CHAPITRE II
Les guerres civiles font oublier le projet de coloniser le
Brésil. — Les Français continuent à y commercer. — Les
sieurs de Ravardière et de Razilly fondent Saint-Louis de Maragnon. — Expédition dans l'iulérieur. — Le fort Saint-Louis est pris par les Portugais.
Les longues guerres de religion qui précédèrent l'avènement de Henri TV empêchèrent le gouvernement français de s'occuper du Brésil; mais ses côtes continuèrent à être fréquentées par nos navigateurs, et surtout par les calvinistes, qui 9 en pillant tous les vaisseaux espagnols qu'ils rencontraient 9 satisfaisaient à la fois leur cupidité et leur haine contre le catholicisme. Ën i565, Jacques Sore, natif d'Eu, en Normandie, et d'autres calvinistes, allèrent croiser dans ces parages avec cinq vaisseaux, dont un galion nommé ie Prince. Ils prirent, à la hauteur de nie de Madère, le vaisseau portugais le Saint- JacqueSf qui avait à bord trente-cinq missionnaires jésuites, et les jetèrent tous à la mer (i).
(i) Jarric, Histoire des Indes. Bourdeaux, 1608. 3 vol. 40» H?, llï , cb. XXV.
£n 1 $7 1 1 ia flotte portugaise, qui se rendait au
Brésil, sous com mandement de Louis de Vasconceliosy reocontra quatre corsaires anglais et français, qui croisaient de conserve et qui venaient de saccager Gomera, une des Canaries.
Leur chef se nommait Jean CapdeviUe^ et montait le même galion, k Prince; ils s'emparèrent également d'un bâtiment à bord duquel se trouvaient un grand nombre de missionnaires jésuites, et les massacrèrent jusqu'au dernier (i).
En 1679 y les capitaines Lamotte, Adrien Gilles, Guillaume Clémence, Michel Fret, Jean Bouel, Guillaume J.efèvre, de Dieppe; Abraham Grenier, Casoier et autres du Havre , commandant onase navires, nommés la Marie ^ le Bouc y la Robuste y C Aventureuse ^ le Croissant^ la Uûomey le grand Jaglais, la Marie^ Martine ^ le Guillaume y la Chm^illeite et le grand Chien, qui étaient chargés de marchandises pour la valeur de plus d'un million, et trafiquaient sur la côte du Brésil, furent attaqués par les Portugais qui brûlèrent les vaisseaux ; les équipages^ pour leiir échapper, furent forcés de se réfugier dans les bois chez les sauvages (-2).
Thomas Grigg, dans la relation de son voyage, fait mention de quatre navires de guerre fran-
(i) Jarric, liv. III , ch. xivi/
{1) Remonstrancc très-humble que font au roy les capilaines de la marine de France, s, l. et a. 4^
^ais qui se trouvaient à Rlo-Janeiro, le i8 mat
i58o, et qui ensuite passèrent dans la mer du Sud(i)-
En i58r, pendant que le gouvernement por* tugais de Rio- Janeiro était occupé à faire la guerre aux Indiens , trois navires français vinrent attaquer cette ville, mais ils furent repoussés (2).
Dans la même année , les Portugais vinrent
attaquer les huguenots français qui avaient fondé un fortàParayba, les eu chassèrent, et les firent renoncer au commerce de cette province» Cinq vaisseaux français furent brûlés dans cette occasion (3). *
En 1687, le capitaine Pois de Mil, de Soson en Saiatonge, allant au Brésil avec le navire le Valant^ dont l'équipage était de 116 hommes, fut pris par les Portugais et conduit par eux à la baie de Tous les Saints , où ils furent tous pendus (4).
Le capitaine anglais James Lancaster rapporte qu'en 1S94 U trouva à Fernambouc trois vaisseaux et deux pinasses. Deux de ces vaisseaux étaient de Dieppe, et Tun était commandé
(i) Hackluyty t UI, p. 70$.
(a) Jarric, liv. III, cli, xxix.
(3) Jarric, Ky. III, ch.xxxi. Description des Indes occidentales, par Lope Vaz, Hackluyt, t. III, p. 778. Beinoustrance, p. 9.
par un certain Jean Noyer de la même ville ; le
troisièmeétait de la Rochelle (t).
