‹ Notice sommaire sur les travaux scientifiquesChapitre 6 sur 15 · DIMINUTION · texte numérisé non relu

DIMINUTION

PKOPORTION % j

ea.890

en 1889

en 1890

Nombre de cas de fièvre typhoïde.

Nombre de décès parla fièvre Ijph.

Les mesures prophylactiques contre la souillure de l’eau eurent pour résultat de diminuer, pendant l’année 1890, la morbidité typhique de 49 % et la mortalité de 34 % dans toute l’armée française et en ce qui regarde le gouvernement militaire de Pans, elles entraînèrent un abaissement de la morbidité de 75 % et de la mortalité de 62 % du chiffre antérieur.

Depuis vingt ans, l’effort pour donner de l’eau pure dans les casernes a continué et la morbidité typhique des troupes en France s’est beaucoup abaissée.

Jusqu’en 1896, aucun travail n’avait paru en France signalant la possibilité de la transmission de la fièvre typhoïde par les huîtres. Çà et là on avait bien mentionné quelques troubles gastro-intestinaux après leur ingestion, mais on attribuait les accidents soit à un repas fait à une période de l’année où les huîtres, disait-on, n’étaient pas bonnes, soit à une altération cadavérique de ce mollusque. J’eus l’occasion d’observer,une petite épidémie typhique (21) qui me sembla pouvoir être rattachée à l’absorption d’huîtres envoyées de Cette. Je me rendis dans cette ville et je constatai les incroyables conditions de souillure de l’eau du port, à l’endroit même où les huîtres étaient immergées; je fis des expériences sur des huîtres achetées à Paris et plongées dans de l’eau de mer où j’avais ajouté des bacilles typhiques. Au bout de vingt-quatre heures, je pus trouver dans l’intimité des tissus de ces huîtres, dans leurs voies digestives, des bacilles typhiques encore vivants. Une note relatant ces faits fut présentée à l’Académie de médecine, dans laquelle je demandais que les mesures de surveillance prises pour assurer l’innocuité des viandes de boucherie et des abattoirs fussent étendues à cette autre partie de l’alimentation constituée par les mollusques mangés crus, et que la surveillance portât particulièrement sur les parcs et les

réserves d’huîtres. Dans mes expériences, j’avais constaté que l’huître infectée de bacilles typhiques et transportée dans de l’eau de mer pure était débarrassée au bout d’une quinzaine de jours de tous ses bacilles typhiques vivants; c’est pourquoi je préconisais le remède à apporter à la contamination des huîtres souillées par des eaux d’égout, par exemple de les exposer un certain temps à l’eau des plages de mer avant de les livrer au commerce. Récemment, M. Fabre- Doumergue est arrivé, dans des notes présentées à l’Académie des sciences, à des conclusions analogues aux miennes.

Mon travail, lu à l’Académie de médecine en 1896, fut renvoyé à une Commission composée de MM. Comil, Gautier et Chaün qui rédigèrent un rapport favorable aux conclusions que j’avais présentées. M. Chatin montra comment l’huître parvenait à se débarrasser de la majeure partie de ses souillures par le phénomène de la phagocytose. Les rapporteurs demandèrent également aux pouvoirs publics d’exercer une surveillance sur l’établissement des parcs à huîtres. Mon appel fut entendu en Angleterre et le supplément du vingt-quatrième rapport annuel du Local Government Board (1897) publia un volumineux rapport sur les dangers que la culture des huîtres peut faire courir à la santé publique. Ce rapport, adressé par le directeur de l’hygiène, M. Thorne-Thome au président du Local Government Board donna la publication in extenso de mon travail et celui de la Commission nommée par l’Académie de médecine, et il publia l’enquête à laquelle il fit procéder en Angleterre touchant la situation des parcs à huîtres exposés aux souillures des égouts.

Cette enquête aboutit à constater dans le Royaume-Uni l’existence des mêmes dangers que j’avais signalés en France. Les recherches bactériologiques du Klein confirmèrent pleinement les conclusions auxquelles j’étais arrivé.

