‹ Notice historique sur la Guyane françaiseChapitre 3 sur 32 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Premiers voyages des Français au Brésil. «-Leur commerce

avec les indigènes. — Expédition du chevalier de Villegagnon. — Fondation du fort Coligny. — Querelles de reliçioD. — Exil des protestants. — Retraite de Villegagnon. — Destructioo de la coloaie par les Portugais.

Quelques années s'étaient à peine écoulées depttb la hardie tentative de Goiomb, et déjà François I* répondait aux réchmationsd'un am* bassadeur de Charles Y, en demandant à voir Tarticle du testament d'Adam , quiléguaît l'Amérique aux Espagnols. 11 paraît, en effet, que les Jfraoçais visitèrent la cote liu Brésil dans les premières années du xvi* siècle , et peut-être même longtemps auparavant. Mais les affaires maritimes ont toujours été tellement négligées

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chez nous, qu aucun auteur français ne s'est domié la peine d'écrire les navigations des Bretons et des Normands ; ce n'est qu'en glanant dans les ouvrages des historiens étrangers que nonn pouvons en retrouver les traces. J. de Lery, Thevet, Banc, de Thou, et tous ceux qui ont raconté ia tentative du chevalier de Viilegagnon pour établir une colonie à Rio-Janeiro, parlent du Brésil comme d'un pays counu et fréquenté de tout temps , mais sans entrer à cet égard dans aucun détail. Le seul qui s'explique d'une manière positive est P. Bergerou (i), qui dit : « Toutesfois, nos Normands et Bretons maintiennent les premiers avoir trouvé ces terres-là, et que de toute ancienneté , ils ont trafiqué avec les sauvages du Brésil au lieu dit depuis Port-Real. Mais faute d'avoir gardé par . écrit la mémoire de cela, tout s'est mis en oubli. Ce pays fut appelé par les Portugais terre de Sainte-Croix , à cause d'une croix que Cabrai y fit solennellement arborer; mais nos Français lui <Mit donné le nom de Brésil, pour ce que ce bois y croist en abondauce en certains endroits.» Un ar^mieiit de plus en faveur des Français , . c'e^ que le norm de Brésil qu'ils donnaient à cette contrée, est celui qui s'est généralisé dans toute l'Burope et a définitivement été adopté. 11 est à

(i) Bergeron^Uist fie ia Navigation. Paris, i63o. In-8, p. 107,

remarquer encore que nous avons cànservé en français à I toutes les productions . du nouveau mpndè le nom*qiie leinr eut donné les Espagnob et les Portugais qui nous les ont fait connaître, tandis.que nous désignons celles d u. Brésil par.des mols' tirés de la .langue^es iiidigènesi et inoonnus à ces deux nations; tels sont : aras, tapir, toucan , aoajou» .wanas, etc. Ge qui pfonve. que'npuk avons été dèsTorigine-eaf coaitt)ei«e*dtreof airee ces peuples. Il est du reste assez naturel de supposée que ((aeiqu^ vaisseau bmqm se' rendant aux Canaries ou sur la côte d'Afrique , que nous fréqueiitions depuis, longtemps, ait .été jeté sur la oôte^lu BrisiL £e paysne prqduisaitalorA niov ui pierres précieuses, qui dussent nécessairement atticer l'attention , et son :ooininerx:e a pu- le&tet secret «1 détenir la souree des grandesi fortnnés que firent à cette époque quelques armateurs de Dieppe^-.de JaiÂqcheUe ekde Saint-Jtfala Ce^qili prouve que wAom^ m'xrf "vAcle-^ im regardait cela coflune vraisemblable, e'est que quelques antettrérffispagiioléi, et notamment Gomara Xi)* ont dit que le pilote qui vint mourir dans la maison de Colomb,. après lui avoir révélé le se-» ooet^lu MMiYéauvteoBidé, .éliait>FraiiçaÎ8i' . Dans le . voyage publié par Ranausio, sous le

