VACCIN AT ION EM EXPLORATAM
Lettsom exprime, en terminant son discours, que cette médaille est frappée en l’honneur du D.r Jenner, comme la plus grande marque d’approbation que la Société puisse offrir au mérite incomparable et à l’immortelle renommée.
Nous répétons ici que c’est M.r Cline , habile chirurgien de l’hôpital St.-Thomas, avec lequel j’ai conversé, qui a le premier vacciné à Londres, dans le mois de juillet 1798, un enfant, avec le vaccin qu’il avait reçu de Jenner. Aucun autre ne peut réclamer la priorité de l’introduction de ce nouveau mode dans la métropole.
('4) C’est le vaccin repris à Bagdad, où il avait été envoyé par les soins et le zèle du D.r de Carro , qui a été transporté à Bombay ; de-là au Mysore , au Malabar , au Bengale , à Ceylan , et qui a servi à toute l’Asie. Ainsi ces vastes contrées , où l’on a vacciné le plus grand nombre d’individus, doivent au célèbre médecin Genevois, l’avantage d’avoir reçu de lui directement le bienfait de Jenner.
(l5) Le Journ. genér. ou Recueil périodique de médecine^ tome 28 , mars 1807, et le Magasin encyclopédique , juillet 1807. Jenner le sut et m’écrivit :
« Be assured, my dear sir, thatwhether your efforts to serve me be attended with success or not , you will ever be considered by me with grateful remembrance ».
(,G) Les principaux ouvrages contre le préservatif, sont ceux de Goldson , de Moseley et de Squirrel. Le premier intitulé : Cases of small pox subséquent to Vaccination ; c’est-à-dire , mémoire sur quelques cas de petite vérole survenue après la vaccination, a paru à Portsmouth en 1804, et la deuxième édition en i8o5. L’auteur prétendait que la faculté préservative de la Vaccine ne s’étendait pas au-delà de quatre années. Une telle assertion , m’écrivait Jenner , a porté une terrible inquiétude , mais pendant peu de temps , dans l’esprit des personnes ignorantes et timides. J’ai le plaisir de vous annoncer qu’elle a même été très-utile à la cause de la vaccination par la multitude de preuves contraires , et par l’exposition de vaccinés , depuis plusieurs, années , à la contagion variolique.
Parmi les réponses faites à Goldson , quatre sont les plus remarquables \ l’une par Rollo , l’autre par Dunning de Plymouth ; la troisième par l’institution de Vaccine de Londres \ et la quatrième par J. Ring. Celle-ci bat en ruines les déclamations et toutes les objections de V Anti-Vacciniste* (Le même Ring a encore publié en 1816 : a caution against vaccine swindlers and impostors , i3g p. in-8°). On ne nie pas qu’il n’y ait quelques exemples, mais très-rares, d’une seconde petite vérole sur le même sujet. Les médecins du Collège royal de Londres, dans leur rapport au Parlement en 1807, conviennent de ces exemples sans qu’ils puissent former une objection raisonnable, ni porter aucun préjudice à la découverte de Jenner. En effet , quoique nous ne l’ayons jamais vu nulle part , il y a des individus qui conservent de
la susceptibilité à être atteints d’éruptions varioliques : on ne peut exiger que l’inoculation de la vaccine détruise cette aptitude extraordinaire plutôt que l’inoculation de la variole. Jenner a connu un homme inoculé plusieurs fois, qui av ait, à chaque insertion, un gros bouton et autant de fièvre qu’à la première. 11 a vu une bonne, qui ayant eu la petite vérole, gagna sur la joue une éruption abondante de pustules varioliques , parce qu’un enfant qui en était atteint, posait, eu dormant, son visage sur le sien. Cette femme eut des frissons, un peu de fièvre et un léger mal de gorge. Fewster , de Thornbury, dit Ring, qui était un célèbre inoculateur, et qui , pendant quarante ans , a été exposé à la contagion de ht petite vérole, s’étant piqué le doigt avec une lancette chargée de matière variolique, la piqûre s’enflamma, suppura, et il survint un grand nombre de boutons sur le front. Un professeur d’Edimbourg , citait tous les ans dans ses leçons un inoculateur ambulant , qui , pour avoir toujours sur lui du virus frais , s’inoculait au commencement de sa tournée , et toujours avec le même succès.
