LE PRIEURE DE RIPAILLE
Il est peu de localités, en Savoie, qui aient joui d'une aussi grande célébrité que Ripaille : il en est peu qui soient aujourd'hui plus déchues de leur splendeur et plus effacées de la mémoire des hommes.
Sur le bord du lac Léman, à un kilomètre environ de la ville de Thonon, l'ancienne capitale de la province du Ghablais, on remarque, au milieu d'un petit groupe d'habitations, une façade d'église, de vastes bâtiments, des tours, et quelques autres vestiges d'un vieil édifice que des rajeunissements aussi bien que les injures des siècles ont fait en partie disparaître. De riches vignobles, de charmants ombrages, et le limpide azur des
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flots qui viennent expirer à côté, tel est le cadre que la nature a fait à ces ruines. Ce coin de terre, qui vit un jour affluer les princes et la noblesse de l'Europe, n'est plus visité que par le touriste désœuvré ou par l'archéologue — rara avis — en quête de découvertes. L'histoire de Ripaille, quoique ne remontant pas à une époque reculée, offre un véritable intérêt et mérite une étude spéciale. Les documents à l'aide des* quels on peut la reconstituer n'abondent pas : les archives de la Haute-Savoie en renferment cependant plusieurs, d'où nous avons essayé d'extraire quelques indications. Retrouvées partie dans les archives de l'ancienne intendance de Chambéry, partie à Thonon, dans les combles de la sous-préfecture, ces pièces ont été réintégrées, avec beaucoup d'autres, au dépôt départemental d'Annecy, leur place naturelle. En même temps, Mgr l'Evêque d'Annecy, chez qui les études historiques ont toujours trouvé un protecteur aussi empressé que savant, nous a mis à même de compléter certaines données au moyen de notes précieuses qui sont en sa possession, et qui ont été tirées, avant la Révolution , des archives du couvent de Ripaille : que sa haute bienveillance reçoive ici le témoignage de notre gratitude. Enfin nous avons été chercher de nouvelles lumières à l'illustre abbaye de Saint- Maurice en
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Valais, où sont conservées des chartes relatives à plusieurs localités de Savoie, particulièrement à celle qui nous occupe. Un certain nombre de ces divers documents sont publiés, pour la première fois, ci-après (4).
Ripaille ne fut jamais qu'un village. Mais sa renommée et son importance ne dépendirent pas de son extension matérielle.
La structure de son nom ne trahit pas une origine bien reculée, et n'indique rien autre chose que le voisinage du lac. « A ripa Letnani lacûs Ripalia, > dit le P. Labbé. C'est, en effet, dans un adjectif de latinité barbare, tel que ripalis ou ripalius, qu'il faut chercher Tétymologie du mot, et non dans ripa alia, comme on Ta fait sous prétexte que de l'autre côté de Thonon se trouve le hameau de Rive, Ripa. La ripaille est un fréquentatif de rive, comme le rivage, qui est formé sur un adjectif analogue, rivaticus (2). Ce nom nous appa-
(i) Parmi les nombreux titres intéressant la Haute-Savoie qui se trouvent encore aux archives de Turin, il en est quelquesuns qui concernent Ripaille, et dont la copie a été transmise à la Société d'histoire et d'archéologie de Chambéry. N'ayant pu avoir communication de eette copie, nous avons été réduits à la courte analyse qui en est faite dans les Mémoires de la même Société (tome V).
(î) Les fréquentatifs en aille sont nombreux dans la langue française. Celui-ci est formé du féminin de ripalius ou du pluriel neutre de ripalis.
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raît pour la première fois dans le testament d'Amédée VI, comte de Savoie, daté du 27 février 1383 : le testateur lègue à Bonne de Bourbon, son épouse, avec l'administration de ses États, la propriété des châtellenies et territoires d'Évian, de Féterne, de Ripaille, de Thonon, des AUinges, d'Hermance et du Bourget (1). Cette princesse vint en effet, bientôt après la mort de son mari, résider à Ripaille avec son fils Amédée VII. Des lettres-patentes y furent signées par eux notamment le 14 juillet 1384, le 17 octobre de la même année, et le 29 octobre 1385 : par les premières, données en présence de plusieurs témoins notables qui se trouvaient également à Ripaille, ils hypothéquaient les revenus du comté de Savoie, dans le but de se procurer les fonds nécessaires à la guerre contre lesValaisans (2) ; les autres confirmaient des privilèges oetroyés à la ville de Thonon (3). ]
(!) Castra, villas, loca, territoria, mandamenta, superiotates et districtus Aquiani, Fisterna, Ripailliœ, etc. (Gnichenon, Histoire généalogique de la royale Maison de Savoie, Turin, 1780. Preuves, p. 219).
