ELLE EST DANS LA SALLE FUNÉRAIRE
Les palettes d’écrivain occupent ce compartiment. Ces petits meubles sont ordinairement en bois dur ; un trou de forme carrée servait à insérer les calames, ou roseaux taillés pour l’écriture. Plusieurs trous ronds contenaient des pains d’encre rouge et noire que l’écrivain délayait avec un peu d’eau contenue dans un petit vase rond qui complétait son bagage. Les palettes sont souvent ornées d'inscriptions très-finement gravées, ce sont des prières adressées à divers dieux par le possesseur de la palette. Une palette d’une forme singulière est surmontée de la tête de chacal, emblème deshiérogrammates.
YITREVE Z.
Les palettes de cette vitrine sont en pierres de diverses sortes. La plupart paraissent être des imitations de la palette ordinaire, consacrées comme monuments funéraires. De petits vases de di-
SALLE CIVILE
verses formes ont servi d’encriers : il faut remarquer les petits vases en forme de hérissons qui étaient consacrés à cet usage. La grenouille en terre émaillée incrustée de pâtes de verre parait aussi avoir été une écritoire.
Outre les encres rouge et noire, les enluminures des vignettes exigeaient d’autres couleurs dont on voit ici des échantillons, ainsi qu’une pierre de porphyre encore imprégnée du bleu qu’elle a servi à broyer. La beauté de ce bleu égyptien a été depuis longtemps remarquée.
On trouve souvent dans les manuscrits égyptiens des vignettes où plusieurs parties sont dorées par l’application d'une feuille d’or battu, pareille à celle que contient le livret du doreur ici exposé : elles ne différent des nôtres que parce qu’elles sont plus épaisses. Cet or a très bien tenu sur les manuscrits où il a été appliqué. Pour la dorure sur bois et même sur bronze, les Égyptiens ont employé habituellement un enduit préalable; ils ne paraissent pas avoir doré directement les métaux, si ce n’est pour certaines damasquinures ; dans ce cas, l’or se trouve incrusté dans les gravures.
Les tablettes enduites de cire sont de l’époque grecque ou romaine.
Une grande doctrine domine tout le système funéraire des anciens Égyptiens, et présida, depuis les temps les plus reculés, à tous les rites qui accompagnaient l'embaumement et la sépulture, ainsi qu'à tous les emblèmes qui couvrent les cercueils et les sculptures des tombeaux ; c’est l’immortalité de l’âme. Cette immortalité était spécialement promise aux âmes qui auraient été reconnues vertueuses par Osiris, juge des enfers. Elles devaient rejoindre leur corps et l’animer d’une nouvelle vie que la mort ne pourrait plus atteindre; quant aux âmes condamnées, elles devaient subir le supplice de la seconde mort. L’ensemble de cette doctrine, vraiment nationale en Égypte, ressort clairement de ce que nous pouvons déjà comprendre dans les textes du Rituel funéraire. Ce livre sacré, dont chaque momie devait porter un exemplaire plus ou moins complet, contient une série d’hymnes, de prières et d’instructions, dont une partie est spécialement destinée aux diverses cérémonies des funérailles. On y trouve aussi les doctrines dont la connaissance était regardée comme nécessaire à l’âme humaine pour jouir de tous les biens attachés à la proclamation de sa vertu. Le chapitre II est consacré à la vie qui commence après la mort, et le chapitre XLIV énonce formellement que cette nouvelle Yie ne sera plus sujette à la mort.
Tel est donc le principe général qui a régi tous les rites funéraires des anciens Égyptiens, et, sans nier les raisons sanitaires
que le climat justifie si bien, cette croyance a certainement exercé la plus grande influence sur la coutume d’embnumer les corps pour les conserver autant que possible dans leur intégrité; car, suivant la promesse formelle du Rituel (chapitre LXXXIX),;l’âme devait un jour se réunir à son corps.
Les personnes qui ne seront pas effrayées par l’étrangeté et la fatigue de quelques détails, et qui désireraient prendre une connaissance succincte de ces doctrines funéraires, devront porter d'abord leur attention sur les papyrus qui ornent le fond de cette salle, et suivre l’explication sommaire que nous allons leur présenter. Ils appartiennent presque tous à la classe des Rituels funéraires; nous nous arrêterons surtout à quelques scènes représentées dans des vignettes peintes et que les textes expliquent plus clairement.
A droite de la cheminée, un grand Rituel, du style de la dixhuitième dynastie, occupe les deux bandes inférieures du cadre. Ce beau manuscrit est une véritable édition de luxe; il avait été préparé d'avance dans quelque librairie, et on avait laissé en blanc le nom du défunt, à chaque endroit où il devait être écrit. Ces blancs étaient remplis quand le manuscrit avait été acheté; mais il arrive quelquefois, comme ici, qu’on s’est dispensé de cette formalité, et que le nom du défunt est resté en blanc. Dans d’autres manuscrits, volés sans doute à quelque tombeau, on a effacé par endroit le premier nom et on a attribué le Rituel à un nouvel acheteur, en écrivant son nom en surcharge. Les vignettes de ce manuscrit, en commençant en bas et par la gauche, nous montrent d’abord le défunt accompagné de sa sœur, qui vient rendre hommage à Osiris.
Les légendes sacrées racontaient que ce dieu, étant mort sous les coups de son frère Set ou Typhon, avait été ressuscité par les soins d’Isis. Osiris était devenu le type de tout Égyptien qui avait
payé son tribut à la mort, et celte assimilation était la garantie de son immortalité finale. L’embaumement le plus complet durait soixante-dix jours, pour se conformer aux rites suivis par Horus dans l’embaumement de son père Osiris. Le corps ainsi conservé, l’âme du défunt, que l’on nommait régulièrement VOsiris un tel, subissait des épreuves et parcourait les sphères célestes de la région des âmes, à la suite de l’âme d'Osiris qui, sous le nom de Sahou, était censée résider dans une constellation qui répond aux étoiles d’Orion. Les parties du Rituel qui énumèrent les principaux actes de ce pèlerinage de l’âme ne sont pas écrites dans un ordre constant, surtout dans les Rituels anciens. Mais il semble qu’il y ait eu, vers le temps des rois saltes , une sorte de révision ou de rédaction plus officielle du Rituel ; car, aux dernières époques, on a tracé les manuscrits funéraires dans un ordre à peu près constant, qui doit être pris en considération, parce qu’il indique certainement l’ordre dans lequel les prêtres comprenaient les diverses idées auxquelles se rapportent les chapitres successifs de ce livre.