Pendant qu’à l’étranger, la conviction s’établissait et qu’à un état de choses défectueux on s’efforçait d’apporter des remèdes, en France, on discutait et on niait; la vérité disparaissait sous les récriminations du commerce de l’ostréiculture, se plaignant d’être injustement persécuté. Le ministre de la Marine chargea M. le D'’ Mosny d’étudier l’état des parcs ostréicoles dans notre pays; ce rapport qui confirmait les faits que j’avais avancés ne fut jamais publié. Quelques années plus tard, un savant éminent, M. Giard, fit sur cette question un rapport publié dans le Journal officiel, où il estimait que le danger de propagation de la fièvre typhoïde par les huîtres avait été exagéré et était très minime. Il fallut la nouvelle épidémie provoquée par les huîtres de Cette, il y a quatre ans, pour ouvrir les yeux à tous. Aujourd’hui, la transmission de la dothiénentérie par certaines huîtres n’est plus contestée, et le rapport deM. Chatin, approuvé par le Conseil d’hygiène

de la Seine, a indiqué les mesures à prendre, que la Préfecture de police a faites siennes dans ses ordonnances.

Toutefois la protection des parcs et surtout des réserves d’hultres, que l’Angleterre a si bien organisée depuis plus de dix ans, est-elle parfaitement assurée sur nos côtes françaises? Sommes-nous sûrs qu’aucune huître n’arrive à Paris, sortant d’un parc ou d’une réserve souillés? Après une enquête toute récente je ne puis répondre à cette question que par la négative.

Quant aux porteurs chroniques de germes typhiques qui sèment autour d’eux la fièvre typhoïde d’une manière insoupçonnée, on a l’habitude en France d’attribuer cette découverte tout entière aux savants allemands; je rappellerai qu’en 1902, avant les travaux de la Commission de la Westphalie, j’ai fait connaître à l’Académie de médecine (50), le cas d’une femme marchande des quatre saisons, qui était sortie de mon service hospitalier guérie, mais gardant encore des bacilles typhiques dans ses garde-robes. Au bout d’un mois, j’allai trouver cette femme qui, bien remise, vendait et manipulait des fruits rue du Bac. Les mains de cette femme étaient ordinairement malpropres et dans ses déjections, je trouvai encore beaucoup de bacilles typhiques. En 1908, je fis plusieurs constatations analogues.

Mes recherches sur la bactériologie du germe typhique ont été publiées dans divers Mémoires (2, 12, 22, 25). Des constatations faites, je n’en veux mettre en vedette que trois. La première est une propriété du bacille typhique qui, sans doute, joue un rôle dans la persistance de l’endémicité de la fièvre typhoïde, je veux parler de sa résistance aux agents chimiques d’antisepsie. J’ai montré avec M. Widal que le bacille typhique supportait d’assez fortes doses d’acide phénique et qu’on pouvait utiliser cette propriété pour l’isoler d’autres germes. Cette méthode est toujours en faveur; à l’acide phénique certains ont substitué le violet d’aniline (Drigalski et Conradi), d’autres le vert de malachite (Lôffler).

La seconde propriété que nous avons tait connaître est celle qui a permis et qui, seule, permet encore depuis vingt ans d’aller à la recherche du bacille typhique et de le séparer des microbes avec lesquels on peut le confondre, notamment le coli-bacille. C’est la particularité que le bacille typhique ne fait pas fermenter la lactose tandis que beaucoup d’autres germes analogues, notamment le coli-bacille, font fermenter ce sucre. Encore aujourd’hui les méthodes les plus en usage pour isoler le bacille typhique (méthode de Drigalski et Conradi, méthode d’Eudo, etc.), reposent entièrement sur cette constatation faite en 1891.

1 J’ai montré aussi qu’à côté de l’endo-toxine, on pouvait extraire du bacille typhique une toxine parfaitement soluble, qui se fabriquait rapidement dans les cultures abondantes et qui disparaissait assez vite au contact de l’air, parce qu’elle était très oxydable. Inoculée aux animaux, cette toxine typhoïde soluble fait apparaître dans leur sang de l’agglutinine et leur confère l’immunité à l’égard du virus vivant

Contre l’infeotion typhique des animaux, je possédais un agent de vaccination dosahle, agent chimique spécifique qui n’était ni le microbe vivant ni le microbe mort et qui pouvait être utilisé pour la vaccination de l’homme et aboutir à la préparation d’un sérum thérapeutique.