(2) Datum Ripaillie, die 14° mensisjullii, anno Dominiizsi. Per Dominant et Donrinum, presentibus dominis episcopo Thulensi Ludovico de Sàbaudia, Guillelmo de Grandisono, Aymone de Challant, Girardo d'Estres cancellario, et Joanne de Conflens. Petrus Vieini. — Mémoires de la Société ffihist. et d'areh. de Chambéry, III, 100.
(3) Ibid. VI, 219 et 231.
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L'existence de la localité, en tant que seigneurie et résidence du comte de Savoie, est donc bien constatée au quatorzième siècle. Il est probable qu'elle remontait, comme telle, beaucoup plus haut : la longue possession antérieure du Gbablais par la Maison de Savoie, l'ancienneté du village presque contigu de Concise, qu'on trouve mentionné en 1093 sous la dénomination de parrochia, alors que Tbonon est qualifié seulement de maczellus, ou petit mas (1), enfin la découverte d'objets antiques faite en 1764 dans le parc même de Ripaille (2) peuvent autoriser cette conjecture , sans qu'il nous soit permis de rien préciser. Pingon prétend, il est vrai, qu'Amédée de Savoie, évèque de Maurienne, fonda, en 1235, un hôpital sur le bord du lac de Genève, et Besson place cet hôpital à Ripaille (3) : mais aucun document ne nous a conservé la trace d'une telle fondation, et le premier de ces deux auteurs, comme Guichenon l'observe, parait avoir confondu Amédée ou Amé avec Aymon de Savoie, qui en effet éleva, l'an 1236, un hôpital près du Léman, à Villeneuve, dans le pays de Vaud (4).
(1) Ibid. IV, 327.
(2)Ibid.Vl,pagexi.
(3) Mém. pour l'histoire des diocèses de Genève, etc. Annecy, 17*9 ; page 292.
(4) Guichenon, ouvrage cité, édition de 1660 ; p. 257, Ce n'est
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La résidence de Bonne de Bourbon et de son fils n'avait encore que le caractère d'un simple manoir, d'un rendez-vous de chasse ; et ils n'y firent vraisemblablement que des séjours temporaires. Âmédée VII venait souvent chasser dans les environs. Le plaisir qu'il y prenait ne lui coûta que trop cher : un jour qu'il poursuivait un sanglier dans la forêt de Lormes ou de Lonnes, près de Thonon, il tomba de cheval et se fit transporter grièvement blessé à Ripaille, où il mourut la nuit suivante <!" novembre 1397). Son testament, fait te même jour, est daté de la maison de Ripaille, dam la chambre 0* a coutume de coucher le seigneur comte (1).
Mais voici le véritable acte de naissance et la première source de l'accroissement de cet humble lieu : c'est la fondation du prieuré de chanoines augustins faite en 1410 par le célébra Amédée VIII, fondation
qu'au seizième siècle, dans un acte passé par les Bernois, maîtres d'une partie du Chablais, qu'on rencontre la mention des Kospitôliers de Ripaille. En 1602 , on voit le duc Charles-Emmanuel donner à la sainte maison de Thonon la fondation des vingtquatre pauvres de Ripaille, qui était sans doute une dépendance du prieuré des Augustins, alors tombé en désorganisation, comme on le verra.
(1) In domo RipaUliœ, in cornera qua jaeeresoUtus est dominus cornes infrascriptus (Guichtnoo, preuves, p. 3S3). Voir sur la mort d' Amédée VII, que d'autres ont attribuée au poison, lo Sanglier de la forêt de bonnes, par J. Replat, Annecy, 4840.
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que les historiens se sont contentés de mentionner. Presque toujours les villes comme les hameaux sa for* maient à l'ombre des murailles dp cloître. Les moipes attiraient à eux la population ; ils utilisaient les bras, et leur servage était presque l'aBwebissemenL Nous construisons l'église pour le village ; citait )# village autrefois qui se groupait autour d'ope églisf ou d'OM abbaye nouvelle, et à son occasion. L'établissement 4«f Augustins dut donc apporter la vie k Ripaille, et trapsformer la seigneurie des comtes de Savoie, i/açto 4* fondation du prieuré, qui était resté jusque présent inédit, nous montre Amédée VIII cédant pour le mo»a* tère c sa maison ou son manoir de Ripaille (domum sett maners de Ripailla), avec toutes les dépendWPW Wfr tenues dans l'enceinte des remparts ou clôtures qui l'enfermaient, et tout autour une étendue de terrain de quarante pieds de comte. •
Dans le môme titre, avant la teneur 4e la fiopâa* tion, Ripaille est désigné par le mot locus (I). Cette qualification, quoique assez vague, s'employait généralement pour désigner les plus petites agglomérations de bâtiments. Il n'y avait donc qu'un château féodal , construit depuis plus ou moins longtemps, avec un certain entourage de murs et de dépendances.