Osiris, dans la première scène de notre manuscrit, est peint de couleur verte, et il porte le diadème blanc, symbole de la royauté de la haute Égypte ; il lient en main les sceptres royaux et divins.
La seconde vignette fait voir le défuntqui voguedcrrière Anubis, dans la barque du soleil. Les vignettes suivantes montrent diverses formes ou types que l’àme était censée revêtir successivement dans les cieux infernaux. C’est d’abord une sorte de héron consacré à Osiris, puis l’épervier d’or, l’hirondelle, l’épervier divin, efc. Celte doctrine présente quelque analogie avec la métempsycose des Indous; mais, pour l’Égyptien, ces transformations ne devaient pas s’accomplir sur la terre; l’âme, ou la larve du défunt proclamé juste, y était seule intéressée, et le pouvoir d’exécuter
les transformations qui pourraient lui plaire était un de ses privilèges.
Dans la bande supérieure on voit d’abord les quinze portes des champs Élysées des Égyptiens : on les plaçait dans une contrée céleste, nommée Âaenrou. C'était dans la même région que les mânes devaient se livrer aux travaux agricoles pendant une certaine période de temps.
Après ces tableaux on trouve le chapitre curieux de la confession de l'âme. Les quarante-deux juges sont figurés dans les colonnes du papyrus : à chacun d’eux s’adresse une invocation du défunt qui se justifie à chaque fois de quelque péché contre la morale ou la religion du pays. On peut y constater que les bases de la morale ont toujours été les mêmes chez les nations civilisées.
Le meurtre, le vol et l’adultère y figurent, ainsi que la profanation des choses saintes, parmi les crimes en horreur chez tous les peuples; mais on est plus étonné d’y rencontrer des défenses telles que celle des paroles trop nombreuses ou celle de faire pleurer son prochain. La civilisation spéciale de la vallée du Nil a déjà empreint sa trace sur ce code sacré, en y ordonnant le respect des droits acquis sur les cours cCeau.
La scène qui suit représente le pèseraent de l’âme et son jugement. Dans les plateaux de la balance on voit, d’un côté, le vase, symbole du cœur du défunt, et de l’autre la plume d’autruche, symbole de la justice; le cynocéphale assis, qui repose au milieu de la salle, est l’emblème du dieu Thot, qui doit lire la sentence; le dieu est figuré ici sous cette forme, parce que le cynocéphale assis était le symbole du parfait équilibre. Les deux déesses debout, tenant des serpents en main, représentent la double justice, celle qui punit cl celle qui récompense.
Cette scène est suivie de la vignette du bassin de feu, gardé par
quatre cynocéphales : c’étaient les génies chargés d’effacer la souillure des iniquités qui auraient pu échapper à l’âme juste et de compléter sa purification. La vignette suivante montre le soleil représenté par un disque rouge sur une tête d’épervier; sa barque vogue sur les eaux célestes, et l’âme justifiée, dégagée de ses souillures, vient se joindre à la course de l'astre lumineux.
Les dernières vignettes contiennent la figure de diverses demeures qui occupaient les espaces célestes que l’âme lumineuse va maintenant traverser.
Le papyrus placé au-dessus de celui-ci est un Rituel de même nature que le précédent ; par une exception très-rare, il est écrit à l’encre blanche. Les vignettes sont extrêmement nombreuses. Nous en indiquerons quelques-unes qui ne figurent pas dans celui que nous avons décrit. La première scène en commençant & gauche montre l’àme combattant un crocodile; ce combat fait partie d’une longue série d’épreuves semblables, où l’âme juste devait remporter la victoire avec le secours des paroles sacrées que lui apprenait le chapitre du Rituel correspondant à chaque vignette.
Après les diverses transformations des mânes, déjà décrites plus haut, on trouve ici une scène où l’âme, toujours représentée par un épervier à tète humaine, voltige au-dessus de son squelette. Plus loin, elle boit l’eau céleste qui doit faire reverdir en l’homme une nouvelle jeunesse. Le défunt est ensuite figuré voguant sur les eaux célestes ; le Rituel lui apprend ici les noms mythiques de toutes les parties de cette barque sacrée. Sept demeures sont ensuite énumérées; on les voit figurées avec leurs gardiens armés de glaives. Après ces pérégrinations, le défunt est représenté à genoux devant le divin soleil à tête d’épervier. Le livre retourne alors à la momie, qui, pendant ce temps, est restée sur le lit funèbre. Elle y repose entre les bras d’Anubis , le dieu à tête de chacal , et sous la protection d’Isis et de Nephtbys, sœurs d’Osiris; ces
déesses récitent les chants du deuil, comme elles l’ont fait pour leur frère, lorsqu’aprés avoir réuni ses membres elles lui rendirent la vie par leurs incantations. Ce chant de résurrection, prononcé par Isis, constituait un petit livre spécial, dont plusieurs exemplaires nous sont parvenus. Notre manuscrit présente ensuite, comme le premier, la série des portes avec leurs gardiens, celle des quarante-deux juges et le bassin expiatoire. Il contient de plus la série des sept vaches sacrées avec leur taureau. La scène du jugement est ici un peu différente de la première : Ânubis amène le défunt et présente à Osiris le symbole de son coeur; c’est le dieu Horus qui exécute le pésement de l’âme devant les deux déesses Justices.
Le livre se termine par la barque, où le défunt justifié a été admis, et par la topographie des demeures célestes qu’il doit parcourir.
Le Rituel qui occupe la bande supérieure est d’une époque bien plus récente que les deux premiers; il est au plus du sixième siècle avant l’ére chrétienne; je n’attirerai l’attention que sur la scène du jugement qui a pris ici une très-grande extension. Le défunt est amené par la déesse Justice ; elle lui dit: Viens voir Osiris infernal pour qu'il t’accorde les bienfaits attachés à la sépulture sacrée. Le cynocéphale, emblème d’équilibre, repose ici au sommet de la balance. Horus pèse le cœur et semble même lui prêter son appui en tirant sur les chaînes qui suspendent le plateau. Anubis explore l’indicateur de la balance et constate son équilibre. Thot, à tête d’ibis, figure ici comme seigneur des divines paroles et comme écrivain de la justice divine ; il prononce la sentence qui assure l’immortalité au défunt. Devant Osiris, juge suprême, repose la dévorante de l’enfer , monstre composé avec les parties du crocodile, de l'hippopotame et du lion, qui se tient prêt à dévorer les condamnés
Dans la même salle, à l’autre extrémité, on voit le tribunal composé des quarante-deux juges.
