‹ Notice historique sur M. le Cte BertholletChapitre 1 sur 2 · DE LA LÉ · texte numérisé non relu

DE LA LÉ

i^s^ciences De paris ^

lorsqu’il se voit forcé de donner un air de vérité à ce qui s’eiv éloigne le plus , et de revêtir l’ignorance des couleurs du savoir ! Mais lorsqu’il a à reproduire les services rendus k ses contemporains par ceux dont le nom est l’emblème des lalens et dès vertns, que cetle tâche es-t douce et facile î Telle est la position où je me vois placé, en retraçant la longue série des travaux d’un homme dont la vie entière fut marquée par de grandes et utiles découvertes. ^

Charles“Louis Berthollet naquit en i , à Talloire, en Savoie, dç parens peu. fortunes , ïnâis rîches d’honneur et de probité. Lorsqu’il eut terminé ses études à Turin, il quitta sa patrie et se fit naturaliser Français. ' Ses études médicales n’offrent rien de particuliCT, si ce n’est qu’il puisa dans uh lahoratoire pharmaceutique ce goût dominant pour une science aux progrès de laquelle il était destiné à prendre une si grande part. Ce goût se fortifia par les leçons de Botirdelin, de Macquer, et surtout de Bucquet, qui compta aussi Foürcroy. parmi ses élevés.

M. Berthollet cultivait en mèmè temps la médecine avec tant de succès, qu’il se vit bientôt attaché à la maison d’Orléans-én qualité dé médecin du grandpère du Büç actuel. Ses premiers travaux chimiques , qui portent l’empréinte de son génie, datent de cèlte époque,

Tant que la chimie ne reposa que sur des erreurs et sur un tissu d’hypothèses plus ou moins ridicules, enfantées par l’ignorance ou la mauvaise foi 5 tant que des enthousiastes crurent devoir l’appliquer au traitement de toutes les maladies, et atteindre même par

son secours à rimmortalîté., cette science ne fut ^’une branche tie la pharmacie, à laquelle; elle devait soù existence. Mais dès que Galilée et Descartee. êureut ouvert une nouvelle route à l’esprit hémain, et que Boyle, Newton, Stahl, Mayow, Boerhaave, Haies;, efe, l’eurent parcourue , la chimie, se débarrassant; des e«r traves pharmaceutiques, s’élança d’uh vqI, rapide vers le vaste domaine de la physique. Bientbt après,.Yenel, Black, les deux Rouelle ,^Machride, Bergman ; Baÿen, Geoffroy, etc,, par de nombreuses rechêrcbes: et des expériences nouvelles , jetèrent un nouveau jour sur cette science. Néanmoins une foule d’erreurs existaient encore, et le système ingénieux dè Sîahlfixait. l’opi^nion de son siècle, et. semblait inébranlable sur ses fondeméns, quand, en France', Lavoisier et Beritbojlet J èn Angleterre , Cavendisb et Priestley j en 5ftède, uh homme qui , du fond d’uu labofatoke pharmat^utique, et ne, possédant que quelques .tubes et quéiques ûolesà médecine, fît seul plus de. décour vertes, que tous ses prédécesseurs, créèrent par leurs travaux une science nouvelle, qui se vit dès-lois appelée au perfectionnement de toutes les autres!

Ces laborieux chimis^es^ Seheele-et Priestley surftout, portèrent un exameâa particulier sur les fLuîdi^ élastiques qu’ils avaient (Meauvcrts;, jet publièrent be résultat de leurs recherehea (i.);. Bientôt les découvertes se. succèdent 5 et la ehimié, s’entiehîssant d’un si grand nombre,de faits nouveaaïs., voit s’étendre la sphère de ses limites.: I - '

(i) Schéele, Traité chimique de Vair et. du feu^ Priestley, Essai sur différentes espèces d’ain

'Cependant tous ces précieux documens restaient isolés : c’étaient des anneaux qui se trouvaient destinés à se rattacher à la grande chaîne des vérités; il fallait , pour les recueillir et en former un corps de doctrine , propre à fixer le sort de cette science et à contrihuer à son'perfectionnement, un homme qui, par rétendüe de ses connaissances, leur prêtât uu nouvéau lustré: Lavoisier parut.

