‹ Notice sur divers manuscrits de la Bibliothèque vaticane: Richard leChapitre 14 sur 26 · II. — Troisième rédaction · texte numérisé non relu

II. — Troisième rédaction

Une bonne partie des additions propres à la troisième rédaction sont, comme on va le voir, relatives à l'Ordre de Cluny, dont Richard était moine , ou à sa patrie , l'Aunis.

C'est après une liste des abbés de Cluny que se trouve, dans le manuscrit de la reine Christine, la page intéressante (2) consacrée à la donation de l'île d'Aix à l'Ordre de Cluny par Isembert de Châtel-Aillon et sa femme Gerberge. Le texte de cette donation, faite en 1077 , nous est parvenu par l'histoire de La Rochelle , du Père Arcère (3), et YHistoiJ^e des comtes de Poitou^ de Besly (4). Mabillon , dans ses Annales de l'Ordre de Saint-Benoît ( tome V , page 8), affirme que la donation, faite par Isembert et sa première femme « Clariscia , » ne fut que confirmée après qu'il eut épousé une seconde femme , « Gilberga. » Mabillon ne peut avoir raison que si Richard s'est trompé, car celui-ci dit que la femme d'Isembert, a Girberga, » portait le surnom de « Claricia. » Nous n'avons, en attendant de nouveaux documents , aucune raison de donner tort à Richard (5).

Entre les bienfaiteurs de son Ordre, Richard mentionne encore dans sa troisième rédaction le roi Henri P' : « Hic per singulos » annos ecclesie Cluniacensi C. marchas argenti ministrabat ad » monasterium construendum (6) ; » renseignement exact , confirmé par un texte que nous possédons (7).

(1) Col. 1103 : tt Goadunato apud Agennensium civitatem exercitu. »

(2) V. le chapitre !•'.

(3) Histoire de la ville de la Rochelle et du pays d'AuPnis, La Rochelle, 1756, 2 vol. in-4, t. II, Preuves, p. 636.

(4) Preuves, p. 354. Texte préférable à celui du père Arcère.

(5) Une partie du morceau en question a été publiée dans le t. XII des Historiens de France^ p. 419, note b. Les éditeurs ne disent pas que le passage appartienne à Richard, et se bornent à prévenir qu'ils l'ont copié dans les papiers de Mabillon.

(6) Ms. de la reine Christine, n° 1911 , à propos de la mort de Henri h^. Cf. ms. latin 17556, p. 491.

(7) BiUiotheca Cluniacensis, col. 132 du supplément d'André Duchesne. Charte

A côté de ces simples phrases , qui malgré leur brièveté ne manquent pas d'intérêt , il nous reste à examiner quelques passages d'une plus grande étendue. Citons d'abord la page intéressante où Primat est mis en scène; nous ne pouvons que renvoyer à ce qui a été dit ailleurs de ce morceau (1).

Les additions dont nous avons à dire quelques mots sont relatives à des événements dont aucun ne paraît antérieur à 1170. Et d'abord l'auteur rapporte à cette date le couronnement de Henri Court-Mantel, qu'il est seul à placer à la Saint-Jean (2). L'instant d'après , il prend pour un prince danois Henri le Lion , duc de Saxe , époux de Mathilde , la fille aînée du roi d'Angleterre (3).

Avant de passer au meurtre de Thomas Becket , dont il parle longuement, et qui fut, comme on le sait, la conséquence du couronnement de Henri Gourt-Mantel , Richard s'étend sur deux événements bien étrangers à l'histoire générale : le premier est une inondation de Sarlat , le deuxième est la guérison d'un possédé au monastère do Nanteuil-en- Vallée. Le chroniqueur trouve la cause de l'inondation de Sarlat dans un meurtre qui a eu cette ville pour théâtre. Une femme de Sarlat , avec le secours d'un moine , a tué son mari ; ils sont découverts ; le moine est jeté en prison, sa' complice, avant d'être brûlée , est exposée en public avec une autre femme accusée de sorcellerie. Mais la vengeance divine ne laisse pas aux hommes le temps de les punir : une inondation subite lance sur la ville des tourbillons d'eau , renverse jusqu'aux maisons de pierre , remplit d'un monceau de débris l'église de Saint-Sadrot. Au milieu de cette tourmente , la colonne de marbre à laquelle sont attachés les coupables disparaît avec elles. Geofifroi du Vigeois , qui rapporte ce désastre sans en donner la date , paraît lui attribuer la même origine : « Rivulus » quidam Sarlatum transiens , orta tempestate in tantum excre- » vit, ut repleto monasterio linteamina altarium irrumperet; » libres delevit et pallia. Guillermus (sic) Dual monachus (sic) , » qui miles exstiterat , in capitule , et plures utriusque sexus in » burgo , pridie ante vigilias apostolorum Pétri et Pauli , circa

de Henri !•' accordant à l'abbaye de Cluny une rente annuelle de iOO raarcs d'argent. II y est fait mention d'une confirmation d'Innocent II , dont le texte est imprimé dans la BiUiotheea Cluniacensis, col. 1392. (t) Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1870, p. 303.

