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Notice historique sur Gaspard Monge

IjORSQUE la mort frappé ùn homme qui s’est fait un nom dans les sciences, les académies qu’il honora par ses ouvrages^ s’empressent de payer à sa mémoire un tribut d’éloges et de regrets J et si cet homme a été plus qu’un savant, s’il a rendu des services incontestables à sa patrie, ordinairement les journaux se font à l’envi les échos de la douleur publique. î

Un de nos plus grands géomètres, le fon^ dateur del’Ecole polytechnique, Monge vient de nous être enlevé. L’académie des sciences

cependant, dont il fut un des principaux ornemens , doit rester muette, puisqu’elle a cessé-depuis trois nns de le compter au nombre de ses membres. Deux journaux ont à peine osé répéter une partie des accens qu’a fait entendre sur sa tombe l’ancien compagnon de ses travaux, son illustre ami Bertbolîet ; la plupart des autres feuilles périodiques ont annoncé sa mort ayec une politique concision j il en est même, dit-on, qui ont cru servir leur bannière en jetant quelque venin sur te linceul de celui dont le nom fera toujours honneur à son pays.

Qu’il me soit permis, à moi, ancien disciple de Monge, un des premiers élèves de l’Ecole polytechnique, de rompre le silence, etd’essayer, au nom de mes anciens camarades, au nôm de tous ceux qui nous ont suivi dans p^te Ecole, de payer la dette d.e la reiionnaissànce> è® retraçant ce que futl’boiïime dont nous pleurons la perte, en rappelant ce qu’il a fait pour nous , en redisant enfin combien il avait de force de tête et de génie , et de plus encore combien son ame renfermait d’énergie pour les choses utiles, et surtout de bonté.

Gaspard Monge naquit à Beaune en 1746, et fut l’ainé de trois frères qui tous ont sui^i la carrière des'^sciences. Leur père, homme d-’un très-grand sens, dont le savant que nous venons de perdre ne parlait jamais sans un profond sentiment de vénération, quoique livré au commerce, n’épargna rien pour donner à ses fils l’éducation la plus libérale. Le j eune Gaspard commençade très-bonneheure le cours ordinaire des études au oollége des oratoriens de Beaune^ il le termina au collège de Lyon, avec une telle distinction, que malgré sa jeunesse (il n’avait que seize ans) , on le chargea dans ce meme collège de professer la physique qu’on lui enseignait l’année précédente. A dix-neuf ans il fut appelé à FEcole royale du génie à Mézières, pour y remplir d’abord la place de répétiteur, puis Bientôt celle de professeur de mathématiques. -Peu d’années après on y ajouta le titre et les fonctions de professeur de physique, et dès cette époque Monge avait pris son rang parmi les savans de l’Europe. Seul dans une petite ville de province, et presque sans relations avec les foyers principaux des sciences, il savait déjà fixé sur lui, par des découvertes

importantes, l’attention de plusieurs académies célèbres qui l’adoptèrent dès-lors comme associé.

En 1780, il obtint une chaire d’bydrograpbie au Louvre. Cette place , en lui donnant la faculté de résider à Paris pendant la moitié de l’année, permit à l’académie des sciences de le recevoir au mombre de ses membres.

Trois ans après il succéda à Bezout dans la place d’examinateur des élèves de la marine royale, et depuis cette époque il demeura liabituellement à Paris'. Il ne cessa de se livrer à l’enseignement des sciences f nonseulement comme professeur public , mais dans des cours particuliers, que le plaisir seul d’obliger et d’instruire lui fit entreprendre en faveur de quelques personnes dont plusieurs depuis sont devenues des savans^ clislingués. ,

La révolution arriva. Monge embrassa avec enthousiasme toutes les espérances que* donnait ce grand mouvement aux amans sincères de la liberté. Appelé au ministère de la marine , lorsque les armées étrangères menaçaient Paris, les dangers du fardeau

qu’on lui imposait purent seuls le lui faire accepter. Il essaya vainement de s’y soustraire aussitôt que les plus grands périls furent passés j obligé de conserverie ministère à une époque fatale j il ne cessa d’avoir pour but unique, non le triomphe d’un parti, mais le bien de la France.

. Quelques écrivains peu bienveillans ont rapportéqueMongeavaitjugéle ministère audessus de ses forces. Serait-il vrai, comme des personnes peut-être intéressées ont cherché parfois à le faire croire, que de hautes connaissances et un esprit très-juste "fussent incompatibles avec le talentdel’administration, tandis qu’ils croîtraient spontanément et sans culture dans les salons. Monge rêvant sans cesse le perfectionnement de la civilisation, voulait que dans la société chacun reçût l’emploi le plus approprié à ses facultés. Peu familiarisé avec le ministère, il éprouvait des .difficultés à y porter la lumière et à le manier ■avec la pnisssanee qu’il avait acquise dans les sciences. Il aurait voulu quelqu’un qui pût maîtriser à ce pointles chances de notre mal’ine. L’expression de sa modestie et son zèle n’accusent que la présomption ou Findiffé-

feiicedeceux qui, avec un esprit moins exercé que le sien, ou moins de connaissances spé* ciales, n’hésitent pas à se charger desfonctions les plus difficiles. Au reste, divers armemens importans et des mouvemens ho norables pour la marine française, qui eurent lieu ou furent préparés sous son ministère, détruisent assez des reproches sans précision, nés au sein de nos troubles civils. Mais il est une partie ■de l’administration de Monge sur laquelle nous arrêterons un moment notre attention j et pour bien juger l’emploi qu’il fit de l’autorité , nous demanderons qu’on se reporte à ces temps orageux de la fia de 1792 et du commencement de 179^.

Un décret de la Convention prescrivait des épurations et excluait de tout emploi, particulièrement les signataires de ‘diverses pétitions (i), faites à une époque antérieure et dans un sens très - opposé à celui des meneurs du moment. Quarante employés des bureaux de la marine vinrent se présenter à lui se déclarant signa-

(i) Les pétitions connues sous le nom des vingt mUîs et -des dix mille.

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