‹ Notice sur des plombs historiés trouvés dans la SeineChapitre 1 sur 8 · ENSEIGNES DE PÈLERINAGE · texte numérisé non relu

ENSEIGNES DE PÈLERINAGE

On appelle enseignes tous objets de métal, médaille, bijou, figurine, qui s'attachaient à la Béretle, aux xiif, xiv , xv* et xvi* siècles. La petite \ierge de plomb cousue sur le bonnet de Louis XI était une enseigne.

Gabrielle d'Estrées en portait de plus riches. Dans l'inven-

taire de ses bijoux, on en trouve tout un chapitre. Trois d'entre elles sont évaluées vingt-^inq mille écus.

Le père Daniel, Trésor des Merveilles de Fontainebleau, écrivait en 1 620 :

« J'ay mémoire qu'il y a environ 20 ans, que Ton m'y montra une petite image de plomb représentant la Vierge, que Ton tenait estre la mesme que Louis XI portait ordinairement à son chapeau, de laquelle parle Philippe de Commines, au livre second de ses Mémoires, chapitre vni. Et de fait, j'ay ouï dire à plusieurs anciens de ce lieu qu'ils avaient appris que c'estait la mesme. Mais retournant voir ce cabinet depuis peu, je Ty ay cherchée et ne l/ay pu trouver; ce qui me fait croire que comme elle estait petite, environ la* longueur d'un doigt, elle peut estre égarée. Elle estait alors attachée au velours de ces armoires. »

La plupart de ces images se fondaient dans des moules en pierre d'ardoise ou en pierre de Munich {speckstein), celles-là qu'on emploie pour la lithographie. Je ne saurais mieux faire que de donner le dessin d'une des faces de ces moules. On voit, par le relief que j'en ai tiré, les jets qui conduisent le métal dans chaque forme. La Seine a fourni plusieurs de ces moules. Celui-ci est en pierre d'ardoise et en a été retiré en décembre 1856, au pont Saint-Michel. {Voir la gravure à la suile de cet article.)

Image en plomb du xiV siècle, trouvée au Pont-au-Cluuifre on 1849 (1).

Cette enseigne représente dans le champ le Christ assis sur une chaièru à dos peu élevé; il étend la main vei-s Marie - Magdelcinc, qui est prosternée devant lui dans une position suppliante; il semble qu'elle vienne de répandre sur les pieds de Jésus-Christ le parfum rappelé par le vase indiqué au-dessus de la sainte. A c6té de ce vase est un écusson que l'on peut blasonnerainsi: D'or à quatre pals de gueules, qui est Arragon.

A gauche, derrière le Christ, un autre écusson qui est d'Anjou ancien, semé de France au lambel de gueules, avec une bande d'argent pour brisure, qui est Sicile-Tarente.

Autour se lit la légende suivante : SIG^UM : BEATE : MARIE : MAGDALENE ; et dans le champ : SANCTI : MAXIMÏN :

En considérant cette enseigne attentivement, il n'est pas difficile d'y remarquer tous les caractères d'un monument du xiv' siècle ; elle rappelle la mémoire du culte que l'on rendit avec tant de ferveur à sainte Marie -Magdeleine, pendant le

(1) Noua aroni communique it M. Uuclicr tme emprcinlc de ce plomb, qu'il repriiiluilc ilaiii une brocliurc ^yn^ pimr lîlrc ! Des Entfignes ile pilirina^r.

moyen-àge, dans le couvent de Saint-Maximin , en Provence.

M. l'abbé Faillon , dans son Histoire des Monuments inédits sur Vapostolal de Marie-Magdeleine, donne des détails fort curieux sur le pèlerinage à Saint-Maxirain et sur la fabrication de ces enseignes en plomb.

