IIORUS SUR LES CROCODILES
La scène qui réunit le dieu Bes à Horus se compose ordinairement d'une stèle en pierre à laquelle est adossé le jeune Horus. Ce dieu, dont lé corps est nu et qui porte la tresse courbée, coiffure de Tenfance, est debout sur deux crocodiles qui retournent la tête. Ses mains tiennent un scorpion, un lion, deux serpents et une gazelle. A droite et à gauche sont deux étendards, dédiés à deux formes , du soleil. Quelquefois d^aulres dieux accompagnent la scène principale, sur laquelle plane toujours la tête du monstre Bes. Ces monuments sont tous de basse époque, et leurs Inscriptions, ordinairement mal gravées, sont trèsdifficiles. à lire. Là principale formule d'invocation, celle qui me parait caractériser le dieu dans cette forme, le nomme le vieillard qui redevient jeune. En suivant cette indication, on peut penser que cet ensemble de symboles représente Téternelle jeunesse de la divinité, victorieuse du temps et de la mort ; idée que le soleil levant personnifiait d'une autre manière. Le crocodile ne peut pas retourner sa lête : c'était, chez lés Égyptiens, le symbole de la chose impossible. Le dieu, rajeuni, foule aux pieds cet emblème, il a triomphé de la mort, il a fait retourner la tête aux crocodiles, qui étaient aussi la figure des ténèbres. On peut penser que la tête du monstre Bes représente ici la force destructive, et complète Tidée du cercle perpétuel qu'établit dans l'univers la succession de la vie et delà mort. Ces emblèmes ainsi rassemblés ne se sont pas trouvés Jusqu'ici sur les anciens monuments.
TITRINE F.
Divers attributs des dieux, en bronze. Portions de coiffures s>mboliques, cornes, plumes, etc.
Encensoir ou brûle-parfums ; le mancbe se termine par une tête d*ëpervier.
Fouet sacre, en bronze, incrusté d*émaux de diverses
couleurs.
Un petit bâton symbolique en bois se terminant d'un côté par la main fermée et de l'autre par la figure d*un monstre qui dévore un homme en montant sur ses épaules et lui avalant la tête.
▼ITRINE 6.
Barbes divines et humaines tressées, en bronze; Fane d'elles est incrustée d'émaux. Portions de sistres et d'égides ; sur Tune d'elles on voit Isis allaitant le jeune Horus; et plus bas, le même dieu sortant d'une touffe de lotus.
ARMOIRE H
Le bas de cette armoire contient des uraBus, des serpents et reptiles sacrés. Dans le corps de la vitrine, collection d'éperviers à tête humaine, symboles de Ta me.
VITRIIVE I.
Divers attributs sacrés en terre émaillée: portions de sistres } petits modèles de pics, de pioches, de boyaux, de bâtons pour porter des seaux sur les épaules.
Divers attributs composés de l'index et du médius, en basalte, pâte de verre et pierres diverses.
Petits pendentifs de collier en terre émaillée avec des figures divines en bas-relief.
VITRINE J
Grands modèles de l'œil symbolique sur feuilles de métal. Yeux d'homme et de vache ou taureau, en émail, enchâssés dans du bronze.- Sourcils en émail. Ces objets étaient destinés à la décoration des momies et des statues de diverses matières. Un œil humain mérite d'être remarqué : la pupille est en cristal, escbâssée dans un quartz blanc, suivant la méthode usitée à Memphis, dès les plus anciennes époques de Tart.
ARMOIRE R
Le Panthéon égyptien est ici rassemblé (1); les figurés d'un petit modèle et quelques-unes dont la beauté méritait d'être remarquée, composent cette petite collection. On voit, dans le fond, plusieurs formes d'Ammon-Panthée : dans Tune, le corps est formé par le scarabée, symbole de la génération divine. Les figures d'Isis mère et du dieu Imoutès peuvent passer pour les chefs-d'œuvre des figurines en terre émaillée. On peut en dire autant du petit Ptah sur les crocodiles , groupe analogue à celui d'Horus sur les crocodiles (2), mais dans lequel le jeune dieu est remplacé par Ptah embryon. Parmi les bronzes, la figure d*Anhour est d'une grande finesse, ainsi que celle d'un personnage à tôte de taureau, qui tient un cordeau, comme Anhour,
Parmi les divinités dont les figures sont les plusdifilciles à rencontrer, on peut citer : 1° le dieu Set, Tadversaire d'Osiris, gravé sur le revers d'un scarabée; une se-
(1) J'ai placé sur presque toutes les statuettes de celte armoire les noms des divinités qu'elles représentent. (P. P.)
