‹ Notice historique sur l'œuvre de Terre-Sainte [microforme]Chapitre 23 sur 23 · REP · texte numérisé non relu

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ment, et un très-court repos: pour ceux qui sont libres à une heure, les ateliers s'ouvrent de nouveau, et l’on travaille sans interruption juspu’au coucher du soleil: après quoi, chaque frère 4 un moment de loisir : généralement il va le passer à l’église pour dire ses prières de Règle, et attendre la méditation et la prière du soir de la Communauté ; a huit heures il font la collation qui, surtout aux nombreux jours de jeûne, est bien légère, puis ils retournent un moment à l'Eglise, et peuvent ensuite prier dans leurs petites cellules, ou prendre un repos qu’ils semblent avoir bien un peu mérité. Entre temps les Religieux de Chœur se livrent eux aussi à d’autres exercices et accomplissent des cérémonies qui seront décrites aïlleurs. Telle est la vie que mènent nos quarante à cinquante frères convers au couvent de Saint-Sauveur, offrant leur longue et pénible journée de travail, ainsi que celle de leurs apprentis ou même ouvriers-maîtres avec toutes leurs prières, depuis une, deux ou trois heures du matin, au bon Dieu, le tout pour leurs Bienfaiteurs, c’est-à-dire pour toutes les personnes qui concourent par l’offrande d’une obole à l’entretien de l’œuvre de Terre-Sainte. Et voilà les Religieux que l’on traite, hélas ! trop souvent de ” paresseux, et de bouches inutiles, leur accordant tout au plus, par un excès de condescendance, le mérite d’un peu de travail, accompli dans la matinée, consacrant, ainsi que nous le lisions nous-

même autrefois dans des ouvrages écrits par des personnes non hostiles, consacrant l'après-midi au repos !

Que le pieux lecteur nous pardonne cet épanchement ; nous ne le faisons nullement à titre de récrimination, mais uniquement par amour de la vérité, et avec l'intention de plaire au bon Dieu, tout en cherchant par cette petite confidence, à édifier les âmes pieuses qui liront ces lignes et qui daigneront l’accepter avec le même esprit qui nous l'a fait écrire.

Et maintenant, âmes religieuses du Canada, petit peuple de prédilection, réjouissez-vous, abandonnez vos cœurs à l’allégresse. O trop heureux si vous savez reconnaitre les grâces de choix que vous élargit avec tant d'abandon le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. Au milieu des tristes défaillances des nations autrefois si chrétiennes : pendant que la révolution promène partout avec insolence l’étandard de l’apostasie et du blasphême, vous, vous êtes restés fidèles à l’antique foi de vos pères. Ah! gardez-le donc, comme la prunelle de vos yeux, ut pupillam oculi, ce préce précieux dépôt de votre Foi. L'enfer en a frémi de rage : le démon, camme un lion rugissant, rôde autour de vous, il veut absolument vous dévorer : résistez donc fortement dans votre Foi.

Vous êtes désormais tous associés à l’'Œuvre de Terre-Sainte, œuvre si pleine de bénédictions, O

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bien-aimés Frères, si notre âge nous le permettait, si des cheveux plus blancs ondoyaïient sur notre tête, nous ajouterions avec le grand apôtre fratres desideratissimi, notre joie et notre coùronne, sie state in Domino, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur: pour cela, tournez vos regards, les regards de votre Foi vers cette Terre-Sainte que plusieurs d’entre Vous verront bientôt, nous en avons l’espérance fondée, des yeux de leur propre corps: car les communications sont devenues désormais plus faciles, les distances ont été abrégées, et les dépenses ramenées à des réductions vraiment étonnantes. Oh! qu’il nous serait doux, bien-aimés Frères, de retourner une seconde fois au milieu de vous, de vous enrôler nombreux sous la bannière du pèlerin, de conduire en Terre-Sainte un grand pèlerinage canadien et de l'accompagner dans tous nos augustes sancluaires : prions et espérons, la chose est désormais réalisable : nous voulons ici exprimer plus qu’un simple désir et notre pensée ne s'arrête plus à une hypothèse purement gratuite.