Parmi les papyrus qui remplissent l’autre côté delà cheminée, plusieurs répètent les scènes que nous venons de décrire. Mais on voit dans le bas un papyrus en deux feuilles d’une nature toute différente. Il représente, dans des tableaux entremêlés de légendes, les diverses parties du ciel où le soleil se plongeait pendant les heures de la nuit.
Parmi les manuscrits des rangées supérieures, on peut remarquer, dans la troisième rangée, un défunt nommé Chonsoumès qui est représenté labourant et moissonnant dans les champs célestes des âmes pures. La bande supérieure est occupée par un manuscrit (1) remarquable par la beauté de ses vignettes; la première scène contient surtout des détails curieux; on y voit le cortège funèbre de la momie placée dans une barque sur un traîneau que mènent quatre bœufs. A la suite de cette scène, on a tracé le plan de l’hypogée et l’escalier qui y conduit le défunt ; tous les meubles funéraires y sont dessinés à leur place respective.
Le lecteur attentif aura maintenant une connaissance suffisante de ces doctrines, pour bien saisir les explications des divers monuments funéraires, dont la décoration est toujours gouvernée par les mêmes idées.
Le milieu de la salle est occupé par un beau coffret funéraire du style de la dix-neuvième dynastie, et par quatre canopes en bois, finement peints; nous expliquerons plus loin la destination de ces sortes d’objets.
Sur la table et à ses côtés sont exposés des cercueils en bois peint et des cartonnages de momies. La décoration de ces cer-
(<) Cbampollion l’a décrit très- complètement dans son Catalogue, p. 149.
cueils et de ces cartonnages a varié, comme celle des sarcophages, suivant les différentes époques de l’histoire d’Égypte. On n’en possède qu’un très-petit nombre qu’on puisse, avec certitude, attribuer au premier empire. Quelques-uns imitaient la forme des sarcophages les plus anciens; ils étaient rectangulaires et portaient à l’extérieur les ornements qui caractérisent l’architecture des premières dynasties. A l’intérieur la décoration se composait d’une foule d’objets usuels peints et des diverses sortes d’offrandes; les noms et les quantités de ces objets sont ordinairement écrits auprès. Les flancs et les fonds sont ordinairement couverts de textes en écriture cursive empruntés au Rituel funéraire, qui, dès cette ancienne époque, avaient déjà le caractère de textes sacrés.
Le plus parfait modèle des cercueils de ce style appartient au musée de Berlin. Il se compose de trois coffres pareils et rentrant exactement l’un dans l’autre, que M. Passalacqua eut la bonne fortune de trouver à leur place antique, dans un hypogée thébain.
On voit, par les cercueils des rois Antew, que dès la onzième dynastie on taillait aussi des boites de momies dessinant la forme humaine; elles ont peut-être été renfermées dans des sarcophages de pierre. Depuis la dix-huitième dynastie, la forme rectangulaire était une exception.
Les trois cercueils de Soutimès, hiérogrammate et chef des gardiens des livres à Thèbes, peuvent être cités comme un modèle de la décoration des boites de momies, vers la dix-neuvième dynastie : si l’on veut en lire la description sommaire, on verra quelles images employaient les prêtres chargés des embaumements pour entourer le corps du défunt de tous les symboles de sa résurrection.
. Dans la première boite, le fond est décoré d’un grand Tat : cet
objet (habituellement connu sous le faux nom de nilomèlre) est une sorte d’autel à quatre tables, dont le sens mystérieux n’est pas encore bien expliqué ; il est couronné d'un grand diadème qui appartient à Osiris; deux bras en sortent étendant des ailes en signe de protection. Au-dessous, l’étendard d’Abydos représente également Osiris, qui était censé enseveli dans cette ville; les déesses Isis et Nephthys étendent leurs mains vers cet emblème. Le chevet est occupé par le scarabée, symbole de la génération céleste qui doit faire regermer le défunt dans une nouvelle vie. Ce scarabée porte en tête le disque du soleil, peint non plus en rouge, mais en vert. C’est le soleil plongé dans la nuit, qui reprendra sa couleur lumineuse lorsque le matin aura ramené sa nouvelle naissance. Ce symbole est placé entre deux yeux ailés qui représentent les deux principales divisions du ciel. Celle même division du ciel se reproduit sur les parois intérieures, ou le ciel du nord et celui du midi sont représentés par les deux vipères couronnées. Sur ces mêmes parois, le défunt est figuré en adoration devant diverses divinités.
A l’extérieur, le chevet de ce cercueil est divisé en deux étages ou registres : le premier est rempli par le scarabée dont nous avons expliqué le symbolisme ; Isis et Nephthys portent la main à leur front; c’est l’altitude du deuil pendant lequel ces deux sœurs d’Osiris récitaient les paroles sacrées qui devaient lui rendre la vie. Dans e second registre, la déesse Nout (1), qui représente l’éther des espaces célestes, déploie ses deux ailes et lient en main le signe de la vie future. La décoration des pieds est également divisée en deux registres : dans le premier, les déesses Isis et Nephthys sont couchées sur le ventre, dans l’attitude du repos, ce qui les fait ressembler à des sphinx. Au-dessous, le symbole Tat
fi) Champollion la nommait Nelpé.
est accompagné des quatre génies funéraires qui présidaient à la conservation des entrailles. Les flancs extérieurs sont décorés de deux séries de figures : la série supérieure contient divers dieux couchés en sphinx; devant chacun d’eux on a figuré le défunt Soutîntes debout et leur adressant ses hommages. La série inférieure se compose de dieux et génies des espaces célestes debout, auxquels le défunt adresse également des prières.
Le couvercle de ce premier cercueil est de l’autre côté de la table; la tête porte un bouquet de lotus, autre symbole d’une nouvelle naissance; c’est sur le bouton de ce lotus qui s’épanouit qu’on plaçait l’enfant divin, symbole du soleil levant, lequel était à son tour la vivante image de l’éternelle jeunesse de la divinité. Le collier qui couvre sa poitrine se composait de fleurs et boulons de lotus et d’autres symboles analogues. L’estomac et le ventre ont pour principaux ornements deux formes du scarabée. Le premier porte simplement le disque du soleil, dont les rayons étaient censés donner plus directement la vie; le second, les ailes étendues, porte une tête de bélier, nouveau symbole d’activité et de génération.
