honorable : M. Rottliier, L.

Trois bourses de voyage de i,ooo francs chacune, mises à la disx^osition de l’Académie par le comité j^our l’encouragement des arts décoratifs et industriels, ont été conférées à MM. Flachet, M., Matton, A., et Pavot, L.

Le diplôme de l’École des Arts décoratifs a été délivré à M. riochet, M.

Architecture, composition monumentale : M. Dierieckx, O.

Sculj^ture d’après nature : M. Blickx, Th.

Peinture d’après nature ; MM. Bulcke, E., et Vastemans, V.; classe des demoiselles : M^^^ Godefroy, M.

En 1897-98 il y eut 1,196 élèves, 5i élèves n’ont pu être admis.

A la suite d’une pétition adressée au Conseil communal x^ar quelques habitants de la ville, il a été procédé à un essai d’ouverture de la bibliothèque le matin. Cet essai, qui a duré trois mois, n’a pas produit de résultat suffisant x^our justifier une modification du service.

M. Jos. Jaquet, professeur de modelage d’après la figure antique, est décédé ax>rès une carrière de trente-cinq ans de professorat. Tout le monde estimait le vieux maître, la bonté même. Ses œuvres sont multiples. Les connaissances techniques de son art étaient fort ax>préciées. Tout le monde perdait quelque chose en lui. Le brave vieillard, x>ortant beau, était estimé et aimé X3ar tous. Ses funérailles eurent lieu au milieu d’une affluence d’artistes et amis. Son souvenir nous restera toujours cher.

‘ Le Conseil communal, en séance du i^^août, a nommé en son remx)lacement Julien Dillens, l’artiste bruxel-

lois dont la réputation n’est pas moins grande à l’étranger que parmi ses compatriotes.

C’est cette année que finissaient les fonctions de directeur conférées en 1896 et pour un terme de trois ans à M. Stallaert, premier professeur de peinture.

IS'ous donnons ici quelques notes biographiques de Jean-François- Joseph Stallaert :

Né le 10 mars 1826 à Merchtem, il remx)orta à l’âge de vingtdeux ans le prix de Rome. De cette époque jusqu’à ce jour, la vie de Stallaert n’a été qu’une vie de travail, semée de maints succès.

Il a exécuté sans trêve une série d’œuvres marquantes et de grande valeur. Directeur de l’Académie de Tournai, de 1862 à i885, il laissa cette fonction pour entrer comme premier j>rofesseur à l’Académie de Bruxelles.

En i883 il devint membre de l’Académie royale de Belgique, et fut nommé officier de l’ordre de Léopold.

Maître Stallaert a été très apprécié à l’Académie : ses cours ont toujours été suivis par de nombreux élèves; il mena son enseignement d’une main sûre et ferme, et reposant sur des bases solides. Il i)ossède aussi cette science de l’art approfondi, qui est si nécessaire, et que les Allemands désignent sous le nom de : Die Kmistwisseiischaft.

Stallaert est un esthète de premier ordre, un homme sûr de lui-même.

Chargé de l’enseignement de la j)einture décorative, il a fait exécuter x>ar ses élèves des panneaux remarquables comme style, que nous pouvons admirer dans la galerie de l’Académie.

Il succéda à la direction de l’Académie à la mort de maître Portaels ; il fut le directeur qui inaugura le nouveau système de direction décrété par radministration communale, c’est-à-dire le système de roulement, mettant successivement à la tête de l’Académie, les premiers professeurs de peinture, de sculpture et d’architecture.

Stallaert veut l’artiste instruit, il demande à côté de l’enseignement x)i*atique de l’art, l’enseignement intellectuel qui doit donner à l’artiste la force et le don de i)ouvoir élever son esprit au-dessus du terre à terre.

Comme peintre d’iiistoire, Stallaert est au j>remier rang, son nom est connu et apprécié partout.

Comme liomnie, il est estimé de tout le monde et reconnu comme un esprit droit et juste. Il publia dans le Bulletin de V Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux- Arts de Belgique, en i883, un rapport très remarquable sur le réalisme dans l’art.

Il fut l’élève de Navez.

Ses œuvres sont nombreuses. Men.tionnons : La Mort d’ Evrard T’Serclaes (Hôtel de ville de Bruxelles, i854), La Balançoire (Musée de Liège, 1862), La Case de Dromède (médaille d’or, Bruxelles, acquis par le Musée de l’Etat) ; Polyxène immolée sur le bûcher d’Achille (Musée de Gand); La Mort de Bidon, 1878 (Musée royal de Bruxelles) ; Œdipe et sa fille Antigone à Calonne (acquis par le roi Léopold II) ; Le dernier combat du Gladiateur, Saint Almacque (Musée de Philadelphie), etc., ensuite un grand nombre de portraits et de grandes œuvres décoratives.

