‹ Notice historique sur le Docteur Jenner, suivie de notes relatives à sa décoúverte de la vaccineChapitre 4 sur 5 · GENIO SALUTI FERO · texte numérisé non relu

GENIO SALUTI FERO

Sa générosité ne connaissait point de bornes ^ elle s’est étendue d'un pôle à l’autre : l’orateur en fournit un exemple par l’offre de mille guinées que fit Jenner, afin d’équiper un vaisseau pour porter la Vaccine en Asie, lorsque la parcimonie du Gouvernement avait négligé de le faire ( l4).

, En 1807 , quatre mois avant la deuxième somme Votée par la Chambre des Communes , j’avais présenté un projet de récompense à décerner au D.x Jenner par les Médecins français , les Sociétés savantes et les amis de la Vaccine , au moyen d'une souscription. Je l’envoyai au Comité central de Vaccine à Paris , qui aurait déterminé la nature du présent, etc. Les circonstances politiques empêchèrent quelques esprits méticuleux de donner suite à ce projet que je fis publier dans deux journaux scientifiques (,5). En 1810 j'adressai ce projet, par l'intermédiaire du Préfet des Bouches-du-Rhône , au ministre de l’intérieur , qui • malgré le rapport favorable de M.r Husson , répondit négativement. Cette seconde tentative ne fut pas plus heureuse que la première } personne n’osa en parler à celui qui gouvernait la France MM*

« Quelles actions de grâces , disais— je , n’avonsnous pas à rendre à l’auteur de cette nouvelle méthode ! Tous les peuples le comblent de bénédictions. Chaque pays, chaque ville voudrait pouvoir lui offrir une couronne civique. Quel mortel fut jamais plus utile ! Non , aucune sorte de récompense , aucune dignité ne peuvent assez payer un pareil bienfait. La manière noble et généreuse avec laquelle Jenner a répandu ses lumières, est au-dessus de tous les éloges... Il est devenu l’homme de toutes les Nations } comme Hippocrate , il appartient à tous les pays : son nom vivra dans la postérité la plus reculée. La génération actuelle lui doit une grande rémunération } puisse-telle être digne de l’une des plus belles époques du monde ! Puisse la Nation française , qui sait apprécier

les grandes choses , ne pas trop la différer ! . »

Jenner appartenait à presque toutes les sociétés savantes. On lui avait envoyé des diplômes des différentes parties du monde. Il était associé étranger de l’Académie royale des sciences de l’institut de France. Dans le rapport sur les progrès des sciences naturelles depuis 1789, parla première classe de ce Corps, le 6 février 1808, M.r Cuvier dit, p. i3q : « Quand la découverte de la Vaccine serait la seule que la médecine eût obtenue dans la période actuelle , elle suffirait pour illustrer à jamais notre temps dans l’histoire des sciences, comme pour immortaliser le nom de Jenner eu lui assignant une place éminente parmi les principaux bienfaiteurs de l’humanité..... Il n’y a point de phénomène à-la-fois aussi surprenant et aussi certain que celui-là ».

. Au milieu de ses triomphes , la découverte Jennérienne eut ,, comme on devait s'y attendre , ses Zoïles et ses détracteurs , mais nulle part autant que sur son sol natal ( l6) : tous leurs traits vinrent se briser contre la force irrésistible de la vérité. Il ne fallait que des faits , chacun put les vérifier ^ on en accumula jusqu’à çatiété.Ne sait-on pas que la gloire d un grand homme le- condamne à l'envie ? Cependant, quoiqu’on eût appris ultérieurement que la variole des vaches existait pu quelques lieux de l’Inde- Orientale , et que même des B ramines l’avaient inoculée dans des cantons de Penarès , personne n’avait contesté à Jenner le mérite de la première idée de l’usage du préservatif, jusqu’au mois de juin 1816. A cette époque , un Français , Rabaut-Pommier , ancien pasteur protestant à Montpellier , voulut revendiquer l’idée première de la découyerte d’après une conversation qu’il avait eue avec deux Anglais , en 1781. Sa réclamation tardive parut dans les Recueils périodiques français.