(2) Voyez page 145.
i48 MONUMENTS RELIGIEUX.
conde figure du même personnage, gravée sur un scarabée, porte le pschent ou double diadème, le nom Noub-ti est écrit auprès; c'est le nom local de Set comme dieu éponyme de la Nubie ; 2<> la déesse Saii^ épouse de Chnoophis; la coiffure qui lui est propre se compose d'une mitre pointue ornée de deux longues cornes de vache; 3» le dieu Nil ; il est couronné de lotus et tient un vase à libations. CTest le Nil céleste qui régnait dans les réglons caltivées par les mânes; 4» Anubis, à tête de chacal, avec des jambes et des bras humains et un corps d'oiseau; il est dans son rôle d*Ârcher : 5<' un beau bronze représentant une déesse mère avec une tête de brebis; le jeune diea était en effet quelquefois appelé dans les textes sacrés agneau^ fils de brebis. Cette déesse a la coiffure d'Hathor.
Sur la seconde tablette sont quelques figures dont le sens est tout à fait inconnu jusqu'ici et, entre antres, une déesse debout, à corps humain surmonté d'une tête d'autruche et tenant le sceptre divin. Ces types paraissent d'une basse époque, ainsi que la forme d'Osiris qui consiste en un corps ovoïde surmonté d'une tète barbue, coiffée du diadème atew.
Dans le bas de l'armoire, un génie à ttéte d'épervier, le bras droit levé, le bras gauche sur sa poitrine, représente les esprits de la terre en adoration devant le soleil. La même attitude est répétée par un roi dont le nom n'est pas écrit. Ces deux bronzes sont d'une finesse remarquable. Un crocodile à tête d'épervier est Temblème du dieu Sébek'Ra, dieu solaire, principalement adoré à Ombos. 11 est peint sur les monuments comme un homme à tête de crocodile; ou bien, comme ici, désigné par le crocodile lui-même, couché sur un pylône ; la tête d'épervier complète ici son identification avec le soleil.
La stèle de pierre calcaire, placée dans le bas de cette armoire, est un raonuraeiU très^curieux, qui constate Tim-
portation en Egypte de plusienrs divinités adorées en Asie, vers le temps de la '^.ix-neuvieme dynastie. La déesse principale est une Vénus asiatique. Contre Thabitude égyptienne, elle est figurée entièrement nue, le pubis peint en noir : elle porte, comme ornement, un collier, des bracelets et une ceinture sur les bancbes. Sa coi/Ture et son diadème sont les mêmes que ceux de la déesse Hathor. Elle est vue de face "et posée debout, sur un lion passant. Elle tient en main des lotus et des serpents. Son nom ordinaire est Qadesch; c'est celui d'une place forte d'Asie qui joue un grand rôle dans les campagnes des rois d'Egypte. Sous un second nom, ^nta, également asiatique, elle prend le caractère d'une déesse guerrière, armée de la lance et du bouclier. On lui a donné pour compagnons : l^* un personnage également étranger à l'Egypte, nommé Beschpouy dont le bandeau est orné d'une tête de gazelle et qui a tous les attributs d'un dieu belliqueux; 2» la forme îthyphallique d'Ammon. Ces deux parèdres répondent parfaitement au double caractère de Vénus et de Bellone, avec lequel nous apparaît cette divinité. Importée à Thèbes à la suite des grandes expéditions de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie, Qadesch eut, dans cette ville, son temple et son collège sacerdotal. Les dédicateurs de notre stèle en faisaient partie.
VITRINE L
Les symboles religieux sont disposés dans ces vitrines ; en général ils ont servi d'amulettes; on en a composé des colliers entiers ou d'autres décorations. La viirine L contient les diverses variantes du TaU Cet objet, qu'on a longtemps appelé un nilomêtre, est un autel à quatre degrés : dans les hiéroglyphes, il désigne la stabilité par faite et probablement le Pidrôme^ c'est-à-dire, le but final
Uu . MOMllO^S RELIGIEUX.
et parfait que Tâme devait atteindre à rimitation d'Osiris. Lorsqu*il est surmonté d'un diadème, il devient remblème d'Osiris infernaL
D'autres emblèmes reproduisent lesnœnds sacrés, parmi lesquels le plus connu, qu'on appelle la croix ansée, est te symbole de la vie.
YITRINE M.
Symboles et attributs de toutes sortes en bois doré, ou bien repoussés ou gravés sur des feuilles d'or.
yjTAir^E N.
Symboles et attributs en pierre dure ou en terre émaillée et pâtes de verre. Destinés à faire des amulettes, ces symboles ont ordinairement des sens favorables ; ainsi par exemple, les colonnes vertes, au chapiteau composé d'une fleur de lotus, étaient le symbole d'une vie heureuse et abondante; l'angle droit signifiait l'adoration et le mystère, etc. Doux pièces extrêmement rares, en faïence bleue, font voir en détail la tête de l'animal qui surmontait les sceptres divins; ses longues oreilles lui donnent une grande analogie avec le lévrier; la disposition spéciale des poils indique cependant un animal sauvage : un petit fragment d'émail, travaillé dans le plein avec une exactitude merveilleuse, montre le sceptre divin, orné de cette même tète symbolique.
