MONT
Ce dieu, qui était particulièrement vénéré à Hermonthis, dans la Thébaïde, ne me paraît qu’une forme du soleil dans toute sa
force. II est nommé le Soleil et le Seigneur des deux mondes. Sa tête est comme celle de Ra, la tête d’épervicr; il se distingue par les deux longues plumes droites qui ornent son disque. Son caractère particulier est celui d’un dieu des combats; toutes les inscriptions le prennent comme terme de comparaison pour le type de la vaillance. Il est surtout représenté par de belles figurines de bronze .
ANHOUR ET SCIIOU.
Anhour est le dieu que Champollion nomme Emphé. C’est encore un dieu solaire dont les attributions spéciales ne sont pas bien connues; on le trouve souvent caractérisé par un bouquet de quatre plumes droites, qui forment sa coiffure. Une seconde forme du même personnage est nommée Schou (1). Le dieu est figuré ou debout ou un genou en terre; ses bras sont élevés en l’air cl les tableaux célestes montrent la signification de ce geste. Scs deux bras soutenaient la voûte du ciel et semblaient diriger son mouvement. Le nom de Anhour signifie amener le ciel; celui de Schou s'interprète par lumière. Il est donc bien probable que c’est en effet la force céleste qui est caractérisée dans Anhour- Schou. Le dieu porte sur la tète un disque solaire ou une plume d’autruche, hiéroglyphe de son nom. Srhou rpçoit habituellement le nom de fils du soleil. On lui attribuait également un règne eu Egypte, et l’on vantait la sagesse de ses lois. La forme d’ Anhour se reconnaît dans plusieurs figurines de bronze; le dieu tient dans ses deux mains une corde et semble prendre la mesure de quelque espace. Schou est fiauré dans de petites terres cuites émaillées de couleur bleu clair et dans quelques bronzes.
Le même dieu, associé à la déesse Tawné, prend la forme d’un lion; on les désigne alors sous le nom du couple de lions. Ils paraissent ici réunis dans un beau groupe de bronze et sur une égide du même métal.
MA
Plusieurs déesses portent le titre de fille du Soleil. La déesse Ma, dont le nom signifie justice et vérité, était du nombre; elle
(t) Moui , suivant l’ancienne lecture de Chatnpollion .
avait des fonctions funéraires importantes, que nous avons rappelées à propos du jugement de l'âme. Sa coiffure caractéristique est une plume d’autruche, hiéroglyphe du mot Ma. Elle est souvent accroupie, les bras enveloppés; une belle statue de granit, ou musée de Marseille, la représente debout, tenant le sceptre des dieux. Un cartonnage doré, dans le fond de notre armoire, la montre étendant scs ailes, en signe de protection. Ses figures sont en bronze, en lapis-lazuli ou en terre émaillée bleue.
SELK.
Cette déesse, également fille du Soleil, parait ordinairement parmi les protectrices drs entrailles. Son emblème est un scorpion qu’elle porte en coiffure; elle est souvent identifiée avec Isis, à laquelle on donne alors le scorpion pour diadème. Selk avait aussi un rôle astronomique qui n’est pas expliqué jusqu’ici. Ses figurines sont ordinairement en lapis-lazuli. Les scorpiorsà tête de femme, en bronze, sont des emblèmes de Selk, de-tinés à des statues de cette dées?e.
PACHT.