Frappé de ce que l’on confondait, dans le Midi, sous le nom de Picotte , la petite vérole de l’homme , le claveau des moutons et autres éruptions, Rabauten parla en 1781 , à un agriculteur qui dit avoir observé, mais rarement, cette Picotte sur les trayons des vaches* ( Jusqu’à présent , on n'a pas encore pu prouver en France l'existence delà vraie vaccine sur ces animaux). Un jour qu’il conversait sur l’inoculation avec M. Ireland , banquier de Bristol , et le D.1 Pew , il leur dit quil serait probablement avantageux d'inoculer à 1 homme la Picotte des vaches , parce quelle était sans danger . Le médecin Pew promit qu’aussitôt qu’il

serait de retour en Angleterre il proposerait ce nouveau genre d’inoculation auD.r Jenner. En nommant celuici de préférence , ne savait-il pas que le médecin de Berkeley avait déjà entrepris des investigations sur ce sujet P Depuis la publication de la découverte, Rabaut, qui n’avait pas tenté une seule expérience , écrivit à M.r Irland pour lui rappeler la conversation qu’ils avaient eue en 1781. Ce banquier en convint dans deux réponses^ mais il ne parlait pas de ce qu’avait pu faire le D.r Pew dont le nom ne paraît nulle part dans l’histoire de la Vaccine. On ignore s’il avait eu des liaisons avec Jenner et même s’il avait fait à quelqu’un la plus légère mention de ce qu’avait dit le ministre protestant de Montpellier. M.r Chaptal, ancien professeur de chimie à la Faculté de cette ville, et aujourd’hui \

pair de France , présenta les détails donnés par Rabaut au Comité central de Vaccine à Paris : M.r le Dr. Husson, qui en est le sécrétaire, les a consignés , en 1821, dans le dictionnaire des sciences médicales, tome 56 , article Vaccine (*7)} quelques jeunes médecins les ont répétés dans des journaux avec une sorte d’affectation. Hélas ! que n’avaient-ils lu au moins les annales cliniques de Montpellier pour l’année i8o5 î

Lorsque Rabaut fut exilé , il fit valoir ses prétentions tendantes à prouver que l’idée-mère lui appartenait et n'était point d’origine anglaise. Une connaissance plus approfondie de tout ce qui a ^apport à Ja découverte, aurait dû apprendre àRabaut et à ses partisans que Jenner s’en était déjà occupé vers l’année 1776 (Lettsoiq. dit 1775), conséquemment cinq ans avant 1781 (,s).

D'autre part , M.r Edouard Gardner a déclaré que déjà, au mois de mai 1780, le D.F Jenner lui avait

communiqué ses idées sur la propriété anti-variolique de la Vaccine , expliqué sa théorie sur son origine , avait assuré qu’elle pouvait se propager à l’infini d’un sujet à un autre et exprimé son espoir qu’elle pourrait devenir parla suite, un moyen sûr d’extirper la petite vérole. Doue la prétention deRabautest,surtousles points^ aussi absurde que ridicule. Les B ranimes , qui avaient au moins vacciné, et l’auteur d’un article inséré dans le journal de Goettingue en i ( ’9) qui avait parlé du cow-pox ( Kulï pocken ), auraient plus de droits à une réclamation.

La Vaccine étant une vérité de fait, doit être considérée comme un merveilleux présent de la Providence ; aucun système , aucune théorie ne peuvent renverser son usage ni son utilité. Jenner , faisant consister son bonheur à ne s’occuper que de celui des autres, a procuré à l’art conservateur le plus sur moyen de réparer la destruction produite par l’audace et par les conquérans. La population lui doit déjà un étonnant accroissement. La beauté lui rend un religieux hommage. L’antiquité lui aurait élevé des autels. Toutes les nalions lui ont consacré le titre de Bienfaiteur. On se propose , dans le Glocester , de lui ériger un monument , et à Londres , un autre , dans l’abbaye de Westminster.

Tous les étrangers qui visitaient Jenner, trouvaient chez lui un accès très-facile : beaucoup d’amabilité ^ de complaisance , d’instruction et la simplicité qui sied au vrai mérite. On ne le quittait point sans éprouver un sentiment d’admiration , de respect et de re~

connaissance.

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