En 1888 et plus tard en 1892, je publiais avec M. Widal (6,16), deux Mémoires où nous établissions que la mort des petits animaux de laboratoire, après l’inoculation du bacille typhique vivant était le résultat d’une véritable infection bacillaire avec pullulation du microbe dans l’intimité de leurs tissus, et non pas le résultat d’une intoxication banale, comme l’avaient dit Beumer et Peiper, c’està-dire qu’ils succombaient à une fièvre typhoïde analogue à celle de l’homme. Or, nous avons montré qu’on pouvait vacciner préventivement les animaux contre cette fièvre typhoïde en leur injectant sous la peau, à deux ou trois reprises, des doses croissantes de bacilles typhiques tués par le chauffage. L’immunité acquise les mettait dans la grande majorité des cas, mais non toujours, à l’abri d’une infection typhique capable de tuer les animaux témoins. Pour être obtenue, cette immunité exigeait plusieurs vaccinations séparées les unes des autres par quelques jours d’intervalle.

Huit ans plus tard (1896), cette méthode fut employée chez l’homme, d’abord en Allemagne, puis en Angleterre, ensuite aux Etats-Unis pour la vaccination préventive des soldats contre la fièvre typhoïde. Aujourd’hui, des milliers d’êtres humains ont été vaccinés, et cette pratique s’est étendue sur l’ancien et le nouveau continent. J’ai moi-même vacciné en France les élèves de mon service hospitalier il y a dix ans. Ils sont restés bien portants. Aucun d’eux n’a eu depuis la fièvre typhoïde. J’ai pu récemment reconnaître encore dans leur sang l’indice de la vaccination subie dix ans auparavant (40).

Le Bulletin officiel de Y Office international d’hygiène a publié de nombreux rapports sur les résultats des vaccinations préventives antityphoïdes des troupes anglaises de l’Inde. Le mode opératoire a été le suivant : dans les milieux où la maladie régnait endémiquement, on a vacciné la moitié des soldats et laissé l’autre moitié pour servir de témoin. Au bout de longs mois, on a constaté que les vaccinés

fournissaient un chiffre de morbidité typhique quatre fois moindre que les nonvacoinés. et quand la fièvre typhoïde frappe les vaccinés, elle les tue, toutes proportions gardées, deux fois moins.

Les propriétés humorales du sang des animaux vaccinés devaient me mener à la sérothérapie de la fièvre typhoïde humaine. Je l’ai appliquée depuis neuf ans, surtout dans mon service de typhiques du Bastion 29. Les animaux destinés à fournir le sérum antityphique ont été des chevaux solidement immunisés à l’aide de toxine typhoïde soluble injectée sous la peau et de petites quantités d’émulsion de bacille typhique introduite directement dans les veines. Le sérum sanguin qu’on en retire, jouit de la propriété d’exalter la puissance des phagocytes, de leur faire englober une multitude de bacilles et d’exciter les centres formateurs de ces phagocytes {tissu lymphoïde et moelle des os). C’est ce qui fait à la fois la force et la difficulté d’application de ce remède, car chez un typhique très atteint et dont le système nerveux est fortement imprégné de toxine typhique et déjà anaphylactisé à son égard, l’action du sérum qui tait détruire rapidement les bacilles typhiques jette dans les protoplasmas des phagocytes d’abord, dans le torrent circulatoire ensuite, des produits toxiques dus à cette destruction microbienne. Le virus de la fièvre typhoïde n’est pas logé superficiellement comme les fausses membranes de la diphtérie. Il infaroit le sang et les organes; il ne peut être expulsé au dehors et doit être détruit par les éléments cellulaires. C’est pour cela que chez les typhiques très intoxiqués et depuis longtemps, le sérum antityphique doit être administré avec prudence, afin d’éviter une réaction vive et injecté à des doses très faibles. Ces faits, je les avais signalés dès 1901. La découverte de l’anaphylaxie a permis aujourd’hui de les mieux comprendre.

Le résultat de l’application de ce sérum a-t-il été bienfaisant, inutile ou nuisible? Voilà ce que je dois examiner ici.

La fièvre typhoïde est une maladie si variable dans sa violence, les épidémies elles-mêmes différent tellement de gravité, qu’il faut, lorsqu’on veut se rendre compte des résultats d’une méthode thérapeutique, envisager un grand nombre de cas et faire porter la statistique sur une période de temps assez longue. La statistique que j’ai publiée parait réunir les conditions qui permettent un jugement.

En consultant les registres officiels de l’Assistance publique au sujet de la morbidité typhoïde, voici les renseignements qu’on y trouve pour ces dernières années :

Mortalité par Fièvre typhmde dans les hôpitaux d’adultes du avril dm au Si juUlet im.

