‹ Notice sommaire des monuments égyptiens exposés dans les galeries du MuséeChapitre 6 sur 32 · HISTOIRE DE L'ART EN EGYPTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L'ART EN EGYPTE

Ces longues générationSy dont nous ne pouvons pas préciser les dates, ont vu s'accomplir diverses phases de Tait égyptien. Nos musées contiennent des échantillons sufilsaots pour en suivre les principales transformations. Nous ne connaissons pas les commencements de cet art ; nous le trouvons dès les monuments de la quatrième dynastie, les premiers auxquels nous puissions assigner un rang certain, extrêmement avancé sous divers rapports. L^architectore montre déjà une perfection inconcevable quant à la taille des pierres dures et quant à la pose des blocs de grande dimension; les couloirs de la grande pyramide restmt on modèle d'appareillage qui n'a jamais été surpassé. Nous sommes obligés de deviner le style extérieur des temples de cette première époque et de le restaurer d'après les basreliefs des tombeaux ou la décoration des sarcophages. Ce style était simple et noble au plus haut degré ; la ligne droite et le jeu des divers plans faisaient tous les frais de la décoration; un seul motif d'ornement varie ces dispositions, il se composait de deux feuilles de lotus affrontées (I).

Le caractère propre des figures, tant dans les statues que dans les bas-reliefs des premiers temps, consiste dans rimiuaUm d'un type plus fort et plus trapu. Il semble que, dans la suite des siècles, la race se soit amaigrie et élancée sous l'action du climat. Dans les monuments primitifs, on a cherché l'imitation de la nature avec plus de simplicité, et, en gardant toute proportion quant au mérite relatif des

(1) Le temple du iphinx de Gfzeh, mis au jour par H. Hariette» reproduit tous les caractères que nous avons assignés i cette architecture; on y remarque remploi des plus beaux matériaux, tels que Talbàtre et le granit rose de Syéne.

divers morceaux, les muscles y sont toujours mieux placés et plus fortement indiqués.

Les figures conservent ce caractère Jusque vers le milieu de la douzième dynastie ; c'est à cette époque qu'elles prennent des formes plus grêles et plus allongées. L'architec* tore avait fait alors âe grands pas quant à l'ornementation: on trouve, à la douzième dynastie, les premières colonnes conservées jusqu'à nos jours en Egypte : épaisses, cannelées et recouvertes d'un simple dé, elles ressemblent d'une manière frappante aux premières colonnes doriques.

Les bas-reliefs, dénués de toute perspective, sont souvent, dans le premier empire, d'une extrême finesse; ils étaient toujours coloriés avec soin. On en connaît où la liberté des attitudes et la vérité des mouvements semblent promettre à Fart égyptien des destinées bien différentes de celles qui lui furent réservées dans les siècles suivants. Les statues de pierre calcaire étaient souvent peintes en entier, les figures de granit étaient coloriées dans quelques-unes de leurs par* ties, comme les yeux, les cbeveux et les vêtements.

Le chef-d'œuvre de l'art du premier empire est une jambe colossale en granit noir, provenant d'une statue du roi Ousùurtasen J«'; elle appartient au musée de Berlin. Ce fragment suffit pour prouver que la première école égyptienne était dans une meilleure voie que celle du second empire.

La gravure des inscriptions ne laisse rien à désirer dans ces premiers monuments égyptiens. Elle est en général exécutée en relief jusqu'à la cinquième dynastie. Les gravures en creux de la douzième dynastie n'ont été surpassées à aucune époque. Les obélisques d'Héliopolis et du Fayoum autorisent à supposer aussi des temples d'une grandeur et d'une magnificence en rapport avec ces beaux débris de la douzième dynastie. L'on sait, en effet, qu'une des merveilles du monde, le labyrinthe du Fayoum, avait été construit par un de ses rois.

L'invasion des peuples nomades parait avoir détruit les

fi AVANT-PROPOS.

iemples et les palais ; nous ne jugeons plus âctaelletnent Fart primitif d'Egypte que par les tombeaux. L'âbai.ssexâent des Égyptiens, pendapt cette époque, dut amener uécessairemefit une décadenee, quoique les artistes réfugiés dans la Thébaïde et ia Nubie eussent eonservé scrupuleusement les traditions (l).Am6sis> le restnurateurdevrempire, n'eut pas le loisir de faire dos constructions, et Ton remarque ^ur quelques monuments d'Aménophis If, son successeur, uner hésitation et une médiocrité qui s'expliquent facilement. Mais la victoire et la prospérité eurent bientôt donné à Fart égyptien an edsor nouveau^ et le plus beau style de la dix*huitiéme dynastie se marque dés Toutmès I^^ L'architecture développa toute sa grandeur, romementation s'enrichit, et Byène fournit les obélisques de granit que le ciseau couvre des plus belles gravures. La sculpture se distingue alors particulièrement dans rimitation de la figure humaine; l'étude de la nature est bien moins parfaite dans le modelé des membres, et les statues royales du musée de Turin, les plus belles que l'on connaisse, n'atteignent pas, sous ce rapport, certaines figures de l'époque primitive.