Doué d’un génie créateur, entraîné vers la chimie pàr un attraitirrésistible j et possédant une fortune imïnense;>il avait attiré dans son;riche laboratoire presque tous des savansdela capitale. Déjà célèbre par un grand nqnibré deirécherches physico-chimiques du plus haut intérêt ,-LàvbisiéE attira sur lui l’attention des hommes les plus distingués dans les sciences par la publication de SQS Nouvelles recherches sur Vexistence d'un fluide élastique'dans quelques substances^ et sur les phëno^ mènes qui'résultent de son dégagement ou de sajixa~ tiW(i).' Il embrassa, dans cet ouvrage, et mît dans un ordre -nouveau, toutes les découvertes qui avaient été faites en France } en Angleterre, en Allemagne et en Suède sur les divers gaz; et après une foule d’autres . travaux , il fit connaîtrè,:en'^i j83 eti784, la décomposition et la reconâposition de l’eau ; déjà soupçonnée par MM. Monge et Laplace. -

lémoih de cés impdrtans travaux ^ Berthollet, qui déjà ehii^^ô avait publié des observations sur l’air, et démontré que, par l’action du calorique, l’acide tartarîque était converti en acide carbonique et en gaï

(i) Paris, t774*

feydroçène carboné,, enfin que. l’oxygène était un des principes^constituans de l’acide nitrique comme des oxides, Bertholiet, dis-je, se livrait avec ardeur à de nouvelles rechercbes qui confirmaient celles de Lavoisier et leur prêtaient souvent un nouveau jour. C’est ainsi qu’il enrichit la chimie de la connaissance de la nature de l’ammoniaque, de celle de l’or et de l’argent fulminant, de la décoloration des substances végétales et de l’épaississement des huiles par l’oxygène, de ses recherches aussi curieuses qu’utiles sur le chlore, etc. Dès qu’il eut connaissance de la décomposition de l’eau, il vit la révolution qu’elle allait opérer en chimie, et lè rôle important que cet agent devait jouer pendant l’action chimique des corps les uns sur les autres. Dès-lors, renonçant à toute idée de rivalité , M. Bertholiet abandonna la théorie du phlogistique pour s’associer aux travaux et à la gloire de Lavoisier. Ces deux illustres chimistes poursuivaient le cours de leurs brillantes découvertes, quand M. Guyton-Morveau accourut de Dijon pour être témoin de leurs travaux. Frappé de la précision et de l’exactitude de leurs opérations, il s’empressa d’embrasser la doctrine pneumatique , que Fourcroy et presque -tous les chimistes de l’Europe adoptèrent bientôt après. De l’association de ces quatre savans naquit cette nouvelle nomenclature chimique qui a tant contribué à faciliter l’étude de cette science et à lui assigner le rang distingué qu’elle occupe. Quand la hache révolutionnaire eut enlevé l’homnie étonnant qui avait tant illustré son siècle (i), Bertholiet

(i) Tout le monde connaît la fin de riafortuné Lavoi-

fut regardé comme le digne héritier de la gloire de son malheureux ami. Il se montra digne d’un si^noble héritage. Ses recherches sur l’acide hydro-cyanique etsnr l’hydrogène sulfuré, auquel il reconnut les propriétés des acides (1) 5 sa poudre détonnante fabriquée avec le chlorure de potassium (2) 5 sa théorie du blanchiment par le chlore; ses immenses travaux sur la teinture, dont il agrandit tellement le domaine , qu’il érigea cet art presqu’en science ; ses observations sur l’azote, qu’il reconnut pour être un des principes constiluans de heaucoup de corps solides et liquides ; le procédé qu’il •indiqua pour dégager le gaz azote de la chair musculaire au moyen de l’acide nitrique afîaibli; la carbonisation des tonneaux pour la conservation de l’eau; ses

sier : ce grand homme demandait un sursis de quelques jours pour terminer des recherches du plus grand intérêt. La république, répondit rexécrahle Dumas , n’a besoin ni ^ savons ni de chimistes.

