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logie jusque-là très-obscur ^ c’est celui qui est relatif au coucou , à la ponte de la femelle dans le nid d’autres oiseaux, au moyen qu’emploient les coucous, à peine éclos, dans le nid du moineau des haies, pour en expulser les œufs ou les petits moineaux, et usurper ainsi le domicile de ces derniers. L’originalité de pareilles recherches, qui sont pleines de sagacité, excita l’attention des naturalistes. On publia son mémoire en 1^88 , dans les transactions philosophiques sous ce titre : Observations on the natural historjr ofthe Cuckow (l). Bientôt après il fut élu membre de la Société royale de Londres.
i Parmi les découvertes de Jenner , faites dans la première époque de son exercice en médecine , on peut compter un procédé nouveau et plus facile pour obtenir du tartre émétique pur^ ensuite la cause la plus ordinaire de V angine pectorale , quoiqu'on ait communément attribué à Hèherden de Londres cette découverte , dont Smith , Macbride , TVichmann et Odicr ont parlé. Le Dr. Parry, résidant à Bath, a publié des Recherches sur cette terrible maladie qu’il nomme syncope angineuse (2), dans lesquelles il rapporte l’opinion de Jenner , fondée sur l’autopsie , d’où l’on conclut que la découverte de cette cause lui appartient.
* Depuis la publication de ses ouvrages sur la vaccine, dont nous parlerons bientôt , Jenner a composé différens mémoires ^ la plupart se trouvent dans les journaux périodiques et dans les transactions medico-chirurgicales de Londres. 11 m’a informé de Cheltenham le io septembre 1804, des irrégularités que la pustule vaccinale éprouve quelquefois dans son développe-
ment sur des sujets récemment affectés d'éruptions herpétiques. Il me rappelait nos conversations à Londres , dans lesquelles il m'avait prévenu qu'il faut se méfier de ces pustules irrégulières , parce qu’elles ^enlèvent pas à la constitution de l'individu , l’aptitude à contracter la petite vérole. La vaccination ne produit de pustules régulières et préservatives qu’après la guérison de la maladie cutanée. Il m'apprenait qu'il venait de publier un mémoire sur ce sujet (3).
Il en a composé deux autres , à l'occasion desquels ilm'a écrit de Berkeley dans le mois de septembre 180g. L’un est relatif à une maladie qui simule la rage et dont les chiens sont affectés ^ les Anglais l'appellent the Distemper. Ceci pourrait vous intéresser , me ditil , parce que vous vous êtes particulièrement occupé deriiydrophobie (/j) avec laquelle elle a delà ressemblance ^ mais heureusement elle ne se communique point à l'espèce humaine. L'autre se rapporte à un fait rare.) pour lequel il me pose cette question: « Savez- « vous si une femme qui a eu la petite vérole et qui « se trouve entièrement exposée à la contagion vario- «leuse, pendant le dernier mois de sa grossesse ? « communique presque toujours la maladie à l'enfant « dans Yuterus? » Il a recueilli deux observations de ce genre (5). I/année dernière, le Dr. Jenner a encore publié un mémoire sur les avantages des frictions stibiées dans les aliénations mentales ( 6 ). Il laisse plusieurs manuscrits que l'on a confiés aux soins du D.r Baron son ami, à Gloucester , pour les publier.
Mais ce qui établit surtout les droits de Jenner à l’immortalité , c'est sa précieuse découverte des pro-
priétés du cow-pox dès l’année 1776 (remarquons bien cette époque)^ c’est la constance admirable avec laquelle il a conduit ses recherches et la perfection qu'il leur a donnée avant de les publier. Il existait dans les vacheries de son pays , et depuis un temps immémorial , une opinion vague , que ceux qui avaient contracté le cow-pox accidentellement étaient pour jamais préservés de la petite vérole. Frappé de cette singularité et de la nature de la maladie sur le pis des vaches., il acquit la conviction que l’inoculation de la petite vérole ne produit aucun effet sur ceux qui ont gagné l’affection de ces animaux en les trayant. Ces exceptions le déterminèrent à en faire part aux médecins du voisinage et à demander leur avis. Tous regardaient la chose comme un préjugé populaire^ dénué de raison et de preuves 5 ils s’accordèrent à dire qu’on ne devait point compter sur le pouvoir prophylactique du cow-pox. Ceci ralentit son zèle , mais ne l’éteignit pas.