Le Collège a désigné pour le remplacer M. Yander Stappen, premier professeur de sculpture, qui est entré èn fonctions le i5 avril dernier.

La réorganisation d’architecture, dont il est question ci-dessous, a donné lieu à la j>romotion de M. Acker au grade de premier professeur d’architecture et à la nomination de MM. Yan Hysselherghe et Lambot en qualité de h>rofesseurs d’architecture.

Le programme des études a été l’objet d’un remaniement important en ce qui concerne l’enseignement de l’architecture.

Jusqu’ici cet enseignement n’avait pu donner tous les résultats désirables, parce qu’il était trop imprégné de vieilles formules et ne revêtait pas un caractère assez pratique; de plus, les exigences de l’horaire ne permettaient pas aux élèves de faire suffisamment d’application des cours spéciaux, tels que perspective, construction, coupe des lîierres, etc. ; enfin, inconvénient plus grave, runiformité du programme imposait à tous les élèves, même aux menuisiers, ébénistes, etc..

l’obligation de suivre des cours spéciaux qui ne leur étaient d’aucune utilité.

Tous ces inconvénients ont disparu par la création d’un nouveau programme élaboré par le conseil académique ; les élèves seront partagés en deux sections comprenant respectivement les arcliitectes et ceux exerçant un métier dérivant de l’arcliitecture ; ils suivront respectivement des cours spéciaux appropriés à leurs études ; les cours qui, dans les trois premières années, n’avaient lien que le soir, auront lieu le jour et le soir, pour permettre notamment l’étude plus complète des cours péciaux. De plus, les élèves arcbitectes devront suivre le soir les cours de dessin d’après la figure antique et d’après nature.

La durée des études pour les artisans sera de quatre années ; pour les arcliitectes, elle est portée de cinq à six.

Ces derniers pourront, les deux dernières années, disposer de leurs après-midi pour travailler cliez des patrons arcliitectes et compléter ainsi la pratique du métier qu’ils auront commencée à l’Académie.

Enfin, on a complété le programme par l’étude de l’arcliitecture ogivale, qui a x^i*c>duit en Belgique des cbefs-d’oeuvre et dont la connaissance est auj ourd’liui indispensable à tout arcliitecte.

Afin de donner aux élèves toutes les connaissances dont ils ont besoin, le Conseil a décidé que les élèves de la classe d’objets industriels passeront par la classe des masques et fragments. Pour atteindre sûrement ce but, les élèves de ces deux classes alterneront entre eux tous les liuit jours.

Sur la proposition deM. Vander Stappen, le nouveau directeur, le programme de la 2® classe de peinture a été modifié de manière à mieux préparer les élèves à l’accès des cours supérieurs. Il a été complété notamment par le dessin et la })einture d’après les chefs-

d’œuvre de la sculpture et d’après des moulages sur nature, ainsi que par l’étude des draperies.

Le cours temporaire de gravure à l’eau-forte a été transformé en cours ordinaire.

Il a été également décidé, sur la proposition de M. Yander Stapj)en, d’accorder gratuitement des modèles vivants aux élèves méritants qui obtiennent la concession des ateliers.

Afin de faciliter l’étude de la flore, qui depuis quelques années occupe une place si importante dans la décoration, la ville a fait l’acquisition d’un appareil pliotograpliique de grandes dimensions. De cette façon les élèves pourront, en toute saison, travailler d’après des documents pliotograpliiés que l’Académie pourra mettre à leur disposition.

Des modifications aux locaux seront faites pendant les grandes vacances pour ménager une installation convenable j)our le fonctionnement de l’appareil.

La discipline générale est satisfaisante. Il existe cependant à l’Académie certains éléments qui y viennent j>ar désœuvrement et parce que cela ne coûte rien; ils constituent un obstacle sérieux à la bonne marclie des études. Des mesures ont été décidées à cet égard. On usera de plus de sévérité dans le retrait des bourses, et les élèves qui se perpétuent dans les cours supérieurs seront impitoyablement éliminés s’ils ne donnent pas de résultats. On évitera ainsi d’encourager des incapables sur lesquels les parents fondent des espérances qu’ils ne réaliseront jamais, et on assurera à l’enseignement artistique de la capitale le rang élevé qu’il doit occuper.

Dans la séance du Conseil communal du 21 mai, M. LeiDage fait, au nom du collège et de la section des Beaux-Arts, le rap]Dort suivant :

Nous avons l’iionneur de vous proposer une dispo-

sitioii additionnelle à l’article 7 du règlement organique de l’Académie des Beaux-Arts, disposition relative à la direction de cet établissement :

I. Le directeur est nommé pour trois ans et choisi parmi les premiers professeurs des classes de peinture, d’architecture et de sculpture.

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