(i ) Fondavit in loeo $uo Rippalie.
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L'acte, reçu par Guigonet Maréchal de Chambéry, notaire public, est daté du dimanche 23 février 4410 (4), et de la première année du pontificat d'Alexandre Y.
Il est passé à Thonon, dans la demeure de Jean Ranays, secrétaire du comte de Savoie et dans la chambre du parement (in caméra paramenti), en présence des témoins Hugues d'Arens, prévôt de Mont-Ioux (2), Humbert, bâtard de Savoie, Guichard Marchand, chancelier de Savoie, François de Menthon, Amédée de Challant, chevaliers; Aymon, seigneur d'Apremont, Hugonard Chabod, docteur ès-lois (3), Pierre Andrevet, maître d'hôtel du prince, conseillers ; et Jean Boubat, de Divonne, autre secrétaire d'Amédée VIII. Nous en reproduisons plus loin le texte entier, la première par-
(1) Et non du 23 avril UH, comme le dit Besson, p. 103. L'année est prise & Noël ou an premier janvier, ainsi que le veut la concordance des antres indications chronologiques. En effet, l'évéque de Genève, Aimé du Quart, avait ordonné, en 1306, que Tannée commençât dans son diocèse & Noël, et non à Pâques comme on avait fait jusqu'alors.
(2) C'est le même que Besson mentionne à l'année 1403, sous le nom de Hugues de Laré (page 377).
(S) Ce magistrat est celui qui fit rédiger Ha fin du xrv siècle les franchises de Thônes, où il figure comme juge de Rumilly, Thônes et autres lieux en Genevois (V. Revue savoiiienne, I» février 1862). C'est sous le règne d'Amédée VÏII que la bourgeoisie savoisienne commence à se montrer dans les conseils du souverain.
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tie d'après un double déposé aux archives de la Haute- Savoie, la seconde d'après un cartulaire de l'abbaye de Saint-Maurice, le bas dû parchemin se trouvant, dans la première de ces pièces, déchiré ou coupé (4).
À la première lecture de la fondation, on reconnaît qu'Amédée avait des vues spéciales sur le nouveau monastère. C'est un établissement riche et indépendant, devant conserver avec lui des rapports. directs, qu'il crée sur son domaine. Examinons brièvement la constitution qu'il lui donne :
Le> conventus, placé sous la double invocation de Notre-Dame et de saint Maurice , devait être composé de quinze chanoines réguliers, y compris le prieur, et soumis à la règle de saint Augustin, à l'habit et aux statuts de l'abbaye de Saint-Maurice-d'Agaune dans le diocèse de Sion, La nomination du premier prieur était entièrement réservée au prince ; celle des prieurs suivants devait être faite par les chanoines eux-mêmes, puis présentée par eux au comte, et par celui-ci à l'abbé de Saint-Maurice, chargé de la confirmer. Le premier prieur pouvait choisir et recevoir ses quatorze confrères, les revêtir de l'habit, les installer dans le chœur et dans le chapitre : mais ensuite toutes les places vacantes parmi eux devaient être données à tour
(4 ) Documents, n° 1.
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de rôle par te comte ou par le prieur. A celui-ci appartenait rentière administration des personnes et des biens àû fflonaàtète, dont il était obligé de rendre compte fchàqttô année au chapitre assemblé. En outre, il avait le droit de justice ecclésiastique et séculière sur tous 1& individus demeurant dans l'enceinte du couvent, Chanoine» renâtos, chanoines convers, familiers et serviteurs, en Quelque lieu et de quelque délit qu'ils se rendtsfeént ôôupable.
