‹ Notice sommaire des monuments égyptiens exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 35 sur 35 · IIORUS SUR LES CROCODILES · texte numérisé non relu

IIORUS SUR LES CROCODILES

La scène qui réunit le dieu Bes à Ilorus se compose ordinairement d’une stcle en pierre à laque. le est adossé le jeune Ilorus. Ce dieu, dont le corps est nu et qui porte la tresse courbée, coiffure de l’enfance, est debout sur deux crocodiles qui retournent la tête. Ses mains tiennent un scorpion, un lion, deux serpents et une gazelle. A droite et à gauche sont deux étendards, dédiés à deux formes du soleil. Quelquefois d'autres dieux accompagnent la scène principale, sur laquelle plane toujours la tète du monstre Bes. Ces monuments sont tous de basse époque, et leurs inscriptions, ordinairement mal gravées, sont très-difficiles à lire. La principale formule d'invocation, celle qui me parait caractériser le dieu dans cette forme, le nomme le vieillard qui redevient jeune. En suivant cette indication, on peut penser que cet ensemble de symboles représente l’éternelle jeunesse de la divinité,

(1) Peut être aussi pour chasser les songes funestes attribués h de mauvais génies.

(2) Une des légendes de Des le fait venir du Ta-neler, pays d’Asie, situé probablement vers le nord de l’Arabie.

victorieuse du temps et de la mort; idée que le soleil levant personnifiait d’une autre manière. Le crocodile ne peut pas retourner sa tète : c’était, chez les Égyptiens, le symbole de la chose impossible. Le dieu, rajeuni, foule aux pieds cet emblème, il a triomphé de la mort, il a fait retourner la tète aux crocodiles, qui étaient aussi la figure des ténèbres. On peut penser que la tète du monstre Des représente ici la force destructive, et complète l’idée du cercle perpétuel qu’établit dans l’univers la succession de la vie cl de la mort. Ces emblèmes ainsi rassemblés ne se sont pas trouvés jusqu’ici sur les anciens monuments.

Le bas de cette armoire renferme une curieuse collection d’enseignes ou bouts de bâtons de prêtres, destinés à figurer dans les processions. On y distingue particuliérement le soleil sous la forme du griffon ; la chatte, dans une barque sacrée ;l’ichneumon debout, c'est un symbole solaire, comme le montre le disque qui orne sa tête ; Uorus, enfant, sur un lotus qui s'épanouit, symbole du soleil levant; le cynocéphale de Thoth-Lunus et le scorpion de la déesse Selk.

VITRINE F

Divers attributs des dieux, en bronze. Portions de coifTurcs symboliques, cornes, plumes, etc.

Encensoir ou brûle-parfums; le manche se termine par une tête d’épervicr.

Fouet sacré, en bronze, incrusté d’émaux de diverses couleurs.

Un petit bâton symbolique en bois se terminant d'un côté par la main fermée et de l’autre par la figure d’un monstre qui dévore un homme en montant sur ses épaules et lui avalant la tête.

VITRINE fi.

Barbes divines et humaines tressées, en bronze; l’une d’elles est incrustée d’émaux. Portions de sistres et d’égides; sur l’une d'elles on voit Isis allaitant le jeune llorus; et plus bas, le même dieu sortant d’une touffe de lotus.

ARMOIRE H

Boites de momie, grande statue d'Osiris en bois; les ornements de la coiffure sont en bronze. Dans le bas, éperviers à tète bu-

mainc, symboles de l’àmc; figures d’Osiris, ayant servi de boites funéraires.

VITRINE I

Divers attributs sacrés en terre émaillée : portions de sistres; petits modèles de pics, de pioches, de bâtons pour porter des seaux sur les épaules. „

Divers attributs composés de l’index et du médius, en basalte ou pâtes de verre et pierres diverses.

Petits pendentifs de collier en terre émaillée avec des figures divines en bas-relief.

VITRINE Jt.

Grands modèles de l’œil symbolique sur feuilles de métal. Yeux d’homme et de vache ou taureau, en émail, enchâssés dans du bronze. Sourcils en émail. Ces objets étaient destinés à la décoration des momies et des statues de diverses matières. Un œil humain mérite d'étre remarqué : la pupille est en cristal, enchâssée dans du quartz blanc, suivant la méthode usitée à Memphis, dès les plus anciennes époques de l’art.

ARMOIRE R

Le Panthéon égyptien est ici rassemblé; les figures d’un petit modèle et quelques-unes dont la beauté méritait d’être remarquée composent cette petite collection. On voit, dans le fond, plusieurs formes d’Ammon-Panlhée : dans l'une, le corps est formé par le scarabée, symbole de la génération divine. Les figures d’Isis mère et du dieu linoulès peuvent passer pour les chefs-d’œuvre des figurines en terre émaillée. On peut en dire autant du petit Ptali sur les crocodiles, groupe analogue à celui d'Horus sur les crocodiles (1), mais dans lequel le jeune dieu est remplacé par Ptah embryon. Quelques figurines d’or paraissent avoir été des pendeloques de collier, celle de Nowre-Atoum mérite surtout d'être remarquée. Parmi les bronzes, la figure d'Anhour est d'une grande finesse, ainsi que celle d’un personnage à tête de taureau, qui tient un cordeau, comme Anhour.