Sur les jambes, la décoration est divisée en petites scènes dans lesquelles le scarabée joue le premier rôle; le sens est complété par le vautour, aux ailes étendues, qui représente la déesse de l’éther céleste et en même temps la maternité. C’était l’espace céleste qui jouait le rôle de mère dans la génération divine, suivant la doctrine égyptienne; elle complète ici la promesse de la naissance divine qui viendra donner au défunt une vie désormais à l’abri de la mort. Les côtés sont occupés par des figures de divinités diverses : vers les pieds, Isis et Nephthys remplissent le rôle de pleureuses, comme elles l’avaient fait au deuil d’Osiris.
Auprès de ce couvercle est celui de la seconde boite renfermée dans la première. La tête est ornée d’un simple bandeau. La dé-
coration de l’estomac et du ventre est analogue à celle de la première boite; on doit y remarquer, néanmoins, à droite et à gauche du scarabée, un dieu à tête de bélier que la déesse Netth entoure de ses bras. Cette déesse, qui n’est qu’une autre personniflcation de la mère divine, embrasse ainsi le dieu Soleil, source de la vie. Auprès de cette scène, le défunt Soutimés navigue sur les espaces célestes, après sa justification; le reste de la décoration présente toujours les béliers et les scarabées, avec quelques variantes. Aux pieds, on doit remarquer le défunt à genoux et recueillant des gouttes qui semblent découler des déesses Isis et Nephthys, dans leur rôle de pleureuses. Sous les pieds, on a figuré Osiris dans son rôle déjugé, le défunt Soutimés comparait devant lui.
Dans la partie inférieure de ce second cercueil, le fond est occupé par la déesse du ciel (Nout) étendant ses ailes ; elle est là pour recevoir le défunt dans son sein; les quatre génies sont auprès de sa tête : sous ses pieds, c’est le dieu Ra ou soleil, entre les déesses Isis et Nephthys; vers les pieds de la momie, l’étendard, symbole d’Osiris, entre deux béliers. Sur les flancs, parmi diverses figures divines, on doit remarquer une momie couchée à laquelle on a donné la forme itby phallique; c’était la manière la plus énergique d’exprimer cette croyance qu’au sein même de la mort reposait pour l’homme la promesse d’une nouvelle génération qui le revêtirait, comme la divinité, d’une éternelle jeunesse.
A l’extérieur, la décoration est divisée en deux registres : dans le premier figurent les quarante-deux juges infernaux et le défunt qui leur adresse sa justification; parmi les scènes du second registre, il faut remarquer : 1° le disque du soleil qui apparaît entre deux lions, c’est une des ligures du soleil levant; 2° la vache sacrée qui sort de la montagne d’occident : c’est la déesse Halhor qui présidait au ciel de l'enfer.
Oi SALLE FUNÉRAIRE.
Le troisième cercueil ne se composait que d’un cartonnage qui se trouve dans l’armoire I ; il était posé sur la momie, enveloppée de ses bandelettes, et n’avait pas de dessous. Les ornements se composent d'abord de deux scarabées; une chaîne, composée de croix ansécs, signe de la vie éternelle, s’étend à côté du second. On y voit ensuite le dieu Tôt, à tête d’ibis, et l’âme du défunt. La déesse du ciel enveloppe le ventre avec ses ailes. Une inscription en deux bandes s’étend sur les jambes; c’est le défunt Soutimès qui s’adresse ainsi à la déesse : O manière, le ciel, qui t’étends au-dessus de moi, fais que je devienne semblable aux constellations l Que le ciel étende les bras vers moi, dans son nom de ciel (féminin) ; qu’elle étende ses bras pour dissiper les ténèbres et pour me ramener la lumière l
Sans décrire aussi complètement les autres bottes de momie, nous indiquerons cependant aux visiteurs curieux quelques-unes des scènes qui les recouvrent. Auprès des cercueils de Soulimès est le fond de la boite d’une dame thébaine nommée Tenteschat maut ; l’intérieur est remarquable par la beauté de ses peintures ; à l’extérieur, près du chevet, on remarquera une division de l’enfer égyptien, le lieu de torture des coupables, divisé en neuf zones ou prisons diverses. Horus préside aux supplices avec les déesses à tête de lionne, qui sont les furies de ce tartare.
Les côtés de la table sont occupés par des cartonnages de momie : c’était la dernière enveloppe; elle était à son tour recouverte par les divers cercueils et souvent par le sarcophage. Plusieurs ont la figure dorée; lorsqu’on dorait la figure d’un homme, on en brunissait souvent la couleur par une teinte de bitume. Leur décoration se compose de tous les symboles que nous avons décrits aux boites de momie. Ce sont les scarabées, les béliers, les éperviers qui les enveloppent de leurs ailes; sur les pieds, les chacals des guides des chemins célestes, et sur les flancs les quatre
génies fils d’Osiris et protecteurs des entrailles. A ces emblèmes ordinaires se mêlent une foule de scènes très-variées qui offrent le champ le plus large pour l’étude des croyances égyptiennes dans tous leurs détails.
ARMOIRE A
Dans le bas sont placés des coffres funéraires. On en trouve un certain nombre dans chaque tombeau : ils servaient à déposer les figurines funéraires. Les formes et les grandeurs de ces coffrets sont extrêmement variées ; quelques-uns divisés en quatre compartiments, ont dù contenir les entrailles. Les quatre génies forment alors le principal motif de leur décoration. Sur d'autres, Nout, la déesse de l’éther céleste, apparaît dans son sycomore, versant l’eau qui doit rajeunir le défunt et rendre à son âme une vie nouvelle.
Sur la première tablette de cette armoire se trouvent de petits modèles de cénotaphes, où le défunt est couché, accompagné de son épouse ou de sa sœur, comme dans les tombeaux du moyen âge. Leur âme, sous la forme de l’épervier à tête humaine, vient rejoindre le corps qui lui a appartenu. Suivant la promesse contenue dans le chapitre LXXXIX du Rituel funéraire, l’âme justifiée, une fois parvenue à une certaine époque de ses pérégrinations, devait se réunir à son corps, pour n’en plus être jamais séparée. C’est le souvenir de cette grande doctrine qu’expriment d’une manière sensible à tous les yeux ces petits cénotaphes, où l’âme semble venir réveiller le corps qui l’attend sur son lit de repos.