(1) M. le comte Berthollet a fait faire un grand pas à la chimie, en annonçant que l’oxygène ne jouissait pas de la propriété exclusive d’acidifier les corps^ que l’hydrogène la partageait. Il eut à soutenir cette opinion contre un grand nombre de chimistes distingués, parmi lesquels je citerai M. Davy, qui avait admis de l’oxygène jusque dans l’hydrogène sulfuré;

(2) Cette fabrication est très-dangeréuse. L’on doit "se rappeler qu’elle conta la vie à M; Lelort , directeur dés •poudres ef-salpêtres, et à sa sœur , qui, répétant cette expérience à' Essonne , en présence de ' Lavoisier, forent tués par l’explosion du mortier ou se faisait le mélange * malgré toutes les précautions-qu’on avait prises.. •

travaux sur le gaz hydrogène carhoué et percarboné:^ dont il persista à reconnaître plusieurs espèces, ainsi que eeux sur le protoxide d’azote et sur les acides carbonique, phospborique ethydrochlorique; sesexpériences eudiométriques, et tant de mémoires publiés dans les jirmales de Chimie^ la Décade Égyptienne^ lés Mé-^ moires des Savons et ceux delà Société d’jircueil y etc., lui conservèrent ce titre.

On n’ignore point de quel secours ont été pour les progrès delà chimie les tables des affinités inventées par -Geoffroy. Tous ceux qui ont contribué à en reculer les lîornes ont fait leurs efforts pour reconnaître et déter-i miner avec la plus grande précision; le rapport des affinités entre les corps tant simples que composés, et c’est à cetté étude que sont dues une grande partie des découvertes modernes. Guylon-Morveau étai t pénétré de celte .vérité lorsqu’il publia saTable des rapports d’affinités ( i )., Les lois qu’il avait tracées semblaient immuables, quand M. Berthollet lut à l’Institut national son savant Mémoire sur les -affinités chimiques • il : démontra, par un -grand nombre d’expériences très-curiéusés, que le degré •d’affinité des corps les uns pour les autres varie suivant leur masse comparative, ou bien suivant la quantité proportionnelle dés corps destinés à agir les uns sur les autres, et qu’on qe peut indiquer les termes fixes des, effets qui doivent avoir lieu entre ces corps qu’à des proportions déterminées. Ce travail, qui dut lui coûter des recherches immenses, .a coutribué puissamment aux

(i) Premiér volume delapartie chimiquede l’EHcydQ-

pêdie par ordre de matières. ^ ;

l^rogrès des arts chimiques^ et à expliquer une foule dè phénomènes qui avaient lieu dans plusieurs opérations* si fut le prélude de sa Statique Chimique ^ oixyrage qui «St généralement regardé comme un des plus beaux monumens qu’on ait élevés à cette science.

M. Berlhollet jouissait de toute sa gloire^ quand le coup le plus affreux vint le plonger dans un deuil éternel : Tarai de son coeur, celui sur qui il fondait toutes ses espérances, et qui semblait destiné à porter avec orgueil le nomde Berlhollet, son fils unique enfin, périt loin de lui d’une mort déplorable. Depuis ce temps, ce malheureux père, en proie à la plus vive douleur, ne trouva de consolation qu’auprès de ses disciples , qui lui créèrent pour ainsi dire une autre famille. ‘

M. Berlhollet contribua, par-ses leçons, à former une nouvelle génération de chimistes. En 1794, professeur de chimie àTEcole Normale, il passa ensuite à l’Ecole Polytechnique. Quand les armées françaises eurent conquis Tltalie, il s’y vit appelé pour recueillir les divers objets d’arts. Il fît partie aussi de cette fameuse expédition d’Egypte; et, tandis que nos guerriers avaient à lutter contre les maladies propres à ce climat et le fer des Musulmans, M. Berlhollet, bravant ces dangers , s’occupait ^ au sein de l'institut d’Égypte , de la plupart des expériences qui ont servi de base à sa Statique chimique , et du soin de recueillir une grande partie des matériaux qui composent cet ouvrage snr l’Égypte, qui fait tant d’honneur à la France.