(1) Voyez page 123.

Parmi les divinités dont les ligures sont les plus difficiles & renconlrer, on peut citer : 1° le dieu Set, l’adversaire d'Osiris, gravé sur le revers d'un scarabée; une seconde figure du même personnage, gravée sur un scarabée, porte le pschent ou double diadème, le nom Nouh-ti est écrit auprès; c’est le nom local de Set comme dieu éponyme de la Nubie ; 2° la déesse Sati, épouse de Chnouphis; la coiffure qui lui est propre se compose d’une mitre pointue ornée de deux longues cornes de vache; 3° le dieu Nil; il est couronné de lotus et tient un vase à libations. C’est le Nil céleste qui régnait dans les régions cultivées par les mânes; 4° Anubis, à tête de chacal, avec des jambes et des bras humains et un corps d’oiseau; il est dans son rôle d’ Archer; 5 U un beau bronze représentant une déesse mère avec une tète de brebis; le jeune dieu était en effet quelquefois appelé dans les textes sacrés agneau, fils de brebis. Cette déesse a la coiffure d'Hathor.

Sur la seconde tablette sont quelques figures dont le sens est tout à fait inconnu jusqu'ici et, entre autres, une déesse debout, à corps humain surmonté d’une tète d’autruche et tenant le sceptre divin. Ces types paraissent d’une basse époque, ainsi que la forme d’Osiris, qui consiste en un corps ovoïde surmonté d’une tête barbue, coiffée du diadème atevo.

Dans le bas de l’armoire, sur la tablette, on a disposé d’autres emblèmes et des scènes religieuses; un génie à tête d’épervier, le bras droit levé, le bras gauche sur sa poitrine, représente les esprits delà terre en adoration devant le soleil. La même attitude est répétée par un roi dont le nom n’est pas écrit. Ces deux bronzes sont d’une finesse remarquable. Un crocodile à tête d’épervier est l’emblème du dieu Sévek-Ra, dieu solaire, principalement adoré à Ombos. 11 est peint sur les monuments comme un homme à tête de crocodile; ou bien, comme ici, désigné par le crocodile lui-même, couché sur un pylône ; la tête d’épervier complète ici son identification avec le soleil.

La stèle de pierre calcaire, placée dans le bas de celte armoire, est un monument très-curieux , qui constate l’importation en Égypte de plusieurs divinités adorées en Asie, vers le temps de la xix® dynastie. La déesse principale est une Vénus asiatique. Contre l'habitude égyptienne, elle est figurée entièrement nue, le pubis peint en noir: elle porte, comme ornement, un collier, des bracelets et une ceinture sur les hanches. Sa coiffure et son

diadème sont les mêmes que ceux de la déesse Ilathor. Elle est vue de face et posée debout, sur un lion passant. Elle lient en main des lotus et des serpents. Son nom ordinaire est Atesch; c’est celui d’une place forte d’Asie qui joue un grand rôle dans les campagnes des rois d'Égypte (i). Sous un second nom, Anta, également asiatique, elle prend le caractère d’une déesse guerrière, armée de la lance et du bouclier. On lui a donné pour compagnons : 1° un personnage également étranger à l’Égypte, nommé Renpou, dont le bandeau est orné d’une tète de gazelle et qui a tous les attributs d’un dieu belliqueux; 2° la forme ithyphallique d'Ammon. Ces deux parèdres répondent parfaitement au double caractère de Vénus et de Bellone, avec lesquelles nous apparaît cette divinité. Importée à Thébes à la suite des grandes expéditions de la xvm e et de la xix e dynastie, Atesch eut, dans cette ville, son temple et son collège sacerdotal. Les dédicatcurs de notre stèle en faisaient partie.

VITRINE !

Les symboles religieux sont disposés dans ces vitrines ; en général ils ont servi d’amulettes; on en a composé des colliers entiers ou d’autres décorations. La vitrine L contient les diverses variantes du Tat. Cet objet, qu'on a longtemps appelé un nilomètre, est un autel à quatre degrés : dans les hiéroglyphes, il désigne la stabilité parfaite et probablement le Plérôme; c’esl-à-dirc, le but final et parfait que l’âme devait atteindre à l'imitation d’Osiris. Loisqu'il est surmonté d’un diadème, il devient l'emblème d’Osiris infernal.

D’autres emblèmes reproduisent les nœuds sacrés, parmi lesquels le plus connu, qu’on appelle la croix ansée, est le symbole de la vie.

YITIUÏNE NI.