Mortalité moyenne : 17 p. 100.

Les résultats de cette consultation des registres d’hôpitaux d’adultes à Paris peuvent s’exprimer ainsi :

1° La mortalité a atteint 17 % sur plusieurs milliers de cas et plusieurs années consécutives;

2“ Dans chaque hôpital, elle a toujours dépassé 12 %.

Voilà des chiffres contrôlables. Sont-ils extraordinaires et très différents de ceux que fournissent d’autres hôpitaux qui ne dépendent pas de l’Assistance publique, à Paris ou en province?

Aucunement. La statistique globale de la mortalité typhoïde dans toute la ville de Paris (les enfants compris) indique 18 %■

En regard de ces chiffres, plaçons ceux que nous fournit l’examen du registre officiel du Bastion 29, seul hôpital d’adultes où tous les malades atteints de fièvre typhoïde contrôlée par le séro-diagnostic sont traités systématiquement par le sérum antityphoïde et par les bains demi-froids de 24 à 30°.

De 1901 à 1907 : 1.000 premiers cas ont été traités, 43 malades ont succombé.

Mortalité moyenne des six dernières années : 4,3 %.

Une question se pose tout d’abord : d’autres médecins ont-ils, dans des hôpitaux, utilisé ce sérum antityphoïde et quelles ont été leurs conclusions? Je puis sur ce point donner trois renseignements ; A l’Académie de Médecine (1906), le Professeur Brunon (de Rouen) et le D” Josias (de Paris) ont tait connaître les résultats qu’ils avaient obtenus dans leurs services en utilisant, pendant plusieurs années, chez des entants atteints de fièvre typhoïde, le sérum que j’avais mis à leur disposition. Leurs communications mentionnent que, dans la période qui avait précédé et dans celle qui a suivi l’application du sérum, le même traitement a été donné aux malades. Aucune autre modification ne tut apportée que l’injection de sérum.

Avant la sérothérapie, la mortalité typhique était dans leurs services de 10 à 12 %■, elle tomba avec le sérum à 3 ou 4 %.

Brunon. 100 cas, 3 morts.

Dr Josias. 200 cas, 8 morts.

Grâce à l’initiative du directeur du Val-de-Grâce, M. le médecin-inspecteur Delorme, à celle du directeur du Service de santé, M. le médecin-inspecteur Gatteau, et avec l’autorisation du ministre de la Guerre, M. Berteaux, la méthode a été appliquée à l’Hôpital militaire du Val-de-Grâce par les médecins-majors Dopter et Saoquépée pendant quatre ans.

Pendant les six années qui ont précédé l’emploi du sérum antityphoïde, au Val-de-Grâce, 648 soldats étaient entrés, atteints de fièvres typhoïdes ou paratyphoïdes; 69 étaient morts, soit 10,6 pour cent.

Le sérum ne fut injecté qu’aux soldats atteints de vraie fièvre typhoïde contrôlée chaque fois par la culture du sang. Voici les résultats :

De mars 1906 à août 1907. 90 cas, 5 morts.

De septembre 1907 b août 1909 . 67 cas, 3 morts.

Total. 157 cas, 8 morts.

Chez les soldats du Val-de-Grâce et pendant quatre années consécutives, il y a donc eu coïncidence entre le traitement par le sérum antityphoïde et la diminution de moitié du chiffre de la mortalité antérieure. Le bénéfice est même plus grand qu’il ne paraît, puisque, avant la sérothérapie, on confondait dans la statistique les fièvres typhoïdes et les paratyphoïdes bénignes, ce qui donnait un pourcentage de mortalité d’apparence moins sévère, tandis qu’avec les malades traités par le sérum il s’est agi toujours de vraie fièvre typhoïde.

Cependant, il importait de savoir s’il s’agissait, dans les résultats obtenus à l’Hôpital militaire, d’une simple coïncidence entre l’utilisation du sérum et la

diminution de la mortalité, ou au contraire d’une relation de cause à effet. Le sérum a donc été supprimé.

Du mois d’août 1909 à décembre 1910, 52 soldats typhiques ont été traités dans le même service, par le même médecin, les mêmes infirmiers, le même système de balnéothérapie, en un mot, avec toutes les conditions égales à celles des années précédentes, sauf sur un point : ces malades n’ont pas reçu de sérum antityphique. Qnq d’entre eux ont succombé à la fièvre typhoïde. La mortalité est donc revenue vers 10 pour cent; d’où la conclusion plausible que c’était au sérum que revenait le bénéfice de vies humaines constaté plus haut.