Toutefois, en attendant la réalisation de ce grand projet, lequel, joint à votre association à l’œuvre de Terre-Sainte, sera peut-être dans les desseins de la Providence divine, la sauvegarde de votre Foi et de votre nationalité, appelés comme vous l’êtes, à une grande destinée, au témoignage des hommes les plus éminents parmi vous, dont le regard pénétrant a déjà scruté l'aveuir et qui

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n'hésitent pas à dire que le petit peuple Canadien, s’il demeure ferme dans la Foi de ses pères, s’il ferme résolument ses portes à la révolution moderne, est appelé à devenir rapidement un grand peuple, qu’il dominera un jour sur toutes ces vastes régions qui s'étendent du Mexique au pôle, et qu’il en fera un pays exclusivement catholique; en attendant, disons-nous, allez en esprit en Terre- Sainte, et en arrivant sur le sol de cette Terrepromise, comme autrefois Moïse devant le buisson ardent, ôtez avec respect votre chaussure, et ditesvous à vous même :

La terre que je foule de mes pieds émus, terra sancta est, c'est la Terre-Sainte, cette terre, dit St Bernard où le véritable Orient est venue d’en Haut, par un effet de la grande miséricorde de notre Lieu, nous visiter le premier ; où il s’est incarné, où il a habité parmi nous ; où il a souffert et où il est mort pour notre salut : où il est ressuscité glorieux et d’où il est remonté vers son Père, dans le beau paradis, pour nous préparer à tous une belle place! Avancez ainsi avec respect et les pieds déchaussés, et en arrivant devant la Ville Sainte, saluez-la avec l'âme si aimante du même St Bernard et dites dans toute l’effusion de vos cœurs reconnaissants : save, civitas sancta, salut, Ô Ville Sainte, choisie du Très-Haut pour lui servir de tabernacle; salut, cité du Grand Roi, théâtre de ses plus grandes merveilles ; salut, Reine

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des Nations, possession des Patriarches, mère des Prophètes et berceau des Apôtres, origine de notre Foi et gloire du peuple chrétien ; de grandes choses ont été dites de toi, Cité de Dieu !.…. De là transportez-vous, toujours en esprit, à la blanche ville de Nazareth, dont le nom signifie fleur, et rappelezvous que c’est là que la Fleur des Champs, le Lis de la Vallée qui devait s'épanouir à Bethléem, fut d’abord renfermée mystérieusement dans sa tige, dans l’admirable tige de Jessé: contemplez la Fille de Juda, l'Auguste Vierge de Nazareth recueillie dans son oratoire, prêtez une oreille attentive à la Salutation de l’Ange et tâchez de bien comprendre tout ce grand Mystère ! Or, c'est là même, dans ce béni Sanctuaire, que nos Pères offrent journellement le Saint Sacrifice de la messe et prient avec toute la population Latine, pour vous, âmes Canadiennes, en retour de votre obole du Vendredi- Saint, pour l'entretien de ce Sanctuaire: voilà ce que mérite votre aumône !

De Nazareth, suivez la Vierge de Juda, jeune, délicate et timide, se rendant en toute hâte, portée sur les ailes de l’obéissance, au pays des montagnes, pour nous donner à tous, chez Elisabeth sa cousine, un admirable exemple de la vraie charité fraternelle. Nos Pères, à St-Jean in Montana, vous l'avez vu plus haut, sont gardiens de deux précieux sanctuaires, la nativité de St Jean- Baptiste et le lieu de la Visitation où MARIE a

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entonné son cantique sans égal: Magnificat anima mea Dominum, où encore religieux et fidèles

rient sans cesse pour vous, qui êtes devenus leurs Rienfaiteurs.

De Saint-Jean-du-Désert, transportez-vous à Bethléem, vous n’en êtes éloignés que de trois petites lieues, et là contemplez la Fleur de Nazareth épanouïe dans une mystérieuse grotte; le petit Jésus y repose amoureusement dans sa petite crèche ; faites lui votre visite avec les petits bergers, adorez-le avec les Rois-Mages ; abandonnezvous à la douce joie que tout pèlerin éprouve irrésistiblement, en arrivant une première fois à cette antique cité de David, et donnez un libre épanchement à tous les sentiments de la plus sincère reconnaissance, Nos Péres célèbrent chaque jour plusieurs messes dans la sainte Grotte, ainsi qne dans les grottes voisines et y font, chaque soir, une longue procession, en priant pour tous les Bienfaiteurs de la Terre-Sainte.