Dans mes différentes conversations avec Jenner , cet excellent homme me donna beaucoup de détails sur les obstacles qu’il avait eus à surmonter. Des pâtres l’ayant conduit pour voir , sur les trayons de quelques vaches, l’éruption qu'ils disaient être véritable, il en inocula de la matière et n'obtint aucun effet ^ on l’avait trompé } c’était une autre éruption. Il fut alors confirmé dans l’opinion de ses confrères , et la découverte fut retardée d’environ dix ans. Après ce temps, il vit , sur les tettes , des pustules bien différentes des premières. Il sut alors distinguer qu'il n'y en a qu’une espèce vraie et réellement préservative de la variole , et que toutes les autres sont fausses.
Jenner publia sa découverte au mois de juin 1798 {An inquirjinto the causes and efj'ects of the variolœ vaccinœ , a disease discovered in some of thé western counties of England , particularljr Glouces tershire , and Known bj the naine of the cow-pox\ Dans cet ouvrage qui fit une sensation si extraordinaire , il présente vingt-trois observations parmi lesquelles on voit que des sujets, longtemps après avoir gagné le cow-pox ou petite vérole des vaches , n’ont pu contracter la variole , que’que moyen qu’on eût employé pour la leur communiquer ^ on en voit d’autres fournissant du fluide vaccin pour l’insérer à plusieurs enfans ou adultes ^ puis ceux-ci subissant la contre-épreuve variolique. Enfin , l’auteur y émet son opinion sur l’origine delà Vaccine, que des recherches approfondies lui ont fait découvrir dans une affection au talon du cheval , appelée en anglais grease , en français eaux des jambes , en italien giardoni , et que l’on avait mal traduite par le mot javart .
Dans les premières années , et surtout à Paris , on avait nié cette origine. L’habile vétérinaire , M.r Coleman, m’assura, à son collège près de Londres, en présence du D.r Woodville , que toutes les expériences qu'il avait tentées et dont ses élèves furent témoins , ayant été infructueuses , il croyait que cette opinion n’était point fondée. Il refusait toute confiance aux expériences heureuses du D.r Loy. Le D.r Sacco, à Milan , qui s’était également prononcé contre l’idée d’une telle origine, reconnut son erreur et rendit à Jenner une justice complète par une lettre quil lui
adressa en date du ^5 mars i8o3 , sous le couvert du D.r Woodville. J'étais chez celui-ci quaud le paquet arriva. La lettre du médecin italien était ouverte., j’en pris copie pour la communiquer à Paris , et je la remis le soir, ier juin , au D.r Jenner (7). Ce médecin me dit devant une nombreuse compagnie , avec un grand sang-froid et sans la moindre prétention ; Vous pouvez être sûr, cher Docteur, que tôt ou tard vos compatriotes seront convaincus de cette véritable source de la Vaccine.
Outre les documens que je venais de prendre sur ce mal local des chevaux , dans plusieurs comtés , il me donna des instructions pour reconnaître ses degrés et le mode nécessaire pour réussir dans les expériences ( 8 }. Enfin, on a reconnu depuis, en plusieurs endroits , et à Paris même , que son opinion est entièrement fondée. Voilà donc la source du préservatif bien connue:; tandis que nous ignorons encore celle de la redoutable peste variolique, maladie inconnue en Europe jusqu’au 6e siècle. ( /'by. notre Traité historique et pratique cle l'inoculation ).
En 1799, Jenner publia des observations ultérieures sur son importante découverte. Il dédia ce mémoire, comme le premier , au D.r Parry, de Bath , où il m’a fait connaître son savant ami.
En 1800 et 1801 , il fît paraître une suite de faits, d’observations, et un précis sur l’origine de la Vaccine. Il dit explicitement dans ce dernier , qu’il avait commencé ses recherches depuis environ vingt-cinq ans. On voit par les faits consignés dans son premier écrit, que des sujets furent inoculés delà petite vérole , san&
en avoir ressenti les effets , 2 5 , 27 , 38 ans après avoir eu la variole des vaches. Mais on lit dans celui de 1800, qu’une personne avait contracté celle-ci cinquantetrois ans avant qu’on essayât sur elle l’action de la matière variolique* « Comme cette contre-épreuve a complètement réussi, je 11e pense pas , dit-il, qu’il puisse rester maintenant le moindre doute dans l’esprit d’un être raisonnable ». Ces preuves consolantes et irréfragables attestent que l’effet du préservatif, dûment appliqué, est permanent.