Symboles et attributs de toutes sortes en bois doré, ou bien repoussés ou gravés sur des feuilles d’or.

VITRINE N

Symboles et attributs en pierre dure ou en terre émaillée et pâtes

(1) Ou Qadeschî Anta se retrouve dans Anat et Amto.

verre. Destinés h faire des amulettes, ces symboles ont ordinairement des sens favorables; ainsi, par exemple, les colonnes vertes, au chapiteau composé d’une fleur de lotus, étaient le symbole d'une vie heureuse et abondante; l'angle droit signiflait l’adoration et le mystère, etc. Deux pièces extrêmement rares, en faïence bleue, font voir en détail la tête de l'animal qui surmontait les sceptres divins; ses longues oreilles lui donnent une grande analogie avec le lévrier; la disposition spéciale des poils indique cependant un animal sauvage: un petit fraumenl d'émail, travaillé dans le plein avec une exactitude merveilleuse, montre le sceptre divin, orné de cette même tête symbolique.

VITRINE O

Les yeux d’Horus étaient multipliés à l’infini et en toutes sortes de matières; on y attachait un symbolisme très-étendu. L’œil droit se rapportait au soleil et l'œil gauche à la lune. On les prenait aussi quelque fois pour les deux divisions du ciel; ils remplaçaient alors les ailes du disque ailé. Mais le principal sens attaché à cet emblème si vénéré parait avoir été l’époque de l’accomplissement des périodes astronomiques. L’œil ainsi figuré, avec un appendice au-dessous du globe, se nommait en égyptien Outa. Ce mot indiquait l’équilibre et l'accomplissement des phases des périodes lunaire et solaire. Le sort de i’honunc étant assimilé à celui des astres, le retour du soleil à son Outa , c’està-dire, au point initial de ses périodes diverses, était l’emblème et comme le gage perpétuel de la résurrection de son âme, après qu’elle aurait parcouru les périodes infernales. Ces idées expliquent la singulière vénération qu’obtint ce symbole qu’on trouve répandu à profusion. Les Égyptiens y employaient toutes les matières précieuses dont ils avaient connaissance.

VITRINE P

Collection des amulettes en forme d’animaux sacrés. Les lions et les taureaux ont souvent dans leur petitesse une grandeur de style qui étonne. Les grenouilles appartenaient à une déesse nommée Haké. Le hérisson, en terre émaillée bleue, est dédié à la déesse Pacht. On peut encore citer, pour la beauté du travail et la finesse de leur matière, la tête de bélier couronnée d’un

nrœus et la tête de bouquetin : celui-ci a perdu ses cornes, mais la pâte bleu clair dont il est composé mérite l’attention ; elle se retrouve avec la même nuance dans les monuments d'Assyrie. Un petit bouquetin en faïence verte est modelé avec une perfection que sa petite dimension rend plus admirable encore.

VITRINE Q

La série de scarabées commence à cette vitrine. Les Égyptiens racontaient que tous les scarabées étaient mâles, ils en avaient fait le symbole de la génération paternelle et, dans un sens mystique, de la génération divine. Us l’appliquaient également à la procréation de la matière et du monde, et à l’incubation mystérieuse qui présidait, après la mort, à la rénovation du genre humain pour une vie éternelle. Dans les derniers temps seulement, le scarabée fut le symbole du monde. Aucun emblème n’eut un rôle plus étendu et ne fut d’un usage plus général; la première série contient des scarabées de toute matière, dont le revers est sans gravure. Les gros scarabées funéraires ont trouvé leur place dans une autre salle. Plusieurs variétés appellent ici l’attention : ainsi on voit quelques scarabées auxquels on a donné la tête d’un bélier, autre symbole du pouvoir générateur de l’élément mâle. Une autre amulette très-fine, en pierre dure émaillée, représente un homme accroupi dans l’attitude de l’embryon; l’ensemble imite un scarabée : c’est une nouvelle variante du môme symbole. Cette vitrine et les deux suivantes R, S, contiennent les scarabées dont le revers porte une légende gravée. Ils sont rangés en diverses séries d’après les sujets qu’on y a gravés; mais l’explication, même très-sommaire, de ces symboles et de ces légendes dépasserait de beaucoup les bornes d'une simple notice, et ne pourrait être comprise qu'après une étude approfondie de tous les détails des croyances égyptiennes.

Nota. Un nombre très-considérable d’objets nouveaux a été joint A l’ancienne collection, surtout depuis l'acquisition du cabinet de

Clot-Bey et d’une grande partie des collections égyptiennes de MM. d’Anastasy, Palin et Louis Fould, et depuis les fouilles du Sérapéum ; il est devenu nécessaire de procéder à un numérotage nouveau de toute la collection pour les salies du premier étage. J’ai cherché à suppléer provisoirement à l’absence des numéros en indiquant la place où se trouve chaque objet décrit dans cette notice.

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