Roume-St.-Laurent, commissaire envoyé à St. Domingue, nous a lu, en 1 792 , à la société royale des sciences, lettres et arts du Cap , un mémoire dans lequel il assurait qu’étant à l’île de la Grenade, il s’était inoculé àla main ; que quoiqu’il eût eu la petite vérole , il survint une pustule; qu’il en prit du pus le dixième jour, l’inséra à plusieurs individus, surtout à des nègres, et que tous eurent complètement la maladie. (Voy. notre Traité hist. et prat. de V Inoculation , p. 199).
Way, de Wilmington (État de Delaware) a fait sur lui la même expérience. La matière qu’il a prise dans la pustule et qu’il a inoculée à plusieurs enfans , leur a donné la véritable petite vérole. B. Rush a publié ce fait , à Philadelphie en i8o3. 11 dit qu’autrefois des éruptions varioleuses étaient fréquentes chez des personnes qui , ayant eu la petite vérole, étaient exposées à sa contagion d’une manière con-
centrée , en soignant des malades atteints de cette maladie. Son but est de contribuer, par ces exemples, à dissiper des restes de préjugés contre la plus grande et la plus utile découverte des temps modernes .
Ring cite Buchan et autres qui ont vu la petite vérole survenir à des sujets qui l’avaient déjà eue. Scott, chirurgien de Tornbury, avait eu la petite vérole confluente, par inoculation. Il la prit de nouveau, vingt ans après, d’un malade qu’il soignait. Si l’on voulait réunir d’autres preuves, on pourrait consulter le Recueil périodique, tom. i2,pag. l65, et tom. |47i Pag* 449i ^es annales de littérature médicale étrangère, tom. 14, i5 et 18; the Philadelphia medical muséum , tom. 5, pag. 1 53, etc. Enfin l’histoire des éruptions varioliques qui ont dernièrement régné à Edimbourg et autres parties de l’Ecosse, par le D.r Tompson. (Voy. l’extrait Journal universel des sciences médicales , tom. 20, pag. 3p8. Nous nous sommes étayés , dans le court chapitre de notre Traité , pag. 125, de l’autorité de plusieurs grands médecins qui attestent n’avoir jamais vu , dans le cours d’une longue pratique , le même sujet frappé deux fois par cette maladie. Suivant Odier, si le fait souffre des exceptions , ce qui lui paraît fort douteux , elles sont tellement rares qu’elles sont toujours suspectes d’erreur ou d’illusion. Depuis 55 ans, ajoute-t-il, l’on a toutes les années inoculé à Genève un grand nombre d’individus , pas une seule exception ne s’est encore présentée ( Bill . brit., t. 3o). Faisons aussi la part des éruptions pseudo-varioleuses , de cette famille d’anomalies si souvent confondues avec la petite vérole, et qui, depuis quelques années , se sont reproduites fréquemment en différentes contrées. Combien d’erreurs et de discussions sur la variolette, varicelle, petite vérole volante ou bâtarde ! On a bien voulu louer le chapitre que nous avons consacré à ces éruptions, dans notre Traité , pag. 280. Mais nous ne croyons pas, à beaucoup près, avoir complété ce sujet, déjà esquissé
par Gandoger. Des observations rigoureuses sont encore nécessaires.
' (l7) Mr. Husson, l’un des plus zélés propagateurs de la Vaccine , a constamment rédigé tous les rapports faits an nom du Comité central depuis son institution , à Son Exc. le Ministre de l’Intérieur. Ses Recherches historiques et médicales sur la Traccine , forment le Traité le plus complet et le plus nécessaire à tous ceux qui veulent connaître à fond cette nouvelle inoculation ou la pratiquer. La troisième édition de ce bon livre étant épuisée, une quatrième ne peut être que bien accueillie.