On a fait beaucoup de recherches , 011 a fouillé partout dans la Grande-Bretagne , pour savoir si l’on avait eu , dans les temps passés , quelques notions sur la variole des vaches , et si on l’avait vue se communiquer à des individus humains. Tout ce qu’on a pu apprendre a prouvé que le cow-pox existait depuis longtemps dans plusieurs comtés ( on en compte quatorze ) , et qu’on lui avait reconnu la propriété de préserver delà petite vérole. Mais cette propriété n’était connue que dans la basse classe du peuple. Le D.r Gibbs m’a dit à Bath, chez le D.r Haygarth, que son père allant à l’université d'Oxford, quarante ans avant la découverte de Jenner , demanda à son domestique , en y arrivant, s’il ne craignait pas la petite vérole qui régnait dans la ville ^ que celui-ci lui répondit qu’il ne la prendrait pas, parce qu’il avait eu, au bout des doigts, le cow-pox , connu dans le Weltshire pour être l’antidote de la maladie.
Jenner m’a raconté une autre anecdote qui remonterait au temps de Charles II. La duchesse de Cleveland , femme très-jolie et favorite de ce prince , rail-
lée par quelques-unes de ses compagnes sur ce qu’elle pourrait bientôt déplorer la perte de sa beauté en gagnant la petite vérole qui faisait des ravages dans Londres , leur répondit qu'elle n’en avait aucune crainte, attendu qu’elle avait eu dans son pays une maladie, le cow-pox , qui en préservait (9).
On n’a point trouvé la variole des vaches en Écosse , ni dans la principauté de Galles ^ on croit qu’elle était connue en Irlande depuis cinq cents ans , sous le nom celtique de shinach. Le D.r Barry de Cork, dit que la mère d’une personne l’avait contractée depuis trente ans , et sa grand’mère depuis cinquante. ( Ring"1 s Trea tise , p. 352 et 485 ).
On a dit : puisque la chose était connue , que les faits existaient depuis longtemps ^ il 11’a pas fallu un effort surnaturel de génie pour tirer des humbles laiteries un moyen aussi simple et le transmettre à la société. C’est précisément cette simplicité qui en augmente le mérite. Personne en Europe, avant Jenner, ne l’avait fait connaître au public ^ personne n’avait essayé d’inoculer la liqueur des pustules ( 10 ). Avant Harvey , n’avait-on pas eu de grandes notions sur la circulation du sang, dont la découverte est incomparablement au-dessous de celle de Jenner P L’aimant n’était-il pas connu pour attirer le fer longtemps avant qu’on l’eût appliqué à la navigation , et la boussole usitée avant Gioïa , d’Amalfi , qui passe pour en être l’inventeur? On avait le télescope ^ Galilée sut le premier s’en servir pour découvrir des mondes. On voyait la chute des corps traversant l’atmosphère , les lampes se balancer aux yoûtes des églises : le même physi-
cien expliqua leur gravitation, et Newton l’attraction» Combien découvre - 1 - on de choses simples restées longtemps inaperçues ! C’est l’œuf de Christophe Colomb ( expression déjà attribuée à Brunelleshi , architecte de Florence ).
Jenner a consacré plusieurs années à s’assurer, avec un examen sévère , des propriétés d'une pratique obscure et accidentelle, en l’utilisant et la conservant pour l’humanité entière: il l’a ingénieusement perfectionnée ^ il a développé des principes, il a tracé des règles pour son application ^ il a donc levé le voile qui nous dérobait l’un des plus importans secrets. Il a prouvé cette vérité ^ elle lui appartient exclusivement. Jusqu’à lui ce n’était qu’une vérité stérile 5 elle n'avait pas été démontrée ^ elle n’avait point acquis la force péremptoire de l'opinion. On peut appliquer à Jenner ce qu'on a dit de Washington : Ce n est pas ce qu'on entre~ prend , c'est ce qu’on achève et qu’on affermit qui fait la gloire .