(i) Goinara, Hist. de las lDdias.Medîna del Câinpo, x553,

nom de : Relation dun grand capitaine de mer^ Franç€m dé nation , qui eul lieu en iSSg, il est (Ht : « H y a trente-trois ans qu'un navire de HoDÛeur, comniatidé par le capitaine Denys et ayant pour pilote Gaaiard> de Rouen, y aborda le premier (au Brésil). Depuis, en Tannée i5o8, un navire de Dieppe, appartenant à M. Jean Angot, père de M. lé vicomte de Dieppe, et commandé par maître Thomas Aubert, y aborda également; ce fut le premier qui conduisit dans ces parages les navigateurs dieppois.... La par* tie du Brésil la plus fréquentée par les Français et les- Bretons , est entre le cap Saint*Augustin et le Port-Royal, qui est placé au douzième degré. » Il faudrait conclure de là que le premier voyage des Français au Brésil a eu lieu en 1 5o6. Mais le même auteur dit dans un autre endroit: « Une partie du Brésil fut découverte par les Portugais, et, il y a trente-cinq ans, Denys, de Honfleur^ découvrit l'autre partie. » Ce qui ferait remonter cette première navigation à Tan i5o4. L'éditeur des pioésies de Parmentier réclame également pour lui la gloire d'être le premier Français qui ait navigué au Brésil; on peut donc regarder comme hors de doute que nos marins fréquentaient Cette côte dès les premières années du xV siècle.

Il est cependant probable que les rapports des Français avec le Brésil étaient beaucoup p)us

anciens 9 car Chnstoval de Jaque» qui visita en i5o3 la baie de 'tous les Saints, y troiiTa dans line anse, nommée Paraguaçu, deux vaisseaux français qui trafiquaient avec les naturels. 11 leur

demanda comment ils osaient venir sur les terres du roi de Portugal sans sa permission; les Français lui ayant fait une réponse insolente, il les attaqua, et coula les deux navires avec la <»rgaison, et tous ceux qui les montaient.

Comme rien ne démontre que ces vaisseaux étaient les premiers qui fussent venus au Brésil, et qu'ils étaient en commerce réglé avec les nah turels, ce qui indiquerait qu'ils avaient avec eiix des relations anciennes et bien établies, ce serait une preuve de plus de l'antériorité de la découverte de l'Amérique par les Français,^ dont nous parlions tout à l'heure (i)*

Quelque temps après, Diego Alva^rea^ CoFreâ^ ayant fait naufrage dans ces parages, et étant par-

(i) VascoDcelos, Noticia do Bra$il. Lisboa, i66S, 4^»,clv,

Tasconcelos, Gronica doBraisll^ Lîsboa, i663, U^* I» ch. xxxix.

Marî^, Dialogos de varia historia. Coiiubra, iS^S, 4*, dial. V, ch. ii.

Noticia do Brasil, dans les Moticias das nacoèns ulfriimarinas , ch. I* .

Sta Theresa,GucrradelBrasiURoiDa, 1700, f*, lif . I,ch. 1.

Roman y Historia de la India oriental y del Brasil. Valladolid, i6o3, P, liv. IV, cli. xiv.

venu .à fa^uer la terre avec'untf grande partie (de son' équipage, fctt attaqué' par les! nàttiréls auxquels s'étaient joîats uii grand nombre de iPrançais. Il réussit cependant à y fonder un établi$senient9 et épousa la]fille d'un cacique de ce pays. Au .bout de plusieurs, années,, il s'em» I^arqua aur un vaiââeaudieppois comitianclé par M. Duplessis, qui le ramena en Franoe. Henri II, qui régnaiit al^iirs, le.reçutfort ibien , et voulat tellîr^alemine sur les^fonts «de haptéme »avcc la X^iue .Ca.tberine de Médecis. Gorrea promit à ce {irioiee d'employer son. influence sur les. optlirels, pour fonder Ui]e>coionie sové: ses auspices, jet. obtint d'un négociant .français deux vaisseaux bien garnis d'armes èt d!artiUerie. Jttais au

lieu de tenir sa parole , il les conduisit au roi de Portugal Jean UI., qu'il avait «déjà £ait prévenir du projet du roi de France, par Pedro Ferpandez Sardinha qui venait de terminer ses études à Paris. Ce dernier, en récompense de ce service, fut nommé premier évéque du Brésil (i). Pero Lopez de Sousa, qui reçut à la même époque la capitainerie de Tamaraca, l'obtint en récompense de ce qu'il en avait expuLsé les Français (2).