£n 1594» uu vai&seau portugais richement chargé, qui venait du Brésil, est pris par un cor^ saire français (2). . .
£n 1595, quelques vaisseaux partis de la Rochelle pour aller attaquer Bahia , pillent lé fort d'Arguin, sur la côte d'Afrique, et sont ensuite dispersés par une tempête; deux navires seuls arrivent à Bahia, et tombent au pouvoir des Portugaises).
Dans une lettre de Feliciano Cieça de Gar-
valho, gouverneur de Paray ba, au roi Philippe II d'£spagne, on trouve le passage suivant : « Le 3 juillet 1596, on m'amena un prisonnier français qui m'apprit qu'il y avait sept grands vaisseaux de sa nation à Tancre dans le Bio-Grande, et que treize autres attaquaient le château de Cabodelo et avaient débarque 35o hommes bien armés.
I^e gouverneur du château a été tué» ainsi que le chef des Français et un grand nombre des siens, lis voulaient s'emparer du fort pour, de là, commercer avec les Indiens; mais n'ayant pu y réussir, ils allèrent rejoindre ceux qui les atten^ daieut au Bio-Grande. J'ai appris qu'un Français, nommé Daurmigas, a découvert une abondante
(x) HacUuyt , p. 7 1 1 .
(a) Jarric, liv. III, ch. xxviii.
(3j Janic, liv. lil, ch. xxix.
mine d'argent. Parmi les Français blessés se trouve un sieur Mifa, parent du gouverneur de Dieppe. Il annonce aussi que Tannée prochaîne, le comte de Yilladorca doit venir de la.Aochelle avec une flotte nombreuse; ce prisonnier m'a parlé encore de deux vaisseaux qui avaient été jetés à la côte et dont les équipages s'étaient ligués avec les Indiens. Il commandait lui*ménie un de ces vaisseaux; l'autre était commandé par un nommé ^foies. Le 29 , je marchai contre ces Indiens rebelles, et je leur fis vingt-quaftre prisonniers qui m'ont confirmé la présence des Français au Rio-Grande (1)* »
En 1699, le capitaine Jacques Postel de Dieppe, trafiquant au cap de Frie, fut attaqué par quatre caravelles et sept bateaux portugais; line partie de ses gens furent tués et les autres faits prisonniers (2),
En l'an i6oa, le capitaine Gaspar Barbosa, Portugais établi à la Rochelle, ayant été commercer à FernambouCy fut jeté vivant à la mer, et son vaisseau, nommé la Mjrie, fut confisqué (3).
Vers 1610, le capitaine Davil Paul, de Dieppe, commandant le Pélican^ de trente-deux hommes
(x) Hackluyt^ t. III ^ p. 716. Les Doms français sont tellement estropiés dans cette relation , qu'il est impossible de
les reconnaître.
(2) ReinoDStrance, p. lo.
(3) IbiU., p. 1 1 .
dVquipage, commer^nt avec les oaturels au
port de Macouro, fut tué avec seize de ses gens par les Portugais qui (lonnèreut leurs corps à manger aux sauvages.
Ces iaits isolés, que nous n'avons pu réunir qa*après bien des recherches ^ prouvent que les côtes du Brésil ne cessèrent jamais d'être fré*^ quentées par les Français. Un certain Jean Rilfiiaty qui s'adonnait depuis longtemps à ce commerce, essaya, sur la fin du règne de llenrilV, de fonder dans Tile de Maragnan un établissement permanent, et équipa dans ce but trois navires avec lesquels il mit à la voile le i5 mai 1 594 ; il comptait surtout sur l'appui d'un chef indien nommé Ourapwe ou l'arbre sec , avec lequel il était lié depuis longtemps; mais son principal vaisseau ayant échoué 9 et la discorde s'étant mise entre ses compagnons, il fut forcé d abandonner son entreprise et de revenir en France.