Les yeux d'Horus étaient multipliés à l'infini et eo toutes sortes de matières; on y attachait un symbolisme très-élendu. L'œil droit se rapportait au soleil et l'œil gauche à la lune, on les prenait aussi quelquefois pour
MONUMENTS SËUGIËUX. 151
les deux divisions du ciel ; ils remplaçaient alors les ailes du disque ailé. Mais le principal sens attaché à cet emblème si Yénéré paraît avoir été Tépoque de Taccomplis*sement des périodes astronomiques. L'oeil ainsi figuré, avec un appendice au-dessous du globe, se nommait en égyptien Outa^ Ce mot indiquait l'équilibre et raccomplissement des phases des périodes lunaire et solaire. Le sort de Thomme étant assimilé à celui des astres, le retour du soleil à son Outa^ c'est-à-dire, au point initial de ses périodes diverses, était Temblème et comme le gage perpétuel de la résurrection de son âme, après qu'elle aurait parcouru les périodes infernales. Ces idées expliquent la singulière vénération qu'obtint ce symbole qu'on trouve répandu à profusion. Les Égyptiens y employaient toutes les matières précieuses dont ils avaient connaissance.
VITRINE P
Collection des amulettes en forme d'animaux sacrés. Les lions et les taureaux ont souvent dans leur petitesse une grandeur de style qui étonne. Les grenouilles appartenaient à une déesse nommée Haké. Le hérisson, en terre émaillée bleue, est dédié à la déesse Sekhet. On peut encore citer, pour la beauté du travail et la finesse de leur matière, la tête de bélier couronnée d'un urœus et la tête de bouquetin : celui-ci a perdu s(*s cornes, mais la pâte bleu clair dont il est composé mérite l'atieniion ; elle se retrouve avec la même nuance dans les monuments d'Assyrie. Un petit bouquetin en faïence verte est modelé avec une perfection que sa petite dimension rend plus admirable encore.
VITRINE Q
La série de scarabées commence à cette vitrine. Les
] 52 MONUMËNirS RELIGIEUX.
Égyptiens racoDtaient que tous les scarabées étaient mâles, ils en avaient fait le symbole de la génération paternelle et, dans un sens mystique, de la génération divine. Ils rappliquaient également à la procréation de la matière et du monde, et à Tincubation mystérieuse qui présidait, après la mort, à la rénovation du genre bumain pour une vie élernelle. Dans les derniers temps seulement, le scarabée fut le symbole du monde. Aucun emblème n'eut un rôle plus étendu et ne fut d'un usage plus général; la première série contient des scarabées de toute matière, dont le revers est sans gravure. Les gros scarabées funéraires ont trouvé leur place dans une autre salle. Plasieufs
variétés appellent ici Tattention : ainsi on voit quelques scarabées auxquels on a donné la tête d'un bélier, autre symbole du pouvoir régénérateur de l'élément mâle. Une autre amulette très-fine, en pierre dure émaillée, représente un bomme accroupi dans l'attitude de l'embryon; l'ensemble imite un scarabée : c'est une nouvelle variante du même symbole. Cette vitrine et les deux suivantes B,S, contiennent les scarabées dont le revers porte une légende gravée. Ils sont rangés en diverses séries d'après les sujets qu'ony a gravés; mais l'explication, même très-sommaire, de ces symboles et de ces légendes dépasserait de beaucoup les bornes d'une simple notice, et ne pourrait être comprise qu'après une élude approfondie de tous les détails des croyances égyptiennes.
ARMOIRE T
[Dans le* bas de l'armoire, égides de Sekhetet d'Isis: petite table d'offrande en pierre calcaire au nom d*au Ptahmeri ; petites chapelles en bois dont l'une était surmontée d'un dieu assis entre deux cynocéphales.
Sur la tablette, deux fragments de chapiteau de naos en
jj
bronze incrusté ; statuettes d'Ammon et d'Horu& 6n bronze et quelques autres figurines de divinitës.
Dans le corps de Farmoire sont des figurines de prêtres et d'adorateurs] et une série de petits seaux couverts de figures de divinités. Parmi les seaux à libations, le plus grand est un don de Glot-Bey. La principale des reprësen- 7} tations qui y sont gravées se compose habituellement d'un sycomore entre les branches duquel apparaît la déesse de l'éther céleste. Elle verse l'eau divine à l'âme d'un défunt qui la reçoit à deux mains pour la boire. Les légendes expliquent que cette eau doit la revêtir d'une nouvelle jeunesse.
Le haut de cette armoire renferme une curieuse collection d'enseignes ou bouts de bâtons de prêtres, destinés à figurer dans les processions. On y distingue particulièrement le soleil sous la forme du griffon; la chatte, dans une barque sacrée; l'ichneumon debout, c'est un symbole solaire, comme le montre le disque qui orne sa tête; Horus, enfant, sur un lotus qui s'épanouit, symbole du soleil levant; le cynocéphale de Thoth-Lunus et le seorpion de la déesse Seik.