(1) Accioli, Memoria da provincia Bahia. Balua, id35, «. I, p. 54. • Yasconoeloiiy Cronica do BrasU, liv. I, S 36 et 38. (a)Magalhacs Gandavo, Historia da provincia de$ta*Cruz.

Lisboa, 1576. 4°, p. 11.

^oticia do Brasil , ch. xv.

Ceux-ci fréquentaient également la baie d*Itapîtinga, celte da Trai^o (de la trafaison), la rivière de Magoape, Cabo 1 rioet la rivière de Saint- Antonio, près de laquelle étaient deux, ports désigoés pat le nom de Porio Felho et Porto novo dos Franceses (^i). A la niémç époque nos corsaires infestaient la partie de la terre ferme Alors connue des Espagnols, Dans les institic* tioii3 données en i5i4 à Pedrarias Davila, nommé gouyernear de Panama > ri lai est spéciale^ ment recommandé d^attaquer et de chAtiér les Français qu'il rencontrerait dans les Indes occidentales (a).

Il parait même que les Français furent les plremiers qui poussèrent au delà du Brésil leurs dé^ covtirertes dans l'hémisphère austral. Sens parler du voyage du capitaine Gonneville en i5o3, on mit dans Hackluy t, qu'antérieurement au voyage de Sébastien Cabot, une note sur les courants qui régnent entre le cap de Bonne-£spérance et la côte d'Amérique, avait été remise à sir John Yorcke par un pilote français (3). Quand Ma« gellan partie à la recherche d'une nouvelle route pour se rendre aux lies des Éptces, en passant par le détroit qui porte son nom, il

(i) Noticia do Brasil, ch. ix, xi, xviii.

(a) Herrera , décade I, liv. X, ch. xi.

(3) HacUayty Navigations and voyages of the ËDgIish valion. LoodOo, ^6oa, C^, t. III, p. 719.

çais. il ÊiUalt que la supériorité de leurs connaissances fût bien avérée, puisque cfëtait violer toutes les lois des Indes, qui défendaient à tout individu qui n'était pas sujet de la couronne de Castille d*j entreprendre aucun voyage (i).

Francisco d'Andrada, dans sa chronique du roi

Don Jean III, rapporte que vers i Sa i , ce prince ayant été averti par quelques Portugais qui trafiquaient en France, que, sous la protection de Tamiral de France et avec la tolérance du roi, on préparait suf la cote de ^Normandie une expédition pour aller coloniser la terre de Santa- Cruz ou Brésil, résolut, tant par ce motif qu'à icause des ravages des corsaires français, d'envoyer en France, en qualité d^ambassadeur, Jean François 4e Silveyra; il lui recommanda sur-

(i) M. Navarrete (Yiages y descubnaiientos de Ips £$paîloies. Madrid, iS37, t. IV, p. la et suiv.) nous a conservé leurs noms : il y av^it sar le vaisseau lo JUnité, Jean* Baptiste de Montpellier et Petit-Jean d'Angers; sur le Saint- Antoine , Jean de Rouen et Bernard Calniet de Lectourej §ur la Victoire, Simon de la Rochelle; sur le Saint-Jacques , Barthélémy Prieur de Saint-Malo, Richard d'Évreux, Pierre Gascon de Bordeaux, Laurent Gorrat de I^ormandie, Jean Massiat de Troyes, J^an Breton du Croisic, et Pierre-Arnaud d^Auray. Herrera (décad. II, lîv. IX, ch. xiv) fait également * mention d'un })i Ltre français que Magellan avait à bord, et qu'il tut forcç de débarquer à cause d'uue révolte.

tout de De rien épargner pour faire cesser la guerre sourde t}ue les Portugais et les Français se faisaient en mer depuis longtemps. L'ambassadeur fut bien reçu du roi, qui cependant évita de répondre positivement, el chercha à gagner du temps par des défaites; mais le roi de Portu* gai ayant fortement insisté, celui de France finit par céder, pour ne pas se brouiller avec^ lui, et défendit à rexpédition de partir (i).