Cette déesse, dans son premier type, porte une tête de lionne. Le Louvre possède de belles statues de cette espèce dans la salle des grands monuments. Beauccup de figurines de Pacht sont d'une forme extrêmement élancée; on faisait allusion, par celte taille si svelte, au flanc de la lionne, symbole de la déesse. Les Égyptiens estimaient extrêmement les tailles fines aux hanches doucement arrondies. Le Rituel funéraire assimile les membres de l'homme, transfiguré après la mort, aux parties du corps des diverses divinités. Les flancs sont assimilés à ceux de Pacht. Pacht portait le titre principal de la grande chérie de Plah. On lui attribuait la création de la race asiatique, celle qui venait immédiatement après la race d’Égypte, dans l’ordre du tableau des familles humaines, tel qu’on l’a retracé à Thèbes, sur les tombeaux des rois. La création des Égyptiens était attribuée directement au dieu Ra. Pacht avait un autre rôle comme déesse vengeresse des crimes ; elle exterminait et torturait les coupables. La partie inférieure d’une figure en faïence bleue monire les jambes de Pacht, assise sur un trône, sous lequel sont écrasés deux impies. Pacht,
dans ses deux rôles, semble caractériser la radiation solaire, dans sa double action vivifiante et dcst'uctive. L’aclion mortelle du soleil ardent des régions tropicales donne souvent lieu, dans les inscriptions, à des comparaisons trés-éncrgiques. Pacht avait plusieurs noms ou plusieurs variétés. Comme déesse de l’Êpy pie septentrionale, elle se nommait Ouati; le nom est écrit sur une statuette de bronze et sur une figurine de faïence bleu clair. Associée au dieu Schou, la déesse .1 tête de lionne se nommait lewnu. On trouve aussi le nom de Munlti dans son rôle de vengeresse.
' La même déesse, dans sa disposition favorable et gracieuse pour les hommes, se nommait Beset (la Bubaslis des auteurs grecs); elle prend alors ordinairement la tête d’une chatte telle tient dans sa main gauche le sistre, symbole de l’harmonie du monde. Une sorte d’égide, qu’elle porte sur le bras gauche, se compose d’une tête de la même déesse, couronnée de divers attributs, avec une sorte de manche orné d’une frange. La main droite tient un seau d’eau lustrale.
L’attribution de la chatte à cette divinité nous a valu une quantité de belles chattes en bronze et en faïence bleue. Les Égyptiens ont su imiter avec un talent infini l’attitude gracieuse des chattes d’Orient, habituellement plus sveltes que les nôtres ; les oreilles percées indiquent qu’on a souvent orné ces figures de bijoux. Il en était sans doute ainsi des chattes sacrées : on remarque également sur ces bronzes des colliers gravés et damasquinés en or. La forme des socles de ces chattes reproduit quelquefois l’hiéroglyphe du nom de la déesse.
Une belle statuette de Pacht, en granit gris, occupe la colonne tronquée, au milieu de la salle.
NOWRE-ATOUM.
Ce dieu est caractérisé par une coiffure composée de deux longues plumes qui sortent d’une fleur de lotus. Souvent il est debout, chaque pied posant sur un lion. Nowrc-Àtoum est qualifié fils de Pacht, et plusieurs groupes le représentent à côté de sa mère : une belle égide réunit aussi leurs deux tètes. Ce dieu, ou un personnage divin du même nom, faisait partie du tribunal infernal, c’était l’un des quarante-deux assesseurs d’Osiris.
IIOBS.
Les fonctions de ce dieu ne sont pas connues, il est caractérisé par une tête de lion. Un superbe bronze placé sur la cheminée de celte salle peut être comparé aux figures de Hobs, qui cependant est ordinairement coiffé avec une mitre ornée de deux plumes d’autruche. «.
I1ATHOR.
Cette déesse figure sur les plus anciens monuments de l’Égypte; c’était la divinité locale des établissements égyptiens de la presqu’île de Sinaï, cl particulièrement des mines de cuivre exploitées dés la quatrième dynastie, llathnr était fille du Soleil; les Grecs l’ont assimilée à Vénus, et en effet elle était considérée comme le type de la beauté, surtout sous le rapport des yeux. Elle porte ordinairement sur sa tête l'hiéroglyphe de son nom : un dieu Horus dans un naos. En effet, le nom d’Ilathor signifiait l'habitation d'Horus. Une autre coiffure d’Ilathor consiste dans un risque solaire, orné de deux cornes et surmonté souvent de deux longues plumes. Ilatbor, considérée comme déesse mère, est souvent identifiée avec Isis. La vache était son emblème ordinaire; alors souvent elle était couronnée des attributs d'Hathor. Le sistre était particuliérement attribué à cette déesse, sa tète ornée des oreilles de vache est une partie presque essentielle de la base du sistre au son duquel les prêtres égyptiens attribuaient des propriétés mystérieuses.