Ces faits observés avec soin et impartialité à l’Hôpital militaire du Val-de- Grâce me paraissent avoir de l’importance parce qu’ils confirment ceux qui ont été observés par moi-même, par M. Brunon, par Josias, etc.

En terminant ma communication sur la sérothérapie antityphique au Congrès du Caire en 1902, je disais : «J’estime qu’avec la balnéothérapie et la sérothérapie, la mortalité de la fièvre typhoïde ne doit pas dépasser 4 à 5 % ». Les années ont passé; des centaines de malades ont été traités par cette méthode et je n’ai rien à changer à cette ancienne proposition.

Les chiffres que je viens de citer m’ont été communiqués par M. le médecin major, agrégé du Val-de-Grâce, Sacquépée, chef du service des typhoïdes à cet hôpital. Je les fais connaître avec l’autorisation de M. le médecin-inspecteur général Vaillard, directeur du Val-de-Grâce.

DYSENTERIE BACILLAIRE

Le microbe de la dysenterie épidémique. Bulletin Académie de Médecine, i88S. Abcès dysentériques du (oie. Bulletin Academie de Médecine, 1896, p. 275.

A propos de la dysenterie bacillaire. Bulletin Académie de Médecine, 1906.

Notre premier travail, fait en collaboration avec M. Widal, a été présenté à l’Académie de Médecine en avril 1888. A cette époque, la dysenterie épidémique était attribuée unanimement à la présence dans le gros intestin d’amibes, dont l’existence avait été signalée par Koch et par Kartulis chez des malades d’Egypte.

Sur un homme qui avait contracté la dysenterie dans les pays chauds et qui avait succombé avec les symptômes et les lésions caractéristiques de cette maladie, nous avons trouvé dans les parois très épaissies du gros intestin, et à l’état de pureté dans un ganglion mésentérique, un bacille non encore décrit et que nous avons distingué des autres germes des matières fécales, ayant avec certains d’entre eux des ressemblances plus ou moins grandes, mais en différant cependant par sa forme, sa faible mobilité, l’absence de mauvaise odeur de ses cultures et son pouvoir dysentérigène chez les animaux. Ces caractères, avions-nous dit, « plaident en faveur de sa spécificité ».

A cette époque, la méthode de différenciation des germes, fondée sur leur puissance fermentative variable à l’égard des divers sucres — méthode que nous avons introduite en bactériologie en 1891, pour distinguer le bacille typhique du coli-bacille — n’existait pas encore. La description que nous avions donnée du bacille dysentérique, sans être inexacte en quelque point, n’était pas assez complète pour entraîner la conviction de l’existence d’un bacille vraiment spécifique de la dysenterie épidémique. On pensa qu’il s’agissait d’un microbe com-

mun de l’intestin. Seule, la connaissance de l’amibe dysentérique demeura classique.

Dix ans plus tard, quand fut connue l’action agglutinative du sang des malades à l’égard du germe qui les avait infectés, le Japonais Shiga trouva dans une épidémie de dysenterie ce naciiie uont il démontra la spécificité par ce fait qu’il était agglutiné par le sang des malades dysentériques.

Depuis ce jour, la spécificité d’un bacille dysentérique ne fut plus niée. Les travaux de Vaillard et Dopter sur les caractères pathogènes de ce microbe et l’efficacité du sérum antidysentérique qu’ils avaient préparé ont achevé la conviction. Aujourd’hui, on admet qu’à côté du bacille dysentérique le plus commun, il en existe d’autres qui diffèrent un peu du premier par leur caractère pathogène moins accentué et par leur puissance fermentative à l’égard des divers sucres moins étendue. A côté du vrai bacille dysentérique, on décrit des bacilles paradysentériques. En tout cas, la description que nous avions donnée en 1888 en faisant connaître ce germe a pu être complétée, mais non modifiée. Voici comment s’exprime à ce sujet un des hommes qui ont le mieux étudié le bacille de la dysenterie, M. le médecin-major Dopter ; « Cette maladie, essentiellement épidémique, contagieuse, saisonmere, est causée par un bacille vu pour la première fois par Chantemesse et Widal, qui ont décrit ses caractères; les moyens scientifiques dont on disposait à cette époque n’ont pas permis de les préciser surtout par les méthodes biologiques actuellement en cours, mais son action pathogène, dysentérigène même, sur les animaux en expérience, montre à l’évidence qu’ils se sont trouvés à cette époque en présence du germe spécifique. » {Balletin de VInstitut Pasteur, 1906, page 14.)