Les Français n'en continuèrent pas moins à fréquenter la cote du Brésil, car nous voyons qu'à la fin d'octobre iS^6, le vaisseau le Saint- Gabriel ^ qui faisait partie de la flotte de Garcia de Loaysa et était commandé par Rodrigo de Acuna, étant entré dans le Rio de S. Francisco, y trouTa trois vaisseaux français dont le commandant lui envoya une chaloupe pour lui indiquer l'entrée du fleuve. Les Français lui prêtèrent d'abord des charpentiers et des calfiits pour réparer son navire. Mais s'étant pris de querelle avec les Espagnols, ils firent un feu si vigoureux sur le Saint^Gabnelj que celui-ci fut obligé de couper ses câbles et de s'enfuir en abandonnant son capitaine qui se trouva à terre et resta prisonnier. Le Saint-Gabriel alla se réfugier daus la baie de Tous les Saints, où il trouva ui| autre navire français qui l'attaqua

(i) Francisco d'Andrada, Cranica do rey D. Joao. Uaboa^ 16 iS, pan. I, ch. un.

également^ et lui tua un horame(i). A la relation d*Aoiiûa,estjcMa4:.un certificat de Giiilbume La-^ mel, earme de SaintfFol^de^Iiéon , qui assure av.oir entendu raconter tous ces faits . à un nommé. Jean Biiqtié, pilote xl'aii^ 'des /tim vaisseaux, nommé /<? Lejrwn^ qui appartenait à cette ville, et qui fut capturé dacsimiautre voyage a la oote du,£résiL I^es den autres étaient Normands (2).

£d i53iOf la eapitaînerie de^Femambouc fut domiée par le roi de Portugal -à Diittrte Goelbo, qui partit de Lisbonne au mois de mars. La co« )o«ie qu)il foDdaiut bientôt éprès attaquée par lës Inditos Caétes> cooMnandés^par des Français qui lui tuèrent beaucoup de monde (5). Dans line lettre, ^rifêparlè jroi de Portogbl à. Juan dfe Silveyra, son ambassadeur en France, en date du 16, janvier de la même année<^ il est dit qu^ les corsaires finançais qui yoiit aa Brtisil ont, malgré la paix, enlevé aux Portugais plus de 2oo bàtimientSy et leur ont fait un dommage de plias, dé ;5oo,ooo cruzadés (4). - <

£n i S^i y le roi de Portugal envoya une expé-

(i) Navarrete» t V, j>. 172^ a3t , a39[« 3ap. (a) Ibîd. t V, p. 3a3.

(3) Vasconeellos, Cronica do Brasil, Uv. I , § 100. Rocha Pitta, America Portuguesa. Lisboa, 1670^ (^,liv. Il,

S 58 et suiv.

(4) Navarrele, t. V, p. a37.

dilioQ.au Brésil pour en cbamr les Jbraiiu^â ^ui s'y étaient établis, et y avaient construit plu* sieurs forteresses. Lope de Sousa^ qui la cornmandait^ reDcontra pbès du oap âaint-Ai:4[u6tiâ un vaisseau français auquel il donna la chasse : il le força de se jeter à la cote et en prit.bien«> t&t après deux antres.. Sousa iapporte. que, /peu de temps auparavant, les Français avaient pris èt saccagé la forteresse de Fecnambouc. Il s'enif para encore de deux autres navires français , et souleva les indigènes de l'île de Saint- Alexis, où ils avaient une forteresse; de sorte que leur commandant fut obligé de se rendre prisonnier avec toute la garnison, pour ne pas être massaeré par Ite sauvages (i).

En i547; Allemand , nommé Hans Staden-, qui nous a laissé une relation de son voyage, sr'emborqua à Setuvai .pour se rendre au BrésiL Le capitaine du navire qu'il montait avait ordre d'attaquer les vaisseaux français qu'il ren- Qontrerait dans ce pays. En y arrivant, ils en trouvèrent effectivement un qui commerçait avec les.indigènes,etessayèrent de s'en emparer; mais ik furent répoussés avec perte (2). Staden ayant été plus tard fait prisonnier par les indigènes qui

(i) Herrcra, déc. II, liv. X, ch. v.