Derrière ces lits funèbres sont des figurines funéraires en pierre. Ces figurines, que l’on trouve quelquefois en très-grand nombre dans les coffrets, semblent avoir été déposées par les parents et amis du défunt, au jour de ses funérailles. Le mort y est représenté les mains croisées sur la poitrine; il est armé des instruments propres à la culture des champs célestes, dépeints au chapitre CX du Rituel. Les mânes devaient y demeurer un certain temps et s’y livrer aux travaux des champs. Les attributs qu’on donne à la figurine sont une pioche et un boyau à lame plate (que l’on a quelquefois pris à tort pour un fléau) ; un sac de semences pend ordinairement sur son épaule. Le sixième chapitre
du Rituel, qui contenait la formule d’invocation prononcée à cette occasion, est gravé ou peint sur les figurines, dont la fabrication variait, sans doute, suivant la fortune de celui qui rendait cet hommage au défunt.
Les tablettes supérieures contiennent d’autres coffrets funéraires de toutes les époques.
ARMOIRE B
Les tablettes de celte armoire et de la suivante sont occupées par une longue suite de figurines funéraires, rangées seulement d’après leur matière. Leurs légendes fournissent à l’archéologie les noms et les emplois d'une immense quantité de personnages de toutes les époques. On peut remarquer, quant à la fabrication des figurines en terre émaillée, que le beau bleu brillant remonte jusqu'à la dix-huitième dynastie. Les roses vifs et d’un émail bien dur sont de la dix-neuvième. Je ne connais pas de figurines funéraires de celte espèce qu’on puisse attribuer à l’ancien empire. AI. Passalacqua, qui eut le bonheur d’ouvrir un tombeau inviolé d’une époque antérieure aux pasteurs, n’y trouva même aucune figurine funéraire, quoique le tombeau fût garni de tous ses accessoires.
ARMOIRE C
Les figurines funéraires en bois furent usitées à toutes les époques. J-a finesse de leur gravure suit la marche de l’art. Les bois peints et vernis sont particulièrement beaux dans les figurines de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie. Le bas de ces deux armoires est occupé par divers coffrets, destinés aux figurines. Les scènes peintes sur ces coffrets sont encore les quatre génies ou la déesse Nout dans son sycomore, versant l’eau céleste ; ou bien encore Anubis veillant sur la momie. On a aussi disposé dans ces armoires divers ornements de momie, comme des colliers ou des sandales. Sous ces sandales, on peignait les ennemis renversés et garrottés. C’était promettre au défunt la victoire sur les puissances malfaisantes de l’eufer.
Le panneau de la cheminée est couvert par une toile de momie peinte pour un Égyptien de l’époque romaine ; on remplaçait alors
le masque antique de la momie par un portrait peint surla toile ou sur des planchettes. Le mort est ici entre les bras d’Anubis, représenté avec la tête du chacal noir; auprès de lui est sa boîte de momie.
La cheminée et le dessus des consoles sont ornés d'un choix des plus beaux canopcs d’albâtre. Les vases que l’on s’est habitué a nommer canopes servaient à renfermer le cerveau , le cœur, le foie et les autresviscéres, que l’on embaumait séparément. Quatre génies, fils d’Osiris, et nommés Amset , Uapi, Tioumautew et Kévah-senouw, se chargeaient de protéger ces parties essentielles de l’homme. Quatre déesses : lsis, Nephlhys, Neith (1) et Selklcur adressaient ordinairement des formules de bénédiction, dont les inscriptions sont gravées sur la panse des vases. Quelquefois les couvercles des canopes sont ornés d’une tète humaine ; souvent, au contraire, on les trouve couverts par les têtes symboliques des quatre génies: la tcle d’homme, la tête du singe (cynocéphale), la tête d’épervier et celle du chacal. Les beaux vases qui ornent la cheminée de celte salle ont appartenu à la tombe d’un général égyptien, du sixième siècle avant J.-C., nommé Psammétik-sinet (2). Le reste de la collection des canopes est placé sur les colonnes et sur les armoires.
ARMOIRE D
Dans le bas sont de petits cénotaphes qui contiennent ordinairement une figurine de femme nue; quatre cénotaphes un peu plus grands portent, par une singularité très-rare, les têtes des quatre génies; ils ont sans doute remplacé des canopes, car ils sont décores de la légende ordinaire des déesses protectrices des entrailles.
Sur la première tablette, une collection des figurines funéraires en bois peint et en terre cuite peinte -, ce mode a été usité à toutes
(1) On y trouve aussi quelquefois jY oui, ta déesse des espaces célestes.
(2) Dans ce nom, le mot Psammélik est entouré d'un cartouche ; il faut prendre garde de s’y tromper et de regarder ces noms comme appartenant au roi lui-méme. Lorsqu’un nom royal entrait comme élément dans un nom propre, on mettait souvent ce iiuiu royal dans un cartouche, par vénération pour le roi que ce nom rappelait.
les époques. Sur les tablettes supérieures sont des stèles funéraires, peintes sur bois. Seconde tablette, à gauche, stèle de la dame Tisisis, prêtresse d’Ammon. On y remarque deux scènes : dans la première, la prêtresse adore la barque du soleil, son âme est devant elle sous la figure ordinaire de l’épervier à tête humaine ; la seconde scène nous montre la même défunte adorant Osiris et les dieux de son cycle. Le texte qui suit est un hymne qu’elle adresse au soleil.
A droite, sur la même tablette, stclc du prêtre d’Ammon Harsiésis, fils de Scheschonk. La scène nous montre le défunt qu’Anubis amène devant Osiris. L'inscription contient le décret que ce dieu prononce en faveur à'Harsiésis.
Sur la tablette supérieure est une superbe stèle du même genre. Dans le cintre on voit, auprès du disque ailé, l’âme du défunt Osoroëris qui adore le soleil dans sa lumière. Dans la première scène, il est figuré, ainsi que son âme, adorant la barque du soleil, où ce dieu est accompagné de toute sa suite. Le second registre est divisé en deux scènes: à droite, c’est Osiris et ses compagnons ordinaires Ilorus, Isis, Nephthys; à gauche, c’est une triade composée des dieux Toum, Schou et Tafnè (1). Le grand texte qui complète la stèle contient un décret d’Osiris en faveur du défunt.
ARMOIRE E
Les chevets en bois, analogues à ceux dont se servent aujourd’hui les Nubiens, sont dans le bas de cette armoire. On remarque fréquemment sur ces chevets la figure du dieu Bes, à la face monstrueuse. La couronne funéraire est un objet assez rare ; elle était, d’après le dix-neuvième chapitre du Rituel, l’emblème de la justification du défunt.