(l8) Dans une courte Notice biographique sur le Dr, Jenner, que j’ai publiée en i8o5, ( Annales de méd. clin, de Montpellier , tome 5 ), i’ai dit que Jenner avait commencé ses recherches dès l’année 1776. M1-. Ferry de St.— Constant ( Londres et les Anglais ) qui avait apparemment puisé aux mêmes sources que moi, indique aussi cette époque \ c’est celle que Jenner a fixée dans son précis sur l’origine de la Vaccine, ut suprà : Mes recherches commencèrent il y a environ vingt-cinq ans. M1’. John Ring m’avait donné , à Londres, des détails sur son illustre ami dont il a publié la vie dans les Public characters en 1822. Il y a placé des vers latins , et il a gardé l’anonyme.
(’9) Ce Journal, qui a cessé depuis long-temps , est intitulé : Allgemeine unlerhaltungen , ou conversations générales. Un savant anonyme de Gœttingue raconte qu’ayant lu Tite-Live , il s’étonne que cet historien dise que la peste ait régné seize fois dans la République romaine, pendant trois siècles. Comme Tite-Live remarque qu'elle attaquait aussi les animaux , il cherche à prouver que cette peste n’était autre chose que le kuh-pocken ( le cow-pox') tel qu’il est c.onnu dans les environs de Gœttingen , et à expliquer la différence dans les degrés des symptômes par celle des deux
climats. Il décrit ensuite , avec beaucoup d’exactitude , cette maladie des vaches , et parle de l’opinion qu'ont les laitiers de sa propriété anti-variolique , des recherches exactes qu’il a faites pour la vérifier , et de la confirmation qu’il en a reçue de personnes respectables et éclairées. Trop occupé apparemment d’un objet de pure érudition , il ne songea pas à faire l’application de ce fait qui lui assurait l’immortalité. Ce passage de l’auteur allemand , qui m’a été transmis par le Dr. Decarro , résidant à Vienne , est le seul , m’écrivait-t-il, qu’on ait trouvé jusqu’à présent où il soit bien évidemment question de la Vaccine.
Mais , comment concevoir que de telles observations imprimées , n’aient pas excité l’attention des savans et des médecins de la célèbre université, dans le voisinage de laquelle on les faisait r* Quod est cuitè pedes nemo videt. Il n’est pas surprenant aujourd’hui que ce passage remarquable n’ait été tiré de l’oubli qu’après que la découverte a été faite par le Dr. Jenner , et constatée par les praticiens de tous les pays. Lorsque Lady Wortley Montagu apporta l’inoculation de la variole de Constantinople à Londres , en 1721 , on ne se doutait pas que , depuis des siècles , de pauvres paysans , en Angleterre , et sur quelques lieux de notre continent , mus par d’autres motifs que ceux des Géorgiens et des Circassiens , pratiquaient cette méthode. (Voyez notre Traité historiq. et praticj. de V inoculation , pag. 5i et suiv. )
Les prétentions des Allemands à l’honneur de la découverte de la Vaccine ( car ils ne peuvent pas dire de la vaccination ) auraient pu être fondées s’ils eussent tiré parti de leurs observations, ou enfin, s’ils eussent tenté quelques expériences. Alors, ils auraient réellement précédé le médecin anglais. Mais cet obvervateur d’habitude , instruit par tradition orale , a eu toute la patience, le sangfroid et le courage nécessaires pour s’assurer de la vérité, en
la séparant de l’erreur: telle est la marche du vrai génie. II a prouvé et conservé cette vérité; il a achevé, il a perfectionné et affermi l’édifice : à lui seul appartient la gloire.