Diario de Lope de Sousa. Lisboa, 1840, 8**.

(a) Warhaftige Historiâ einer Ljindschaft der Wiiden. BiUr-- )>urg, iS57,4%ch. I.

voulaient le dévorer, fut sauvé par un Français qui résidait parmi eux.

Staden rapporte qu'un vaisseau français, la Belette y de Dieppe , aborda dans cet endroit en i554; le capitaine refusa de le recevoir à son bord, pour ne pas se brouiller avec les indi-» gènes (i). Quelques jours après, le capitaine Guillaume Lemonnier, qui commandait là Ca* iherine de VatieMley consentit à le racbeter, et le ramena en Europe (a).

Ces expéditions réitérées dont il est fait nien-^ tion dans des écrivains étrangers , qui n'en parlent cependant que par occasion, prouvent que les Français fréquentaient habituellement la côte du Brésil longtemps avant que l'amiral de Coliguy w décidât à y envoyer la colonie dont .nous allons parler. L'amiral avait même cherché à se procu^ rer des plantes d'Amérique, et J. de Lery rap-» porte qu'il avait à sa terré de Cbâtillon des cotonniers qui produisaient du coton (3). Il fut très-facile de se procurer en France les interprètes dont on avait besoin , et dont plusieurs avaient séjourné huit ou neuf ans dans le pays (4)- Il était même venu de^ Indiens, et le même au*

(x) Staden, ch. XLi.

[i) Staden , ch. i>ii. • '

(3) J. de Lery, Voyage fait en la terre du Brésil, ch. xiii.

(4) J* de Lery, ch. xt. l'hçYet» Cosmographie, liy; XXI ,

teur rapporte qu'il en vit deux parmi les troupes qui faiflaient le siège de Saint-Jean d'An* gely (i). Enfin, sur quatre 'écrivains qui nous eut laissé un récit de cette expéditioni pas un ne croit devoir entrer en matière par quelques détails sur le Brésil et les rapports de la France avec ce pays^ tant il les suppose connus de ses lecteurs* En 1 555, Nicolas Durand de Yillegagnon, chevalier de Malte et vice-amiral de Bretagne, qui avait embrassé les opinions nouvelles, conçut le projet de fonder une colonie au Brésil, et obtint facilement l'appui de l'amiral de Coligny, eu lui proposant de la composer de protestants , alors durement persécutés en France. Uamiral lui fit donner deux ou trois vaisseaux, avec lesquels YîU^agnon partit du Havre au mois de mai 1 555 et arriva au Brésil au mois de novembre suivant. Il construisit un petit fort dans une iie de la baie de Bio^Janeiro, où il rencontra quelques Normands qu'un naufrage avait jetés sur cette cote, et qui avaient déjà passé plusieurs années parmi les Indiens, et renvoya ensuite ses vaisseaux en France pour rendre compte de ce qu'il avait fait et demander des renforts. L'amiral, qui avait pris cette af&ire fort à cœur, choisit pour commander cette nouvelle expédition un vieux gentilhomme appelé Philippe de Corguil*

(i) J. de Lery, ch. xiv.

leray, plus connu sous le nom <le Dupont, et lui adjoignit deux ministres prol^^nts, Kicher etChartiery qu'il fit ^mijr expr(b-d« Genève. Beaucoup de personnes, parmi lesquelles se trou* vait Jeap de Lery, se décidèrent à les accoitipa^ gner. L'embarquement seûtk flonflcnir sur trmà navires , commandés par Bois-le-Comte , neveu de YiUegagpon.. Celui, qu'il montait s'appelait ta Peiiie RfAerge et portait 80 personnes; im Grande Roberge en. avait i lOy et la Roséé 90 ; 'il Mmedait également sue jeunes âles avefc une

matrone pour les gouverner, et six jeunes garçons qu'on devait disperser parmi les. sauv{ige§ pour apprendre leurlangue»

Les nouveaux colons arrivèrent le 7 mai, et Villegagaon, sans avoir le moindre égard pour leur état* d'épuisement 9 les força, dèsle lesdéM main, à porter des pierfes- et à travailler peu*" dant» plus d'un .mbis^ au fort qu'il faisait: eon» truire ' et auquel' il avait' donné le nom .de fiMsl Coligny. La ferveur religieuse les; soutenait ce^ pendânty 'et la colonie eût peut^étreprospéré, s'ils ne se fussent mis à quereller sur divers points de dogme. Ou se décida enfin à envoyer euËif.^ ropeile ministre - Ghairtier pour consulter les docteurs de Genève. Le vaisseau qui le portait dev^t rameuerdënouveaiiipc colons^et cooduisait en France dix jeunes siauvages qui furent présen* tés au roi.