La seconde dignité du monastère était celle du sacrista, sacristain du trésorier, chargé de tout ce qui concernait l'église conventuelle : il devait être pommé par le prieur du consentement des autres chanoines, soit à Vie, soit pour un temps donné. Douze ou tout au moins dix des religieux devaient être prêtres. Ils étaient tenus de chanter les heures à haute voix, et de faire, aux quatre-temps de l'année, la lecture de leurs statuts et règlements, qui seraient réunis en un ou plusieurs volumes et conservés dans le chœur. Le fondateur leur imposait la condition de célébrer chaque jour six messes, dont deux grandes en temps ordinaire, et dont trois grandes en carême, puis d'autres offices qu'on peut voir spécifiés en détail dans le texte, un entre autres chaque lundi, devant le maître-autel, pour Pâme des comtes de Savoie. A ce même autel devaient brûler
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jour et nuit, perpétuellement, en l'honneur de Jésus- Christ, de la sainte Vierge et de saint Maurice, deux cierges du poids de trois livres chacun.
Voilà pour l'organisation intérieure. On a vu que l'abbaye-mère de Saint-Maurice-d'Agaune avait une certaine autorité à exercer sur le prieuré. Cette dépendance était fort restreinte, et n'avait guère trait qu'à la direction spirituelle. Ainsi , avec le droit de confirmation du prieur» l'abbé de Saint-Maurice devait avoir seulement la faculté, en cas de plainte soit des chanoines, soit du comte de Savoie, de visiter le couvent de Ripaille, et d'en corriger ou d'en punir les membres suivant la discipline de leur ordre, sans rien changer aux dispositions du fondateur. Mais il est bien spécifié dans l'acte que ce couvent sera exempt pour jamais de la juridiction de l'ordinaire et de toute autre que celle de la cour romaine, qu'il sera toujours régi par son administration propre, et qu'il ne pourra être uni ou donné parla suite, soit en commende» soit autrement, à aucune église, à aucun prélat, à aucun corps, pas même à l'abbaye de Saint-Maurice. Le pape Martin V, en le recevant sous la protection de saint Pierre, l'an 1417, le déclara également indépendant de l'archevêque de Vienne, métropolitain, de l'évêque de Genève, et de l'abbé de Saint-Maurice, en ce qui concerne la
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juridiction ordinaire, faisant seulement la réserve du droit de visite indiqué tout à l'heure (1).
Quanta la fortune et à l'établissement matériel des Augustins, Amédée leur abandonnait , avec ses droits sur le domaine cédé (de domo et fondo Rippallie), un revenu annuel de mille florins d'or en monnaie de Savoie , en les investissant par la tradition d'une paille (traditione uniuscalami, ut est morts) , et leur interdisant seulement la faculté d'aliéner la propriété, si ce n'est dans les cas réservés par la législation. La rente allouée se composait de dîmes, cens ou servis, tant en argent qu'en nature, cédés en emphytéose par le fondateur. La constatation de ces différentes redevances et leur reconnaissance par les débiteurs devaient se faire au plus tôt et aux frais du comte; si leur produit dépassait mille florins , l'excédant devait venir en augmentation des revenus du couvent. On en trouvera, à la fin de l'acte, la nomenclature détaillée, qui est pleine d'intérêt. Elle nous apprend que 644 florins étaient à percevoir en argent, et que les 356 autres étaient représentés par 246 coupes de blé, 130 coupes d'avoine, 298 setiers et demi de vin, et 25 charrettes de foin; le tout pris sur les chatellenies deThonon, d'Evian et Féterne, d'Hermance, de Villeneuve, de
(4) Documents, n° 2.
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Chillon, de La Tour et Vevey, de Morges, d'Entremont, de Saint-Maurice et de Bêta. Sur cette somme, dix florins devaient être payés le jour de la Saint-Michel à chaque religieux, vingt au sacristain, et trente au prieur, pour leur vestiaire respectif.
Le manoir ne pouvait suffire ou n'était pas approprié aux besoins du nouveau couvent : Amédée s'engage à construire dans le plus bref délai possible, et à livrer au prieur, dans un état de parfait achèvement , une église et tous les autres bâtiments nécessaires ; de plus, il promet de fournir, une fois donnés, les livres, vêtements, ustensiles, meubles, cloches, et tous les autres objets que réclament tant le service divin que rentretien des chanoines.
Le généreux prince fut fidèle à sa parole : les travaux commencèrent immédiatement et furent poursuivis, eu égard au temps, avec une grande célérité ; car, dès le 17 septembre de la même année, révoque de Genève, Jean Bertrand, put consacrer l'église des Augustins, en présence (T Amédée, de Bonne, princesse d'Achaïe, et de Jeanne, ses sœurs (1). Cette construction fut exécutée, en même temps que certaines répa-
(1) Mémoires de la Société d'hist et d'arch. de Chambéry, tome V, page vu. C'est par erreur que Besson place cette consécration le 40 décembre et l'attribue à l'évéque de Lausanne.