Les figurines funéraires de cette armoire appartiennent à la qualité de terre émaillée qui ressemble le plus à de la porcelaine. Ces beaux bleus, clairs et brillants, appliqués quelquefois sur une fritte tendre, mais quelquefois aussi sur une pâte solide et d’un blanc éclatant, appartiennent à l’époque saite.
Au-dessus sont réunis divers masques de momie : on a cherché
(t) Voyez pour ces divinités à la salle des dieux.
de tout temps, en Égypte, dans les embaumements un peu riches, à donner à ces masques la ressemblance du défunt.
Les cercueils du roi Antew montrent que, dés la plus haute antiquité, quelques-uns de ces masques furent dorés et ornés d’yeux incrustés en émail.
L’usage des masques composés d’une feuille d’or remonte au moins à la dix-huitième dynastie. Les masques en cartonnage doré furent usités dans tous les temps. Les masques dans lesquels on a donné à la peau une couleur rosée sont beaucoup plus récents; plusieurs masques de femmes de cette couleur sont coiffés d’ornements étrangers à l’Egypte; ce sont des monuments gréco-égyptiens, ainsi que les masques en cartonnage doré du même style. Les portraits peints remplacèrent les masques à l’époque romaine ; ceux qui sont dans cette armoire appartiennent à la famille de Soter, archonte de Thèbes sous l’empereur Hadrien.
vitrihîe e.
Pectoraux ou ornements de momie, en forme d’un petit édifice. La décoration se compose d’un chacal qui garde la momie, couché sur le tombeau, ou bien du scarabée, symbole de la génération mystique qui rendra la vie au défunt; les déesses Isis et N'ephthys l’assistent en prononçant leurs invocations. On a quelques exemples de masques de momie en faïence bleue; celui qui est dans cette vitrine est trop petit pour avoir couvert réellement le visage d’une momie.
VITRINE G
Scarabées funéraires. Suivant la prescription du chapitre XXX du Rituel, un gros scarabée de jaspe vert ou d'une pierre de couleur analogue devait être placé dans l’intérieur de la momie. 11 porte gravé au revers des paroles sacrées relatives au rôle mystique que l’on prêtait au cœur comme principe de la vie. Quelques-uns de ces scarabées ont, de plus, quelques ornements gravés sur leurs élylres.
On en trouve assez souvent en faïence bleue; ceux de feldspath vert clair sont les plus rares. La prescription du Rituel ordonnait de les enchâsser d’or; elle est quelquefois exécutée.
ARMOIRE II
Dans le bas sont étendus des exemples de momies égyptiennes,, revêtues de leur enveloppe. La momie d’un homme que Champollion nomme Siophis est couverte des différents cartonnages qui lui servaient d’ornement. Un grand collier est figuré sur le cartonnage de la poitrine. Au milieu est un pectoral avec les figures d’Osiris, d’Isis et d’IIorus. Le cartonnage des jambes est décoré comme les boites de momie que nous avons décriles. Sous ces cartonnages, et sur les bandes de toile qui dessinent les formes du corps, on avait place les beaux réseaux en émail bleu qui sont dans des cadres, à droite et h gauche, au fond de la salle. Avec cette momie sont deux momies d’enfants enveloppés (1).
Dans le corps de l’armoire sont plusieurs boites de momie et desmasques funéraires. La série des animaux sacrés embaumés commence ici par une tête de bélier. Une figure d’Osiris en bois peint était une sorte d'étui dans lequel on renfermait les plus beaux rituels funéraires.
ARMOIRE U
Dans le bas, des animaux embaumés : on distingue particuliéraent un crocodile, des poissons, des chats et des ibis, avec les vases de terre qui les contenaient.
Dans le corps de l’armoire, une tête de taureau et une tête de bélier sont les objets principaux. De petits chats sont emmaillotés et couchés sur le flanc ; d’autres plus grands sont debout. Sur une momie d’ibis, on a figuré le dieu Tôt par un entoilage bien découpé. On distingue sussi de nombreux éperviers; l’un d’eux, trouvé au Sérapéum, est dans un cercueil de pierre calcaire ; il est représenté en bas-relief sur le couvercle. Dans cet endroit, on voit aussi une série de figures d’Osiris en bois doré ; elles sont adossccs à un petit obélisque creux, dans lequel ou trouve les débris d’un petit sauricn embaumé.
Parmi les boites de momie de cette armoire, on doit remarquer
(I) Les momies développées et un certain nombre de belles boites de momie sont reléguées, faute d’espace, dans une salle d’étude, au second étage du Louvre.
celle de la prêtresse d’Ammon, nommée Mautnofrc : tous ses ornements sont découpés à jour.
VITRINE L
Elle contient des échantillons de toiles de momie et de bandelettes, ornées de textes sacrés presque toujours empruntés au Rituel funéraire. La plus belle est d’un beau blanc et peinte en hiéroglyphes; les autres sont couvertes de prières en écriture hiératique.
VITRINE I*ï.
Exemples de divers manuscrits égyptiens (1).
La grande vignette exposée dans cette vitrine est un fragment -du Rituel funéraire écrit à l’encre blanche que nous avons décrit plus haut. Elle représente le hiérogrammate Tanana escorté de sa sœur et venant se présenter devant Osiris. Un petit cadre contient un chapitre du Rituel, écrit dans le style hiératique du temps des Romains.
Les deux volumes de papyrus roulés font voir dans quel état les rituels funéraires sont trouvés dans les tombeaux.
ARMOIRE N
Cette armoire renferme une autre collection de coffrets funéraires. Les figurines de cette division sont en pierre, celles d’albâtre sont particulièrement belles. On doit aussi remarquer les figurines en pierre schisteuse, où le défunt presse contre son sein l’épcrvier, emblème de son âme. C’était encore la promesse de la résurrection que chaque assistant apportait au défunt, en déposant dans sa tombe sa figurine ornée de ce symbole.
(1) La collection des manuscrits sur papyrus n’a pu être exposée, faute d’espace. On les visite en adressant une demande à la conservation du Musée égyptien. Toute personne qui veut étudier un de ces manuscrits doit en faire la demande de la même manière ; le manuscrit est mis à sa disposition, sous ta surveillance d’un employé du Louvre.
