‹ Notice sur Ascanio, opéra de Camille Saint-SaënsChapitre 16 sur 22 · Apothéose · texte numérisé non relu

Apothéose

Il n'entre pas dans le plan de notre étude d'analyser séparément chacun de ces morceaux dont la presse fut unanime à vanter la grâce noble, le charme délicat, l'élégance de forme et la distinction de couleur. Comme dans le ballet de Henry VIII, le compositeur s'est souvenu du passé, et il a puisé quelque peu dans les vieux recueils de danses et de chansons. Il a réussi à donner à sa musique un parfum archaïque, non point partout, car, suivant une remarque très judicieuse de M. Julien Tiersot, « la musique ne pouvait évidemment pas se tenir dans l'imitation constante des airs de danse du xvi*" siècle, tous très lourds et absolument privés d'entrain et de mouvement ».

D'ailleurs, le savant écrivain a étudié (i), au point de vue des emprunts, ce long divertissement, et l'on ne saurait omettre de consigner ici quelques-unes de ses observations. Par exemple, il pose en principe que « toutes les danses vives sont de la composition de M. Saint-Saëns », c'est-à-dire les numéros 4,6,8,11, quoique, à mon humble avis (2), les deux premiers motifs de ce

(i) Le Ménestrel, 25 mai 1890.

(2) M. Saint-Saëns a bien voulu confirmer lui-même mon assertion.

final, en forme de valse, éveillent un vague écho de chanson populaire, altérée peut-être, mais reconnaissable encore sous le riche manteau de son harmonie moderne. Dans cette même catégorie doivent se ranger deux morceaux de mouvement lent qui, selon toute évidence, n'empruntent rien au passé : la variation brillante pour flûte solo tn'^ 9j, et la scène délicieuse entre l'Amour et Psyché (n^, 7), dont la mélodie caressante reparaît dans le final, et mêle si ingénieusement son rythme binaire au rythme ternaire de ce piquant morceau.

Pour le numéro 2, M. Julien Tiersot n'a point précisé la provenance ; mais je puis lui affirmer que c'est une ancienne danse nommée tordion.

Pour le numéro 3, il écrit : « Ouvrez la partition du Ballet de la Eoy ne {1^82), et, dans le premier ballet instrumental, vous trouverez épars et délayés, au milieu d'un fatras de notes, tous les éléments dont M. Saint-Saëns a formé son pastiche, très habilement réussi. Le retour fréquent des cadences au rclatil mineur ou au second degré, et l'absence absolue de toute cadence à la dominante qui pourrait donner une impression de tonalité moderne, ne contribuent pas peu à l'exactitude de la reconstitution : seul, un dessin plus moderne vient, dans une période intermédiaire, relier deux fragments anciens ; mais il se fond très bien dans l'ensemble qui est d'un travail infiniment curieux. »

Pour le numéro 5, que M. Ch. Gounod proclame « une pavane d'un style superbe, d'une absolue beauté de forme et d'instrumentation, un pur chef-d'œuvre, digne des plus grands maîtres, un enchantement de dessin et de sonorité (ii », c'est, note pour note, un air de hasse danse noté dans VOrchésographie (21, « une transcription, arrangée en vue de la danse, avec accompagnement continu de tambour ou tambourin, de la chanson de Clément Marot « Jouissance vous donnerai 0, citée par Rabelais dans son énumération des chansons à danser du cinquième livre

(i) La France, 27, mars 1800.

(2) Traité de Danse du xvi* siùcle.

de Pantagruel d. M. Julien Tiersot connaît d'autant mieux ce thème qu'il en a reproduit deux versions dans son Histoire de la Chanson populaire en France (p. 113, 114, 115). « M. Saint- Saëns, ajoute-t-il, a repris textuellement la version de VOrchésographie avec tout son développement, y compris même la petite variante très élémentaire du second couplet. »

Pour le numéro 12 enfin, le procédé est le même que pour le numéro 3. « Bien que les trompettes s'y fassent entendre, la sonorité des instruments à cordes y domine : lourds accords, note contre note, formules rythmiques, cadences au relatif mineur, basses procédant par grands inten'alles diatoniques, nombreuses cadences plagales, tous les procédés harmoniques du xvi® siècle y sont employés. »

En somme,

Danses anciennes, ou composées d'après des airs anciens : no I, 2, 3, 5, II, 12;

Danses modernes et originales : n° 4, 6, 7, 8, 9, 10.

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