‹ Notice sur AnacréonChapitre 3 sur 12 · EURIPIDE · texte numérisé non relu

EURIPIDE

« Moi de même; dans ma jeunesse j'en ai fait autant « quand j'ai commencé à faire des tragédies. »

Si pourtant Anacréon sut, ainsi qu'on l'assure (i), adoucir

(i)OOTtùxal 'AvaxpÉ'jiv Safxîoi; no/uv-paTriv -rijjLÉpwac , xspàaaç tî] Tvpavvi8i ëpcùTa , 2[X£pSîou xal KXôoêoûXou x6(j.riv , xal aOXoO; BaôOXXou , nuaX <|)5rlv iwvixr.v. (Maxime de Tyr, Diss., XXXVII, § 5, p. 147, Bibl. Didot.)

les mœurs d'un lyran, à la cour duquel il vivait, et le rendre moins cruel , il mérite quelque indulgence : rarement un poëte résiste à l'influence des rois amis des lettres. Voltaire, dont les poésies légères l'emportent quelquefois sur celles d'Anacréon, céda comme lui à la séduction, et se laissa entraîner à la cour d'un roi qui ne donnait pas de meilleurs exemples que Polycrale. Mais Voltaire en a noblement témoigné son repentir quand, reprenant sa dignité, il nous dit :

Les libres habitants des rives du Permesse

Ont saisi quelquefois cette amorce traîtresse.

Platon va raisonner à la cour de Denys ;

Racine, janséniste, est auprès de Louis;

L'auteur voluptueux qui célébra Glycère

Prodigue au fils d'Octave un encens mercenaire ;

Moi-même, renonçant à mes premiers desseins ,

J'ai vécu, je l'avoue, avec des souverains;

Mon vaisseau fit naufrage aux mers de ces sirènes.

Leur voix flatta mes sens, ma main porta leurs chaînes....

J'y fus pris; j'asservis au vain désir de plaire

La mâle liberté qui fait mon caractère

Que je suis revenu de cette erreur grossière !

On pourrait savoir quelle a été à toutes les époques l'opinion de la postérité sur Anacréon par quelques fragments épars dans les écrits des anciens et des modernes.

Platon a félicité Gharmide de l'honneur qui rejaillit sur son illustre maison et ses aïeux d'avoir été célébrés par Solon et par Anacréon (i).

Les poésies d'Anacréon étaient offertes en présent aux dames, ainsi que nous l'apprend cette épigramme (2) :

« Les cinq livres de poésies lyriques que ce manuscrit

(i) Ttc' 'AvaxpeovTo; xat utîô 26).wv&ç èvxsxwixiaafJLévYi. {Chann., § 6, p. 158.)

(2) Anthologie, Èpigrammes desci-ij^iives , 239. — C'est ce que confirme Ammonius, Syn., éd. Yalck., 42, et VEtymologicon magnum, v. Moe©;. Suidas parle aussi des cinq livres d'Anacréon, t. 1, 280.

« renferme sont l'œuvre inimitable des Grâces. Anacréon, « l'aimable vieillard de Téos, les a composés, la coupe à la « main ou avec les Amours. C'est un don que pour son « jour de naissance nous offrons à Antonia , qui brille de « tous les attraits de l'esprit et de la beauté. »

Horace qui en imitant une des odes d'Anacréon, a eu le même bonheur que La Fontaine, celui d'imiter en maître, nous dit que les poésies d'Anacréon conservaient encore de son temps toute leur fraîcheur, et que sous la facilité du style les traces du travail disparaissaient (i).

Dans son Misopogon , l'empereur Julien dit des poésies d'Anacréon qu'elles sont les unes sévères et les autres gracieuses (2); et c'est avec autant d'élégance que de délicatesse qu'il s'inspire des souvenirs d'Anacréon et de Sapho dans une de ses lettres à Eugène :

(( S'il m'était permis, comme au poëte harmonieux de « Téos, que le vœu d'être changé en oiseau pût s'accomplir, « ce ne serait ni vers l'Olympe ni pour quelque dépit amou- (( reux que je m'envolerais; c'est au pied de tes coteaux « que tu me verrais m'abattre , afin de t'embrasser, ô toi, « mon cher souci, comme l'a dit Sapho (3). »

Bornons-nous à ces citations : elles prouvent que les poé-

(i) Non elaboratum ad pedem. (Epod., XIV, 9.) CVst ce que dit avec plus de développement le scoliaste d'Hermogène (p. 405, éd. Aid.) :

^H è$i(ToO[xev Toï; eùxeXédi nç)ày\L7.oi xoù; Xôyouç, xal TcoioOfJLev àçe- Xeiav, 6; TioXXà ttôv 'AvaxpéovTo;.

