UN AUTRE MS. ÉCRIT PAR LE COPISTE DE B
À p. 23. n. 1 j'ai affirmé que le copiste du ms. fribourgeois de Renaut, désigné par la lettre B, a écrit aussi la première partie d’un autre ms. français actuellement en possession de M. le comte Max de Diesbach. La preuve ne peut être fournie que par un spécimen de l'écriture de ce manuscrit renfermant plusieurs compositions d'Alain Chartier. C’est pourquoi je reproduis, à la page suivante, le premier euillet de cet important recueil.
L'identité du copiste et de celui de B ne fait, pour moi, aucun doute. Que l’on compare minutieusement cette planche avec l’autre donnée à p. 22 et l’on s’apercevra que les lettres caractéristiques, telles que &, p, bd, r, ont la même forme. L'écriture a aussi la mème inclination et il existe, en réalité, une telle ressemblance entre les deux mss. qu'on pourrait affirmer qu'ils ont été écrits dans le même laps de temps. Le ms. B est daté de 1448 et le ms. Diesbach doit être postérieur à 1430 !. Il se peut que je dédie prochainement une notice spéciale à cet intéressant manuscrit que j'ai pu examiner à mon aise, grâce à l’obligeance de son possesseur, à qui j'adresse tous mes remerciements. Ici, je me bornerai à remarquer que le texte, assez correct, peut servir à redresser quelques passages de l'édition d'Alain Chartier procurée par Du Chesne (1617). Il suffira de comparer, par exemple, ces deux strophes de | « Excusacion » :
(édition Du Chesne, p. 520.) (ms. Diesbach.) Par elles et pour elles sommes, Par elles et pour elles sommes C'esta la source de nostre ioye, C-est la sourse de notre joye [mes
C’est l'adresse des nobles hommes, C-est l-espargne deis vaillans hom- C’est d’onneur la droicte mout-ioye. C-est d-onneur la droicte monjoye
1 Ce terminus a quo est fourni par le dernier feuillet du ms., pour lequel on a utilisé un acte public écrit à Fribourg en 1430. Cet acte à été écrit par le même copiste de B et de la première partie du ms. Diesbach, ce qui me fait supposer que ce copiste était un oflicier public sous la dépen-
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C’est ce qui les tous cueurs resioye, C-est le penser qui plus resioye C’est le chief de mondains plaisirs, C-est le chief des mondains plaisirs C’estce qui d’espoirvous pouruoye, C-estcequid-espoir nous pouruoye C’est le combat de noz desirs. C-est le comble de noz desirs.
Le texte de ce ms. présente, ce qui est naturel, quelques formes de l'Est de la France (v.. p. ex., deis, pour des, au v. 3). Les rapports avec Paris étant rares, le français de Fribourg, au XV”: siècle, avait, à côté de plusieurs éléments tirés du dialecte (Meyer, Romania, XXI, 39), les habitudes linguistiques des régions de l'Est, surtout de la Bourgogne, Voir G. Visscer, Das schweiserische Volksfransüsisch, Sonderabdruck aus : Romanische Forschungen, XXVII (1909), p. 29, n. 1.
Pour donner au lecteur une idée du texte conservé par le ms. Diesbach/je publierai la première partie de | «excusacion » de maitre Alain :
fx Cy appres s-ensuit l-excusacion Jfaiclte par le dil maistre Alain sur ces presentes \.
Mesdames et mes damoyselles Dieu vous doint joye prochaine Escoutez les dures nouvelles Que j-ouy le jour de I-estraine
5 Et entendez ce qui me maine Car je n-ay fors a vous recours Qui me donnez par grace plaine Conseil confort ayde et secours.
Ce jour m-auint en sommeillant Attendant le souleil leuant Moitie dormant moitie veillant Enuiron l-aube ou peu auant Qu-amours s-apparut au deuant De mon lit a l-arc tout tendu(z) 15 Et me dit desloyal seruant
Ton loyer te sera rendu.
dance du gouvernement. Serait-il trop hardi de l'identifier avec Hans Greiers (voir la planche publiée à p. 24) ? On ne peut rien affirmer ; mais la supposition est permise, grâce aux ressemblances de l'écriture, naturellement un peu forcée dans l’en-tête du chroniqueur fribourgeois.
1 Variantes de l'édition d'André Du Chesne (Paris, 1617), p. 525 ss. 2 Se Dieu 7 Qui me] Et me.
n=ai — Je t-ay long temps tenu des miens A l-eure que bien me seruoyes Et toy gardoye de grans biens Trop plus que tu ne(n) desseruoyes Et que ta loyaulte deuoyes Vers moy garder en tous endrois Tu fais et escrips et enuoyes Nouveaux livres contre mes drois.