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rations à l'abbaye de Lieu, au château de Thonon et à la maison des Augustins de cette ville, par Péronnet du Pont, lequel, pour ces différentes entreprises, reçut 26,000 florins d'or et n'en dépensa que 19,000 (1).
Par bulle du 2 juin 1410, le pape Jean XXIII avait chargé Guillaume de Ghallant, évêque de Lausanne, d'approuver la fondation du prieuré de Ripaille : cette approbation fut octroyée par acte du 1 er mai suivant (2) . Le pape Martin V, à son tour, comme on vient de le voir, confirma le monastère dans toutes ses prérogatives et le prit sous sa protection, au mois de février
Àmédée augmenta ensuite ces privilèges en concédant aux religieux le pouvoir de construire un moulin sur l'eau d'Qncion , sans aucune charge ni redevance, et à l'endroit qui leur serait le plus commode; en leur abandonnant, pour leur affouage, cent cinquante poses de bois dans la forêt dite Lonnaz (3) entre Thonon et leLiaudi; enfin en unissant à leur maison, par lettrespatentes du 20 mai 1416, la chapelle de Saint-Bon, prèsche de Thonon (4).
D'autres patentes du même mois leur accordè-
(i ) Mèm. de la Soc. d'hist. et d'arch. de Chambéry, t. V, p. vii.
(2) Ibid.
(3) La foret de Lonnes, où Amédée VII se blessa mortellement.
(4) Titres des anciennes archives de Ripaille.
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fent en outre la faculté d'acquérir de nouvelles richesses c jusqu'à concurrence de deux mille écus d'or, sans paiement d'aucun lod$ > le souverain se réservant cependant la directe en cas de vente. • (1) Leur dotation s'accrut ainsi de plusieurs manières : la même année, Félice Bally les institua héritiers des biens d'Hugonet Bally, son aïeul, comprenant une rente sur les territoires d'Hermance, Conches, Gusy et autres lieux. Amédée ajouta plus tard à sa fondation primitive « certains hommes, hommages , cens, servis , antérieurement tenus en fief par noble Jean Daniel » et détendant sur bon nombre de paroisses voisines. Enfin ils achetèrent de divers particuliers, entre autres de noble Berthet de Neuvecelle et de sa femme Jacquemette, fille de noble Jean de Saint-Jeoire, plusieurs autres biens meubles ou immeubles (2), et leur domaine se trouva, dans le courant du siècle, constitué de la sorte : À Ripaille même , tout autour du couvent, bâti à deux ou trois cents mètres de la rive du lac, un enclos de plus de cent hectares (3); à Allinges, Armoy, Marin
(«) Sommaire des titres des fiefs du ChaUais, articles Vallon et Ripaille (arch. de la Haute-Savoie).
(2) Ibid.
(3) C'est-à-dire le terrain qui formera un jour la propriété des Chartreux, plus la portion aliénée avant rétablissement de tes derniers. V. ch. rv.
et Thonon, des vignes ou terres pour une contenance presque égale (i); plus des prés, vignes et bois d'une étendue déterminée, situés sur Evian, Féterne, Maringe, Mermotel, Morsier, Thollon et Tuilier.
Les revenus annuel» du prieuré, indépendamment de la dotation primitive, embrassèrent des servis tant en argent qu'en fruits, vins, blés, etc., à prélever sur des terres dépendant des localités suivantes :
Allinges, Corsier, Evian, Fessy, Féterne, Larringes, Lugrin,Machilly, Neuvecelle, Publier, Thollon, Thonon, Veigy ; Cillions , Ghoisier, Gonches, Gusy, Douvaine, Hermance, Mésinge, Morcier, Moysier, Pérignier; Àgnyères, Ànthier, Brecorens, Brens, Buchiliolaz, Buez, Champery, Ghapinin, Genesve, Lajoux, Lamma, Les Cr es tels, Les Planteaux, Loisin, Lullier, Lyez, Margancel, Massilier, Maychia, Missirier, Montheys,
(1) Echues plus tard à Tordre des SS. Maurice et Lazare comme provenant du prieuré de Ripaille. V., aux Archives de la Haute- Savoie, les Déclaratoires sur les biens de l'ancien patrimoine de l'Eglise, rédigés pour la mensuration générale du duché de Savoie en 1732. Tous les possesseurs de biens ecclésiastiques ou féodaux durent, à cette époque, pour s'assurer l'immunité de la taille, faire constater l'origine de leur propriété et produire les titres sur lesquels ils l'appuyaient. Le recueil des Déclaratoires que dressèrent à cette occasion les délégations de chaque province contient des citations de pièces très anciennes et une foule de renseignements précieux, qui peuvent remédier à la disparition des originaux.