Les temples d'Hathor se distinguaient par les chapiteaux de leurs colonnes qui étaient formés de têtes de celte déesse ornées d’oreilles de vache et surmontées d’un naos.
Le rôle funéraire d’Hathor était très-important : sous la forme d’une vache de couleur tachetée, elle recevait le défunt arrivant à l’occident, c’est-à-dire au tombeau. Dans ce type, elle prend souvent le nom de Nouv, qui signifie, au sens propre, l’or, et au sens figuré, le lieu où reposait la momie et où le germe humain devait prendre sa nouvelle forme pour la résurrection. Elle semble alors s’identifier avec le ciel nocturne. Un des derniers chapitres du Rituel funéraire montre la vache d’Hathor jouant le rôle de la mère céleste, dans le sein de laquelle l’àmc du défunt prendra naissance pour la vie éternelle.
Halhor est représentée dans de belles figures de bronze. Dans son rôle de mère où elle double Isis, elle tient son enfant sur les genoux et prend la tête symbolique de la vache. On trouve aussi des figurines de cette déesse en terre émaillée bleue.
Les tablettes supérieures et inférieures de celte armoire contiennent des stèles relatives au culte de ces diverses divinités, ainsi que les figures des divers animaux qui leur étaient consacrés.
ar’sïoihf; c.
Celte division est consacrée au mythe d’Osiris qui constitue un chapitre assez tranché dans la religion égyptienne. Osiris était le dieu local d’Abydos, et il est à peine mentionné dans les plus anciens tombeaux de Memphis. L'époque la plus florissante de la ville d’Abydos parait a\oir été la XII e dynastie, c’est peutêtre à cette époque que le culte d’Osiris s’est étendu sur toute l’Egypte. Raconter en détail la légende d’Osiris dépasserait de beaucoup les bornes de celte notice; en voici la substance: La déesse Nout (1), qui représente la voûte céleste, épouse du dieu Sev, assimilé par les Grecs h Saturne, était accouchée de cinq enfants, dans les cinq jours complémentaires de l’année. Le règne d’Osiris, le premier de ces cinq dieux, avait été l’âge d’or de l’Égypte. Le cartouche d'Osiris, considéré comme roi d’Égypte, lui donne souvent le nom d 'Ounnowrc, qui signifie Yèlre bon par excellence. Son frère Set, le Typhon des Grecs, l’ayant détrôné, le tua et dispersa les fragments de son corps; mais Isis, sa sœur et son épouse, ayant réuni ces parties, après de longues recherches, ressuscita Osiris par scs enchantements. Elle avait été principalement assistée dans ses soins pieux par N'ephlhys, sa sœur, par liorus, fils d’Osiris et d’Isis , et par Thoth et Anubis, qu’on donne comme ministres de ce dieu. Ilorus triompha à son tour de Set cl recouvra glorieusement le royaume de son frère, après divers incidents de cette guerre des dieux, qui est souvent rappelée dans le texte du Rituel funéraire. Les prèlres égyptiens avaient lié avec cette fable une quantité d’allégories. Le chapitre 17 du Rituel funéraire sc joint au Traité d’Isis et d’Osiris
(1) Netpé de Chanipollion.
pour nous faire considérer ce mythe comme se rapportant en partie à la cosmogonie : le triomphe d’Ilorus sur Typhon représente l’harmonie de la réaction succédant au désordre du chaos.