ce Les gentils hommes signalaient leur piété envers sainte Magdeleine » en ordonnant qu'après leur mort on transportât leurs restes à Saint- Maximin ou à la Sainte-Baume pour y être inhumés, ou en y fondant » des prières ou d'autres bonnes œuvres pour eux et pour leur famille. Le » commun des pèlerins se contentait de gagner Tindulgence attachée à » la visite de ces saincts lieux et en rapportait une petite image de plomb » représentant sainte Magdeleine. On coulait de ces images dans des » moules en fer ou en cuivre qui appartenaient à la sacristie du couvent; » et il n^y avait d^ autres marchands autorisés à faire ce commerce dans » le pays que ceu^ à qui le sacristain remettait ces moules. Les choses » persévérèrent ainsi jusqu'après la contagion qui ravagea la Provence » sous la reine Jeanne, et changea en quelque sorte la face de ce pays. » Après ce fléau, il arriva que plusieurs personnes de Saint-Maximin, ou » qui étaient venues s'y fixer, firent graver de nouveaux moules et vendirent >) des images de plomb aux pèlerins; mais, soit que la sacristie fût privée » par là d'une petite redevance, soit que ces nouvelles images fussent trop » défectueuses pour porter le public à la dévotion, les religieux s'élevèrent » contre ce commerce non autorisé par eux et portèrent l'affaire de ces » images au jugement du roi et de la reine. Louis de Tarente et Jeanne » écrivirent, en conséquence, aux magistrats de Saint-Maximin, le » 29 avril 1354, que si la coutume contraire alléguée par lés religieux » était certaine, ceux-ci devaient être maintenus dans leur possession, et » que, dans ce cas, on eût à défendre à tous marchands^ sous menace de » grièves peines, de vendre de ces sortes d'images dans le lieu de Saint- » Maximin sans y être autorisé par le prieur. Il y a lieu de croire que les » religieux furent maintenus, car la coutume qu'ils alléguaient en leur » faveur remontait au moins à Tannée 1311. »

Pluquc en plomb représentant saint Ëloi fui^eaiil sur une enclume; il semble accepter de la main gauche une bougie roulée que vient de lui oiïrir un personnage debout devant lui ; à côté de ce personnage est un cheval. On sait que saint Ëloi était invoqué pour les chevaux. Une prose pour sa fùte , dans l'ancien Missel d'Amiens, dit :

■ Qui noa negM opein bniiis, Auge nobis t^em salulis, elc, eic. » •

U'après le caractère des Ogures, on peut faire remonter cette enseigne à la fm du xiu' siècle. Deux plaques analogues ont été données par M. Rigollot, dans ses Monnaies des évégues des Innocents, page 187. pi. 41, n" 117 et 118.

Saint-Foix, page 51 du 5* volume de ses Essais historiques sur Paris, publiés en 1767, dit, d'après l'auteur de l'Histoire de Paris, que, pendant la captivité du roi Jean, en 1355, le prévôt <lc8 marchands et les échevins présentèrent à l'église Notrt!- Dame une bougie (apparemment roulée] aussi longue que le

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tour de l'eiiceinle de Paris. Ce don, qui se renouvelait chaf|uc année, fut suspendu pendant les guerres de la Ligue, environ 25 ou 30 ans. En 1605, Miron,. prévdt des marchands, donna, en place de la bougie, dont la mesure peut sembler à pcin<! croyable (1), une lampe d'argent qui brûlait nuit et jour devant l'autel de la Vierge. Nous n'avons aucun document sur l'origine de ces bougies roulées, dont on trouve quelques exemples d'ex-voto dès le -vii' siècle et au xiii' siècle {2).

Je citerai la cuve baptismale de l'église Sainte -Croix de Provins que M. Fichot, artiste archéologue, a publiée dans ses Monuments de Seine-et-Marne, et dont il a bien voulu nous communiquer le dessin que nous donnons ci-dessous.

( I } CE[icnilanl ijircri Taii] nionireiii que cctie pnlïijue •-laïl tnur-ï-ru!l dam l'viprii ik tciiii». Vulr II) Mèlaiigts iranhiotogie du R. V. Cahier, (Minutiri: sur la Ouirvni.i ,lt imaièrt tr^ix-/â(Jia,>elIe, Tome \\\.f.:,Sc !), imle &.]

(91 Voir le Dicliiinnaire icoiio^rii/itiiifiie ilrs Muiiainenlt de fanùijmlt thrétieime t. ./» moyi,, dge, 3 vol. In-H" puhlicj p»i >l. G.>c»ct>aiill, i Paria, chtn M. U-lcux, Jibrai<c

Un (les aiiciuiis vitraux de l'abbaye de Saint-Denis, publié par Ueruard de Montfaucon, d:ins sa Monarchie française, reprodui t une scène de ce genre. On y voit une statuette de saint Ixiuis à qui deux personnages offrent une bougie roulée. Ces vitraux sont aussi reproduits dans l'Univers pittoresque de M. Didot.

Autre plaque en plomb, carrée; aux deux extrémités inférieures, deux trous qui servent à lixcr l'enseigne sur le vêtement, et à son extrémité supérieure , une belière pour suspendre l'image.

On lit au-dessous des personnages la légende suivante : SIGNV SCI ELIGIL

Ce monument semble dater du xm* siècle.

Trouvé au pont Saint-Michel en 1850.

*©lïiI©î[SrU pour 5. Eligius.

Une erreur du graveur lui a fait tracer les caractères dans le sens rétrograde.