Les deux vaisseaux qui lui restaient n'étant pas assez grands pour contenir tous les Français qu'il avait amenés, il fut forcé d'en laisser plusieurs dans le pays. Parmi eux se trouvait le sieur des Vaux, natif de Sain t-Maur en Touraine , qui vécut longtemps parmi les Indiens, et prit part à plusieurs de leurs expéditions. Au bout de quelques années, leur ayant fait sentir tout l'avantage qui résulterait pour eux de rétablissement d'une colonie française dans leur voisinage.
ii obtiut d'eux la permissioD de revenir en Frauce pour en £iire la proposition. Henri IV Taocueillit très-bien, et chargea le sieur de Ravardière, qui avait déjà£iit plusieurs fois le voyage du Brésil, d'examioercette aflbire. Célui-ci partit avec des Vaux, visita File de Maragnan, et revint persuadé que cet endroit ét^t convenable en tout point pour y fonder une colonie. Il fut de retour en 1610, e( fit au roi un rapport très-favorable au projet de colonisation; lyiaisla mort de ce prince vint tout déranger, et le força de remettre Texé- Ciition d^ spn projet à Tannée suivante.
Ne pouvant obtenir de la régence les secours sur lesquels il avait compté, et n'étant point S|sse^ ricbe pour rien entreprendre par lui-même, Ravardière s'adressa au commandeur de Rasdlly et au baron de Sancy, avec lesc[uels il s associa , ç^t qui lui firent obtenir Fagrément ie la reine pour le projet qu'il méditait. Pour plaire à celle* çi, ils s ad^ressèrent aux capucins en leur deinandanf des missionnaires pouv les accompagner; on leur en fournit quatre, parmi lesquels se trouvaient les PP. Claude d'Abbeviile et Yves d'Évreux , qui ont été 1^ historiens dç cette expédition.
£ile mit à la voile du port de Caiicale, le mardi 19 mars 1613, et se composait de trois
vaisseaux, le Régent f la Charlotte et la Sainte- Amie. Les trois vaisseaux , dispersés par la tem-
pèitf furent forcés de se réfugier dans différents
ports d'Angleterre; ils se réunirent dans celui de Plimoutby où ils restèrent jusqu'au ac( avril pour se réparer. Le 17 juin , ils touchèrent à nie de Fernand de Noronha, où ils trouvèrent quelques Portugais et quelques Indiens exilés qu'ils reçurent à leur bord; et enfin, le jeudi a6 juillet, ils jetèrent Tancre auprès de Tilot Sainte-Anne , qui est situé à Tembouchure du Maragnon , k deux lieues de la grande île. Le sieur des V aux y que Ton avait envoyé prévenir les Indiens de Tarrivée des Français , les ayant trouvés fort bien disposés, le sieur de Razilly fit débarquer tout son monde et s'installa dans un endroit appelé JeTÎre. Il avait trouvé , en arrivant dans cet endroit, qu^ti:e ou cinq bâtiments dieppo^ qui y étsùent vei^us pour commercer.
MM. de Ravardière et de Ka^lly, voulant s'assurer la possession du pays, firent choix, pour y bâtir un fort, d'un rocher très-escarpé et presque environpé p2^r deux nvières qui se jettent à la mer dans cet endroit. On l'entoura (l'une forte palissade de quinze pieds de haut, à laquelle les Indiens travaillèrent de grand cœur ; on y monta vingt pièces de canon , et on lui donna le nom de fort Saint-Louis. On construisit , dans l'intérieur, des cases pour une partie des Français. Ceux qui u y trouvèrer^t pas de place
allèrent, par bandes de dix on douze, s'établir
clans les villages des Indiens, dont le P. d'Abbe- Tille nomme les principaux , Juniparan^ Camaupio, Itapari etTimbohu. Le^Iodiensse montraient fort disposés à embrasser le christianisme, et les capucins parcouraient librement Tile pour les baptiser. Mais déjà plusieurs chefs, et surtout un certain Momboii^ commencèrent à voir avec jalousie que les Français se fortifiassent, et craignirent qu'ils ne les traitassent comme l'avaient fait les Portugais dans d'autres parties du Brésil. Cependant tous ceux de llle avaient reconnu Fautorité de M.deRaziily, ainsi que ceux deTapouitapere et de Gomma, en terre ferme. Six d'entre eux se décidèrent même à accompagner le P. d'Abbevilie qui arriva au Havre le i6 mars 161 3. Il les présenta au roi et à la reine, que l'un d'eux harangua en langue brésilienne (ij. Trois de ces Indiens ne tardèrent pas à succomber à Tinfluence du climat , et les trois autres-, qui avaient été baptisés en grande pompe à Paris, vivaient encore lors de la publication de l'Ouvrage de ce religieux (2).