On n’a pas encore publié de travaux complets sur la mythologie des Égyptiens. Champollion, dans son Panthéon, a distingué et nommé la plupart des différentes divinités. S.-G. Wilkinson a complété ce travail etM. Lcpsiusa montré dernièrement comment ces personnages se divisaient en diverses sociétés ou cycles divins, suit ant les localités où ils étaient adorés. Les résumés publiés par M. Birch, dans la galerie d’antiquités du British Muséum, sont aujourd’hui la meilleure source où l’on pourra puiser les détails qu’ont fournis jusqu’ici les monuments déchiffrés par les archéologues.
On ne doit pas s’attendre à trouver dans cette mythologie un tout bien coordonné, un système embrassant le ciel et la terre, sans lacune et sans double emploi. La religion égyptienne fut, comme l’empire lui-même, une réunion des cultes locaux; on y trouve par conséquent une répétition des mêmes idées sous différents types et avec des variantes importantes. Il serait de même très-inexact de penser que cette multitude de divinités adorées chez les Égyptiens eût complètement oblitéré chez eux la notion d’un Dieu suprême et unique. Les textes hiéroglyphiques apportent une lumière précieuse sur cette question. Le Dieu suprême, quel que soit le nom local qu'on lui ait appliqué, est-souvent désigné par des expressions qui ne permettent point le doute à cet égard.
Il est le seul être vivant en vérité, disent les légendes sacrées. Il a donné naissance à tous les êtres et à tous les dieux inférieurs. Il a tout fait et n'a pas été fait. Enfin, il s'engendre lui-même. C’esllà le second point et peut-être le plus curieux de la doctrine égyptienne. Si certains textes disent que le Dieu père engendre un fils, son image, on en rencontre d’autres qui semblent ne faire du fils qu’une autre manière d’envisager le père. C’est dans ce sens que les Égyptiens disaient du dieu Ra (soleil), qu'il s’engendre lui même. A Sais, où il était considéré comme le fils de la déesse mère iïeilh, on disait qu’ïï était enfanté, mais n'avait pas été engendré, parce qu’il descendait lui-même dans le sein de sa mère, par sa propre vertu.
Les Égyptiens ont donc distingué dans la génération éternelle de la divinité un père et un fils dont les deux personnalités ont été plus ou moins confondues ou distinguées, suivant les temps et les lieux. Un personnage féminin, jouant le rôle maternel, venait s'ajouter aux deux premiers et complétait la triade divine telle qu’on la voit adorée dans la plupart des temples. A Sais, la mère jouait même le principal rôle, sous le nom de Neith ; à Thébes elle est subordonnée au personnage d’Ammon. Celui-ci est essentiellement le dieu père, cl néanmoins sa confusion avec la personne de son fils est clairement indiquée dans la légende où il est qualifié le mari de sa mère, Maut. La déesse de Thèbes était, en effet, son épouse quant à son rôle de père, et sa mère quant à son rôle de fils.
Le soleil est le plus ancien objet du culte égyptien que nous trouvions sur les monuments. Sa naissance de chaque jour, lorsqu’il s’élance du sein du ciel nocturne, était l’emblème naturel des idées que nous venons d’exposer sur l'éternelle génération de la divinité. Aussi l’espace céleste était-il identifié avec la mère divine- C’était particuliérement le ciel de la nuit qui remplissait ce personnage. Les rayons du soleil, en réveillant toute la nature
loi SALLE DES MONUMENTS RELIGIEUX,
semblaient donner la vie aux êtres animés. Ce qui, sans doute, n’avait été d’abord qu’un symbole, est devenu, sur les monuments égyptiens que nous connaissons, le fond même de la religion. C’est le soleil lui-même que l’on y trouve habituellement invoqué comme l’être suprême, et son nom égyptien Ra, ajouté souvent à celui de la divinité locale, semble témuigner que celte identification constitue une seconde époque dans l'histoire des religions de la vallée du Nil. C’est ainsi qu’Ammon est devenu AmonRa (Ammon-Soleil).
Ptah, le dieu suprême de Memphis, s’est peut-être maintenu longtemps dans une sphère plus élevée, car on ne le trouve pas identifié au soleil (t), tandis qu’ailleurs il semble même indiqué comme le père de eet astre.
Si le culte du soleil, comme dieu suprême ou comme manifestation de ce dieu, paraît un trait général parmi les croyances égyptiennes, il en est un autre qui, du moins dans le second empire, n’était pas moins universel, c’est le culte d’Osiris, type et sauveur de l’homme après sa mort, tel que nous l’avons expliqué à propos des monuments funéraires. Osiris, en cette qualité, était aussi identifié avec le soleil infernal accomplissant sa révolution nocturne, jusqu’à ce que sa nouvelle naissance vînt lui rendre son caractère de dieu du jour.
Telles me paraissent avoir été les idées dominantes au milieu des innombrables superstitions de l’Égypte, où toute la nature avait fini par participer à la divinisation.
ARMOIRE A
Elle réunit les principaux dieux de la Thébaïde. Ammon (2) y occupe le premier rang. La coiffure de ce dieu se compose de la
(1) Excepté dans le type de la divinité infernale: Plah-Sokar-Osirt-
(2) Le nom égyptien parait s’être prononcé Amoun; il signifiait myttire et adoration.
io:>
couronne rouge, symbole de la souveraineté de la bosse région, surmontée de deux longues plumes droites. Son costume est la tchenli ou tunique courte, attachée à la taille par une ceinture. Le sceptre qu’il tient ordinairement en main est celui qu’on nomme vulgairement sceptre à tête de coucoupha, parce qu’on avait cru d’abord y reconnaître cet oiseau ; mais des exemples bien conservés ont fait voir qu’il s’agissait d’un quadrupède sauvage dont la télé ressemble à celle d’un lévrier (1). La plus belle figure d’Ammon, dans notre musée, est un bronze placé sur la cheminée. Dans cette figure le dieu foule aux pieds les neuf arcs, symboles des nations barbares. L’armoire A renferme d'autres bonnes figures de ce premier type du dieu. Ainsi représenté, il était appelé le père des dieux, le seigneur des trônes de la terre; le seigneur des dieux, le seigneur de l'éternité, le grand dieu vivant en vérité, etc. Il dispose en souverain des royaumes de la terre et les donne en présent aux rois d’Égypte.