(2) 'AvaxpéovTt Ttji Tiotr.T^ TtoXXà enoiyîOri {jLeXyj dEfjLvà, xal xar'^^'^°'' "^P^çâv yàp èXayev èx Moictov ou plutôt Motcjôcv.

(3) El ôé [xot ôétxiç f(V , xatà xôv Triïov éxeïvov (jisXoTcotôv, e\>yr^ n^v tôiv ôpvtOwv àXXâÇaCTÔai çudiv, oOx àv Stqttou Tcpè; 'OÀufjiTrov, c08è ÛTrèp \i.é[i.<\ie(ûç èpwTi/.ïjç, àXX' eî; aùxoùç àv tûv OjjLexe'pwv ôpôiv Tcpoîroôac êTcxrjv, hct ae xà (i.éX"iri(i.a Toù(AÔv, ûç çYi<Tiv il SaTtçw , UcpiTcxû^wjxai. (Jul., ep. 18.)

Je retrouve parmi les fragments d'Anacréon les vers auxquels Julien fait allusion :

*.AvaTC£XO[xat 5ri Tcpô; 'OXujjltiov uxepOyedffi xojçai; Aià Tov Iptûx', où yàp èjioi Tiaïç èôéXet auvyjêqiv.

sies d'Anacréon furent aussi bien accueillies dans l'antiquité qu'elles le sont de nos jours; son nom restera éternellement attaché à ce genre, dont il fut le maître s'il n'en fut pas le créateur, et la Grèce croit en entendre encore quelques accents dans les poésies lyriques de Ghristopulos, qu'elle chante en dialecte éolo-dorique aux mêmes lieux où résonna la lyre d'Anacréon.

Consacrée par tant de témoignages, sa gloire a survécu à la perte de presque toutes ses œuvres, et ce fut un grand événement lorsque au milieu du seizième siècle, Henri Estienne retrouva les titres au brevet d'immortalité qu'Anacréon reçut d'Horace il y a dix-huit siècles (i), et que l'on croyait perdus à jamais. Leur authenticité fut contestée; mais l'accord unanime de tant d'éditeurs, de traducteurs, d'imitateurs, qui depuis trois siècles les reproduisent sans cesse dans tous les pays, l'a sanctionnée en les plaçant au rang des chefs-d'œuvre de l'antiquité.

On y retrouve le naturel aimable, la simplicité gracieuse qui leur donnent le caractère tout particulier signalé par Denys d'Halicarnasse et par Hermogène ; tous deux accordent à Anacréon, de même qu'à Ménandre, d'avoir su faire parler naturellement et comme si on les entendait les femmes et les amants (2).

(( L'immortalité littéraire tient à l'art bien :plus qu'aux (( sujets dont il s'occupe. C'est la magie du poëte de trans- « former ce qu'il touche ; c'est l'honneur de la pensée d'être « plus précieuse que tout ce qu'elle décrit (3). »

Les poésies d'Anacréon feront toujours le charme de

(i) Nec, si quid olim lusit Anacreo.i,

Delevit œtas.

(2) Hermogène, De formisorat. 2, 3, p. 387. — Denys d'Halicarnasse, De struct. omt., 23, p. 204. — Lescoliaste d'Hermogène, p. 403, Aid.

(3) Ainsi s'exprime M. Villemaiii, dans son bel ouvrage sur la poésie lyrique et sur Piudare.

la jeunesse et de l'âge mûr; elles rappelleront de doux souvenirs à la vieillesse; elles vivront autant que la rose qu'il a célébrée et qui conserve son parfum alors même qu'elle perd ses couleurs :

Tôôe y.at )(p6vov ptôcxat, yotpîsv ^66wv Ôà Yf,paç

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