De Bethléem à la Ville-Sainte il n’y a que la distance d'environ cinq milles ! Jérusalem ! À ce seul nom que de souvenir s’éveillent dans l’âme du vrai pèlerin !......La divine Agonie du jardin des Olives; la Flagellation et le Couronnement d'Epines, au prétoire de Pilate; la Croix et la Passion ; la mort et la Sépulture ; la glorieuse Résurrection et l’admirable Ascension de Jésus notre divin Maître, tous les grands mystères de

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l'amour infini d'un Dieu pour nous, sont rappelés là, dans autant de Sanctuaires, à l’intérieur de la Ville ou près de son enceinte ; et du sein de ces Sanctuaires s'élèvent jour et nuit, de la Jérusalem terrestre vers la Jérusalem céleste, les prières des âmes religieuses et des pieux fidèles mêlées avec l’encens du sacrifice et la voix toujours exaucée de l’adorable Victime qui versa là tout son sang pour le rachat de nos âmes.

O aimable et divin Jésus, accordez dans votre bonté inépuisable que toutes les âmes pieuses qui feront ainsi en esprit le grand pèlerinage de la Terre-Sainte, le fassent avec les sentiments qui animaient votre sainte Mère, lorsqu’après votre Ascension, elle visitait en réalité et chaque jour, tous ces lieux mémorables où vous avez laissé éclater vos merveilles ; avec les sentiments de toutes les grandes âmes qui depuis ont imité son exemple; avec les sentiments de cet admirable gentilhomme pèlerin dont votre grand serviteur St Bernardin de Sienne, notre Frère, nous à transmis l’histoire : Ce fervent gentilhomme fit ainsi son pèlerinage de Terre-Sainte ; en dérarquant au premier port de cette Terre de prodiges, il purifia son âme de ses moindres souillures, se confessa avec grande douleur et recut la sainte communion : puis il se mit à visiter tous les lieux qui rappellent quelque grand mystère : Nazareth, Bethléeu, le Jourdain, le Thabor, le Cénacle, Gethsémani, le Prétoire, le

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Calvaire, le Saint-Sépulcre et la sainte Montagne des Oliviers: partout son cœur était brûlant d'amour, et c’est l’amour qui lui dicta cette prière, à l'endroit où Jésus montant au Ciel laissa dans le roc l'empreinte de ses pieds divins:

C Jésus, mon très aimable Sauveur, où vous chercherai-je maintenant sur la terre, puisque c’est ici même que Vous l’avez quittée pot. remonter aux Cieux, où vous êtes assis à la droite de votxe Père? Ah! permettez-moi donc de vous suivre, attirez-moi au Ciel, près de vous ! À peine eu‘-il achevé sa prière, qu’il rendit doucement son âme à son Créateur: il était mort d'amour, On fit l'autopsie de son corps; l’ardeur de son amour avait fendu son cœur; on y lut gravé ces mots: JÉSUS MoN AMOUR !

Ames pieuses du Canada, pour qui nous écrivons cet opüscule, &i nous n’osons espérer pour chacune de vous la ferveur singulière que le bon Jésus accorda à ce fervent gentilhomme, au moins demanderons-nous dans toute la ferveur de notre âme, avec tous nos Frères de Terre-Sainte, pour vous toutes qui vous êtes constituées les si gén“. reuses Bienfaitrices des Saints-Lieux, à la miséricorde du bon Dieu une grâce de choix afin que vous viviez toujours chrétiennement sur cette terre, et qu'à votre dernière heure, les mains pleines de bonnes œuvres, vous soyez prêtes à paraître devant votre Juge, l'âme tonte remplie de confiance, et que

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le dernier mouvement de votre cœur, comme celui

de cet admirable gentilhomme, soit an élan d’amcur vers Dieu !

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