Pendaat oe temps, Yiliegiigaoni qui, au lien de Vo^uperde sa oolonie^pass^it soirtemps àétiMtîer les ouvrages de saint Cyprien , s'avisa de dire qu'il fallait mêler là» Teau au vin de la communion , du sel-et'de'l'hùile à celle du baptême, et qnW ministre ne pouvait se marier en seconde noce. N'ayant pu £ûre'adoptetTBeft opinions par la ma^ joritéi il en. pritï de Fhumeor/et ioelina de non* veau vers le* catholicisme ^ surtout après avoir reçu du/GaidiiuildeiLorsaÎBe une lettre remfilié de reproches. Il ne perdit pas une occasion dè •maltraiter les protestants, qu'il finit même par nhassee du foii&«t*de>l!ile. Us fuient forcés d^ 1er s'établir sur la rive gauche du fleuve , où ils ue ^subsistaient que des* vivres que- les Indieuf youlaient bien leur fournir. Quand cette nôu^ velie arriva en France, sept ou huit cents personnes- qui se préparaient à passer au Brésil <ei avaient d^à frété pour cela de grandes honr^ ques. flamandes^ renoncèrent à leur dessein. £lies avai«iit «i;¥oyé en arvant, poar explorer le pays où elles comptaient s'établir, un vaisseau cora* mandé par le capitaine Fareban; mais Yiilega- -gnoa eaprpfirta au- contraire pour «envoyer en France Jean de Lery et les autres protestants. Ils qu4ttèrei^< le Bréâil'le 4 janvier 1 558.

- La cokenie ivbandonnée par son chef étaild^h en pleine dissolution , quand^ le i5 mars t56o, une flotte portugaise, commandée par Barfhé*-

lemy de Vasconcellos, parut dans la baie de Rio- Janeiro. £lle se composait de dix vaisseaux et de 3000 hommes de débarquement. Après avoir canouné inutilement pendant deux jours le fort Goligny , Yasconcellos feignit de se retirer ; mais, revenant sur ses pas au milieu de la nuit, il escalada le fort pendant que les Français et les Indiens leurs alliés, qui, à ce qu'il paraît, avaient célébré leur délivrance par de copieuses libations, étaient plongés dans un profond sommeil. Les Français, qui n'étaient plus qu'au nombre de soixante-quatorze j furent tués ou faits prisonniers, et le lendemain Yasconcellos remit à la voile pour Saint-Vicente , après avoir complètement détruit le fort, dont il enleva Far-» tillerie.

Quelques Français qui s'étaient réfugiés sur le continent, y avaient, avecTaide des Indiens Toupinambas et Tamayos, élevé la petite forteresse de Paranapucuy. £stacio et Mendo de Sa vinrent les y attaquer au mois de janvier 1 667, avec forces si supérieures que les Français, après s'être vaillamment défendus pendant plusieurs jours, furent obligés de se rembarquer et de se réfugier à Fernambouc. Cette Ventative fîit la dernière qu'ils firent pour s établir dans la parlie méridionale du Brésil. On verra dans le chapitre suivant qu'ils ne furent pas plus heureux dans le Nord. Mais dans ces deux occasions.

1 abandon de la métropole f ut seul cause de la perte de colonies qui réunissaient toutes les-

conditions de pruspéiite et de durée (i).

(i) Meniorias historicas de Rio di Janeiro, por Josc Sottsa Azevedo Pizarro e Araojo» liv. I , ch. i. Noticia do Brasil, ch. l et soiv. Thevet, Cosmographie, Mv, XXI.

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