(2) Christine 1911 : a De Uenrico apud Londoniam coronato. » Voyez le ms. latin 17556, p. 496.

(3) « Antea quidem copulaverat matrimonio filiam suam Matillam nomine Duci Danorum, »

» nonam horam enecavit : Poiitia interiit, quse de corpore Christi » quîfidam fecerat inaudita, pro quibus ista contigisse nullus » ignorât. Sed ista latius in libro miraculorum sancti Pardulphi » narrabo , ubi multa de Sacro-8ancto mysterio ad correctionem » multorum, si Deus perraiserit, proposai tractare (1) »

Le passage suivant n'a d'intérêt que par une description du monastère de Nanteuil-en-Vallée (2).

Dans les morceaux qu'il a placés à la suite de sa troisième rédaction, Richard ne s'est pas toujours borné à raconter des événements d'un intérêt local ; il a consacré de longs passages à la mort deThomasBecket(3). Par malheur, au lieu de raconter cette mort tragique, il s'est borné à en faire une sorte de commentaire, plein de passion , évidemment rédigé sous le coup des événements où des faits vrais et d'ailleurs bien connus se trouvent mêlés à des erreurs , où l'on a le regret de trouver , au lieu d'un récit suivi , des déclamations singulières empruntées aux sources les plus variées, et notamment à la prophétie de Merlin. Richard mentionne le séjour de Thomas Becket à Pontigny et à Sens, son retour en Angleterre , le couronnement du prince Henri , l'assassinat du primat. Partageant une opinion qui dut être alors celle de la foule, il accuse Henri II d'avoir formellement ordonné la mort de Thomas. Il accable d'imprécations les quatre assassins normands , dont il cite les noms; il nomme également un des ennemis les plus acharnés de l'archevêque, Renouf de Broc. Seulement il se trompe quand il dit que Thomas Becket fut décapité (decollatus) ; Richard écrivait au lendemain des événements ; il n'a pu les connaître que par la rumeur publique ; de là cette erreur. D'autre part, le bruit que Thomas Becket avait fait dans le monde et l'immense retentissement qu'eut son martyre (4), nous font comprendre comment l'auteur a pu connaître une partie des circonstances qui l'accompagnèrent.

A côté de Becket figure, dans la Chronique de Richard, un autre personnage également persécuté par Henii II , l'évêque Henri de Winchester , frère d'Etienne de Blois , dont le nouveau roi fit

(1) Geoflfroy du Vigeois, chap. LXIV. Labbe, II, p. 315.

(2) Ms. Christine 1911 : « De puero monacho a demonio liberato. » Cf. ms. lat. 17556, p. 497.

(3) Ms. Christine 1911 : « De expulsione sive de obitu archiepiscopi Cantuariensis. » Cf. ms. latin. 17556, p. 498.

(4) Geoflfroi du Vigeois . Labbe , II , p. 318 : • Thomae archiepiscopi Cantuariensis vita vel mors pretiosa, qualiter his diebus patrata extiterit, quia ubique scripta fertur, non est necesse nunc iterari. »

106 RIGHAAD LE POITEVIN.

raser les châteaux, lorsqu'en 1155 il passa sur le continent (1). Moine de Cluny, Tévêque de Winchester avait conservé pour son Ordre une sollicitude qui se manifesta de bien des manières. Pressé par les lettres de Pierre le Vénérable, il vint une première fois à Cluny, lors d'un voyage à Rome (2). Puis il s*y établit pour plusieurs années, lorsqu'en 1155 il quitta T Angleterre; ce fut lui qui rendit à Pierre le Vénérable les derniers honneurs (3). Henri de Winchester , avant de fuir TAngleterre, avait envoyé à Cluny ses trésors (4) ; il en usa pour combler de biens le monastère d*où il était sorti et qull venait de nouveau de choisir pour retraite. Richard célèbre ces largesses dans un passage déjà cité , et son dire est confirmé par ce que rapportent d'autres chroniqueurs (5). Henri de Winchester , de retour en Angleterre , mourut le 8 août 1171(6).

L'histoire du pieux Guillaume Maurun , qui termine la troisième rédaction , n'aurait aucun intérêt sans une description de l'île de Ré , dont nous avons déjà tiré parti (7).

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