M. de Razilly ayant entendu les Indiens de la terre ferme parler des Amazones , qui habitaient
(1) Le P. d*AbbeviUe nous a conservé cette harangue dans
son onvragc, p. 341.
(2) C'est ici que se termine la tclntion du P. d'Abbevilie, dont nous avpii» extrait tout ce qui précède.
sur le haut Maragnon, résolut d'entreprendre un voyage dans ce pays. Le 8 jaillet i6i3, il partit du fort Saint«Louis avec quarante soldats et dix matelots y et alla d abord au^^ort de Comnia, où plusieurs canots ï*eniplis d'Indiens se joignirent à lui, et ensuite à Cayeto où il séjourna plus d'un mois; il remonta ensuite jusqu'à l'embouchure de la rivière de Para-, qui était habitée par de nombreuses tribus de Topinambous. Quand il fut arrivé au dernier de leurs villages, qui était à soixante lieues de l'embouchure, les chefs le prièrent de se joindre à eux pour aller faire la guerre aux Camarapins, leurs ennemis; il y consentit, et remonta à la téte de plus de tlouze cents To» pinambous , les rivières de Paiacares et de Parisop. Les Camarapins, dont les habitations étaien); construites sur des arbres, se défendirent vaillamment dans ces espèces de forts inaccessibles, et leur défaite ne fut due qu'à la supériorité que les armes à feu donnaient à leurs ennemis.
Pendant cette expédition , un chef nommé CapUon , mécontent de ce qu'on lui avait repris quelques objets d'habillement, se met- à parcourir nie et à exciter les naturels contre les Français. Mais les Indiens ^ loin de votiloir l'écouter, se hâtèrent de dénoncer ses menées; sur ces entrefaites^ et au moment où Ton s'y attendait le moins,
on vit arriver dans Hle une barque portugaise ,
coiximaodée par un nommé Martin Soarez,que le gouverneur du Brésil avait envoyé à la recber» ched'un endjoit où l'on pourraitétablir des plantations de cannes à sucre. Il avait déjà planté en divers lieux, et notamment dans Tiiot Sainte- Anne, des poteaux aux armes de Portugal; mais aussitôt qu'il eut été averti par les Indiens de la présence des Français dans l'île, il s'empressa de se rembarquer.
Le sieur de Pezieuz, qui commandait la co> lonie par intérim, dépécha un canot pour aver* tir le sieur de Ravardière de l'arrivée des Portugais. Celui-ci se bâta de revenir à File de Maragnan; mais, quelque diligence qu'il y pût mettre , il ne fut de retour qu au bout de trois mois. Il fit aussitôt terminer les forts et mettre l'île en état de défense. N'osant plus la quitter , il envoya à la découverte , du côté de la rivière de Miary, le capitaine Maillard , de Saint- Malo, et le sieur de Pezieux vers la rivière de Ouarpy, où on lui avait assuré qu'il exis^ tait une mine d'or et d'argent ; mais les lacunes qui existent dans la relation du P. Yves, d'ÉvreuXy nous empêchent de connaître le résultat de ces deux expéditions.