25 Es-tu hors du sens ou yvre Ou veul contre moy guerre prendre Qui as fait le maleureux livre Dont chascung te deuroit reprendre Pour enseignier et pour apprendre 30 Aux dames a gicter au loing Pite la debonnaire et tendre De qui tout le monde a besoing.
Se tu as ta merancolie Prise de non amer jamais 35 Doivent achetter ta folie Les aultres qui nen peuent mais Laisse leur faire el te tais Que de dueil ait le cuer noirey Qui ja croira comme tu fais 40 Que oncques dame fut sans mercy.
Tu morras de ce pechie quicte Se briefment tu ne t-en desdit Preschier te feray comme herite Et bruler ton livre et tes dis
45 En la loy d-amours sont mauldiz Chascung m-en a fait les clamours Le lire est a tous interdis De par l-inquisiteur d-amours.
Tu vuelz mon pouoir abolir 50 Et que honneur et honte s-efface Quant tu quiers des dames tollir
19 toy Jte 21-22 Mais maintenant tu le deuoves Encontre moy en tous endrois. 25 Es tu fol. 30 Les dames 37 Laisse faire autruwv. 42 Et se br. ne t'en d. 46 Et chacun m'en fait. 47 à tous est
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= (ot
Pite mercy doulceur et grace Cuides tu doncques que Dieu face Entres les hommes sur la terre
Si bel corps et si belle face
Pour leur porter rigueur et guerre.
Nennil non. Il n-y pensa onques
Car ja faictes ne les eust
Plus plaisans que choses quelconques Que sur terre fayre deust
S-il ne veist bien et sceust
Que elles doiuent loz (sic) porter
Qui par droit les hommes deust Resiouyr et reconforter.
Ne seroit ce pas grant dommaige Se dieu qui soustient homme en vie Eust faicte sy parfaicte ymaige
Par droicte excellence assonuie
Que la pensee en fust rauie
Des hommes par force desplaire
Se dieu lour pourtoit tel envie
Qu-il leur donnast pour adversaire.
Cuides tu faire basiliques
Qui occient les gens des yeulx
Ces doulx visaiges angeliques
Qui (me) semblent estre fais es cieulx 11Z ne furent pas formez tieulx
Pour desdaignier et non chaloir Mais pour croistre de bien en mieulx Ceulx qui ont desir de valoir.
Doulceur courtoisie amistie Sont les vertus de noble femme Et le droit logis de pitie
Est au corps d-une belle dame Cuides tu par ton livre infame
55 beau. belle] doulce 6o faire l'en peust. 62 deuotent le vert.
66 Que Dieu. 70 de plaire
72 Que femme fust léur aduersaire.
77 Dieu ne les a pas formé 84 corps] cueur. 85 S'il falloit pour t. L. i.
on —
Pite d-entre dames bannir Au tant vauldroit qu-il ne fust ame Et que le monde deust finir.
Puis que nature s-entremist 90 D-entaillier si doulce figure Il est a croire qu-elle y mist De ses biens a comble mesure Dangier ÿ est soubz couverture Mais nature la tres benigne 95 Pour adoulcir celle pointure Y mist pitie pour medicine.
Pour garder honneur et chierte Raison ÿ mist honte et dangier Et volut desdaing et fierte 100 Du tout des dames estrangier Mais pite y puet chalengier Tout son droit quant elle fauldroit Elle feroit la honte changier Puis que nulluy mieulx n-en vauldroit.
105 Tu veulz par ton oultrecuidance Et les faulx vers que tu as fais Tollir aux dames leur puissance Toutes vertus et tous biens fais Quant ainsi leur pite desfais
110 Par qui maint loyal cuer s-amende Si vuel chastier ces mesfais Ou que tu m-engaiges l-amende !.
90 doulce] digne 102 elle! e/ vouldroit ( faudroit).
1 Le ms. Diesbach est incomplet. Je viens d'en trouver un cahier CT, vj-xvij) aux archives d'Etat de Fribourg. Il renferme une partie de la Belle dame sans mercy, à partir de la str. /{ ha grant fam de viure en dueil jusqu'à la fin. Au bas du f. xvij' on lit : Cy appres s-ensuit la supplicacion tramise aux dames toute en rime. La lettre aux dames était donc en vers, dans ce ms., comme dans le ms. de Besançon 524, f. 68.