Saint Ëloi est debout, revêtu des ornements pontiBcaux; de la main gauche, il tient sa crosse; de la droite, il bénit son client , personnage debout qui élève des deux mains une bougie roulée et devant lequel se trouvent deux béquilles : entre les deux personnages est placé un autel sur lequel est un calice surmonté d'une patène.

On aura voulu représenter le miracle rapporté dans la Vie de saint Èloi comme suit :

a En l'abbaye de Saint-Denis, il aperceut ioignant le sépulchre, un pauvre homme perclus de tous ses membres, il s'informa du tems et de A la cause de son mal. et s'il n'avait pas créance que saint Denis le pouvait H délivrer. Le malade ayant répondu qu'ouy, saint Eloy pria quelque » espace de tems, et puis luy commanda de se lever, le tira de sa main » et le guérit, à condition toutes fois de n'en rien dire à personne. »

Cette plaque en plomb, trouvée au IVtil-l'oiit en I85C, est garnie aux extrémités inférieures de trous qui servent à fixer l'image ; elle est surmontée de deux belières pour la suspendre.

Médaillon en plomb à belière. Dans le champ, saint Maur debout, la tête nimbée, s'appuyant de la main droite sur une bêche, et de l'autre soutenant un livre. A sa gauche est agenouillé un personnage en habit court, qui l'implore : c'est peut-être bien le miracle de l'aveugle que publie la Vie des saints, ainsi qu'il suit :

« Saint Haur, enlrant dans l'église de Saint-Haurice et des saincts marn tyrs Thébéens, ses compagnons, rencontra à la porte un aveugle qui » fréquentât en cette église-IJi, il y avait onze ans, et demandait à Notre- » Seigneur qu'il le fît voir par l'intercession de ses saincis et glorieux » chevaliers, ce qu'il n'avait pu obtenir. Cet aveugle, nommé Lînnus, » oyant dire que Haur, un des disciples de saint Benoît, élalt là, il se pros-

» terna à ses pieds, le suppliant par les saincts qui estaient en ce lieu, et

)) par son père saint Benoit, qu'il lui rendit la clarté et la vueu à ses yeux.

» Maur fit le signe de la croix dessus ; lors les yeux lui commencèrent à

» saigner, et il recouvra la vueu, et le sainct lui dit que, pour remercier

» Dieu du bienfait qu'il avait reçu de sa main, il seraist toute sa vie en

» cette église, ce qu'il fit prenant les ordres. »

Cette figure est entourée d'une bordure portant la légende qui suit :

Le tout est encadré dans une seconde bordure formée d'arcatures à jour reliées par des espèces de pommes de pin.

Saint-Maur-des-Fossés, sur la Marne, est distant de Vincennes de deux kilomètres. On y fonda une abbaye au vi* siècle, qui s'appela d'abord Saint-Pierre-des-Fossés. Elle prit le nom de Saint-Maur au ix* siècle, lorsqu'on y transporta les reliques de ce saint, qui avaient été conservées au monastère de Glanfeuil.

Nous avons dit, en commençant cet article, que saint Maur avait la main droite appuyée sur une bêche; il n'en faudrait pas conclure que cet instrument fût un attribut ordinaire du saint ; mais il se pourrait qu'on eût voulu indiquer par là le travail manuel des ordres monastiques. Quant au livre, qui se donne assez communément aux abbés, il indiquerait particulièrement ici que saint Maur apporta en France la règle de saint Benoit.

Ce plomb a été trouvé au petit pont Saint-Charles en 1848; il me paraît de la fin du xiv" siècle.

Ce signe en plomb nous donne la représentation de saint Faron, évéque de Meaux, debout, revêtu de ses. habits pontificaux, tenant de la main droite- sa crosse et de la main gauche un livre qu'il appuie sur sa poitrine. A sa droite, est un personnage qui l'implore, les mains jointes.

L'absence de tout emblème nous empoche de donner des éclaircissements à ce sujet.

A sa gauche se trouve une autre figure, la tète encapuchonnée et nimbée. Ce second personnage tient la main droite levée, et appuie la gauche sur le manche d'une bêche, déformée par l'oxidation.

' La réunion ici de ces deux saints peut s'interpréter raisonnablement par ce fait rapporté dans l'histoire, laquelle nous apprend que saint Faron accueillit saint Fiacre venant d'Irlande,

sa patrie, et lui donna un lieu pour y' faire bâtir un ermitage qu'il cultiva de sa main. Saint Fiacre est représenté aussi quelquefois recevant des ambassadeurs qui lui présentent une couronne^ car il était fils d'un roi, chef indépendant de l'Irlande. Autour de ces trois personnages, une légende entre filets porte ce qui suit:

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