Des services aussi éminens ne pouvaient manquer d’être récompensés. En 1780, membre de l’Académie royale des Sciences, il le fut également de l’Institut

national lors de sa création. Il devint ensuite grandoflScier de laLégion-d’honneur, grand’croix de l’ordre de la Réunion, comte et sénateur. Il reçut ces titres et ces honneurs avec cette modestie dont il ne s’était jamais départi, et tel qu’on lavait vu bon ^ obligeant, aflfectueux, et accessible â tout le monde, tel il se montra sous la pourpre sénatoriale : elle ne lui fît point négliger ses travaux chimiques. Lorsqu’il était gouverueur de la sénatorerie de Montpellier, combien de fois ne l’avons-nous pas vu soupirer après son laboratoire! Et tandis'que, le malin , nous examinions les efflerescences de l’étang Salin, si analogues à celles du Delta, ou bien les eaux minérales de Rennes, et que je me voyais forcé de lui rappeler qu’une nombreuse compagnie l’atteridait j peut-être en ce moment l’accusail-on d’affecter des airs de grandeur ; car c’est malheureusement ainsi qu’on juge souvent les hommes. Lors de la restauration , Sa Majesté daigna l'appeler a, la chambre des pairs : ce fut un nouvel hommage rendu ù ses vertus et â ses talens. Lorsqu’on porte sa pensée vers le bien que la chimie a fait au monde , on ne peut s’empêcher de convenir que les titres et lés honneurs qu’on a décernés aux grands hommes qui l’oUft illustrée, n’aiént été le prix des plus éniinens services. En effet, quels torrens de lumière n’a-i-elle point versés sur notre belle France 1 Elle a contribué puissamment à reculer les bornes de l’économie publique ; à perfectionner et.à agrandir tous les arts et tous les produits de l’industrie humaine 5 à créer de nouveaux procédés et de nouveaux instrumens ; à porter le plus grand j Oui’ sur tous les phénomènes qui se passent dans l’atmo-

( lO )

sphère5 à dissiper une foule d’erreurs et de préjugés empreints de la rouiHe des siècles.j et de découvertes en découvertes, elle est parvenue à arracher à la nature une grande partie du voile dont elle couvre ses opérations.

Parvenu à un âge avancé, M. Berthollet se retira à Arcueily où il fonda une société célèbre y qui compte parmi ses membres ces chimistes distingués qui ont placé la France au-dessus des autres nations , et dont le plus grand nombre s’honore du titre de ses élèves. Il conserva toute sa. vie la plus tendre afîection pour ses disciples 5 il aimait à les stimuler,, à les encourager et à correspondre avec eux. Je ne puis me refuser au plaisir de retracer ici quelques lignes d’une lettre qu’il m’écrivit le 22 septembre 1822 , à, mon retour d’Espagne:

« J’ai appris, avec beaucoup d’intérêt, l’emploi que vous continuez de faire de votre temps. C’est un grand bonheur dont il faut profiter pendant la .jeunesse. Pour moi, je suis, malgré la bonne santé dont je jouis , tombé dans l’âge où il faut renoncer aux travaux j mais il me reste encore la douce consolation de jouir de ceux des autres. » Ah ! lorsqu’il ni’écrivait ainsi, il était loin de s’attendre que , malgré cette bonne santé, dans moins de deux mois, le Nestor de la chimie française ne serait plus.

M. le comte Berthollet possédait toutes les qualités propres à former un chimiste profond. Il portait une attention et une exactitude scrupuleuse dans toutes ses opérations 5 il avait l’art de les varier à l’infini, et de saisir ayec une sagacité étonnante tout ce qui lui sem.“

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