Cependant la colonie prospérait; M. de Ravardière avait acqubunegrande tnfltience non-seulement sur les chefs de File , mais aussi sur ceux
dtt continent Yotsin. Le P. Yves rapporte même
qu'une nation qui demeurait à quatre ou cinq cents lieues vers Touest, avait envoyé des canot» montés par deux cents guerriers, pour se mettre en rapport avec lui. Tout d'un coup les Indiens vinrent, avertir M. de Bavardière que huit vais? seaux portugais ont jeté l'ancre près du fort dltapary. Il envoya aussitôt le sieur de Pezieux et le ^evalier de Raziily avec quatre barques qui portaient cent vingt soldats, pour tâcher (Feiiiever, à la faveur de la nuit , les navires portugais, dont trois tombèrent en effet entre leurs mains. Mais ils n'osèrent pas attaquer les Portugais qui étaient à terre au nombre de plus de quatre cents, commandés par Jérôme d*Albuquerque • et Diego deCampo. Le lendemain i8 novembre, après avoir garni d'artillerie les vaisseaux dont on s'était emparé, M. de Ravardière y fit embarquer les sieurs de Pezieux , du Prat et de Raziily, dont chacun commandait une compagnie de soixante hommes, et leur ordonna de débarquer deux heures avant le jour près d'une fontaine qui était à cent pas du fort , dont les Portugais s'étaient emparés, et de s'y fortifier; ce qu'ils exécutèrent, grâce à l'aide de quinze cents Indiens, qui abattirent avec une rapidité . incroyable les arbres dont ils avaient besoin pour construire leurs retranchements. M. de Ravardière devait, à la tète de quatre-vingts
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hommes t atuquer ie fort portugais de Taiilra coté pendant que les vaisseaux le canontie-»
raient. Mais ce pian , quoique bien conçu, fut mal exécuté; les chefs de la pnemîère division montrèrent de la faiblesse et s'amusèrent à parlementer avec les Portugais, au lieu de les attaquer brusquement. Ceux-ci, ayant eu le temps de se reconnaître, les chargèrent bravement, et les forcèrent à se rembarquer après en avoir tué plus delà moitié. Tout ce que put faire M. de Ravardière fut de rester à croiser sur la côte pendant toute la nuit, pour recevoir à son bord ceux qui étaient parvenus à se sauver dans les bois. Loin d'abuser de sa victoire » Aibuquerque traita fort bien les prisonniers et proposa à M. de llavardière une suspension d'armes, lui représentant que leurs rois étaient eu paix, et que c'était à eux à décider de leurs droits respectifs. Celui-ci n'osa se refuser à une aussi juste demande (i). . Aucun auteur français, que je sache , ne fait connaître la suite de cette expédition ^ mais Diégo de Gampo , qui commandait en second les troupes portugaises, en a laissé une relation qui a été publiée dernièrement par l'académie
(i) Histoire de ce qui s'est passe entre les Portiij^ais et les Français en Tîle deMaragoan. Paris, N. Rousset, i6i5, ft**, petite brochure de fti p. qui paraît avoir été écrite par nn cbirurgten de M. de Ravardiére.
de Lisbonne (i); il donne le texte complet du
traité par lequel les Français devaient rester en possession du iovt Saint-Louis et de i île de Maragnan , jusqu'à ce que deux gentilshommes , Yun Français et lautre Portugais ^ que ion f;nverrait en Europe à cet effet, eussent rapporté une décision des deux puissances. Le vaisseau ie Régent fut choisi pour porter en France les deux commissaires, et partit en janvier j6i5; plus de cent des principaux colons, qui voyaient bien que la colonie était perdue , s'embarquèrent à son bord. £n effet , dès que le rapport de don George d'Albuquerque fut arrivé à Lisbonne , ie vice-roi « don Aleixo de Menezes, envoya à don Gaspar de Souza, gouverneur de Fernambouc , Tordre d'expulser de llle de Maragnan les Français qu'il regardait comme des pirates. Ce dernier envoya contre eux don Alexandre de Moura avec une flotte composée de sept navires et de neuf caravelles, qui portaient neuf cents hommes de débarquement. La Havardière, obligé de capituler, s'embarqua pour la France avec quatre cents Français; beaucoup d'autres, qui s'étaient mariés dans ie pays avec des Indiennes , obtinrent la permission d'y rester. Cette tentative fut la dernière que fit la France pour fon-
(i) Noticias para a historia et i^eografia das nacoès ultra -
marinas, t. I. Lisboa, x8i2, /|'\ •
der un établissement au Brésil , et le nom de
Saint-Louis de Maragnon rappelle seul notre ancienne domination dans ce pays, dont le commerce se perdit peu à peu , à mesure que les établissements que Ton avait fondés eu Guyane, à la même époque , prirent une plus grande extension.