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Nernier, Oytroz, Rissier, Rossières, Saint-Mauris , Treytorens, Tuilier, Varlangnier, Verier, Verrière, Yvoire (1).
Les Àugustins reconnurent, à différentes reprises, tenir le tout en fief on en empbytéose perpétuelle des princes de la Maison de Savoie.
Le premier prieur de Ripaille fut Iean Borgesy, qui mourut en 1428. Les pièces relatives à la nomination du second et du troisième, que nous avons extraites des archives de l'abbaye de Saint-Maurice, montrent comment on procédait en pareille circonstance, et avec quelle fidélité on se conformait aux dispositions du fondateur. Pierre Mouton (Mutonis) « homme recommandable par son intégrité et sa cience » qui exerçait déjà l'office de sacristain, ayant été désigné à l'unanimité pour celui de prieur par les chanoines ses confrères, ces derniers firent dresser par-devant notaire un procès-verbal de l'élection, le 14 février 1428. En
(l) Sommaire des titres des fiefs et Dèclaratoires des sertis ecclésiastiques (Archives de la Haute-Savoie). Plusieurs de ces villes ou villages appartiennent aujourd'hui à la Suisse. Nous laissons aux noms l'orthographe que leur donnent les pièces citées. C'est une particularité intéressante au point de vue philologique» que les noms de lieu de cette région terminés aujourd'hui en y ou i prenaient autrefois, et encore au dix-huitième siècle, la finale ter: Lully, Anthy,Veigy, se trouvent sous la forme Lullier, Anthier, Veigier, etc., etc.
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— as —
même temps, ils dépotèrent un des leurs, Pierre Grantier, à la maison -mère, pour notifier cet acte et solliciter les lettres de confirmation. Amédée VIII, à qui la présentation avait été faite, écrivit, de son côté, à l'abbé de Saint-Maurice, pour lui présenter à son tour le candidat. Aussitôt, le siège abbatial de Saint-Maurice étant lui-même vacant, le chapitre s'assembla, et dès le 26 du même mois, sur l'instance de Pierre Grantier, considérait c qu'il fallait ajouter foi à la recommandation de l'illustre prince, • que d'ailleurs une enquête favorable avait eu lieu, il approuva et ratifia l'élection, avec injonction aux religieux d'obéir à leur nouveau prieur c en toutes choses licites et honnêtes (1). >
Les mêmes formalités se renouvelèrent lorsque Pierre Mouton fut promu à la prévôté de Saint-Gilles, en 1440 (car les chanoines de Ripaille pouvaient pas* ser dans un établissement étranger, et c'est ce qui était arrivé précédemment pour Guillaume Villiens, nommé recteur de l'hôpital de Villeneuve (2) par Amédée VIII, en 1417). Le duc Louis transmit à l'abbé de Saint- Maurice une nouvelle lettre de présentation, à la suite
(1) Documents, n° 3.
(2) Et non prieur de Ripaille, comme on le lit dans les Mémoires de la Société d'histoire de Chamibéry, tome Y, page xi. V., aux archives de l'abbaye de Saint-Maurice, l'article Ripaille, titre n° 3.
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de laquelle Jean Barre fut canoniquement installé comme troisième prieur (1).
L'organisation du monastère, une fois établie ainsi, ne paraît pas avoir subi de modification importante : selon Guichenon, le fondateur aurait adjoint aux chanoines réguliers, en 1430, des ermites tirés de l'abbaye de Saint-Maurice, et les aurait soumis aux mêmes statuts. « Amé, qui penchait à la dévotion, dit-il, créa, (le 21 octobre de cette année) l'ermitage de Ripaille, de Tordre de saint Augustin, auquel la piété d'Humbert, bâtard de Savoie, avait donné commencement. » (2) Aucun titre ne mentionne cette espèce de nouvelle fondation, qui n'est peut-être qu'une contradiction de l'historien de la Maison de Savoie. Tout cela, d'ailleurs, n'était que le prélude d'un événement inattendu, qui devait, quelques années après, attirer tous les regards sur ce lieu ignoré.
(i) Documents, n°4.
(2) Histoire de la royale Maison de Savoie, 1660, p. 4«9.
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