Ammon parait souvent, sur les monuments, représenté sous la forme ithy phallique que l’on trouve dans quelques figurines de cette armoire. C’est alors qu’il est spécialement appelé le mari de sa mère. Son costuane, sous cette forme, se compose de la meme coiffure, aux deux longues plumes, et d’un large collier qui couvre la poitrine. Ce large collier était un autre symbole de virilité. Son bras droit est élevé à la hauteur de sa tête, la msin déployée; auprès est le fouet sacré : on ne connaît pas bien le symbolisme de ce geste. Son corps est enveloppé comme celui d’une momie. Les figures de ce genre portent souvent tout h la fois les deux noms d’Ammon et d’Uorus, fils d'Lis, identifiant ainsi sous ces caractères les rôles du père et du fils. Cette forme d' Ammon existait sur les monuments dés la douzième dynastie.
A gauche d’Ammon sont les figures de son épouse divine, nommée à Thébes simplement, Maut ou mère. Citte déesse est ordinairement coifTée du pschent ou double diadème, emblème de la souveraineté des deux régions. Quelquefois un vautour, symbole de la maternité, montre sa tète sur le front de la déesse; les ailes forment sa coiffure. Eile est vêtue d’une longue robe juste et lient en main le signe de la vie. Les principaux litres de Haut soûl
(1) Voyez & la vitrine N un exemple de cetts tâte symbolique.
ceux de dame du ciel et régente de tous les dieux. Elle est aussi qualifiée souveraine de la nuit( 1).
Le fils de ces deux divinités, considéré comme personnage distinct, se nommait Clions : il apparait sous deux types principaux dans nos figurines comme sur les monuments. Dans le premier il a une tête humaine; sa coiffure se compose du disque avec les cornes en demi-cercle, que l’on regarde comme un symbole lunaire; il est alors souvent nommé Aah-Chons ou Chons-Lune. 11 porte une tresse de cheveux pendants sur l’épaule ; c’était la coiffure symbolique de la jeunesse. La tête humaine est souvent changée en celle d’épervier, l’animal symbolique de Chons. Ce dieu était invoqué à Thèbes sous deux vocables principaux : dans le premier il portait un nom qui semble signifier Chons en Théba'ide, bon protecteur; dans le second il se nomme Chons conseil • 1er de la Thébaïde, grand dieu qui chasse les rebelles. 11 parait plus spécialement chargé d’agir auprès de l’homme, et c’était également lui qui guérissait les maladies et chassait les mauvais esprits.
Divers groupes représentent Aramon réuni avec Maut, ou meme la triade thébaine réunie au complet sqj le même socle.
A droite d’Ammon sont les figures du dieu Noum (2), celui que les Grecs appelèrent Chnoumis et Chnouphis. Scs légendes expliquent clairement que ce n’est qu’une forme d’Ammon, considéré particulièrement comme fabricalcur des dieux et des hommes. Il porte une tête de bélier, attribut de l’ardeur, du principe actif. Il est représenté quelquefois façonnant, sur un tour à potier, une Ggure d’homme ou l’œuf mystérieux d’où la légende faisait sortir le genre humain et la nature entière. Son nom Noum signifie le principe humide; il est aussi identifié avec le soleil sous le nom de Noum-Ra. Dans la petite stèle de pierre calcaire, il est représenté sous la forme complète du bélier, et porte les deux plumes droites et le nom d’Ammon. La coiffure ordinaire de Noum sur sa tète de bélier, est le diadème nommé atew qui se compose de la mitre blanche et de deux plumes d’autruche accompagnées de cornes de bouc et d’urœus ou de vipères divines. Noum porte souvent aussi le nom d’esprff des dieux, qui lui appartient spé-
(1) C’est en effet le ciel nocturne qui semble enfanter le soleil levant .
(2) Le nom égyptieu Noum devient, dans les bas-temps, Chnoum.
cialement; il était vénéré en beaucoup de lieux de la Nubie et parculièreinent aux cataractes.
La triade de Noum, se composait en cet endroit du dieu et de deux déesses. Les deux déesses se nomment : 1° Sali, que les inscriptions latines identifient à Junon. Cette déesse se distinguait parla mitre blanche et pointue accompagnée de deux cornes de vache, elle est représentée par une jolie figurine de bronze; l’inscription du piédestal la nomme Isis-Salis.
2° Anouké, identifiée à Vesla ; sa coiffure se compose d’un large bouquet de plumes. On ne connaît pas bien les attributions de ces deux déesses. Sati est nommée Fille du Soleil, Dame du ciel , Régente des mondes.
Dans le bas de l’armoire À, on a disposé les béliers et les vautours symboles d’Ammon-Nouin et de Maut. On a rassemblé sur la tablette les diverses variantes de la divinité représentée par un hippopotame debout. Uien n’est moins bien expliqué que cette figure : avec la griffe du lion et la tête de l’hippopolatne , elle porte souvent un nœud symbolique qui parait avoir quelque rapport a\ecla grossesse. Elle a souvent aussi une tête de femme ou une tête de lionne.
Elle porte les uoms de Taoër ou la grande, et de Ap et Sclicpou. Les mamelles pendantes lui donnent des rapports avec les déesses nourrices ; et en effet elle est appelée aussi la bonne nourrice cl elle présidait aux chambres où étaient représentées les naissances des jeunes divinités. Elle avait à Thébes un temple spécial. Le nœud symbolique, son emblème ordinaire, est quelquefois remplacé par un grand couteau : avec cet attribut, elle ligure dans les tableaux astronomiques où ses fonctions ne sont pas mieux déterminées jusqu’à présent.
AR9IOIKE U.
En commençant par la gauche, on rencontrera d’abord les figures de N’eith. Cette déesse porte pour coiffure la couronne rouge décorée sur le devant d’un enroulement: c’est l'emblème de la souveraineté de la basse région. Elle porte quelquefois en main l’arc et les flèches. Les Grecs, qui l’assimilèrent à Minerve, connurent son caractère guerrier. Vénérée spécialement à Sais, on la retrouve néanmoins dans les temples de toute l’Égypte. Nous
avons déjà parlé de son grand rôle de mère du Soleil, lequel s’engendrait lui-même dans le sein de Neilb. Tous scs titres se rapportent à celle grande qualité de mère de Soleil. Cette attribution de Neith n’a pas échappé aux auteurs grecs, et il nous ont conservé une inscription de Sais, où la déesse mère du Soleil, se vantail néanmoins que sa tunique n’avait jamais été soulevée Neitb jouait aussi un rôle funéraire: elle paraissait comme protectrice des entrailles sur les canopes. Les figures de Neilh sont en bronze, en bois et en lapis-Iazuli, nous n’en avons pas rencontré en terre émaillée.
De petites figures de Neith présentent une particularité curieuse qui n’a pas été expliquée : la déesse y présente le sein à deux jeunes crocodiles.