La France reçut, en 1800, la découverte Jennérienne comme un bienfait inestimable. Paris l’accueillit avec empressement et devint le premier théâtre de ses heureuses influences. Sa propagation fut rapide , non sans quelques obstacles inséparables des nouveautés. Elle fut introduite à Nancy et dans le département de la Meurthe (“^dans le mois d’octobre de la même année , et peu de temps après , par les mêmes soins , dans ceux de la Meuse , des Vosges et du Haut-Rhin. L’enthousiasme devint général , non seulement en Europe , mais encore au Nouveau-Monde et dans les Deux-Indes. Point de réunion où l’on n’en parlât 5
c’était le sujet de toutes les conversations. Bientôt les poètes exercèrent leurs pinceaux } ils chantèrent Jenner et la Vaccine.
Une telle révolution dans Fart de guérir dut changer la situation de Jenner. Quel que fût son attachement; pour la vallée de Gloucester ^ il se vit obligé de quitter ces lieux chéris: les circonstances de sa découverte rendirent sa présence à Londres absolument nécessaire. Tout son temps fut consacré à une immense correspondance chez l’étranger et à fournir à son pays tous les éclaircissemens et les instructions dont on avait besoin. La pratique de cette nouvelle inoculation donna lieu partout à l’établissement de sociétés ou de comités de Vaccine. Elle reçut à Londres son complément par l’institution de la Société royale Jennérienne pour T extinction de la petite vérole , et à l’organisation de laquelle j’assistai en i8o3. Jenner la présidait} (maintenant c’est le duc de Wellington). Peu de* temps après il fut nommé Maire de Cheltenham ^ lieu célèbre par ses eaux minérales.
A celte époque ? la fortune de la découverte était décidée. Le nom de son auteur , sa gloire , ses bienfaits étaient dans toutes les bouches : la renommée les âvait annoncés jusques chez les peuples sauvages. Les médecins et les chirurgiens de la marine anglaise avaient déjà présenté en 1801 ^ au Dr. Jenner., leur tribut de Reconnaissance avec une médaille portant les allégories les plus honorables (,2). Le Parlement d'Angleterre s’occupa de lui décerner une récompense nationale. L'amiral Berkeley et autres membres annoncè- Rent, dans la séance du 2 juin 1802 , que là découverte avait occasionné à l’auteur de grands frais pour la pro-
pager. Le chancelier de l’échiquier, l’illustre fils dé lord Chatham s’exprima ainsi : « La Chambre peut voter , pour le D.1 Jenner , telle récompense qu’elle jugera convenable ; celui-ci a déjà reçu l’approbatioii unanime de la Chambre , approbation bien précieuse , puisqu’elle est le résultat delà plus grande , ou d une des plus importantes découvertes que la société ait faite depuis la création du monde. Je doute que la Chambre ait jamais eu à prononcer sur un point plus intéressant que celui qui occupe en ce moment le Comité. ... Le mérite de la découverte du D.r Jeunet' est au-dessus de toute expression ».
On lui accorda cette fois 10,000 livres sterling, et le Roi 5oo livres. En 1807 , on ajouta 20,000 livres , ce qui fait une somme totale de 762,000 francs. Le lord maire et le corps municipal de Londres firent, en i8o5 , un beau présent avec des emblèmes, accord dèrent le droit de franchise et rendirent des honneurs au D.r Jenner. Des Souverains lui écrivirent et lui firent aussi des présens. Enfin , aux Indes-Orientales , surtout au Bengale et à Madras ,011 ouvrit une souscription en faveur de celui qui avait procuré aux peuples de ces contrées le moyen d’en extirper le fléau le plus dévastateur.
La Société médicale de Londres , voulant honorer le D.r Jenner, et proclamer ses titres légitimes à la reconnaissance publique, a fait frapper une médaille en or avec une inscription latine (l3). Elle choisit le 4 mars 1804 pour la lui décerner.
Le D.r Lettsom , l’un des plus anciens et des plus savans médecins , prononça un élégant discours dans
lequel il peint les vertus, la philantropie et les servie ces rendus par le célèbre Associé qui n’était pas présent. Jenner seul , dit-il , est l'architecte qui a posé les fondemens du temple glorieux sur le dôme duquel
les générations futures reconnaissantes graveront ces mots :