Lorsque je quittai Londres pour revenir en France , à la fin de juin i8o3 , à raison de la reprise des hostilités , Jenner me . remit une note, avec prière de la faire publier à mon arrivée ; c’est ce que j’ai fait en ces termes : « Messieurs, le Dr. Jenner, à qui le genre humain a tant d’obligations , m’a chargé de faire connaître , par la voie des papiers publics , l’expression de sa vive reconnaissance pour la multitude de lettres et d’ouvrages imprimés que les nombreux partisans de sa doctrine et ses amis , parmi les Français, lui ont adressés au sujet de l'inoculation de la Vaccine. Il les prie d’agréer ses excuses de ce qu’il n’a pas encore pu trouver , jusqu’à présent, quelques jours de relâche pour leur répondre et les remercier. Des soins particuliers de famille, et notamment une maladie ( l’hémoptysie) qui a frappé son épouse, et les affaires nombreuses qui l’occupent journellement, ayant absorbé tout son temps , l’ont mis dans l’impossibilité de s’acquitter d’un devoir bien cher à son cœur. Il reconnaît aussi ce qu’il doit à des sociétés qui lui ont envoyé des diplômes d’associé. Il promet de réparer ce retard , au moins en partie , aussitôt qu’il trouvera une occasion favorable , et
qu’il sera plus libre . » ( Voyez entre autres journaux, la
Clef du Cabinet des Souverains , 1 3 juillet i8o3).
Quand il était défendu de communiquer , même par lettre, avec les Anglais , ou les pays occupés par leurs troupes , je continuais à correspondre avec Jenner : quelquefois , c’était par la Sicile , les côtes de Barbarie , ou par Gibraltar. Il y avait long - temps qu’on n’avait pas entendu parler de lui à Paris, lorsqu’en 1810 j’en donnai des nouvelles au Comité central de Vaccine. Mr. le Dr. Husson fit publier
. dans les journaux l’extrait suivant* « Les amis de l’humani té et les admirateurs des hommes célèbres et utiles , apprendront sans doute ayec intérêt des nouvelles du Dr. Jenner : il vient d’écrire à Mr. le Dr. L. Valentin , à Marseille. Il mande que les détails qu’il reçoit de toutes les parties du monde , sur les succès et les progrès de l’inoculation de la Vaccine, remplissent son cœur de joie et de gratitude. Son bonheur augmenterait beaucoup si la paix lui permettait de faire un voyage en France , et de visiter ses nombreux amis du continent. Mr. Valentin vient de lui envoyer, par Alger, un paquet contenant le rapport du Comité central de Vaccine de Paris pour 1806 et 1807 ». ( Journal du Commerce , 9 mai 1810 ).
La Société médicale de Londres, à laquelle j’ai l’honneur d’être associé depuis i8o3, m’a fait informer que Jenner avait été enlevé par une attaque d’apoplexie; que la veille, il était joyeux et s’était couché en bonne santé ; que le 2 € JlfiliMer , il se leva à son heure ordinaire et descendit à sa bibliothèque; mais que ne paraissant pas au déjeuner, on envoya un domestique qui le trouva étendu sur le parquet, la tête appuyée sur le fauteuil où il s’asseyait. On le saigna , et on lui donna les secours les plus convenables, en attendant le Dr. Baron de Glocester , qui arriva à Berkeley, \ heures après l’accident. Le côté droit était paralysé. La pupille contractée, était tout-à-fait insensible à la lumière; le pouls petit, très-irrégulier, les extrémités froides, la respiration fortement stertoreuse, annonçaient l’approche de la mort qui eut lieu dix-sept heures après l’attaque. Le Dr. Baron, qui jouissait, depuis long-temps, de sa confiance et de son amitié, doit publier la biographie de cet illustre médecin et ses nombreux manuscrits : à la fin de mai , personne , à Londres , n’avait encore prononcé son éloge ; peu d’hommes en sont plus dignes dans toute la rigueur de l’acception. La bonté de son âme et toutes ses belles qualités ont toujours
mis Jenner à l’abri d’aucun reproche. On était heureux de pouvoir converser avec lui. Sa douceur , et la force persuasive de son élocution , commandaient partout la confiance et l’admiration:.