SUR
LE D: éd ouarb JENNER.
Jenner n’existe plus 5 l’Angleterre déplore sa perte 5 l’humanité en gémit. Celui qui fut le plus utile aux hommes en découvrant la Vaccine, et qui leur donna ce préservatif contre la plus hideuse maladie , est mort à Berkeley le alTfctt^ier 1823, à 7 4 ans* Comblé des honneurs et de la reconnaissance de sa nation , il emporte dans l’éternité le titre de Bienfaiteur du genre humain. Son nom est immortel . Ses vertus publiques et privées ont mis le sceau à tout ce qui peut faire le complément d'un intéressant panégyrique } mais il ne m’appartient pas de l’entreprendre.
Un de nos poètes fameux a dit :
« E amitié d'un grand homme est un bienfait des Dieux » .
Si l’avantage de ce sentiment me fut en quelque
sorte départi par Jenner 5 si , pendant dix années , j’eus le bonheur d’entretenir avec lui une correspondance suivie, après avoir fait, en i8o3 , un voyage pour le connaître, pour en recevoir des leçons, et après avoir visité le berceau de la Vaccine , j’ose espérer qu’en faveur de ces motifs , on m’excusera d’essayer ici de lui payer un tribut de gratitude et de mêler quelques pleurs à ceux de ses nombreux amis et de ses admi-
rateurs. Le précis de l’histoire de sa découverte suffirait seul pour son éloge.
Édouard Jenner , né le 17 mai 1749, était le plus jeune des fils du Réver. Étienne Jenner , recteur de Rockhampton et vicaire de Berkeley dans le Gloucestershire. Son père possédait des propriétés considérables dans ce comté ^ il y vivait indépendant et sans avoir besoin de solliciter aucun avancement dans l’état ecclésiastique. Sa mère était fille d'un ministre de l’église anglicane , Henry Head , prébendé de Bristol, vivant à Berkeley. Jenner ayant perdu son père de bonne heure , fut dirigé dans ses études par son frère aîné Étienne , qui lui prodigua ses Soins et sa tendresse. Il avait un second frère nommé Henry : l’un et l’autre étaient ecclésiastiques. Le dernier était père de Henry Jenner, chirurgien de Berkeley, qui a beaucoup contribué à la propagation de la Vaccine, et dont le nom paraît souvent dans l’histoire de cette inoculation.
Après avoir fini ses études classiques à Cirencester et avoir appris les premiers principes de la chirurgie chez Daniel Ludlow , de Sudbury , il entra à Londres , en 1770, chez le célèbre Jean Hunter, le plus grand anatomiste de l'Angleterre , dont il fut pendant deux ans l’élève particulier. Le maître s’aperçut bientôt des heureuses dispositions de son disciple, des belles qualités de son âme, et il réussit à développer en lui le germe du vrai talent. L'amitié qu’il lui portait ne Cessa qu’à sa mort. Les condisciples de Jenner assurent que Hunter avait tant d’estime pour lui et une si haute idée de ses lumières, qu’il lui offrit une association dans ses travaux qui étaient extraordinaire-
ment lucratifs. Hunter désirait donner des leçons d’histoire naturelle sur un plan très-vaste ^ il connaissait l’ardeur et la persévérance de Jenner dans les recherches sur cette science : une pareille acquisition eût été pour lui d’un grand secours.
ÎS i les avantages considérables d’une association aussi honorable.) ni ceux qu’on lui offrait aux Indes-Orientales , ni le choix qu’on avait fait de lui comme naturaliste pour le voyage du capitaine Cook avec sir Joseph Banks ^ ne purent détourner Jenner de ses plus douces affections ^ surtout de celle qu’il portait à son frère. Rien , selon lui , n’était au-dessus des charmes de son pays natal. Il retourna à Berkeley et il y exerça sa profession avec des succès qui lui firent bientôt un® réputation digne de son mérite.
En 1788^ Jenner épousa Miss Catherine Kingscote^ sœur du colonel Robert de Kingscote , dans le Gloucestershire , famille respectable et des plus anciennes de ce comté , de laquelle il a eu deux fils et une fille. Ses occupations devenant beaucoup trop étendues et fatigantes par l’exercice des deux branches de l’art 7 il abandonna la chirurgie ? reçut le grade de docteur en médecine , et se procura plus de loisirs pour cultiver la physiologie et l’histoire naturelle. Son amour pour ces sciences lui avait cependant fait trouver 7 quelquefois auparavant ^ des occasions propres à satisfai re son inclination favorite. J’ai vu dans le magnifi-» que muséum de J. Hunter^ des préparations auxquelles il avait travaillé.
Aidé par l’observation réelle et par des conjectures habilement appliquées ^ il éclaircit un point d’ornitho-