U PNEUMOPATHIE DES GAVEURS DE PIGEONS

Avec MM. Dieuufoï et Widal (Congrès de Médecine de Berlin, 1890)

Il existe à Paris une classe d’individus exerçant la profession de gaveurs de pigeons. Chez eux, il est de notion vulgaire que le gavage occasionne à la longue une maladie chronique du poumon. Nous avons pour notre compte observé trois ■gaveurs atteints d’une pneumopathie, dont l’évolution est celle de la tuberculose pulmonaire chronique. Elle est caractérisée par de l’essoufflement, de la toux, ■de l’expectoration purulente, de petites hémoptysies à répétition et parfois des manifestations pleurales. L’examen de la poitrine décèle des signes de bronchite et d’induration pulmonaire, en général localisée, se révélant par la faiblesse de la respiration et un peu de submatité. La température est relativement peu élevée, et cependant les malades pâlissent, maigrissent et passent par des périodes d’aggravation et d’amélioration. Chez l’un d’eux nous avons suivi ces alternatives pendant plus de deux ans. Dans aucun cas, nous n’avons constaté la présence de bacilles de Koch dans les crachats. La similitude des symptômes présentés par ces trois hommes exerçant le même métier nous a fait rechercher si leur maladie ne relevait pas d’une même cause inhérente à leur profession.

Partant des faits cliniques, nous avons été amenés à étudier la pseudo-tuberculose de pigeons, dont nous avons retracé l’histoire. Les gaveurs attribuent leur maladie pulmonaire à leurs efforts d’expiration constants. Pour pratiquer le gavage, ils emplissent leur bouche d’un mélange d’eau et de graines, puis, ouvrant le bec de l’animal, ils y appliquent leurs lèvres pour chasser par expiration une partie du mélange. Chaque homme dans certains établissements peut

gaver ainsi quelques milliers de pigeons par jour. Ce n’est pas à cette origine mécanique qu’il faut attribuer leurs pneumopathies, mais à l’Aspergillus puisé soit à la surface des graines dont ils s’emplissent la bouche, soit au contact direct de la tumeur buccale des pigeons.

Avec MM. Dieulafoy et Widal, j’ai suivi l’évolution d’une pseudo-tuberculose d’origine mycosique sévissant sur les jeunes pigeons venus du Maçonnais ou d’Italie et vendus sur les marchés de Paris. Parmi ces animaux, il en est qui sont atteints d’une maladie de la bouche désignée vulgairement du nom de chancre. Les auteurs s’accordent à considérer cette lésion comme le produit de la diphtérie des pigeons, mais nous avons reconnu qu’à côté de ces tumeurs buccales, d’origine diphtérique, il existait d’autres tumeurs dues à la végétation d’un champignon. Les animaux atteints de cette mycose présentent des lésions restant parfois localisées à la cavité buccale, mais qui, le plus souvent, se généralisent au poumon, au foie et plus rarement à l’oesophage, à l’intestin, aux reins. La lésion localisée au plancher buccal prend l’aspect d’un nodule blanchâtre d’apparence caséeuse, du volume d’un pois à celui d’une petite noisette. Dans le poumon, elle affecte la forme de granulations tuberculeuses typiques représentées par des tubercules miliaires tantôt transparents, tantôt opaques, isolés, disséminés ou agglomérés en masses caséeuses, à la façon des tubercules de Laënnec. Ces tumeurs ne renferment pas de bacilles de la tuberculose, mais contiennent à leur centre un mycélium de champignon. Les cultures nous ont montré que ce champignon présentait tous les caractères de l’Aspergillus fumigatus.

Avec les cultures de ce champignon, nous avons reproduit chez plusieurs animaux de laboratoire la maladie des gaveurs de pigeons.

Depuis la publication de ce travail, des cas nombreux de cette affection, jusqu’alors ignorée, ont été signalés en France et à l’étranger. Le diagnostic a été porté à diverses reprises chez le vivant par M. Renon, le professeur Potain, le professeur Gaucher, le D^ Boyce, etc. Le diagnostic se fait aisément par la culture dans le liquide de Raulin des produits de l’expectoration des personnes soupçonnées atteintes de cette pneumopathie.

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