NOTICE SOMMAIRE SUR CES PURLICATIONS
Mon but n’est pas de donner un résumé analytique de chacun de ces travaux, mais seulement de mettre en lumière quelques points principaux. En 1886, lorsque Brouardel fit connaître à l’Académie des Sciences son enquête sur l’épidémie de Pierrefonds, où l’eau souillée d’un puits causa des désastres, il me confia l’analyse bactériologique de cette eau dans laquelle je trouvai, avec M. Widal, un bacille répondant aux caractères du bacille typhique tels qu’on les connaissait à cette époque. Ce fut le début de mes recherches à l’hôpital et au laboratoire sur la fièvre typhoïde.
Je ne veux faire qu’allusion aux faits cliniques nouveaux que j’ai pu signaler; la plupart sont mentionnés dans la monographie que j’ai écrite dans le Traité de Médecine de Bouchard et Brissaud (2« édition). Je citerai l’étude de la septicémie typhoïde, de la longue persistance du bacille typhique dans le corps humain, des complications dues au coli-bacille, des modifications du sang, etc. Il est deux points sur lesquels cependant j’insisterai un peu plus, c’est, d’une part, la découverte de l’ophtalmo-diagnostic de la fièvre typhoïde, qui permet de porter le diagnostic de cette maladie d’une manière extrêmement précoce et, d’autre part, étant donné la connaissance de l’action dissolvante de l’acide citrique sur les phlébites de la fièvre typhoïde, le souci d’utiliser cette propriété pour rendre moins coagulable le sang des femmes opérées de fibromes utérins. Ces malades succombent bien souvent, comme on sait, en quelques instants, au milieu d’une convalescence en apparence parfaite, sous le coup de la migration d’un thrombus insoupçonné. Rendre, avant l’opération, le sang de ces femmes moins coagulable, c’est réaliser une prophylaxie efficace et inoffensive.
Dans l’étiologie proprement dite de la fièvre typhoïde, j’ai attiré l’attention sur trois faits nouveaux à l’époque où j’ai publié mes recherches : la mise en
lumière de la distribution de la fièvre typhoïde à Paris faite en même temps que la distribution d’eau de Seine (1887), celle du rôle typhogène de certaines huîtres (1896), et enfin celle du rôle des porteurs latents de bacilles (1902).
Eclairé par l’exemple de l’épidémie sortie du puits de Pierrefonds, j’ai montré avec M. Widal, qu’à Paris, chaque distribution d’eau de Seine annoncée parles affiches officielles, était suivie, après la période normale d’incubation de la fièvre typhoïde, d’une recrudescence brusque de la maladie reconnaissable àl’augmentation du nombre des malades entrés pour fièvre typhoïde dans les hôpitaux.
Voici les tableaux que j’ai publiés à cette époque et qui fournissent cette démonstration. Ils ont été utilisés dans la conférence que fit Brouardel au Congrès de Vienne (septembre 1887), et reproduits depuis nombre de fois.
Ils montrent jusqu’à l’évidence que quinze jours à trois semaines après la distribution d’eau de Seine à Paris, le nombre des cas de fièvre typhoïde entrés dans les hôpitaux augmente et que le chiffre revient à sa normale deux à trois semaines après la fin de cette distribution.
Ces notions sont aujourd’hui tellement entrées dans les connaissances courantes qu’elles n’offrent plus d’intérêt scientifique. Il en était autrement en 1886 et 1887, à l’époque où l’importance de l’étiologie hydrique de la fièvre typhoïde était niée par toute l’Ecole de Pettenkoter.
La conséquence pratique de telles constatations, fut tirée, tout d’abord, par M. de Freycinet, ministre de la Guerre. Le Journal officiel (15 février 1891) relate un rapport de ce ministre au Président de la République. Les mesures préventives qu’il institua contre la fièvre typhoïde dans l’armée française consistèrent principalement dans l’amélioration des eaux potables, mesures qui ont exercé, dit-il, « un effet décisif sur la naissance et le développement de la maladie ». Le rapport de M. de Freycinet en fournit la preuve dans les tableaux suivants :
Résultats constatés dans le gouvernement militaire de Paris.