L'art se soutint à peu près à la môme hauteur sous le règne de Séti P% qui commença, la dix^neuvième dynastie. U suffit deciter^ à rhonneur de ce roi, la salle hypostyle de.Karnak; mais on commence à trouver bien du mélange dans les œuvres très-nombreuses exécutées sous Ramsès IL Cette décadence se marque d'une manière beaucoup plus sensible dans les monuments des particuliers, et elle devient générale sous Ménephtah, son successeur^ Le style égyptien conservé bien alor.vun certain caractère de grandeur, mais il est empreint trop souvient d'une rudesse et d'une laideur

(1) Les tidinifabtes bijoiit trouyés récemment dans le cercuen de la reine Àah'Boiep, contemporaine et peut-être mère d'Amosis, montrent la persistance de ces traditions, malgré les> pasteur» et tous les désordres amené? par leur présence en Égypie.

inouïe sous les derniers rois de cette famille. Entre cette époque et celle de Psammétik on trouve çà et là quelques ouvrages très-fioement exécutés, et néanmoins on peut dire que rart ne se releva réellement que sous la dynastie saîte. Si Ton examine, par exemple, la statuette du roi éthiopien Schabak, que renferme la villa Albani, on sera frappé de la beauté de ce bloc de prime d'émeraude, mais la sculpture est mauvaise^ Les bons artistes manquaient sans doute, dans un temps où Ton confiait une aussi admirable matière à des mains aussi malhabiles. Les bas-reliefs et les inscriptions du temps du roi Schesehonk sont d'ailleurs, comme exécution, déjà bien inférieurs à ceux de Bamsès II.

La domination des Saïtes donna une physionomie toute spéciale à Fart égyptien. La gravure des hiéroglyphes prend, à cette époque, une finesse admirable, les belles statues se multiplient ; on emploie avec préférence le basalte noir ou vert, cette roche d'un grain si fin et dont le sculpteur tire un merveilleux parti lorsque le ciseau triomphe complètement de sa dureté. Sans sortir du type égyptien, les membres des statues acquièrent plus de souplesse et de vérité. Maintenant que nous connaissons quelques-uns des modèles que les Égyptiens purent étudier à Babylone et à Ninive, dans les relations multipliées qui s'établirent à cette époque entre eux et les Assyriens, il nous est peut-être permis de supposer que ces relations eurent quelque part aux nouveaux progrès de Fart des Saïtes; mais, par compensation, nous reconnaissons bien plus visiblement Tinfluenoe égyptienne daos les productions des Phéniciens.

Les monuments égyptiens, sous la domination persane, ne montrent aucune décadence, et le style saïte se continue jusqu'aux Ptolémées; mais, à cette époque, le type grec fut, par sa beauté même, funeste à l'art égyptien : loin de l'améliorer, il ne fit qu'introduire dans les forme %ne rondeur mal assortie qui ne fut ordinairement que de la mollesse. On reprit l'usage général de la gravure en relief, m sis

les formes des caractères devinrent de plus en plus négligées et less matériaux moins bien choisis. Ces défauts allèrent en empirant sous la domination romaine; une seule partie de Part égyptien conserve son caractère au milieu de cette décadence. Les architectes d'Ësné, d'Ombos et de Dendérah ne se laissèrent pas séduire par les lignes merveilleuses des édifices de Corinthe ou d'Athènes, et ils continuèrent à élever des temples dans un ordre purement pharaonique, aussi longtemps quHls travaillèrent en l'honneur de leurs dieux nationaux.

L'histoire de ces dieux, ou la mythologie égyptienne, est une des parties les moins avancées de la science : nous nous bornerons â en donner un aperçu en parlant de la salle des dieux, simée au premier étage du Louvre.

Nous supposerons maintenant que le visiteur, entrant par la salle Henri IV, parcourt successivement les salleâ du musée égyptien, et nous appellerons son attention sur les morceaux qui sont de nature â exciter un intérêt plus général.

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